mardi , 29 septembre 2020

FAQ – Questions Fréquentes

Table des matières

Dernière modification le 21-9-2020 à 22:26:18

C’est quoi cette histoire ?

“Ils sont alarmistes”

Non, pas vraiment. Pour s’en rendre compte, il suffit de revenir aux prévisions faites au début du 21e siècle pour la période 2020, qui sont largement dépassées. Dans le rapport de l’organe consultatif pour le réchauffement climatique de 2007, on tablait pour 2050 sur une “hausse des températures de 1.8 °C en hiver et de 2.7 °C en été en Suisse septentrionale et de 1.8 °C en hiver et 2.8 °C en été en Suisse méridionale”, ce qui apparaît bien sous-estimé, puisqu’on enregistre, aujourd’hui déjà, un réchauffement d’environ 2.5°C en suivant la progression depuis 1960 et 3°C degrés (projection 2020) de moyenne sur l’année en Suisse. Nous trouvons ce graphique dans le rapport de l’organe consultatif pour le réchauffement climatique (Suisse p.11). Le GIEC trop optimiste : www.france-science.org  ?  De nouvelles études du CNRS à +7° ? Réseau action-climat Une Vidéo des Citoyens Pour Le Climat Dans le graphique de droite, les données “MétéoSuisse” son complétées pour l’année 2020 avec la moyenne des années 2018-2019 afin d’avoir un pronostique pour l’année complète. En 2020: La Suisse à + 3 °C après 2014  à +2.61, 2015 à +2.77 et 2018 à + 2.98, 2020 va  faire passer le réchauffement à +3°C par rapport à la moyenne 1863-1900. Le chiffre de +1.8 (2018) ou +1.9 (2020) est la valeur moyenne sur les 30 dernière années, durée considérée comme pertinente pour déterminer le climat d’une région, en atténuant les variations aléatoires. Durant une phase d’augmentation des températures telle que nous vivons, ce chiffre a dès lors “15 ans de retard”. Graphiques complet des données MétéoSuisse. Conversation avec Maxx Dilley de l’organisation météorologique mondiale.

“Les Suisses sont toujours premiers de classe

Oui… et non (Suisse championne des entraves / La suisse propre en ordre). Nous sommes bien dans le peloton de tête pour ce qui est du pouvoir d’achat. Or,  plus de pouvoir d’achat est égal à plus de consommation. Et plus de consommation… génère plus de gaz à effet de serre (GES): dioxyde de carbone (CO2), méthane, protoxyde d’azote. Dans ce sens, nous sommes parmi les pires des pollueurs, puisque nous émettons en Suisse environ 14 tonnes d’équivalents-CO2 par personne et par an (6 tonnes dans le pays, le reste par nos achats de biens provenant de l’étranger). On considère qu’il serait raisonnable, pour faire notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique, de n’en générer qu’environ 1.5 à 2 tonnes. Oui, c’est près de 10 x moins. Ce qui implique donc de mettre en place de gros changements dans nos modes de vie. Nous voyons aussi que le plan du conseil fédéral n’est pas suffisant pour atteindre ces objectifs. Bien qu’il ait revu à la hausse, en août 2019, ses ambitions de limiter les émissions de GES, visant désormais non plus de 50% de réduction mais carrément la neutralité carbone en 2050, celles-ci ne concernent toujours que celles qui sont produites sur le territoire suisse (La suisse est en train de rater son objectif). Pour parvenir à la cible des accords de Paris, c’est bien 0% net qu’il faut viser en 2050 y compris les émissions à l’étranger (voir la conclusion de son propre rapport p. 182). Et comme on l’a vu plus haut, c’est bien là que les Suisses produisent le plus de GES. Le conseil fédéral s’était basé sur un rapport de l’OcCC de 2007 dont les “données fondamentales” sont trop optimistes. Sur le graphique présenté à la page 11, la courbe médiane, en rouge, est à +0.5° en 2020. Or, dans la réalité, la vitesse effective du réchauffement a été deux fois plus rapide pour la Suisse, qui a déjà atteint les +1.24°C (projection pour 2020, probablement un peu trop basse au vu des premiers mois très chauds) démontrant ainsi que les prévisions, qui doivent tenir compte d’un grand nombre de paramètres, sont difficiles à établir et peuvent sous-estimer le danger. C’est pourquoi il est indispensable de faire prévaloir un principe de précaution pour ces questions.

“La météo a toujours été capricieuse”

Attention, météo et climat sont deux choses bien distinctes. La différence est essentiellement une question d’échelle temporelle. La météo est le temps qu’il fait à court terme, dont nous avons, à notre échelle d’humains, une perception claire et immédiate. Elle peut, ponctuellement ou même sur une période de plusieurs années, enregistrer des variations assez importantes. Le climat, lui, concerne des évolutions et modèles à bien plus long terme, et dont les effets sont nettement moins perceptibles dans notre quotidien. Or, si nous faisons une moyenne sur plusieurs décennies, on se rend compte que les mesures mondiales de températures de l’air, mais aussi des océans, montrent une augmentation nette et qui se produit à très grande vitesse. A l’échelle de la planète, et de ce que nous savons du climat des quelques milliers d’années qui nous ont précédés (voir notre page “Réchauffement climatique”), jamais encore, un tel réchauffement ne s’était produit aussi rapidement. Les glaciers, sentinelles du climat, nous informent très clairement sur les tendances à long terme…Et il disparaissent. Pour aller un peu plus loin, il est utile de parcourir cet historique de l’établissement progressif de ces certitudes.

“C’est la faute au soleil / au rayonnement cosmique / à l’activité volcanique”

Chacun de ces phénomènes est bien connu et peut être mesuré de manière indépendante. S’ils peuvent provoquer des perturbations météorologiques ou climatiques localisées, aucun ne permet d’expliquer, ni en soi ni cumulés, cette augmentation soudaine et régulière des températures depuis le début de l’ère industrielle, ni son évolution si rapide à l’échelle de l’histoire planétaire ou ses proportions. En fait, notre planète est dotée de mécanismes qui stoppent largement les effets de ces phénomènes, avec lesquels elle cohabite depuis des milliards d’années. Les particules solaires et cosmiques sont notamment freinées dans leur course et détournées par le champs magnétique terrestre. La couche d’ozone est quant à elle un bouclier efficace contre le rayonnement – notamment les dangereux ultra-violets. Les éruptions volcaniques peuvent bel et bien avoir un effet sur le climat pendant un certain temps (voir l’épisode de 1815 et l’éruption du mont Tambora: www.lumni.fr/video/l-effet-des-volcans-sur-le-climat). Mais celui-ci tend plutôt vers un refroidissement plus ou moins long et localisé. De plus, les dernières décennies n’ont pas montré de regain d’activité de ce type qui pourrait expliquer l’ampleur des changements en cours. Voir aussi: www.nature.com/articles/ngeo2098 En revanche, les études qui analysent les quantités et le comportement des gaz à effet de serre dans notre atmosphère montrent très clairement leur implication dans le réchauffement actuel. Les concentrations de gaz à effet de serre (GES) ne cessent d’augmenter. Les taux de dioxyde de carbone (CO2) sont passés d’environ 280 ppm (partie par million) dans les années 1850 à plus de 400 ppm dès 2014, atteignant 412 ppm en 2020. Or, cette évolution ne peut être expliquée que par les émissions issues de l’activité humaine, notamment de la combustion à large échelle d’énergies fossiles. C’est tout le travail d’analyse des études scientifiques du GIEC (IPCC en anglais). Les êtres humains et les émissions engendrées depuis l’avènement de l’ère industrielle sont donc bien les premiers responsables du réchauffement climatique actuel.

Les forêts ne sont pas mortes, alors qu’on en a fait tout un plat dans les années 80 !”

La crainte de la mort des forêts a été bien réelle durant presque 10 ans. Mais si cette catastrophe n’a pas eu lieu comme annoncée, c’est grâce aux mesures prises pour diminuer les émissions de dioxyde de soufre, à la source des fameuses “pluies acides” dont on parlait beaucoup à l’époque, et que l’on rejetait alors massivement dans l’atmosphère. Grâce à ces décisions, leurs émissions ont été divisées par 40, ce qui a eu pour effet de limiter l’impact sur l’acidification des sols et soulager la pression des activités humaines sur la forêt (Extrait du rapport du conseil fédéral sur l’environnement p.92). Preuve en est que prendre des mesures concrètes peut avoir un véritable effet (une explication intéressante: blogs.letemps.ch/alberto-mocchi/2019/07/03/la-mort-des-forets-un-mensonge-decolos/) Emissions de SO2 Mais les menaces sur les forêts n’ont pas pour autant disparu. Elles sont les témoins de l’évolution du climat, qu’elles subissent dirrectement. Avec le réchauffement, exit sapins, hêtres et épicéas! Toutes ces essences souffrent actuellement de la hausse des températures et des sécheresses successives et risquent d’être remplacées très rapidement par des espèces plus résistantes. A voir, cet article sur l’état actuel de la forêt et cet ouvrage qui regroupe des études récentes sur la forêt suisse.

“C’est la faute à ceux qui prennent l’avion”

Prendre l’avion sur de courtes distance et/ou pour des motifs futiles est une activité qui doit / qui va disparaître. Pour ce type de trajets, voler n’a en effet pas de sens, vu son fort impact sur l’émission de gaz à effet de serre (GES), et les alternatives bien plus écologiques et tout aussi pratiques offertes par d’autres moyens de transports, tels que le train. En Suisse, l’avion représente actuellement 10% de nos émissions, ce qui n’est pas négligeable, ce taux étant de 3% en moyenne en Europe. Mais on peut également agir sur d’autres modes de transport, comme la route, qui en représente 32% de nos émissions, soit autant de GES qu’en 1990. De multiples mesures ont été prises, pour en limiter l’impact, qui ont à chaque fois été mises en échec, les émissions ainsi épargnées étant rapidement compensées par l’augmentation du parc véhicule ou les stratégies des importateurs/des fabricants visant à vendre des véhicules toujours plus gros (voir 4×4). Vous devez acheter une voiture?  Sélectionnez 5***** sur ce site écomobiliste.

“Les bâtiments, ce chauffage, ça consomme c’est l’horreur”

C’est vrai, c’est l’un des principaux consommateurs d’énergie fossile. Toutefois, en Suisse, c’est un domaine sur lequel on a travaillé et dont la consommation a été divisée par 2 en environ 40 ans (la courbe verte à la page 3). Il y a donc encore à faire, mais sur ce coup, il existe une taxe CO2 et un programme qui fonctionne. Grâce à cela, de nouveaux bâtiments se font refaire la façade tous les jours. Si l’on regarde ce que nous disent nos statistiques – ci-dessous – sur notre impact environnemental global, on voit vite que le  no 1 de la liste, c’est L’alimentation! Dans ce domaine, nous pouvons vraiment changer notre comportement, dès aujourd’hui. Conseils de L’Etat de Fribourg, Evaluation de quelques labels, Energie-enviromment.ch Tiré du “Rapport sur l’environnement 2018” p.31

“L’agriculture, pour elle, pas de changement”

Bien au contraire: l’agriculture va au-devant d’énormes changements et devra nécessairement s’adapter et se réinventer. Et ceci pas uniquement parce que la sensibilité des mesures de pesticides dans l’eau potable, tout comme celle du public (liens sur les deux initiatives fédérales), deviennent toujours plus précises et aiguisées sur ces questions. Avec le réchauffement climatique, la culture de nombreuses espèces végétales, telles que les pommes de terre et les pommes, vont souffrir et devenir de plus en plus difficiles, en raison d’un cumul de nouvelles conditions: vagues de chaleur, sécheresses à répétition, gelées tardives, ou encore nouveaux parasites et nouvelles générations de parasites existants (allongement de la saison = 3 générations de mouches au lieu de 2). De plus, l’import massif de protéines pour assurer l’apport en nourriture de notre filière viande (47% local en 2019) pose de graves problèmes environnementaux. On peut aussi signaler des déficits attendus en eau pour la région de la Birse et de Broye-Menthue mais également de nouveaux parasites et champignons qui étaient éliminés par le froid hivernal. Mais ça c’était avant. Quelques statistiques sur l’agriculture et notre rapport à la nourriture.

“La voiture électrique, c’est elle qui va nous sauver !”

La comparaison montre que pour des voitures de même type, on gagne… ~10% d’impact écologique avec une voiture électrique (mais 50 % en passant de 1 à 2 occupants dans la voiture à essence). Les transports publics ou le covoiturage font beaucoup mieux que le lithium. Tiré du “Rapport sur l’environnement 2018” p.72 Les transports publics ou le covoiturage, c’est mieux,en suisse le taux d’occupation d’une voiture est de 1.6 alors que la plupart sont des 4 places ou plus. Pourrions-nous faire mieux ? Peut-être avec un logiciel de covoiturage dynamique. C’est la version moderne de l’auto-stop, sans risque puisque chacun est identifié, et avec pourquoi pas, un dédommagement du chauffeur. (Effet immédiat, coût faible, élimination des bouchons, on aime !!) Si vous devez quand-même acheter une voiture, sélectionnez les 5 ***** sur ce site

La croissance est nécessaire, il faut donc s’orienter vers la croissance verte, comme le propose Bertrand Piccard

Il est tentant d’imaginer qu’un effort extraordinaire de réorientation de nos industries pourrait les rendre compatible avec le “développement durable”, mais cette idée est un leurre. La conversion au “développement durable” était probablement encore possible il y a 30 ou 40 ans dans le sillage des publications du Club de Rome sur les limites de la croissance. Mais en plus des difficultés matérielles, les mentalités sont verrouillées et il n’est aujourd’hui physiquement plus possible de convertir l’appareil industriel mondial dans le temps imparti (voir article: Le mirage de la croissance verte) Qui plus est, une des idées qui sous-tend la recherche de croissance, à savoir que plus d’argent génère plus de bonheur, est largement mise en doute, une fois qu’un certain niveau de revenu est atteint (voir “le paradoxe d’Easterlin” ). Presque tout le monde a compris  aujourd’hui qu’  “achetez et vous serez heureux” ne fonctionne plus malgré le matraquage des publicitaires. Il est donc plus que temps de questionner le but de la croissance, et de baser nos choix sociétaux sur d’autre indicateurs que la croissance du PIB (qui nécessite une croissance des flux de matière et d’énergie), tels que le bien être, le temps libre disponible à l’épanouissement personnel, ou la capacité de vivre dans un environnement sain.

“Les Chinois et les Américains, c’est eux qui doivent diminuer, nous, on est un tout petit pays”

Notre pays est effectivement petit par sa population, mais n’en est pas moins le premier gestionnaire de fortune étrangère au monde, et une des plus importante place de négoce des matières premières. Nous sommes également les premiers du classement des investissement dans les énergies fossiles par habitant (un Suisse investit plus de 80 fois plus d’argent dans les énergies fossiles qu’un Chinois) notamment via nos caisses de pensions comme par exemple la caisse de l’Etat de Vaud. Où nous réalisons que nous gérons des capitaux qui génèrent 20 fois plus de CO2 que la production propre du pays. Et notre banque nationale n’est pas en reste puisqu’elle finance encore massivement les énergies fossiles. Si notre impact est limité en raison du petit nombre d’habitants, nous sommes chaque habitant, parmi les plus gros producteurs (direct et indirect) de gaz à effet de serre et à ce titre, avons une responsabilité particulière pour mettre en oeuvre et tester des solutions que notre niveau de vie permet de financer. A ce propos, il n’est pas question de miser sur des solutions de type greenwashing pour nous acheter une bonne conscience, comme nous avons trop souvent tendance à le faire. Avec un objectif de diminution d’environ 20% par année nécessaire pour atteindre les objectifs des traités que nous avons ratifié (Voir “il n’y pas le feu au lac) nous allons devoir tout faire pour diminuer notre impact.

“Taxez le CO2 plutôt que le travail !”

Comme le parlement Suisse a refusé l’introduction d’une taxe CO2 en 2018 sous la pression des partis bourgeois majoritaires à cette chambre, seuls les combustibles (mazout ou gaz de chauffage) sont actuellement taxés dans notre pays. Une révision complète de la loi sur le CO2 est actuellement (septembre 2020) en phase de finalisation. Celle-ci devrait également taxer le CO2 émis par les transports. Le projet initialement présenté en automne 2018 n’était pas à la hauteur des enjeux: “L’objectif de diminuer de moitié les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 1990 n’a pas été contesté et la limite du réchauffement planétaire a été abaissée à en-dessous de 2 degrés”. Mais notre parlement ne se donne pas les moyens d’atteindre ces buts. Faut-il y voir un résultat de la sensibilité écologique de nos élus ? Il est très important d’aller voir leur évaluation sur ce plan, avant de voter.

L’eau monte, c’est ennuyeux, mais il n’y a pas que ça…

Car en plus de l’eau qui monte, il y a aussi les incendies en Australie et dans le reste du monde, l’acidification des océans les ouragans de plus en plus énergétiques et les vagues de chaleur  qui vont rendre des parties plus ou moins grandes de la Terre totalement inhabitables. Or, tout ceci dépend largement de l’ampleur de l’élévation des températures que nos activités vont encore engendrer.

“On ne va pas mourir de chaud !”

Malheureusement oui, littéralement dans certaines régions du monde! Nous utilisons notre transpiration pour réguler notre chaleur corporelle, mais si l’air est trop humide… cela ne fonctionne plus ! La notion de “chaleur humide” est critique dans cette situation, et la mesure au “thermomètre mouillé” (Wet Bulb en anglais) permet de simuler l’échauffement d’un corps humain. La mesure de 35°C à 100% d’humidité est la limite de survie de n’importe quel corps humain. Elle va, de plus en plus régulièrement et sur de longues périodes, créer des hécatombes pour les personnes qui n’ont pas accès à l’air climatisé dans les régions tropicales notamment. Nous parlons hélas de millions de vies en jeu en Inde, Pakistan, Nigeria, Indonésie…

“Il y a trop de monde sur terre, il faut arrêter l’aide aux pays pauvres”

Comme cette vidéo du site gapminder.org l’explique très bien, c’est au contraire en supprimant la grande pauvreté que nous pourrons limiter la population. Il faut donc à l’inverse augmenter et cibler l’aide au développement à destination des pays à forte natalité et donc à grande pauvreté. De plus, les gaz à effet de serre sont pour une grande partie directement ou indirectement générés par les pays les plus riches  vidéo DATA gueule (la part indirecte provenant de la consommation de biens produits à l’étranger). En effet, les émissions sont liés à la consommation, et donc au revenu. Nous pouvons lire sur ce graphique basé sur les statistiques de l’ONU que les émissions augmentent exponentiellement avec le revenu. A noter que l’on ne tient ici compte que des émission de CO2 générées à l’intérieur du pays. Voici une étude récente de l’université de Cambridge qui montre la répartition des émissions en fonction du revenu. A titre de comparaison, un Somalien génère 45 kg de CO2 là où nous, Suisses, comptons en tonnes. Et ce seront justement les pays les plus pauvres qui seront le plus rapidement et le plus fortement impactés par le réchauffement climatique (montée des eaux au Bangladesh, chaleur mortelle au Pakistan, …). Les pauvres ne produisent que très peu de CO2 Le  graphique ci-dessous détaille la répartition des émissions de CO2 par secteur en fonction des tranches de revenus pour les pays de l’union européenne. On voit clairement que les secteurs non-vitaux liés aux loisirs (comme les voyages aériens) augmentent fortement avec le revenu, alors que les émissions liées à la nourriture sont sensiblement les mêmes au sein des 40% les plus riches (qui partagent tous une base de nourriture carnée abondante).

“On paye déjà beaucoup trop de taxes, on ne va pas en ajouter pour l’environnement”

Selon le rapport de l’OCDE p.25 notre fiscalité environnementale est faible et en baisse, ce qui est exactement l’inverse de ce qu’il faudrait faire compte tenu des problèmes auxquels nous devons faire face. Il est d’ailleurs impressionnant de voir comment nous en sommes arrivés à avoir un coût de la voiture/passager/kilomètre qui est identique au coût des années 90 alors que le revenu moyen a augmenté de 25% et que le prix des transports publics a augmenté de 35%! Voir aussi “Transports énergie déchets” sur la RTS Rapport du conseil fédéral sur l’environnement 2018 p. 72

La Suisse a déjà beaucoup de dettes, investir dans la transition écologique va déséquilibrer le budget

Le budget de la confédération est “maladivement” positif depuis trop longtemps. Une peur de générer des dettes d’où découle le système du frein à l’endettement, a contribué à limiter de manière drastique les budgets. La Suisse a par ailleurs multiplié les gestes pour promouvoir sa compétitivité fiscale pour les entreprises. La Suisse devrait investir plus car sa dette est trop faible, ce qui pose de multiples problèmes (comme le fameux “Franc fort”) dans un environnement plus fortement endetté. A ce propos, le discours de M. Jean-Pierre Danthine, qui a été président de la BNS, est clair: “La Suisse a des réserves que l’on pourrait utiliser pour un projet d’avenir, comme la transition écologique” (RTS Matinales 15 janvier 2019)

“C’est pas juste, ma génération va payer pour celle des 30 glorieuses”

Effectivement, mais si notre génération n’agit pas maintenant (voir “il n’y a pas le feu au lac”), la charge reportée sur nos enfants sera bien pire. Une étude parue dans la revue Nature montre en effet que le maintien de notre trajectoire actuelle d’émissions aurait un coût chiffré entre 120’000 et 600’000 milliards de dollars d’ici à 2100. La banque mondiale a chiffré l’alternative, à savoir qu’investir 90’000 milliards de dollars d’ici à 2030 permettrait de réorienter l’économie mondiale de manières à éviter les coûts ci-dessus grâce à un limitation de l’augmentation de la température entre 1.5 et 2°C. Ce montant est clairement plus limité, tout en maintenant un climat viable sur notre planète! Si nous ramenons ce chiffre aux pays industrialisés de l’OCDE, soit 1.3 milliards d’habitants (4 si l’on ajoute la Chine et l’Inde) cela correspond à un investissement de 70’000 USD (ou 22’500) par habitant. A l’échelle de la Suisse et de ses 8.6 millions d’habitants, 600 (ou 200) milliards seraient donc à investir… toujours avant 2030. Il serait bien plus efficace de commencer tout de suite, en investissant 60 (ou 20) milliards par an pendant la prochaine décennie, que d’attendre 2029. Dans tous les cas, l’étude de Nature montre également qu’investir dans des technologies bas-carbone maintenant sera clairement moins coûteux que de couvrir les dommages causés par le réchauffement climatique demain. A noter que les chiffres du coût du réchauffement climatique ne prennent pas en considération les risques d’emballement liés aux boucles de rétroactions positives, qui pourraient avoir un effet démultiplicateur et agraver des conséquences. A l’échelle de notre pays, une première estimation du coût qu’aura le changement climatique pour nos infrastructures (uniquement) a été faite en octobre 2019, et s’élève à environ 1 milliard de francs suisses par année. Les dommages économiques du changement climatique

“Bon, mais y a pas le feu au lac !”

  • La figure ci-dessous (tirée de “Onu environnement Gap report”) montre comment devraient évoluer nos émissions de CO2 pour maintenir le réchauffement sous la barre de +1.5, +1.8 et +2°C (courbes du bas, avec une diminution plus ou moins rapide des émissions). Il montre également comment ces émissions vont évoluer si les pays ne font pas plus d’efforts que ce à quoi ils se sont engagés jusque là. Nous voyons très clairement que les engagements actuels sont nettement insuffisants, même pour contenir l’élévation thermique moyenne sous la barre des 2°C. D’autres graphiques de ce genre sont également disponibles dans le rapport de l’Europe sur l’état de l’environnement. Nous trouvons par ailleurs dans le monde en chiffres deux graphiques qui montrent que plus nous attendons, et plus la descente devra être vertigineuse pour conserver cette terre agréable (+1.5°C, actuellement très difficile, et physiquement impossible dès 2026 si nous n’agissons pas fermement au cours des 5 prochaines années) ou peut-être supportable (+2°C). Des graphiques tirés des deux précédents montrent le taux de décroissance que notre production mondiale de CO2 devrait suivre en fonction de l’année du “start”, pour atteindre  +1,5°C et pour +2°C et conserver ainsi une planète vivable. Il existe un suivi des investissement consentis dans le monde, qui s’élèvent actuellement à environ 500 milliards de USD par an, publique et privé réunis. Mais c’est à nouveau clairement insuffisant, car des calculs de l’ONU (PNUE) estiment qu’il faudrait entre 1’600 et 3’800 milliards par an pour rester sous la barre des +1.5° rien que pour le secteur énergétique. A titre de comparaison, les investissements actuels sont plus importants dans le pétrole (825 Milliards en 2016) que dans le renouvelable (env. 450 milliards).

Comment savoir sur quel paramètre on doit agir ?

Facile, vous pouvez jouer avec le simulateur de climat du MIT. On constate alors que l’on doit …tout… faire.

Ce qui nous pend au nez

Les systèmes climatiques locaux sont des dispositifs complexes, et hautement non-linéaires. Passé un certain seuil (tipping-point en anglais), certains de ces systèmes vont basculer dans un état dont il sera impossible des les en faire ressortir. Ceci est principalement dû à des boucles de rétroaction positives: un phénomène peut s’auto-amplifier, comme par exemple la fonte de la banquise: plus il fait chaud, plus elle fond; plus elle fond, moins la lumière du soleil est réfléchie; moins la lumière solaire est réfléchie, plus l’atmosphère se réchauffe; et ainsi de suite. De nombreux points de basculement régionaux ont été identifiés par les scientifiques. L’illustration suivante en recense les principales: Le seuil auquel ces mécanismes pourraient s’enclencher n’est qu’imprécisément connus. Néanmoins, les membres du GIEC ont affiné l’estimation de ces seuils au fil de leurs rapports. La revue Nature a comparé les conclusions de ces rapports successifs. Il en résulte que plus nos connaissances se développent, et plus nous comprenons que certains de ces points de basculement pourraient se produire à des élévations modestes des températures moyennes. Le GIEC estimait en effet en 2001 que le risque de tels emballements dans un contexte de +3°C d’élévation était insignifiant et modéré jusqu’à +4.5°C. Mais ses nouvelles estimations de 2018 sont autrement plus inquiétantes: le risque d’emballement est en réalité déjà bien présent à +1°C, et devient élevé dès +°2°C. La fonte totale des glaciers alpins, du Groenland, de l’Antarctique-Ouest et de la banquise estivale auront par exemple lieu entre +1°C et +3°C. La plupart des autres points de basculement se situent entre +3°C et +5°C, et les phénomènes les plus stables pourraient à leur tour basculer si l’augmentation dépasse 5°C. Or, si des premiers points de basculements locaux peuvent déjà s’enclencher à +2°C, ils pourraient renforcer le réchauffement climatique jusqu’à +3°C (sans que les humains ne puisse plus y faire quoi que ce soit). Ce qui pourrait à son tour enclencher d’autres points de basculement locaux un peu moins sensibles, et ainsi de suites (tipping-cascade en anglais). Un tel scénario est de plus en plus étudié, car il amènerait la Terre dans un état de fournaise (hothouse earth) pour une durée qui se chiffre en milliers d’années. C’est une des raisons pour lesquelles chaque dixième de degré d’élévation de température compte, car passé +1°C, nous ignorons la marge exacte qui nous sépare d’un tel scénario. Nous avons la certitude que ces points de basculement existent, mais ils ont la dangereuse caractéristique de n’être pleinement visibles qu’une fois dépassés. Le principe de précaution que nous appliquons à tant de domaines devrait nous interdire de nous approcher d’une élévation de +2°C.

Mais alors c’est foutu ?

Que reste-t-il à espérer ?

“Il n’y a plus d’espoir, que les changements puissent être inversés…le contraire de l’espoir, ce n’est pas l’espoir, mais du chagrin…La rapidité du changement, son ampleur et son caractère inévitable nous lient en un seul cœur brisé, pris au piège dans une atmosphère de réchauffement... Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est de courage. Le courage est la résolution de bien faire sans l’assurance d’une fin heureuse.” Kate Marwel Climatologue associée au Goddard Institute for Space Studies de la NASA Texte original traduit en Français

Les jeunes, vous êtes tous des naïfs

Alors que dire des décideurs qui attendent depuis 30 ans (Rio sommet de la terre 1992) que “la main invisible” du marché prenne en compte la limitation évidente des ressources terrestres dans l’équation économique? Naïfs sont ceux qui croient encore que “la technologie”, “l’économie verte” ou pire encore, “la géo-ingénierie” vont nous sortir de l’ornière, sans s’attaquer à la racine du problème. Des changements systémiques sur le plan de l’énergie, de l’alimentation, de la mobilité et des systèmes urbains seront nécessaires pour s’attaquer globalement et efficacement au problème climatique sur le long terme. Ceci nécessitera donc  des modifications structurelles de notre société. “Changer de système” comme indiqué à la page 182 du rapport du conseil fédéral sur l’environnement. Naïfs également sont ceux qui croient aux boniments des nationalistes qui rejettent le problème sur l’étranger. Il est enfin naïf de penser que les politiques en place vont aboutir à autre chose que le status quo, qui nous mènera au mieux à un avenir décrépit, au pire à une dérive fasciste.

Ce que nous pouvons faire tout de suite

Nous ne pouvons pas précisément savoir à quel moment il sera trop tard pour éviter un emballement du système climatique, menant à un scénario de hothouse earth, mais ce que l’on sait déjà maintenant suffit à nous obliger à évoluer (… ou à disparaître dirait Darwin). Mais que changer?  Nous n’avons pas le luxe de choisir les options, il faut tout faire, que ce soit au niveau local, communal, cantonal et national. Il a plusieurs gestes individuels que l’on retrouve sur le site de l’ONU. Nous pouvons également suivre les recommandations du réseau d’économie sociale et solidaire (version audio) de Genève, les 35 propositions de mesures d’un retour sur Terre (France) ou encore  s’inspirer des propositions de la convention citoyenne pour le climat (France). Chacun peut exhorter sa caisse de pension à sortir des investissements fossiles. Il est aussi possible de se former, d’en apprendre plus sur les défis climatiques qui nous attendent (vous êtes d’ailleurs au bon endroit pour ça!). Des formations certifiées par l’ONU existent à ce sujet. Différents  collectifs comme les Citoyens Pour Le Climat, la Grève du Climat, Extinction Rebellion ou encore les Grands-Parents pour le Climat, ont vu le jour ces dernières années pour sensibiliser la population et les politiques à l’ampleur de la crise climatique, ou pour élaborer ensemble des plan d’action ou des propositions concrètes. Il y aura des choses à changer dans notre système de valeurs car nous savons maintenant tous que “Achetez et vous serez heureux” non seulement ne fonctionne pas, mais nous conduit tous ensemble à notre perte. Après les trois blessures narcissiques que sont l’abandon de notre position au centre de l’univers grâce à Copernic, l’abandon de notre création directe par dieu grâce à Darwin, et l’idée de Freud que nous ne sommes pas maître de notre inconscient, nous devons aujourd’hui faire face à une quatrième, “l’impossibilité de consommer autant qu’on veut” qui est une évidence depuis le rapport Meadows dans les années 70.

Ce que l’on a fait en automne 2019

La suisse a élu son nouveau parlement, c’est un virage que nous avons pris, mais il est possible de relever le virage pour être certains que nos parlementaires le prennent. Une élection n’est pas tout, nous pouvons toujours intervenir auprès de nos parlementaires, par exemple par email. Le site Ecorating répertorie chaque décision des parlementaires, prise sous l’angle de la préservation de l’environnement. Il existe également une publication de Pro Natura qui détaille les positions des partis pour des sujets cruciaux liés à l’environnement.

Qualité de notre démocratie

Il est possible de se faire une idée de la qualité démocratique (propension à faire passer les intérêts du plus grand nombre avant les siens) grâce au document tiré de l’étude de “Lobbywatch.ch en Allemand. Vous y trouverez un graphique qui fait l’inventaire des montants reçu par les parlementaires des entreprises de l’assurance et de la finance au cours de la dernière législature. En Suisse, nous avons la démocratie participative dans le sang, mais faisons-nous ce qu’il faut pour avoir une bonne circulation? Certaines communes Françaises expérimentent des outils, utilisons les nôtres. Autre ressources: www.publiceye.ch/fr/