L’effondrement ? Ce que dit la science

Dernière modification le 21-10-2026 à 20:32:50

« Effondrement » : le mot revient souvent dans les débats sur le climat, parfois comme une certitude, parfois comme un épouvantail. Que dit réellement la recherche ? Cette page distingue ce qui est établi, ce qui relève de l’hypothèse et ce qui n’est pas démontré. État des connaissances au 21 octobre 2026.

L’essentiel en 1 minute

La science établit que le changement climatique et la destruction des écosystèmes augmentent les risques de chocs graves, qui peuvent s’enchaîner et se renforcer. Elle n’établit pas qu’un effondrement mondial est inévitable, ni à quelle date il surviendrait.

À retenir

  • Établi : les risques climatiques se combinent et se propagent d’un secteur à l’autre (alimentation, eau, santé, économie), surtout au-delà de 1,5 °C à 2 °C.
  • Hypothèse sérieuse mais débattue : des trajectoires de déclin global au cours de ce siècle, explorées par des modèles comme celui du rapport Meadows.
  • Non démontré : un effondrement simultané, général et à date fixe.
Vrai ou faux ? « De toute façon, tout va s’effondrer, alors à quoi bon ? »

Faux. Le niveau de risque dépend de ce que nous faisons maintenant. Chaque dixième de degré évité et chaque écosystème préservé réduisent la probabilité des scénarios les plus graves.

De quoi parle-t-on ?

Dans les travaux historiques, un effondrement désigne une réduction brutale de la population ou de la complexité politique, économique et sociale d’une société, sur un territoire étendu et pendant une longue durée1. Les exemples historiques (Mayas de l’époque classique, colonies vikings du Groenland, île de Pâques, selon des interprétations parfois discutées) sont presque toujours régionaux et étalés sur des décennies, voire des siècles.

Depuis le milieu des années 2010, le terme de « collapsologie » désigne en France et en Suisse romande un courant qui étudie le risque d’effondrement de la civilisation industrielle mondiale2. Ce courant a eu le mérite de populariser des travaux scientifiques mal connus. Il a aussi été critiqué pour présenter parfois comme certain ce qui reste probable ou possible.

Ce qui est établi

Les risques se combinent et se propagent

Le GIEC souligne que les risques climatiques deviennent de plus en plus « complexes » : plusieurs aléas frappent en même temps (canicule et sécheresse, par exemple), et leurs effets se propagent d’un secteur à l’autre et d’un pays à l’autre, à travers les chaînes d’approvisionnement, les marchés alimentaires et les migrations3. Une mauvaise récolte simultanée dans plusieurs grands greniers à blé, par exemple, aurait des conséquences mondiales sur les prix et la sécurité alimentaire.

Des seuils peuvent être franchis

Plusieurs éléments du système Terre (calottes glaciaires, pergélisol, récifs coralliens, forêt amazonienne, circulation océanique de l’Atlantique) peuvent basculer de façon durable au-delà de certains seuils. Plusieurs de ces basculements deviennent probables entre 1,5 °C et 2 °C de réchauffement4, et celui des récifs coralliens d’eaux chaudes est considéré comme déjà franchi5. Voir la fiche Boucles de rétroaction.

Les limites planétaires sont dépassées

Sept des neuf limites qui définissent un « espace de fonctionnement sûr » pour l’humanité sont dépassées : climat, biodiversité, usage des sols, eau douce, cycles de l’azote et du phosphore, pollutions chimiques et acidification des océans6. Dépasser une limite ne signifie pas une catastrophe immédiate, mais un risque croissant de changements brutaux. Voir la fiche Limites planétaires.

Ce qui reste une hypothèse

Le rapport Meadows, cinquante ans après

En 1972, le rapport sur « les limites à la croissance » modélisait plusieurs scénarios d’évolution mondiale. Une comparaison avec les données réelles, publiée en 2021, conclut que l’évolution observée reste proche de deux scénarios : l’un où la croissance ralentit puis décline vers le milieu du siècle, l’autre où un progrès technologique rapide permet d’éviter le déclin7. Il s’agit d’une seule étude, et un modèle aussi agrégé décrit des tendances, pas des prévisions datées. Voir la page Le rapport Meadows de 1972.

Les scénarios extrêmes sont peu étudiés

Une équipe internationale a souligné en 2022 que les scénarios catastrophiques (réchauffement de 3 °C ou plus, rétroactions en cascade, effets sur la stabilité des sociétés) sont paradoxalement les moins étudiés, alors qu’une bonne gestion des risques exige de les examiner. Elle propose un programme de recherche dédié, sans conclure qu’ils sont les plus probables8.

Ce qui n’est pas démontré

  • Une date. Aucune étude reconnue ne permet de dater un effondrement mondial. Les annonces datées faites ces dernières années ne reposaient pas sur une méthode scientifique.
  • L’inévitabilité. Les trajectoires dépendent des décisions humaines : les projections de réchauffement pour 2100 ont d’ailleurs baissé depuis 2015 grâce aux politiques climatiques et à la baisse du prix des renouvelables. Voir La réalité climatique en 2026.
  • Un effondrement uniforme. Si des chocs graves surviennent, elles toucheront d’abord et plus durement les régions et les populations les plus vulnérables. Parler d’un effondrement global et simultané masque cette inégalité.

Le piège du fatalisme. Penser qu’il est trop tard conduit au même résultat que nier le problème : ne rien faire. La recherche sur les « discours du retardement » range d’ailleurs la résignation parmi les arguments qui freinent l’action9. Voir Climatoscepticisme et déni.

Ce qui réduit le risque

  • Limiter le réchauffement : chaque dixième de degré évité réduit la probabilité de franchir des seuils. Voir Chaque dixième de degré compte.
  • Protéger les écosystèmes qui régulent le climat, l’eau et la production alimentaire.
  • Renforcer la résilience des systèmes essentiels : alimentation locale et diversifiée, eau, santé, énergie.
  • Réduire les inégalités : les populations précaires sont les plus exposées à ces chocs, et les mesures climatiques sont mieux acceptées lorsqu’elles sont perçues comme justes.

Pour aller plus loin

La série vidéo d’Absol Vidéos

Une série documentaire en quatre parties, très sourcée, qui présente la collapsologie, ses critiques et ses limites. Les opinions qui y sont exprimées n’engagent que son auteur. La quatrième partie suffit pour une première approche.

Absol Vidéos, « Le pire fléau de la théorie de l’effondrement », partie 4 de la série, janvier 2022.

Lectures

  • Dennis Meadows, Donella Meadows et Jørgen Randers, Les Limites à la croissance (dans un monde fini), Rue de l’échiquier, 2012.
  • Jared Diamond, Effondrement, Gallimard, 2006.
  • Jean-Pierre Dupuy, Pour un catastrophisme éclairé, Seuil, 2002.
  • Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer, Seuil, 2015.
  • Philippe Bihouix, Le bonheur était pour demain, Seuil, 2019.

Sources et notes

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  1. Diamond, Effondrement : comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, Gallimard, 2006 (édition originale : Collapse, 2005). Aller à la note de bas de page 1
  2. Servigne et Stevens, Comment tout peut s’effondrer, Seuil, 2015. Aller à la note de bas de page 2
  3. GIEC, Climate Change 2022: Impacts, Adaptation and Vulnerability, résumé pour les décideurs, B.5. ipcc.ch Aller à la note de bas de page 3
  4. Armstrong McKay et al., « Exceeding 1.5 °C global warming could trigger multiple climate tipping points », Science, 377, eabn7950, 2022. doi.org Aller à la note de bas de page 4
  5. Lenton et al., Global Tipping Points Report 2025, octobre 2025. ebd.csic.es Aller à la note de bas de page 5
  6. Potsdam Institute for Climate Impact Research, Planetary Health Check 2025, 24 septembre 2025. stockholmresilience.org Aller à la note de bas de page 6
  7. Herrington, « Update to limits to growth: Comparing the World3 model with empirical data », Journal of Industrial Ecology, 25, 614-626, 2021. doi.org Aller à la note de bas de page 7
  8. Kemp et al., « Climate Endgame: Exploring catastrophic climate change scenarios », PNAS, 119, e2108146119, 2022. doi.org Aller à la note de bas de page 8
  9. Lamb et al., « Discourses of climate delay », Global Sustainability, 3, e17, 2020. cambridge.org Aller à la note de bas de page 9