Dernière modification le 9-7-2026 à 11:09:47
On entend souvent que la Suisse ne représente qu’environ 0,1 % des émissions mondiales de CO₂. À quoi bon agir si les plus grands émetteurs, comme la Chine, les États-Unis ou l’Inde, ne font pas suffisamment d’efforts ?
Cet argument paraît logique à première vue. Pourtant, si chaque pays responsable de moins de 1 % des émissions mondiales raisonnait de cette manière, l’immense majorité des émissions ne serait jamais réduite. Le changement climatique est un problème mondial qui ne peut être résolu que par l’addition des efforts de tous les pays.
La Suisse a également une responsabilité particulière. Depuis le début de l’ère industrielle, elle fait partie des pays qui se sont développés grâce aux énergies fossiles. Rapportées au nombre d’habitants, ses émissions historiques figurent parmi les plus élevées au monde. Son niveau de vie, ses infrastructures et son économie se sont construits dans un contexte d’abondance énergétique dont une grande partie de la planète n’a jamais bénéficié.
Par ailleurs, les émissions produites sur le territoire suisse ne reflètent qu’une partie de notre impact réel. Une grande partie des biens que nous consommons est fabriquée à l’étranger. Les émissions liées à leur production sont comptabilisées dans les pays exportateurs, alors qu’elles répondent en réalité à notre demande. Si l’on tient compte de cette empreinte carbone de consommation, l’impact climatique de la Suisse est environ deux à trois fois supérieur à celui mesuré uniquement sur son territoire.
Enfin, la Suisse dispose des moyens financiers, technologiques, scientifiques et démocratiques pour agir rapidement. Les pays les plus riches ont davantage de capacités d’investissement, d’innovation et d’adaptation. Ils ont donc aussi une responsabilité particulière pour montrer qu’une transition est possible et entraîner d’autres pays dans cette dynamique.
L’enjeu dépasse d’ailleurs largement les émissions de CO₂. Réduire notre dépendance aux énergies fossiles améliore la qualité de l’air, renforce notre sécurité énergétique, diminue notre dépendance géopolitique, protège la biodiversité, favorise l’innovation et prépare notre société aux bouleversements déjà en cours.
La question n’est donc pas de savoir si la Suisse peut résoudre seule le problème climatique. Elle ne le peut pas. La véritable question est de savoir si un pays parmi les plus prospères, les plus stables et les plus innovants du monde peut se permettre de ne pas prendre sa part de responsabilité.
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