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Une coopérative différente pour plus de robustesse

Dernière modification le 25-8-2026 à 19:46:27

Une histoire, un projet interrompu et une nécessité toujours actuelle

A noter qu’à ce jour, cette coopérative au nom d’emprunt « Coopérative d’habitation des Imaginaires » n’existe pas, mais qui sait ? À suivre…

Le projet de la coopérative des imaginaires s’est essoufflé.

La coopérative des Imaginaires (nom d’emprunt) a ensuite été remise à un autre groupe, auquel elle appartient aujourd’hui et qui l’a fait évoluer selon ses propres choix.

Publier ce récit n’a donc pas pour but de présenter une initiative toujours conduite par ses fondateur·trice·s, mais d’expliquer ce qu’elle a été, ce qu’elle cherchait à rendre possible et ce que des personnes réellement motivées pourraient encore reprendre, adapter ou reconstruire. Car la nécessité qui l’a fait naître n’a pas disparu : face aux crises écologiques, énergétiques, sociales et géopolitiques, développer des formes de vie plus sobres, plus robustes et mieux reliées à leur territoire demeure une urgence actuelle.

Résumé

Les Imaginaires sont une coopérative d’habitation d’utilité publique née d’une réflexion militante sur la résilience face aux crises écologiques, énergétiques, sociales et géopolitiques. Le projet ne vise pas seulement à construire des logements écologiques. Il cherche à démontrer qu’une autre manière d’habiter, de produire, de décider et de s’entraider est possible : sobre, robuste, solidaire, ouverte sur son territoire et reproductible ailleurs.

Son originalité tient à l’articulation de quatre dimensions : un cadre juridique sérieux, une charte exigeante du vivre-ensemble, une organisation matérielle orientée vers l’autonomie en réseau, et une ambition politique d’essaimage. Les Imaginaires veulent ainsi être moins une « coopérative de plus » qu’un prototype social concret, capable d’inspirer des collectivités publiques, des agriculteur·trice·s, des habitant·e·s et d’autres groupes en Suisse romande.

La genèse : d’Extinction Rebellion à une coopérative politique

Le récit des Imaginaires commence dans le contexte de l’engagement au sein d’Extinction Rebellion Lausanne, dès le tout début de 2019. À l’intérieur de ce mouvement, l’idée a été portée de créer un cercle consacré à la résilience. D’abord défendue par une seule personne, cette proposition a été discutée puis acceptée. Ce cercle est devenu un espace où formuler une réponse concrète à une question simple et difficile : comment ne pas seulement alerter sur les crises, mais commencer à organiser dès maintenant des formes de vie capables d’y résister ?

C’est dans ce cadre qu’est apparue l’idée d’une coopérative politique, exemplaire et rebelle. Le mot « politique » ne renvoie pas à un parti. Il désigne la volonté d’agir sur la manière dont la société organise l’habitat, l’alimentation, l’énergie, le travail, la solidarité et l’usage du territoire. Le projet voulait montrer aux pouvoirs publics et à la population qu’une coopérative pouvait être à la fois un lieu de vie et une démonstration pratique : une institution civique qui prépare la résilience au lieu d’attendre la crise.

L’intuition de départ était volontairement exigeante, parfois prête à explorer les limites des cadres habituels, notamment à travers l’habitat léger, la sobriété radicale et l’expérimentation. Avec le temps, cette impulsion militante s’est traduite dans une forme juridique reconnue : une société coopérative d’habitation d’utilité publique, inscrite dans le canton de Vaud et membre de l’ARMOUP.

Ce qui rend Les Imaginaires différents

Les Imaginaires ne se définissent ni comme un écoquartier confortable réservé à quelques privilégié·e·s, ni comme une communauté idéaliste persuadée que les relations humaines s’harmoniseront spontanément. Le projet part au contraire d’un constat réaliste : vivre ensemble est complexe, les conflits, les divergences politiques, les besoins d’intimité, les difficultés financières et les changements de contexte sont inévitables. Une communauté résiliente doit donc disposer de règles, d’outils de médiation et de mécanismes de décision avant que les tensions n’apparaissent.

Sa différence peut se résumer ainsi :

  • Un projet politique incarné : la transition écologique n’est pas seulement déclarée, elle doit être expérimentée dans l’habitat, l’agriculture, l’énergie et la gouvernance.
  • Une sobriété choisie et organisée : vivre plus simplement, réduire les consommations et recourir aux low-tech doivent accroître la robustesse, et non diminuer la dignité.
  • Une diversité assumée : les membres peuvent avoir des opinions, des parcours et des modes de vie différents, pour autant qu’ils respectent le socle commun.
  • Une autonomie en réseau : il ne s’agit pas d’autarcie ni de survivalisme, mais de circuits courts, de coopération locale, de stocks raisonnés et d’échanges entre lieux.
  • Une vocation de prototype : documents, expérience et méthodes doivent pouvoir être partagés afin de faciliter la création d’autres coopératives.

Trois documents, trois fonctions complémentaires

Les statuts donnent au projet sa solidité juridique. Ils instituent une coopérative d’habitation d’utilité publique sans but lucratif, destinée à créer des lieux de vie abordables pour différentes couches de la population. Ils prévoient des loyers fondés sur les coûts, l’inaliénabilité de principe des terrains, immeubles et logements, la participation des habitant·e·s, une gouvernance partagée et des obligations de loyauté, de respect des règles et de participation. Ils rendent aussi explicite la mission sociétale fondée sur l’inclusivité, la durabilité, la résilience et le respect de la nature.

La charte exprime l’esprit et les exigences du projet. Elle complète les statuts et sert de référence pour « vivre et faire ensemble ». Elle ne promet pas l’absence de conflits : elle donne une ossature commune pour traiter les dilemmes, les désaccords et les choix difficiles. Son respect est une condition d’adhésion.

Le projet décrit la traduction concrète de cette vision : terrains cultivables, habitat modulable, espaces communs, ateliers, épicerie, accueil intergénérationnel, activités pédagogiques et culturelles, permaculture, agroforesterie, matériaux biosourcés, énergies renouvelables, récupération de l’eau, réduction des déchets et expérimentation low-tech.

La charte à trois volets : un socle commun et des adaptations locales

La structure en trois volets permet de concilier unité et diversité.

Le volet 1 rassemble les principes et valeurs qui ne changent pas d’un lieu à l’autre : coopération, entraide, gouvernance horizontale, équité, autonomie en réseau, engagement politique et culturel, mutualisation, remise en question, soin du vivant, sobriété, frugalité et bienveillance. Il constitue le socle commun nécessaire pour traverser les crises sans perdre le sens collectif.

Le volet 2 contient les moyens et outils : organisation horizontale, communication non violente, médiation, répartition des tâches, respect de la vie privée, solidarité matérielle, conditions d’adhésion et procédures de départ ou d’exclusion. Cette partie reconnaît qu’une communauté robuste ne repose pas sur les bonnes intentions, mais sur des pratiques explicites et des responsabilités partagées.

Le volet 3 est propre à chaque lieu : Il permet, par exemple, qu’un groupe choisisse une alimentation végane, un type particulier d’habitat léger, une forme d’agriculture avec ou sans animaux, ou une mission d’accueil spécifique. Ces règles locales doivent toutefois rester compatibles avec les statuts et les deux premiers volets. Ce mécanisme rend possible un réseau de coopératives différentes sans fragmentation du projet commun.

Habiter sobrement sans renoncer à la qualité de vie

Le modèle recherche des terrains bâtis ou constructibles comprenant une zone cultivable. L’habitat peut associer des appartements privatifs, des espaces partagés, des ateliers et des locaux ouverts au public. L’intimité n’est pas sacrifiée à la communauté : la charte reconnaît explicitement le besoin de retrait et de sécurité personnelle.

La construction et la rénovation privilégient les matériaux locaux et biosourcés, les formes adaptables, la diminution des besoins énergétiques, les énergies renouvelables et les solutions réparables. L’habitat léger, dont les tiny houses peuvent constituer une expression, s’inscrit dans cette recherche d’un mode de vie simple et frugal, à condition de s’intégrer au projet collectif et au contexte du lieu.

Produire, mutualiser et recréer des savoir-faire

La résilience ne dépend pas uniquement du logement. Elle suppose aussi une capacité locale à produire, transformer, réparer et transmettre. L’agriculture envisagée associe permaculture, agroforesterie, maraîchage biologique, biodiversité et pédagogie. La production ne doit pas rester isolée : elle peut alimenter une épicerie locale, des échanges directs et des coopérations avec les fermes voisines.

La mutualisation vise à éviter la dispersion des efforts et des ressources. Plutôt que quinze fours, quinze équipements et quinze processus séparés, plusieurs lieux pourraient mettre en commun un atelier ou une unité de transformation. Pour une sauce tomate, par exemple, les groupes producteurs apportent leurs récoltes, rationalisent ensemble le travail et décident des recettes. Cette coopération économise l’énergie, l’eau, le bois, les machines et le temps humain.

Le projet souhaite également contribuer au retour de métiers et de capacités techniques réparables localement : travail du bois et du métal, soudure, fabrication et entretien d’outils simples, transformation alimentaire, construction en matériaux naturels. L’Atelier Paysan en France constitue ici une source d’inspiration : des machines agricoles appropriables, documentées, réparables et diffusées en open source, moins dépendantes de chaînes technologiques lointaines.

Un pacte avec les agriculteur·trice·s et les territoires

Les Imaginaires veulent créer des alliances avec des agriculteur·trice·s parfois épuisé·e·s, isolé·e·s ou sans relève. Une exploitation pourrait rejoindre le réseau tout en gardant son identité et son activité. Des jeunes et des moins jeunes pourraient participer aux travaux, apprendre les métiers et contribuer à la continuité du lieu, dans le respect de la charte.

Cette approche répond simultanément à plusieurs fragilités : transmission des fermes, accès des nouvelles générations à la terre, isolement social, perte des savoir-faire, dépendance aux intrants et vieillissement de la population. Elle imagine un tissu romand de lieux coopératifs dans lesquels générations, métiers et productions se soutiennent mutuellement.

Résilience, robustesse et risque géopolitique

Le projet part du principe que des ruptures sont possibles : dérèglement climatique, perte de biodiversité, pénuries énergétiques, fermeture de frontières, difficultés d’approvisionnement ou crises sociales. Une agriculture écologique demeure vulnérable si elle dépend fortement d’intrants, de machines irréparables ou de chaînes logistiques mondialisées.

La robustesse recherchée ne signifie pas tout produire sur place. Elle repose sur une combinaison : sobriété des besoins, diversification des productions, compétences manuelles, équipements réparables, réserves raisonnables, entraide, gouvernance éprouvée et réseaux régionaux. Autrement dit, l’autonomie est relationnelle. On devient plus résilient non en se coupant du monde, mais en multipliant les liens locaux fiables.

Une ambition publique : passer du projet pilote à une politique de résilience

Les Imaginaires souhaitent que l’État et les communes, les universités, la population ne voient pas seulement le projet comme une demande de terrain ou de financement, mais comme un partenaire d’expérimentation. Le droit de superficie, l’aide au logement, le soutien aux infrastructures collectives, la reconnaissance de l’habitat léger, la formation professionnelle et l’accompagnement de projets agricoles peuvent devenir des leviers de politique publique.

La coopérative veut montrer qu’il est possible de combiner utilité publique, loyers accessibles, autonomie énergétique, cohésion intergénérationnelle, production locale, accueil parascolaire, culture et formation. En retour, le soutien public peut permettre de tester, documenter et évaluer ce modèle, puis de le reproduire dans d’autres communes.

Open source et essaimage

L’objectif final n’est pas de construire un unique lieu parfait. Les documents, statuts, charte, règles de gouvernance, apprentissages et erreurs ont vocation à être partagés. Cette logique open source évite à chaque groupe de repartir de zéro et facilite la réplication.

L’essaimage peut prendre deux formes complémentaires : une grande coopérative comprenant plusieurs groupes et plusieurs lieux, ou un réseau de coopératives autonomes utilisant le même socle et adaptant leur troisième volet. Dans les deux cas, le succès ne se mesure pas seulement au nombre de logements créés, mais à la capacité de faire naître un maillage territorial de lieux sobres, solidaires, productifs et interdépendants.

Les défis à reconnaître lucidement

Ce projet demande beaucoup de travail et ne peut réussir sans discipline collective. Les principaux défis sont l’accès au foncier, le financement, la compatibilité entre innovation et réglementation, la participation durable des membres, la gestion des conflits, la clarté des responsabilités et l’équilibre entre autonomie locale et cohérence du réseau.

Certaines ambitions initiales — notamment la dimension explicitement rebelle ou la volonté d’explorer les limites de la légalité — ne figurent pas telles quelles dans les textes institutionnels actuels. Les statuts et le site présentent aujourd’hui une coopérative reconnue d’utilité publique, structurée et partenaire des institutions. Cette tension n’est pas nécessairement une contradiction : elle peut être comprise comme le passage d’une intuition militante à un outil légal capable d’agir durablement. Elle mérite toutefois d’être racontée explicitement dans l’histoire du projet.

Conclusion

Les Imaginaires proposent une idée simple dans son principe, mais ambitieuse dans sa réalisation : faire de l’habitat un point de départ pour reconstruire des capacités collectives. Habiter, cultiver, transformer, réparer, décider, prendre soin et transmettre ne sont plus des domaines séparés, ils forment un même projet de société.

La singularité des Imaginaires réside dans ce réalisme politique. Le projet ne promet ni un refuge hors du monde ni une harmonie automatique. Il cherche à bâtir des lieux capables d’accueillir les différences, de traverser les conflits, de réduire les dépendances et de coopérer avec leur territoire. C’est cette alliance entre lucidité face aux risques, désir d’un futur vivable et organisation concrète qui peut faire des Imaginaires un modèle utile pour la Suisse romande.

Sources

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