mercredi , 1 décembre 2021

Les chroniques de Jil Silberstein

Dernière modification le 6-11-2021 à 10:45:57

« Un air de famille »

Raisons d’une chronique d’un désastre amorcé

Une chose est de parcourir jour après jour, au café ou chez soi, son quotidien de prédilection. Au passage, le lecteur va croiser toutes sortes de nouvelles plus ou moins haïssables. Plus rarement réjouissantes. Ici, percée de l’extrême droite. Là, fusion programmée entre deux monstres de la finance. Ailleurs encore : tensions croissantes entre nations belligérantes. Virage du Mali vers Moscou. Énorme fraude électorale. Offensive meurtrière au Sahel. Chasse aux dauphins désastreuse. Baisse du taux de chômage. Confession d’un ancien rocker. Picasso attribué pour un prix record. Surprise de taille en Super Ligue… Autant d’occasions de soupirer au fil des pages face à ce qui semble devoir se résumer à un sempiternel spectacle offert par l’actualité. Un peu comme si la comédie humaine – ou l’humaine tragédie, c’est selon – devait se poursuivre ad aeternam.

En marge de cette activité somme toute routinière et anesthésiante, il existe pourtant une autre manière d’user de son journal. Du moins est-ce ce que m’a appris, depuis bientôt huit ans, la lecture du quotidien Le Monde. C’est qu’en vérité il ne se passe de jour – ou peu s’en faut – sans que les pages « Planète » qu’anime l’inlassable Stéphane Foucart n’y fassent état d’une de ces avancées susceptibles de plus encore compromettre les conditions de vie sur terre. À ruiner ce bien commun propre à l’ensemble du Vivant. Or, à la différence de tout ce qui, dans l’arène sociale, semble condamné à une répétition sans fin (guerres, ambitions, génocides, démagogie politicienne, trahisons, concupiscence, etc.) – et pour que l’on porte attention à cette succession d’atteintes aux conditions de vie sur notre planète –, l’avance triomphale des dégradations de toutes sortes imposées au Vivant finit par constituer une suite de plan-séquences qui, prises ensemble et au long cours, traduisent rien moins que le film en temps réel de ce qui advient à notre monde sans espoir de retour. Pour le coup, le lecteur cesse de se répéter : « Rien de nouveau sous le soleil ». Du nouveau, il en pleut – et de manière catastrophique.

Quelques thèmes récemment traités ? 

« Des experts relèvent des “lacunes” dans la réglementation de ces engrais azotés très présents en France » (à propos des ammonitrates). « La pollution rattrape la mer de Marmara ». « En Belgique, des sols pollués font scandale ». « Le réchauffement ralentit la restauration de la couche d’ozone ». « Pesticides et santé : un tableau inquiétant ». « Des vagues de chaleur vouées à prospérer ». « Glyphosate : des études règlementaires non fiables ». « En Amérique du Nord, le mois de juin le plus chaud jamais observé ». « Au Soudan, un rêve agricole qui s’évapore ». « Inondations meurtrières en Allemagne ». « Les microplastiques se diffusent jusqu’aux sommets des Alpes ». « Iki, l’“île chanceuse”, petit paradis menacé par le réchauffement ». « En Russie, un été de catastrophes climatiques ». « Le système des courants de l’océan Atlantique au bord de la rupture ». « Dixie Fire, immense brasier californien ». « En Inde, une mousson de plus en plus erratique ». « À Hawaï, les oiseaux ne cessent de mourir ». « La pollution plastique des océans revue à la hausse ». « L’humanité a atteint un point de bascule ». « Pollution de l’air : l’OMS durcit ses normes ».

Nul lieu de notre Terre qui soit épargné. Invariablement, semaine après semaine, de nouvelles analyses et de nouveaux constats en provenance de tels pays ou de tels continents nous rappellent aux raisons de diffuser presto une succession de faits aussi alarmants que dûment fondés. Ceci en sorte de ne pas faiblir dans nos actions visant à exiger de nos institutions des réformes à la fois pressantes et drastiques. 

D’où, donc, l’idée de contribuer au bien nommé État d’urgence – répercutant, de façon brève mais référencée, la teneur des articles publiés dans Le Monde sous la rubrique « Planète ». Articles ayant tous en commun certain « air de famille » puisque les thèmes qui s’y trouvent traités (dérive climatique – déforestation massive – surconsommation de néonicotinoïdes, particules fines et microparticules de plastique, etc.) renvoient – au nom des « retours sur investissement » – à la même offensive mercantile lancée à l’assaut du Vivant.

À chacune et chacun, dès lors, de se reporter aux articles mentionnés… trouvant de la sorte autant d’arguments susceptibles d’étayer ses actions.

Jil Silberstein

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