mercredi , 30 novembre 2022
JeanLuc - stock.adobe.com

Le mythe de la croissance verte a de beaux jours devant lui

Dernière modification le 25-1-2022 à 22:53:14

Une actualisation faussée au secours du statu quo

Toutes les études le montrent: les coûts financiers du dérèglement climatique seront bien plus élevés dans le futur que ceux des mesures à prendre aujourd’hui pour l’éviter. Pourtant, la plupart des économistes jugent que les dépenses futures – bien que plus importantes en montant absolu – seront plus faciles à supporter par nos enfants et petits-enfants dans le futur, car le monde sera alors plus riche.

Pourtant, la descente énergétique et matérielle que nous allons vivre au cours de ce siècle est expliquée et documentée par de nombreux ingénieurs spécialistes de ces questions. D’innombrables conférences et ouvrages d’Arthur Keller, de Philippe Bihouix, de Jean-Marc Jancovici ou d’autres traitant de ce sujet sont disponibles sur Internet et en librairies. Malgré cela, les chantres de la croissance verte espèrent encore qu’un hypothétique découplage entre émissions de gaz à effet de serre (et autres effets délétères sur l’environnement) et croissance économique adviendra dans un futur proche, sauvant ainsi notre mode de vie et nous évitant de devoir réfléchir à un modèle sociétal alternatif.

Un découplage entre CO2 et PIB va-t-il nous sauver?

Des analyses poussées de la question du découplage énergie-PIB montrent pourtant clairement que c’est un pari extrêmement risqué que de compter sur un découplage absolu entre émissions de gaz à effet de serre et croissance du PIB pour diminuer l’empreinte carbone de notre société.

En effet, une version simplifiée de la formule de Kaya nous dit que les émissions de CO2 mondiales sont égales à l’intensité carbone du PIB (CO2/PIB) multipliée par le PIB:

CO2 = (CO2/PIB) x PIB

Dans ces conditions, les défenseurs de la croissance verte comptent sur une diminution de l’intensité carbone du PIB (le terme CO2/PIB de l’équation ci-dessus) plus rapide que l’accroissement du PIB, tout en cherchant implicitement à continuer à augmenter le PIB le plus rapidement possible.

Une diminution du PIB serait pourtant une méthode bien plus sûre et simple pour diminuer les émissions globales de CO2 de l’humanité au rythme nécessaire.

La piste de la décroissance

Malgré cela, le terme de décroissance est encore largement vu comme péjoratif et indésirable, car il est souvent interprété comme la récession dans une économie basée sur la croissance.

Pourquoi tant d’hostilité envers ce concept, alors que le bien-être peut plus facilement être découplé du PIB dans les pays riches, que le PIB ne pourra jamais l’être des émissions de gaz à effets de serre?

Pour une raison très simple: Les économistes néolibéraux sont incapables d’envisager une économie post-croissance.

La croyance en une croissance infinie, point angulaire de notre système économique

En effet, la croissance est le moteur vital de notre économie capitaliste. Pire, la confiance dans le fait que la croissance puisse perdurer ad vitam æternam est une condition sine qua non au maintien du capitalisme.

Sans croissance, demain sera plus pauvre qu’aujourd’hui.

Sans espoir de croissance, pourquoi les détenteurs de capitaux investiraient-ils leur argent, s’il devait leur rapporter moins que leur somme de départ?

La croyance en la croissance infinie est donc au cœur de notre système économique actuel.

Ce ne sont pas les crises – financières, économiques ou sociales – qui grippent les rouages du capitalisme. La crise du Covid l’a bien montré, en permettant une accélération de l’accroissement des inégalités et donc un fonctionnement « optimal » du capitalisme débridé.

La confiance en l’avenir, talon d’Achille du capitalisme

En revanche, une crise de confiance globalisée, liée à une véritable prise de conscience de l’état de la planète et de l’impossibilité structurelle de croissance économique que cela implique dès les prochaines décennies, porterait un coup fatal à un système maladivement dépendant de la croissance tel que le nôtre. C’est peut-être la raison pour laquelle les États sont si peu enclins à communiquer de manière honnête au sujet du chaos climatique et environnemental dans lequel nous nous enfonçons désormais.

La croissance, dorénavant verte puisqu’il le faut bien, est donc aujourd’hui un mirage nécessaire au maintien du capitalisme.

Car c’est bien l’espoir d’une croissance avérée ou à venir qui rend supportable l’accroissement des inégalités, propriété intrinsèque du capitalisme.

Le mythe de la croissance verte au secours d’un statu quo socialement inacceptable

Sans croissance, la part toujours grandissante de ce que les plus riches accaparent n’est plus seulement prise aux dépens de l’environnement, mais aussi des générations futures et d’une part toujours croissante de la population mondiale actuelle. Même la classe moyenne des pays les plus riches commence à voir son niveau de vie diminuer au seul profit d’une poignée d’ultra-riches. Sans croissance, les fruits du capitalisme sous-tendu par un libéralisme sauvage ne sont plus ramassés que par une minuscule fraction d’humains. Le démantèlement complet de l’État social est d’ailleurs une étape nécessaire à la continuation de la dynamique actuelle, avec les risques de dérives populistes et fascisantes que cela implique. Le capitalisme est ainsi programmé pour détruire le contrat social qui a jusqu’ici permis son maintien.

La survie du capitalisme est donc doublement tributaire du maintien de la croyance que la croissance va perdurer. D’une part pour que les plus pauvres (qui incluent dorénavant les classes moyennes des pays les plus riches et la jeunesse du monde entier) ne voient pas que ce système les appauvrit. Et deuxièmement, pour que les investisseurs continuent d’investir.

Comme la fin de la croissance de la consommation des ressources est désormais admise, la seule solution est dorénavant de faire croire en un découplage prochain entre la croissance du PIB et les impacts environnementaux induits, via le mythe de la croissance verte.

La course folle est ainsi contrainte d’accélérer toujours plus, avec ses nouveaux atours verts, sans quoi le château de cartes qui sous-tend notre réalité s’écroule. Mais préférons-nous voir disparaître certains mythes qui fondent notre civilisation actuelle, ou l’annihilation du socle physique permettant la vie sur Terre, dont la nôtre? Telle est la question à laquelle l’humanité répondra ces prochaines années.

 

Quelques vidéos pour aller plus loin sur ces thématiques:

Arthur Keller – Les défis de notre temps : caractérisation systémique et stratégie systémique
youtu.be/FoCN8vFPMz4

Croissance verte = imposture. Avec Vincent Mignerot & Hélène Tordjman
youtu.be/cZyAGD1PoU8

Energy underpins everything
youtu.be/UhVOmDaWE80

Timothée Parrique (timotheeparrique.com/): Decoupling Debunked
Part 1, What is decoupling? youtu.be/LF8LDn5d-LA
Part 2, Is decoupling happening? youtu.be/yeX_zxriiTU
Part 3, Is decoupling likely to happen? youtu.be/yiSp_0A_vvg

Débat sur la décroissance : la seule solution à la crise écologique?
youtu.be/yu7okqUIpVU

Vérifier aussi

10 POINTS CLÉS (GIEC, AR6 WG 1, 2 & 3)

Pour un réveil écologique nous propose une série de documents des plus intéressants et des …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *