dimanche , 13 septembre 2026

Lausanne face à la fournaise, les écoles pourraient-elles réinventer le tram ?

Dernière modification le 13-9-2026 à 14:42:52

Après la publication de « Lausanne, un plan parfait pour la canicule… », les Transports publics de la région lausannoise ont expliqué pourquoi le secteur Port-Franc–Lausanne-Flon avait été réalisé presque entièrement en surfaces minérales. Leurs contraintes sont réelles. Elles ne devraient toutefois pas clore le débat. Elles pourraient devenir le point de départ d’un projet pédagogique associant l’EPSIC, l’ETML, les habitantes et habitants, les spécialistes et les autorités pour imaginer un axe plus frais, plus perméable et plus convivial.

Ce que mon premier article mettait en cause

En juillet 2026, je publiais sur etatdurgence.ch un article consacré aux nouveaux aménagements du tram lausannois. Je n’y contestais pas le tram. Un transport public capable de réduire la dépendance à la voiture est indispensable. Je questionnais la manière dont une infrastructure appelée à durer plusieurs décennies avait été intégrée dans une ville qui subira des vagues de chaleur plus fréquentes, plus longues et plus intenses.

Les photographies montraient de longues surfaces minérales, peu d’ombre et très peu de sols perméables. Mon interrogation était simple : lorsqu’une rue entière est reconstruite, pourquoi ne pas traiter simultanément la mobilité, la chaleur, l’eau, la biodiversité et la qualité de l’espace public ?

Depuis, la controverse a pris de l’ampleur. Une pétition intitulée « Le tram, oui. La fournaise, non. » demande de transformer le tracé en parcours de fraîcheur. Blick a également consacré un article au secteur du Flon et recueilli les explications des TL. Ces nouveaux éléments permettent de préciser le problème.

Les limites exposées par les TL

Les critiques se concentrent notamment sur le tronçon Port-Franc–Lausanne-Flon. Selon les TL, planter des arbres en pleine terre y est impossible en raison de la densité des réseaux souterrains : conduites d’eau, électricité, fibre optique, gaz, chauffage à distance et équipements liés au tram occupent déjà le sous-sol.

La végétalisation de la plateforme ferroviaire poserait d’autres difficultés. Le tram circule entre des voies utilisées par le trafic, et les véhicules de secours doivent pouvoir emprunter les rails lorsque la situation l’exige. Les TL invoquent aussi les nombreux déplacements à pied et à vélo, les traversées fréquentes de la plateforme et le risque qu’une végétation au sol soit rapidement dégradée par le piétinement.

La place disponible en surface limite également l’installation d’arbres en pots. Les TL indiquent avoir réexaminé les possibilités de végétalisation durant l’exécution et affirment que le bilan arboré est meilleur que dans le projet approuvé en 2016. Pour le secteur Port-Franc–Flon, leur marge de manœuvre serait désormais très faible. Un parc plus végétalisé est par ailleurs annoncé sur la place de l’Europe.

Ces explications doivent être prises au sérieux. Une conduite souterraine ne disparaît pas parce qu’un dessin prévoit un arbre. Les distances de sécurité autour de la caténaire, les charges, le vent, le feu, l’accessibilité, l’entretien, la neige et le passage des secours imposent des règles strictes. Une proposition crédible doit commencer par les intégrer.

Des contraintes réelles ne signifient pas que toute solution est impossible

L’impossibilité de planter des arbres en pleine terre à un endroit précis ne signifie pas que le seul choix possible soit une rue presque entièrement minérale. Elle oblige à chercher d’autres formes d’ombre, de végétalisation et de gestion de l’eau. Les réponses peuvent varier le long du tracé, car le sous-sol, la largeur de la rue et les usages ne sont pas identiques partout.

Des bacs hors-sol dotés de réserves d’eau, des structures grimpantes, des ombrages légers, des surfaces moins chauffantes, des dispositifs de récupération des pluies, des éléments végétalisés suspendus ou fixés aux bâtiments peuvent être étudiés. Certaines solutions resteront irréalisables. D’autres pourraient fonctionner seulement sur quelques séquences. C’est précisément ce qu’un travail pluridisciplinaire devrait déterminer.

L’objectif ne serait donc pas de plaquer une image spectaculaire sur la rue, mais de tester chaque idée face aux contraintes réelles, d’en mesurer les bénéfices, les coûts et les limites, puis de retenir ce qui est réalisable.

Un défi pédagogique pour l’EPSIC et l’ETML

La rue de Genève longe l’EPSIC et dessert aussi l’École technique – École des métiers Lausanne. Le tracé du tram passe ainsi devant des établissements qui réunissent une grande diversité de savoir-faire. Cette proximité offre une occasion rare : faire de l’axe allant du Flon vers les écoles un laboratoire grandeur nature de l’adaptation urbaine au dérèglement climatique.

Je propose que les directions, les enseignantes et enseignants et les élèves s’empare d’un projet ambitieux pour le soumettre à la ville de L’ausanne : Budget participatif 2026-2027.

Objectif : travailler ensemble sur un cahier des charges fourni par la Ville, les TL et des spécialistes. Celui-ci préciserait les réseaux souterrains, les gabarits du tram, les distances électriques, les flux piétons, les accès aux bâtiments, les besoins des secours, les charges admissibles et les exigences d’entretien. La question soumise aux écoles pourrait être formulée ainsi : comment rendre cet axe plus frais, plus perméable, plus vivant et plus agréable sans compromettre la sécurité ni l’exploitation du tram ?

Posé sur une terrasse, face à un bon café inspirant, le crayon à la main et 30 secondes de traits plus tard.

Trois prompts plus tard et quelques émissions Co2 pour une bonne cause

Chaque métier pourrait apporter une partie de la réponse

Le projet gagnerait sa force dans la coopération entre les filières. Les solutions urbaines ne dépendent pas d’une seule profession. Elles combinent la construction, l’électricité, l’automatisation, l’informatique, le travail du bois et du métal, la santé, l’usage quotidien de la rue et la communication.

  • Les automaticiennes et automaticiens pourraient concevoir des systèmes d’arrosage pilotés selon l’humidité et la météo.
  • Les électroniciennes, électroniciens et informaticiennes et informaticiens pourraient développer des capteurs mesurant la température de l’air et des surfaces, l’humidité et le fonctionnement des installations.
  • Les polymécaniciennes, polymécaniciens, menuisières, menuisiers et ébénistes pourraient réaliser des structures modulaires, des ombrages, du mobilier et des prototypes démontables.
  • Les filières liées à l’électricité pourraient étudier l’intégration de panneaux photovoltaïques aux dispositifs d’ombrage.
  • Les domaines de la santé et de la culture générale pourraient documenter les besoins des personnes âgées, des enfants, des travailleuses et travailleurs exposés ainsi que des personnes à mobilité réduite.

Les élèves pourraient commencer par relever les températures et les usages, cartographier l’ombre au fil de la journée, identifier les endroits où l’eau s’accumule ou ruisselle et interroger les personnes qui fréquentent le quartier. Ils élaboreraient ensuite des maquettes et des prototypes, puis présenteraient leurs résultats à la population et aux autorités.

Des terrasses pour rendre la rue plus conviviale

Mon croquis explore notamment l’idée de terrasses ponctuelles installées au-dessus du gabarit du tram et de la caténaire. Elles pourraient accueillir de la végétation en bacs, des assises, des espaces de rencontre et, là où cela serait compatible avec les contraintes, de petites activités de restauration. Des toitures légères associant ombre, récupération d’eau et panneaux solaires pourraient compléter le dispositif.

Cette hypothèse est volontairement ambitieuse. Elle soulève des questions majeures de structure, d’évacuation, d’accès universel, de sécurité électrique, d’incendie et de maintenance. Elle ne doit donc pas être présentée comme une solution prête à construire. Elle sert à montrer que l’espace peut aussi être pensé en hauteur lorsque le sol et le sous-sol sont saturés.

D’autres propositions seront certainement plus simples : ombrages démontables, plantations hors-sol, façades végétalisées, fontaines en circuit fermé, bancs protégés du soleil, revêtements plus clairs ou dispositifs temporaires durant les périodes les plus chaudes. Le projet pédagogique devrait permettre de comparer ces options au lieu de privilégier d’emblée la plus spectaculaire.

Visualisation d’intention réalisée à partir du croquis. Elle illustre un champ de recherche possible et ne préjuge ni de la faisabilité technique ni de l’accord des propriétaires, des TL ou des autorités.

Du Flon aux écoles un démonstrateur utile à toute la ville

Limiter le projet au seul terminus du Flon serait trop restrictif. L’intérêt pédagogique vient précisément de la longueur et de la diversité de la rue de Genève. Certains secteurs sont étroits et encombrés de réseaux. D’autres disposent de davantage d’espace. Les solutions pourraient donc former une succession cohérente plutôt qu’un aménagement uniforme : plus d’ombre ici, une surface perméable là, un lieu de repos ailleurs, puis un prototype plus ambitieux à proximité des écoles.

Cette continuité permettrait aussi de relier le centre-ville à des milliers de jeunes en formation. Le trajet quotidien deviendrait un support d’apprentissage, de mesure et d’expérimentation. Les habitantes et habitants, les commerces et les personnes qui travaillent dans le quartier pourraient participer au diagnostic et évaluer les prototypes.

La convivialité ne constitue pas un supplément décoratif. Une ville adaptée aux fortes chaleurs doit permettre de marcher, d’attendre, de se reposer et de se rencontrer sans rester exposé au soleil au milieu de surfaces brûlantes. L’ombre, l’eau, les assises et la végétation participent donc à la fois à la santé publique et à la qualité de la vie urbaine.

Transformer une difficulté en projet collectif

Les TL ont exposé les raisons qui limitent fortement la plantation d’arbres et la végétalisation classique dans le secteur Port-Franc–Flon. Il faut maintenant aller plus loin : rendre publiques les contraintes précises et inviter les écoles à chercher, avec les spécialistes, ce qui reste possible.

Une exposition finale pourrait présenter les relevés, les solutions écartées, les prototypes retenus et leurs conditions de réalisation. Un livre blanc serait ensuite remis à la Ville, au Canton et aux TL. Même si seule une partie des propositions pouvait être construite, le travail fournirait une méthode reproductible pour d’autres rues lausannoises confrontées aux mêmes limites.

Le tram doit rester au cœur de la transformation de la mobilité lausannoise. Il peut aussi devenir le support d’une transformation de l’espace public. Puisque le sous-sol impose ses limites, demandons à celles et ceux qui apprennent aujourd’hui les métiers de demain d’explorer le reste du champ des possibles.

Sources

  1. État d’urgence  Lausanne un plan parfait pour la canicule
  2. Blick  Pas une once d ombre au Flon
  3. Campax  Le tram oui La fournaise non
  4. Site officiel du tramway lausannois
  5. Budget participatif 2026-2027
  6. EPSIC  Plan et contact
  7. ETML Plan et contact
  8. Ville de Lausanne  Service de l urbanisme

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