dimanche , 2 octobre 2022

Urgence climatique et Plan climat Vaud

Dernière modification le 17-8-2022 à 10:57:29

Le podcast

Temps de lecture 5:48 minutes

 

Rien de tel qu’une bonne canicule à 35° en cet été 2022 pour me sortir de ma procrastination et décider de partir à la découverte du Plan climat vaudois 1re génération (juin 2020 / Réf. 1). Retranchée à l’intérieur, fenêtres et volets clos, je déroule.

Le bilan est inquiétant, le déni passé semble dépassé et du coup je respire. Le canton de Vaud fait face à un défi jamais vu. L’urgence climatique a été déclarée par le Grand Conseil en juin 2020. Ouf, nous allons enfin passer aux choses sérieuses, aux mesures drastiques et immédiates qu’appelle de ses vœux le dernier rapport du GIEC de février 2022. Plus que trois ans pour inverser la tendance !

L’objectif du plan climat vaudois est le suivant : atteindre une réduction de GES (gaz à effet de serre) entre 50% et 60% d’ici à 2030 (par rapport à 1990) et la neutralité carbone territoriale d’ici à 2050.

Comment nos autorités imaginent-elles atteindre cet objectif ? De la façon suivante : « L’effort consiste essentiellement à orienter, soutenir, renforcer et compléter les moyens engagés ». Bon, ce n’est pas gagné. Aucune mesure contraignante n’est prévue, il ne faut pas mécontenter l’électorat.

Qu’en est-il alors de la réduction urgentissime des 79 % de GES générés par les énergies fossiles, mobilité et chauffage des bâtiments confondus ? (Réf. 2)

Le Canton dit vouloir assumer une responsabilité en termes « d’accompagnement, de coordination et de cohérence des actions à mener ».  À titre d’exemple, nos élus prévoient donc d’inciter, d’accompagner, d’encourager la population à prendre les transports publics ou leur vélo ainsi qu’à acheter des voitures électriques. Cette dernière incitation me parait d’ailleurs être en contradiction avec la pénurie d’énergie annoncée. Allez comprendre. Dans le même temps, le nombre de voitures a considérablement augmenté sur notre territoire. Je m’interroge, les émissions grises sont-elles prises en compte dans les calculs ?

Et puis, aucune mention particulière n’est faite concernant la rénovation des bâtiments et la transition vers des chauffages moins polluants.

L’accroissement de la population que connait notre canton rend le défi de la réduction des émissions encore plus grand. Cependant, il faudrait continuer de développer, de générer de la croissance, d’y attirer de nouveaux habitants. Vous avez dit schizophrénie ? Inconscience ?  Cynisme ? Appât du gain ? Faire beaucoup moins avec beaucoup plus ? Vraiment ?

Autre mauvaise surprise ! Seules 12 mesures ont passé la rampe en lien avec le plan climat sur les 100 annoncées. Ces dernières ne sont d’ailleurs pas accessibles sur le site internet.

La population, les communes, les entreprises, les associations sont appelées à s’y mettre. Mais comment les informer afin de les inciter à bien faire ? Voilà ce qui est prévu : des conférences et des ateliers. Un fou rire nerveux me saisit. Ce ne peut être vrai !

Les professions de foi et les déclarations d’intention foisonnent dans ce plan, mais aucun calendrier précis d’application des mesures n’y est édicté, nous nageons dans le flou. Le plan climat 2e mouture est en préparation et devrait voir le jour en 2024, ce qui tombe bien. Les deux années restantes pour agir seront écoulées, génial. Là, je vais pleurer.

Jean-Pascal Delamuraz avait adapté le trait d’esprit d’un ancien conseiller fédéral à notre réalité locale : « Les vaudois se lèvent tôt, mais se réveillent tard ».

Alors que faire maintenant ? L’extrême urgence étant de faire baisser rapidement les GES ne pourrait-on pas décréter la piétonnisation des villes du canton et informer les propriétaires privés du chemin à prendre pour rénover leurs maisons et rendre les bâtiments les plus autonomes possibles en termes de chauffage et d’électricité ?

À quand des conférences de presse régulières sur l’urgence climatique ? Tenues conjointement par Christelle Luisier et Vassilis Venizelos pour le canton et Grégoire Junod et Natacha Litzistorf pour Lausanne. Leur silence sur ce sujet est tout bonnement assourdissant. Il est temps de dire la vérité à la population et de l’informer clairement de ce qu’il convient de faire tout de suite et non d’ici à quelques années. Du courage, du courage et encore du courage !

Pour terminer, je m’étonne également d’avoir appris par le biais de l’entreprise « Romande Énergie » (Réf. 3), et non par la voix de nos autorités, dans quelle situation difficile nous nous trouvons réellement à quelques mois de l’hiver.

J’ai chaud, très chaud et au moment de conclure je suis vraiment très inquiète. Nos institutions ne sont manifestement pas à la hauteur de l’enjeu. Il est temps de doter notre démocratie d’un outil supplémentaire qui permettra aux citoyennes et citoyens de ce canton de s’exprimer directement sur des thèmes qui sont dans l’impasse pour cause de blocage politique. Des assemblées citoyennes pourraient nous y aider !

Brigitte Nicod Krieger, le 17 août 2022

Références :

  1. Plan climat Vaud www.vd.ch/themes/environnement/climat/
  2. Plan climat, page 17 ; 202006_Plan_climat
  3. Webinaire, 8 juillet 2022 : Pénurie, hausse des prix, Ostral, pourquoi le marché de l’électricité s’emballe ?
    youtu.be/alwvGnEfS6U

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