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Dernière modification le 2-3-2026 à 14:42:53
Après les amendes pour résistance pacifique, une nouvelle frontière de la répression se dessine sous nos yeux : le blocage technique des plateformes d’information et de lutte. Sous couvert de mesures juridiques, c’est un pan entier de la liberté d’informer qui est aujourd’hui menacé en Suisse.
Il y a peu, nous dénoncions ici-même le recours aux amendes disproportionnées pour entraver la résistance pacifique à Lausanne (voir notre article).
Aujourd’hui, le constat s’élargit : la contrainte ne s’arrête plus à la rue, elle s’étend désormais à l’espace numérique. Une mesure radicale qui interroge sur la proportionnalité des moyens mis en œuvre par la justice
Le cas « Grondements des Terres » : un silence imposé
Le cas du site Grondements des Terres est emblématique. Ce mouvement de luttes territoriales et environnementales a vu ses accès bloqués, une mesure radicale qui interroge sur la proportionnalité des moyens mis en œuvre par la justice. Comme le souligne le collectif de la Sauvegarde des Bois de Ballens, cette fermeture brutale intervient dans un contexte de criminalisation croissante des mouvements de défense du climat.
Le poids de l’injustice : deux poids, deux mesures
On s’empresse de débrancher des sites militants pour un nom cité ou une action de terrain, mais qu’en est-il des grandes firmes destructrices de l’environnement ?
Comme le documente l’ONG Public Eye, les géants du négoce et de l’extraction basés en Suisse sont impliqués dans des projets dévastateurs à travers le globe, portant atteinte aux écosystèmes et à la vie humaine.
Le contraste entre la célérité de la justice contre les lanceurs d’alerte et son inertie face aux géants industriels est saisissant.
Pourtant, malgré les 20 affaires emblématiques de mauvaises pratiques (corruption, pollution, violations des droits humains) analysées par l’ONG, leurs portails web restent intouchables. Leurs sites ne sont jamais bloqués par les fournisseurs d’accès, même lorsque leurs activités sont accusées de crimes graves. Le contraste entre la célérité de la justice contre les lanceurs d’alerte et son impunité de fait face aux géants industriels est un affront à l’équité démocratique.
Renversé.co : un blocage total pour un litige ciblé
L’affaire du média indépendant Renversé illustre une dérive technique inquiétante. Pour un litige portant sur un seul article, c’est l’intégralité du domaine qui a été rendu inaccessible par les principaux fournisseurs d’accès suisses (Swisscom, Salt, Sunrise).
À savoir que la résistance s’adapte : vous trouverez désormais toute l’information nécessaire à travers un nouveau nom de domaine (rnvrs.co) et via les canaux militants habituels. Le quotidien Le Courrier, dans son édition du 17 février 2026, rapporte que malgré la modification des contenus litigieux et l’échéance des mesures provisionnelles, le blocage persiste sans explication claire des autorités. Dans l’article « Nouveau nom de domaine pour Renversé », Lucien Phillot rappelle que cette pratique du blocage DNS finit par museler tout un média pour un différend ponctuel.
Un fournisseur d’accès Internet ne devrait pas être transformé en auxiliaire de police ou en censeur privé sans une base légale solide et une analyse stricte de la proportionnalité.
Une résistance qui s’organise : le rôle des opérateurs
Face à ces injonctions de blocage émanant du Ministère public, toutes les voix ne se taisent pas. L’opérateur Init7 a récemment marqué les esprits en s’opposant frontalement à une demande de blocage de réseau. Comme le rapporte Galaxus, Init7 défend une position de principe : un fournisseur d’accès Internet ne devrait pas être transformé en auxiliaire de police ou en censeur privé sans une base légale solide et une analyse stricte de la proportionnalité.
En délocalisant virtuellement sa connexion, on refuse de se soumettre à une censure locale arbitraire.
S’émanciper des frontières numériques
Face à ces murs invisibles, l’utilisation d’un VPN (Réseau Privé Virtuel) devient un outil de légitime défense. Utiliser un VPN — comme les versions gratuites et sécurisées proposées par des acteurs engagés (Proton VPN, par exemple) — n’est pas qu’une astuce technique. C’est un acte de désobéissance numérique qui permet de rétablir le droit constitutionnel à l’information. En délocalisant virtuellement sa connexion, on refuse de se soumettre à une censure locale arbitraire.
Pourquoi ces pratiques nous concernent toutes et tous ?
Le blocage de sites web est une mesure d’exception qui devrait être réservée à la criminalité la plus grave. Lorsqu’elle touche des collectifs de défense de l’environnement, elle pose trois problèmes majeurs :
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L’absence de nuance : On bloque un site entier pour une seule phrase, empêchant l’accès à des années d’archives.
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L’effet dissuasif, Chilling EffectL'effet dissuasif (ou chilling effect) désigne un phénomène d'autosurveillance et d'autocensure au sein d'une population, provoqué par la crainte de sanctions juridiques ou de pressions sociales. Il se manifeste lorsque des individus renoncent à exercer leurs droits fondamentaux — comme la liberté d'expression, de presse ou de manifestation — non pas par adhésion aux règles, mais par peur des conséquences disproportionnées (amendes lourdes, poursuites judiciaires, surveillance). Dans une démocratie, cet « effet de gel » est particulièrement préoccupant, car il étouffe la critique et le débat public sans qu'il soit nécessaire de recourir à une interdiction formelle, la menace de la sanction suffisant à paralyser l'engagement citoyen. : Ces mesures visent à décourager les citoyens de documenter les dérives policières ou environnementales.
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Le contournement de la liberté de la presse : En utilisant des moyens techniques contre des sites « participatifs », la justice s’affranchit des protections dont bénéficient les médias traditionnels.
Qu’il s’agisse d’une amende de 500 francs pour avoir manifesté ou d’un blocage DNS pour avoir publié, la stratégie est la même : augmenter le coût de la contestation. Mais comme le montre la résilience de Renversé ou la résistance juridique d’Init7, l’espace de liberté ne se laisse pas réduire si facilement.
La liberté d’expression ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. S’équiper pour contourner la censure et informer, c’est déjà résister.
Références et sources
- Ils ont fermé le site des Grondements des Terres, Sauvegarde des Bois de Ballens : Lien
- Init7 s’oppose à la demande de blocage du réseau du procureur général, Galaxus : Lien
- Nouveau nom de domaine pour Renversé, Le Courrier (17.02.2026) : Lien
- Lausanne : une amende de 500 francs pour résistance pacifique, Etat d’Urgence : Lien
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