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46 – Démographie et surconsommation : un appel à changer de « modes de vie »

Dernière modification le 28-11-2022 à 19:42:50

Le Monde, 11-12 et 13-14 novembre. « Huit milliards d’humains sur terre, et après ? », Planète, pp.8-9

Depuis une petite quinzaine de jours, huit milliards d’humains cohabitent sur Terre – soit quatre milliards de plus qu’en 1974. De quoi inspirer le vertige. D’autant qu’une telle « bombe démographique » laisse augurer, dès les années 2080, d’une population mondiale forte de passés 10 milliards d’habitants. 10,4 milliards d’êtres humains, pour être précis, qui devront se nourrir convenablement, outre trouver à se “caser” dans les divers lieux de notre planète qu’épargneront les toujours plus meurtrières « Guerres du climat » (titre du formidable essai d’Harald Welzer, Gallimard 2008). Un phénomène lié à la raréfaction des ressources vitales due au réchauffement climatique et qui, parce que générateur de famines, de violences et de crimes, donc d’exodes sans cesse plus massifs, menace de concocter – outre de violentes poussées d’intolérances – un colossal renforcement de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (“Frontex”). Après quoi…

Un pic de 8,5 milliards d’individus pourrait intervenir dès 2043, pour ensuite redescendre à 4 milliards en 2100 ?

Doit-on donc, en sorte de se rasséréner, s’accrocher aux propos de James Pomeroy, ce jeune économiste de la banque HNBC affirmant qu’un pic de 8,5 milliards d’individus pourrait intervenir dès 2043, pour ensuite redescendre à 4 milliards en 2100 ? N’est-il pas nettement préférable, avance Henri Leridon, directeur de recherche émérite à l’Institut national d’études démographiques, de mieux encore se concentrer sur les moyens d’éviter l’emballement climatique tout en promouvant l’accès à l’autonomie, à l’éducation et à la contraception des femmes ?

Dans la lancée de cette alternative exposée par Delphine Roucaute en page 8 de l’édition du Monde du 11 novembre, trois articles s’efforcent d’ouvrir des pistes de réflexions autour de l’obsédante crise climatique et des effets d’une surpopulation galopante. Ainsi, en page 9 de la même livraison, est-il fait état d’une considération émise par l’ONG américaine Drawdown : le septième levier le plus important pour limiter le réchauffement climatique à 1,5o C d’ici la fin du siècle serait de « contrôler la croissance démographique par des investissements dans le planning familial et l’éducation. Des mesures qui permettraient d’économiser 68,9 gigatonnes d’équivalent CO2 d’ici à 2050, soit 4% des réductions nécessaires ». À la bonne heure ! Seulement qui, à constater l’extrême minceur des progrès enregistrés à la COP27 ; qui donc irait encore miser sur une limitation du réchauffement climatique à 1,5oC ?

Les 10% des pays les plus riches du monde sont responsables de deux fois plus d’émissions que les 50% les plus pauvres

En outre, un rapport d’Oxford Committee for Famine Relieve (Oxfam) montre bien que les pays à forte natalité (Pakistan, Nigeria, Éthiopie, etc.) n’émettent que 3,5 % des émissions mondiales de CO2, alors qu’ils abritent 20% de la population mondiale. Dans les faits, selon le Stockholm Environment Institute : les 10% des pays les plus riches du monde sont responsables de deux fois plus d’émissions que les 50% les plus pauvres. Des chiffres qui signifient que parvenir à réduire le nombre d’habitants dans tous les pays n’abaissera pas nécessairement l’impact de l’humanité sur le climat – d’autant si le niveau de vie moyen augmente de façon substantielle et selon une manière de consommer plus agressive pour l’environnement. D’où les propos de Valérie Golaz, directrice de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED) : « Si on ne change pas nos modes de consommation, la question du “trop d’humains” pour la planète va se reposer très vite dans le futur. Être moins nombreux sur terre nous aidera à atteindre nos objectifs de réduction des émissions carbone, à condition que l’on consomme moins en parallèle ».

La livraison suivante du Monde, datée des 13-14 novembre, revient à deux reprises sur le sujet. Avec, d’une part, un entretien de David Beasley, directeur du Programme alimentaire mondial (PAM) – agence humanitaire à qui, en 2020, le prix Nobel de la paix fut décerné –, et d’autre part une interview d’Emmanuel Pont, l’auteur du livre Faut-il arrêter de sauver des enfants pour sauver la planète (Payot, 2022).

Le problème des prix auquel on fait face risquerait fort de se muer, en 2023 et 2024, en problème de production.

Selon David Beasley, nul doute que, s’agissant de l’actuelle crise alimentaire que subissent de nombreux pays, « le pire de la tempête » est à venir. L’accord conclu en juillet pour faciliter les exportations agricoles depuis les ports ukrainiens viendrait-il à s’effondrer ? Le problème des prix auquel on fait face risquerait fort de se muer, en 2023 et 2024, en problème de production – cela alors que l’Afrique, l’Amérique du Nord et du Sud, l’Asie et le Moyen-Orient enregistrent une multiplication des sécheresses. Seule issue donc à la menace de famine ne cessant de s’étendre : « Je demande aux pays donateurs de travailler ensemble ». Travailler à construire des ponts. Des systèmes d’accès à l’eau. À mettre en place des systèmes de résilience agricole et de durabilité, etc. Faute de quoi, avec 276 millions de personnes au bord de la famine enregistrés avant le déclenchement de la guerre en Ukraine, des mouvements de déstabilisation massifs dont on ne voit pour l’heure que la partie émergée de l’iceberg (débuts de révolte en Indonésie, au Sri Lanka, au Pérou, au Panama…) pourraient venir sérieusement complexifier la délicate équation.

Emmanuel Pont, pour sa part, en ingénieur et patron de startup qu’il est, s’emploie à relativiser le péril de la « bombe démographique ». Il y a d’abord ce fait que l’étude consacrée à l’empreinte carbone des enfants qui ne sont pas encore nés et s’est vue estimée à 60 tonnes par nouveau venu lui semble ne tenir en rien la route : « Comment arrive-t-on à ce chiffre gigantesque, qui correspond à six fois les émissions annuelles d’une personne ? […] Tout ça, donc, n’a absolument rien à voir avec d’autres types d’impacts individuels, comme par exemple acheter des ampoules économes, devenir végétarien ou passer à la voiture électrique ». Surtout, selon lui, la vraie question est la suivante : « Est-ce qu’on va se serrer les coudes, s’entraider, ou est-ce qu’au contraire on va se battre pour des bribes de ressources ? Il y a un cas de figure où ça ne va pas si mal se passer et un autre où ça va très mal se passer. Et c’est là que sont les grandes marges de manœuvre et la grande incertitude. Et là-dessus, nos enfants et nous-mêmes avons encore un certain nombre de cartes en main. »

Une analyse qu’on jugera sans doute pas mal trop “cool”, songeant au caractère toujours plus massif et démagogique des « stratégies gagnantes » ourdies par les as du consumérisme, tout comme à la montée des incivilités et de l’intolérance.

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