lundi , 6 juillet 2026

Urgence climatique en Suisse : le plan qui manque encore

Dernière modification le 6-7-2026 à 18:37:50

Le constat : pourquoi les demi-mesures ne suffisent plus

La Suisse n’échappe pas à l’accélération du réchauffement. Les scénarios climatiques nationaux Climat CH2025, publiés par MétéoSuisse et l’EPFZ, montrent un réchauffement plus important que ne le prévoyaient les projections précédentes, conformément au réchauffement rapide déjà observé. Dans un monde à +3°C, la Suisse doit s’attendre à un réchauffement environ 10 à 15% plus fort que ce qu’indiquait la génération précédente de scénarios (CH2018). Ces données servent aujourd’hui de référence officielle pour la planification d’adaptation de la Confédération, des cantons et des communes.

Ce n’est donc pas une posture alarmiste que d’affirmer que la trajectoire actuelle est insuffisante — c’est ce que disent les organismes scientifiques mandatés par le Conseil fédéral lui-même. La question n’est plus de savoir s’il faut agir, mais comment structurer une action à la hauteur du problème plutôt qu’un empilement de mesures sectorielles disjointes.

Ce qu’impliquerait un vrai plan d’urgence

Aujourd’hui, la recherche climatique, la politique agricole et la protection de l’environnement avancent souvent avec des logiques institutionnelles différentes. Si l’OFEV et l’OFAG collaborent déjà sur de nombreux dossiers, leurs missions premières ne sont pas identiques : l’OFEV est chargé de préserver les ressources naturelles tandis que l’OFAG veille à garantir une production agricole durable, la sécurité de l’approvisionnement alimentaire et la viabilité économique des exploitations. Ces objectifs convergent largement, mais conduisent aussi à des arbitrages parfois complexes concernant l’utilisation des produits phytosanitaires, les excédents d’azote, l’intensité de l’élevage ou l’usage des sols. Les rapports communs des deux offices montrent d’ailleurs que plusieurs objectifs environnementaux de l’agriculture ne sont toujours pas atteints.

Une taskforce : L’objectif ne serait pas de créer une structure supplémentaire, mais de disposer d’un organe capable d’arbitrer rapidement lorsque les objectifs entrent en tension.

Une taskforce fédérale dédiée aurait précisément pour rôle non pas de remplacer ces institutions, mais de leur donner un mandat commun, avec des objectifs climatiques, agricoles, sanitaires et économiques clairement hiérarchisés. Elle pourrait coordonner les travaux des universités, de l’OFEV, de l’OFAG, d’Agroscope, des écoles d’agriculture, des cantons et des associations concernées, afin de construire une stratégie cohérente plutôt qu’une juxtaposition de politiques sectorielles. L’objectif ne serait pas de créer une structure supplémentaire, mais de disposer d’un organe capable d’arbitrer rapidement lorsque les objectifs entrent en tension.

L’assemblée citoyenne tirée au sort : une piste crédible, pas une utopie

L’idée d’une assemblée citoyenne instruite par la science pour proposer des solutions n’est pas théorique. La France l’a expérimenté grandeur nature avec la Convention Citoyenne pour le Climat (2019-2020) : 150 personnes tirées au sort, représentatives de la diversité de la population française, mandatées pour définir des mesures permettant une baisse d’au moins 40% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, dans un esprit de justice sociale. Après huit mois de travail, la Convention a formulé 149 propositions, dont le président de la République a annoncé en retenir 149… moins trois.

C’est là qu’il faut être honnête sur les limites de l’exercice plutôt que de le présenter comme une solution miracle. Le bilan est mitigé : selon les décomptes, environ un tiers des mesures retenues ont été reprises entièrement ou partiellement, mais les citoyens eux-mêmes ont jugé sévèrement cette traduction — aucun des six grands thèmes de propositions n’a obtenu la moyenne lors de leur vote final, avec des notes aussi basses que 2,7 sur 10 pour la transposition du délit d’écocide. Le mécanisme de tirage au sort et de délibération éclairée fonctionne donc bien en amont — il produit des propositions cohérentes et informées — mais reste vulnérable en aval, au moment où le pouvoir exécutif et législatif filtre, dilue ou reformule.

Une assemblée citoyenne tirée au sort n’est pas une utopie, c’est un dispositif documenté avec un mode d’emploi et des points de vigilance connus.

Pour la Suisse, ça change la manière de présenter la proposition : une assemblée citoyenne tirée au sort n’est pas une utopie, c’est un dispositif documenté avec un mode d’emploi et des points de vigilance connus. Le vrai enjeu n’est pas sa faisabilité mais la garantie de sa mise en œuvre — ce qui suppose, en amont, un engagement contraignant (constitutionnel ou légal) plus fort que la simple promesse politique qui a échoué en France.

Facile à dire…

Le discours peut sembler simpliste. Il est vrai qu’en quelques lignes, il est difficile de développer un projet concret et détaillé. Cependant, il est tout aussi évident que poursuivre sur la voie actuelle ne permettra pas de répondre aux catastrophes environnementales en cours.

Poursuivre sur la voie actuelle ne permettra pas de répondre aux catastrophes environnementales en cours

Prendre le taureau par les cornes implique d’élaborer un véritable plan d’urgence, à la fois efficace et soutenable, pour garantir la viabilité des générations futures. Pour ce faire, la Confédération suisse pourrait initier un programme ambitieux, rassemblant les forces vives de la nation.

Les universités 1, l’OFEV, l’OFAG, les associations environnementales et agricoles, ainsi que les écoles d’agriculture devraient travailler main dans la main, au sein d’une taskforce dédiée, pour développer des solutions concrètes. Cette taskforce aurait pour mission de coordonner les recherches, de proposer des mesures immédiates et de garantir une approche intégrée des défis agricoles et environnementaux.

Une innovation majeure, comme déjà abordée ci-dessus, serait également de mettre en place une assemblée citoyenne, composée de citoyen·ne·s tiré·e·s au sort. Une fois formée et instruite grâce aux recherches scientifiques et aux données agricoles actuelles, cette assemblée pourrait formuler des propositions audacieuses et adaptées aux réalités suisses.

Réduire une telle démarche à une simple utopie serait non seulement un renoncement, mais aussi un gaspillage d’une opportunité unique. Ce projet représente un défi de taille, mais également une chance de rapprocher les citoyen·ne·s, de renforcer le lien social et de donner un nouvel élan de fierté à la population suisse. En relevant ce défi, la Suisse pourrait non seulement rester digne face aux crises écologiques, mais aussi devenir un modèle de résilience et d’innovation.

Références

  1. Ferme de Bassenges : EPFL contre Bassenges : la durabilité sacrifiée ? et Ferme de Bassenges : ce que cache vraiment le projet Bernoulli []

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