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18 – Parents et enseignants, promouvez les actions positives !

Dernière modification le 16-1-2022 à 14:24:16

Le Monde, 5 janvier 2022. « L’écoanxiété, la crise existentielle des adolescents », Planète, p.16.

L’article signé Marine Miller et dont il est ici question m’a incité à me pencher sur ce dont, jusqu’ici, il a été question dans ma « Chronique d’un désastre amorcé ». À en faire l’inventaire. J’y recense : le non-respect des États face à leurs engagements relatifs au changement climatique – une forme d’infertilité liée à l’exposition aux perturbateurs endocriniens – la prolifération des cancers pédiatriques – les manipulations du lobby du tabac à propos de notre « liberté de choix » – l’inquiétante péjoration de l’état de santé des océans – l’extrême état de pollution qui règne à New Delhi – les tentatives de réintroduction du glyphosate, « cancérigène probable pour l’homme » – les manipulations politico-démagogiques autour de la chasse – la progression record de la déforestation en Amazonie – les « mesures cosmétiques » censées épargner les abeilles des méfaits létaux des insecticides – la folle et très polluante ruée vers le lithium aux États-Unis – l’évincement du “bio” au profit du “local” – les conséquences de la pollution des sols par les nitrates (le phénomène des algues vertes) – la sûre dégradation des terres et de l’eau – les méfaits d’une surexposition des enfants aux écrans et, pour finir, les fruits vénéneux d’une course féroce aux ressources halieutiques. Autant de “thèmes” – et plus encore de sujets d’inquiétude – finissant par percer ici et là… quand bien même, très souvent, notre réflexe est de passer dessus comme chat sur braise tant nous apparaît écrasante la disproportion entre nos maigres moyens d’action et la toute-puissance des lobbys… donc de l’argent.

Mais les adolescents, dans tout cela ? Eux qui, exposés aux mêmes sources d’informations – fût-ce à travers des canaux différents –, n’ont que d’infimes moyens de se soustraire à une pression capable de remettre en cause leur avenir ?

Selon une étude réalisée en 2021 par la revue The Lancet Planetary Health, 75% d’entre les 10 000 jeunes âgés de 16 à 25 ans interrogés dans une dizaine de pays jugent “effrayant” leur futur, quand 56% estiment que « l’humanité est condamnée ». Pour sa part, l’Observatoire de la vie étudiante déduit de son enquête effectuée en 2020 que 86% des étudiants interrogés se disent inquiets, voire très inquiets, devant la crise écologique. Une année auparavant, L’Agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie notait que parmi les jeunes de 15 à 17 ans contactés, 75% se montraient pessimistes.

On ne s’étonnera donc pas que, livrés à une kyrielle d’informations pour le moins inquiétantes – et faute de trop souvent pouvoir établir un dialogue avec parents ou enseignants – certains d’entre eux puissent céder à l’angoisse… tel ce jeune de 16 ans qui, au lendemain de la COP 26, confessait : « Quand je lis le pacte de Glasgow pour le climat, je comprends que ça ne suffira pas, et je me désespère. Je me sens à nouveau tomber dans le gouffre de l’écoanxiété ».

C’est que ce gouffre-là, on l’aura compris, capable d’affecter la capacité des jeunes lycéens à se projeter dans un futur proche – donc de décourager maints étudiants, s’agissant d’entreprendre une formation de longue durée – est en passe de devenir un autre mal de notre siècle. Or, lance Charline Schmerber, cette psychothérapeute qui reçoit toujours plus de jeunes de 19 à 30 ans : « Ma crainte, c’est qu’on pathologise des individus, alors que c’est avant tout un système qui dysfonctionne pour des raisons politiques ».

Face à ce nouveau défi qui souvent place parents et enseignants en terra incognita, Leila Benoît, pédopsychiatre, pose que c’est bel et bien la solitude face à une société qui ignore le changement climatique qui fait tant souffrir la jeunesse : « Dans la crise climatique, les enfants et les adolescents sont une minorité dénuée du pouvoir de déterminer son avenir et subissant des choix qui lui sont néfastes. L’inaction écologique est donc une forme d’abus contre la jeunesse ».

Comment donc le relever, ce nouveau défi ? À cette question, la même Laelia Benoît donne une amorce de réponse :

« Nous interrogeons en ce moment 120 jeunes de 6 à 18 ans, issus de milieux variés, et qui vivent en France, aux États-Unis et au Brésil, sur leurs émotions et leurs actions climatiques. Les premiers résultats montrent que les enfants sont ravis d’“aider” le climat avec des moyens à leur portée. […] Autre résultat : les enfants sont très enthousiastes quand les parents ou les enseignants leur proposent des actions positives et concrètes comme trier, faire du compost, planter un arbre. En revanche, les enfants ne comprennent pas la signification des écogestes si leurs parents ne leur expliquent pas le contexte ».

De même, la participation aux mouvements civiques contribue-t-elle à minimiser les troubles affectant maints adolescents chez qui l’écoanxiété – laquelle ne saurait être en aucun cas considérée comme une nouvelle forme de maladie – appelle bel et bien une réponse sociale.

Dans la même livraison du Monde le climatologue Michael Mann, qui précise que l’action politique, loin d’être une question de changement de mode de vie individuel, appelle à « modifier les politiques gouvernementales afin qu’elles encouragent les énergies propres et découragent les énergies sales, confirme l’urgence d’une réponse sociale et civique :

« Nous avons besoin d’approches ascendantes (actions collectives, protestations, manifestations, pression politique) et descendantes (action politique gouvernementale et intergouvernementale), ainsi que de mesures du côté de l’offre et de la demande. Cela inclut les responsabilités politiques, les citoyens, les groupes civiques, les institutions publiques et privées, les comités d’entreprise, l’industrie financière, etc. Tout le monde doit être sur le pont ».

D’où l’importance du dialogue intergénérationnel et d’une pédagogie adaptée à la circonstance – sachant que, pour citer de nouveau Michael Mann « le pessimisme est notre pire ennemi ».

 

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