jeudi , 25 juillet 2024
MaxSafaniuk

53 – De quelques petits pots de terre made in Switzerland

Dernière modification le 14-3-2023 à 17:18:39

Face à l’énorme pot de fer nommé Profit, les collectifs s’organisent.

La cause est entendue : confrontées aux mastodontes de l’industrie en tout genre, la plupart des initiatives émanant de la société civile semblent faire figure de nains de jardins gentillets. D’épisodiques sursauts livrés aux fringales d’un Rouleau compresseur. Une manifestation ici. Une occupation là. Rien de bien substantiel. Mais jusqu’à quand, cette impression ? Et jusqu’où la passivité d’innombrables consommateurs émoustillés, c’est vrai, par la pharaonique somme des « bonnes affaires » que leur proposent leurs portables ?

Concédons-le d’emblée : ces dernières semaines, pas davantage que les précédentes, la lecture des pages Planète du quotidien Le Monde ne plaide pas pour l’optimisme. À une exception toutefois : le fait que le 4 mars, au terme de deux décennies de louvoiements, les États-membres de l’ONU se soient accordés en sorte d’adopter un outil juridique propre à protéger une biodiversité marine fortement altérée. Donc à contrecarrer les menaces pesant sur des écosystèmes vitaux pour l’humanité. Encore reste-t-il à établir les modalités, les périodicités et les moyens de mettre en œuvre pareil traité international sur la haute mer. Mais pour le reste…

« Le secteur du plastique pèse de tout son poids, au moment où l’Europe travaille à une réglementation ambitieuse du “poison du siècle” » (26 février). « Le Conseil d’État est saisi par plusieurs associations devant la surmortalité des cétacés, victimes d’engins de pêche » (28 février). « La sécheresse s’aggrave encore dans le nord de l’Italie » (1er mars). « Le tribunal judiciaire de Paris a débouté les opposants aux 130 forages pétroliers et à l’oléoduc de 1400 km prévus en Ouganda et en Tanzanie » (2 mars 2023). « Le canadien Paper Excellence, propriétaire de deux usines en France, est en réalité contrôlé par l’indonésien Asia Pulp & Paper, mis en cause pour ses pratiques environnementales » (3 mars).  « Le réchauffement hivernal dérègle les cultures » (9 mars). Et tout à l’avenant. Si bien que dans un tel contexte, l’engagement de simples citoyens éprouve quelque peine à voler la vedette aux grands pilleurs cosmopolites.

On voudra pourtant se souvenir que dans ma précédente chronique je disais m’être abonné au quotidien suisse Le Courrier. Bien m’en prit puisqu’en seulement trois jours, trois articles détaillés m’assuraient qu’il se passait chez nous des “choses” nullement négligeables.

Témoins d’abord, en page 3 de l’édition du 6 mars : les quatre femmes, membres de l’association des Aînées pour la protection du climat, qui déposèrent une plainte visant frontalement l’inertie du gouvernement fédéral en matière de lutte contre le dérèglement climatique. Inertie ayant occasionné un impact direct sur leur santé. S’étant vues déboutées par le Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication, puis par le Tribunal fédéral, elles ont pris sur elles de porter leur cause devant la Cour européenne des droits de l’homme. C’est dire qu’on attend avec grand intérêt le 29 mars – date à laquelle la plainte va être directement jugée par la Grande chambre. Un procédé réservé aux affaires exceptionnelles. Interrogé à ce propos par Sophie Dupont, l’avocat Raphaël Mahaim déclare que, pour autant que la Cour se prononce sur le fond, « la Suisse serait tenue de mettre en œuvre l’arrêt et cela ferait jurisprudence dans tous les États du Conseil de l’Europe. Si l’on gagne, les conséquences peuvent être énormes. Et si l’on nous met en échec sur le fond, ce serait une régression impensable. Cela me semble être un recul incompatible avec l’évolution actuelle de la jurisprudence ».

Au verso de cette page 3, au tour d’Achille Karangwa d’attirer l’attention sur l’occupation de la forêt du Moulin d’Amour, à Vufflens-la-Ville, par une septantaine de militants du mouvement « Grondement des terres » opposés à ce qu’un site naturel ne se transforme en gravière sur des terres communales.
Près de deux ans après l’évacuation de la ZAD du Mormont, le mouvement de contestation semble avoir pris de la bouteille. De fait, une délégation d’opposants a pris sur elle d’aller distribuer des tracts dans les boîtes aux lettres de la commune de 1300 habitants. Selon les intéressés, il s’agit là du fruit d’une volonté d’aller au contact et de rallier la population en sorte de dépasser l’entre-soi. Native de la localité, Manon Scharmay témoigne : « Cela me met mal à l’aise qu’ils veuillent maintenant creuser 220 000m3 au bord de la Venoge ». À l’issue d’une assemblée où la population était conviée pour discuter de l’avenir du Moulin d’Amour, il a été décidé de prendre contact avec le syndic. Le futur du campement – qualifié de « contre-expertise démocratique temporaire » et non de ZAD – va être incessamment décidé en séance de Municipalité.

Dans l’édition du 8 mars, Guillaume Chillier consacre un important article à l’accélération des procédures pour la construction de parcs éoliens telle que la souhaite le National (accélération entérinée le jour même). Soit à une réalisation qui, certes, ne fait pas l’unanimité parmi la population – et réveille la grogne d’une UDC pour qui « ces éoliennes ne sont pas belles sur les montagnes, qui sont une de nos attractions » (Si les touristes ne revenaient pas ?) –, mais que la situation climatique, compliquée par les conséquences de la guerre en Ukraine sur le marché de l’énergie, rend impérative. Suivi par les Verts et Pro Natura, « ce changement de loi est urgent, plaide Anita Niederhäusern, porte-parole de Suisse Eole, bien qu’il n’accélère qu’une partie des projets qui sont déjà en route depuis dix à quinze ans. Mais nous ne pouvons pas attendre 25 ans comme c’est le cas de Sainte-Croix. (…) L’Autriche a construit 90 éoliennes en une année. En Suisse, c’est 41 mâts dans toute son histoire ».

Certes, en prévoyant une procédure simplifiée pour la construction d’un certain nombre de parcs éoliens d’intérêt national, le projet menace d’écarter les communes du processus de décision – ­et en cela s’inscrit en faux par rapport au système fédéraliste. Il a donc quelques chances de braquer une partie de la population hostile à ce mode de production présentant, c’est vrai, divers inconvénients pour qui habite à proximité. Certes encore, il s’agit de veiller « à ce que les parcs éoliens aient un impact limité sur l’environnement. Sauver le climat, oui, mais pas au détriment de la biodiversité », concède Ursula Schneider Schüttel, présidente de Windexpress et conseillère nationale socialiste. Reste donc à peaufiner les ajustements et compromis nécessaires. Du moins nous rapprochons-nous d’une transition énergétique inévitable à très court terme.

Sur ce sujet encore fort débattu – et combattu ! –, je signale la récente parution d’un ouvrage de Cédric Philibert, expert es énergie : Éoliennes, pourquoi tant de haine ? (Éditions Les petits Matins).

Pour finir, l’ami Jacques Poget m’ayant orienté sur le site « Suisse Good » de RTS Info, je signale la construction, à Zurich, d’une nouvelle et vaste déchetterie assemblée, celle-ci, à partir de matériaux recyclés et qui va permettre d’économiser 600 tonnes de CO2 par rapport à un bâtiment neuf. Entrent dans sa composition une structure métallique déjà existante, des plaques de béton armé usagées et autres éléments provenant des environs immédiats et de plus désassemblables.

Voilà pour les nouveaux petits pots de terre made in Switzerland.

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