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16 – Abus des outils numériques : danger bébé !

Dernière modification le 5-1-2022 à 10:25:46

Le Monde, 14 décembre 2021. « La surexposition des enfants aux écrans pourrait devenir le mal du siècle », Idées, p.30.

Implacablement, période de fêtes ou pas, les alertes relatives à la santé de la Terre et de ses habitants ne cessent de se succéder, précisant toujours plus ce que devient – ou tend à devenir – notre aujourd’hui… et non seulement ce que demain sera. Le temps de vaquer à tels préparatifs, à d’agréables retrouvailles et célébrations (espérons-le !), les nouvelles inquiétantes se succèdent, qui toutes s’entêtent à combler les zones encore opaques d’un vaste puzzle nous accordant de mieux réaliser à quoi – à force de solutions faciles et surtout mercantiles – nous en sommes arrivés.

J’ai conscience qu’à l’aube de l’an 2022, ce genre d’entrée en matière risque d’impatienter certaines et certains encore tout au plaisir de récentes festivités. Et le regrette bien sûr. Pourtant, il se trouve que les pages du Monde ne sont en rien dictées par quelque chagrine et fantasque Cassandre ravie de jouer les gâches-plaisir : c’est la réalité qui les inspire – une réalité dûment mesurée, non pour nous effarer, mais une fois encore pour nous permettre d’agir… individuellement aussi bien que collectivement.

Toujours est-il que ce 5 janvier, après deux semaines d’interruption, l’actualité offre amplement de quoi nourrir ma « chronique d’un désastre amorcé ». Seulement, entre les sujets proposés, lequel choisir ?

– Faire écho à ce fait qu’interdits en Europe depuis 2018, les insecticides dits “néonicotinoïdes” – ces bourreaux des abeilles –, ont des chances d’être de nouveau utilisés en France cette année même, en sorte de sauver l’industrie de la betterave à sucre (Le Monde, 30 décembre 2021, p. 7) ?

– Alerter sur le fait qu’à force d’être capturée, mise en cage et revendue pour le plaisir des ouïes (dans le seul Maghreb, quinze millions de ces passereaux sont détenus), la population de chardonnerets élégants dont le trafic – est-il précisé – est « plus rentable que le cannabis » enregistre un fort déclin (interdits à la vente en France, ils s’exportent allègrement vers la Belgique, l’Italie, les Pays-Bas). Et qu’importe si « 90% des oiseaux capturés meurent dans les mois qui suivent » (Le Monde, 25 décembre 2021, p. 6) ?

– Évoquer les récentes études révélant que, dans les granulés de plastiques industriels collectés dans 35 pays (ces sphères de moins de 5 millimètres de diamètre servant de matière première à la production de la quasi-totalité des objets en plastique), on a pu mettre en évidence la « présence de substances dangereuses avec des effets potentiellement cancérigènes ou perturbateurs endocriniens ? Une découverte scientifique qui fait écrire à Sara Brosché, conseillère scientifique de l’International Polluants Elimination Network (IPEN) : « L’utilisation généralisée et incontrôlée d’additifs toxiques dans les plastiques rend la plupart impropres à la fabrication de nouveaux produits et devrait les exclure de toute économie circulaire » (Le Monde, 15 décembre 2021, p. 8) ?

En fin de compte, j’ai choisi de répercuter une prise de position concoctée par plusieurs signataires inquiets de la surexposition des jeunes enfants aux outils numériques. C’est que le danger ainsi pointé ouvre – en marge de la grande dérive climatique, des expédients de l’industrie chimique et autres fléaux identifiés – un autre champ de préoccupation lié à l’environnement. Fut-il, cet environnement, du ressort de la psychologie.

Qu’un tiers des enfants de 0 à 3 ans prenne ses repas devant un écran ; que les enfants de 3 à 10 ans passent en moyenne sept cent vingt-huit heures par année devant le même écran au moment où ils doivent relever des défis vitaux (apprendre à marcher, nouer des liens, interagir, réguler leurs émotions, développer leur faculté de concentration, s’étonner, commencer à comprendre les lois physiques et biologiques qui les régissent…), voilà qui ne peut être sans conséquence sur leur formation. De ce fait nettement moins « stimulé et accompagné par son environnement physique, sensoriel, cognitif et affectif », l’enfant va subir « des entraves à l’acquisition du langage, à la mémorisation des savoirs ». En outre, on sait aujourd’hui que les écrans affectent le mode d’alimentation, la gestion des émotions et jusqu’à la qualité de son sommeil (« réveils nocturnes, irritabilité au réveil »). D’où perturbation du développement cognitif et socioémotionnel.

Assurément, s’agissant de faire cesser des pleurs dans le train, de détourner l’attention d’une égratignure douloureuse, d’occuper la jeunesse, le temps d’apprêter un repas, le recours à l’écran présente d’indéniables avantages. De là à certaine surexposition, le glissement s’avère facile. D’où l’appel lancé par un collectif de parlementaires français en sorte que soit collectivement élaboré une loi visant à la prévention et à la sensibilisation des parents. De même qu’à une régulation de l’utilisation des écrans dans les lieux d’accueil des enfants.

 

 

 

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