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17 – Les fruits vénéneux d’une course féroce aux ressources halieutiques

Dernière modification le 12-1-2022 à 12:27:00

Le Monde, 4 janvier 2022. « Le chalutage de fond, une méthode contestée », Planète, p.6.

Vous doutiez-vous que chaque année plus de 30 millions de tonnes de produits marins provenaient du chalutage de fond, cette technique qui s’emploie à racler, à l’aide de lourds engins transportés par des chalutiers, le plancher océanique – tout ceci sans discernement et au mépris des possibles désastres engendrés ?  Et que donc, ce faisant, un tel mode de prélèvement marin qui capture au passage – énorme consommation de carburant à l’appui – quasiment tout ce qui se meut au fond des « zones économiques exclusives » (ZEE) des pays côtiers, s’adjugeait l’équivalent de ce qu’attrapent l’ensemble des pêcheurs artisanaux ?

Résultat de pareille frénésie entrant directement en concurrence avec des petits bateaux des artisans et des pirogues des communautés locales ? Le progressif épuisement des réserves halieutiques. Daniel Pauly, biologiste franco-canadien, un des plus éminents spécialistes au monde des ressources marines, prix Cosmos 2005 de recherche en écologie, constate : « Les prises mondiales pourraient augmenter s’il y avait moins de chalutage. Quand on surpêche, les rendements diminuent pour tous ». D’où le fait que les organisations de défense de l’environnement centrent aujourd’hui leurs efforts sur ce type de pêche particulièrement ravageur.

Certes, depuis le pic atteint en 1989 (36,5 millions de tonnes capturées), le bilan du chalutage de fond tend généralement à baisser autour du globe. Une exception toutefois : l’Asie. Les prises chinoises ? Elles sont passées de 1,4 million de tonnes en 1985 à 5,2 millions en 2015. Le Vietnam suit de près, avec ses quelques 20 000 chalutiers de fond et pélagiques qui lui ont permis d’augmenter ses prises de 7000% depuis les années 1970. Suivent l’Inde et le Myanmar. Or que voit-on ? Champions de l’exploitation de leurs propres eaux, ces pays n’hésitent pas à se lancer dans des campagnes lointaines.

« Au total, écrit Martine Valo, 22% des poissons et des crustacés attrapés au fond de l’océan le sont par des bateaux naviguant hors de leur zone économique exclusive. » Ils le sont par la Chine, le Vietnam, l’Indonésie, l’Inde, le Maroc, le Japon, la Corée du Sud, les États-Unis, l’Argentine et la Malaisie, nations qui n’hésitent pas à opérer dans lesdites zones économiques exclusives (ZEE) de 34 pays – situés en Afrique, principalement (Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Ghana, Liberia, Togo…) –, y réalisant plus de 90% des captures.

Une fois encore, Daniel Pauly : « Non seulement la pêche au chalut suit une logique colonialiste, conduit à des conflits entre pêcheurs, est très destructrice pour les espèces avec beaucoup de prises accessoires, mais elle contribue aussi aux émissions de gaz à effet de serre » dans la mesure où, annuellement, le chalutage de fond consomme 40 milliards de litres de carburant. Sans compter les émissions de CO2 générées par la mise en suspension des sédiments sous-marins. En outre, poursuit-il, « le chalutage revient très cher, prend beaucoup de poissons de moindre qualité qui vont être transformés en farine pour l’aquaculture. Du coup, les armateurs tirent les salaires des marins vers le bas ».

Pendant ce temps, des milliards d’euros de financements du secteur continuent d’alimenter ce mode de prédation à travers la détaxe du carburant, voire les aides à la motorisation et à la construction de bateaux toujours plus puissants.

L’on sait que depuis 2015 l’Organisation des Nations unies demande officiellement la cessation de ces subventions qui favorisent la surpêche. Ainsi, au début du mois de décembre, à Genève, un projet d’accord devait être examiné dans le cadre de la douzième conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce. Mais le Covid ayant frappé, la venue des ministres a été annulée.

 

 

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