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58 – Les larmes de crocodile du président Macron

Dernière modification le 20-7-2023 à 15:24:39

Le Monde, 6 juillet. « Compte tenu des violences urbaines, le chef de l’État a repoussé ses annonces sur la planification écologique », Planète, p. 12.

Mince alors ! Tout ça par la faute de Nahel Merzouk, l’ado franco-algérien qui, le 27 juin, en plein Nanterre, mourait d’une balle tirée à bout portant pour avoir refusé d’obtempérer lors d’un contrôle policier. Soi-disant au nom de la « légitime défense ». D’où la redoutable flambée d’émeutes assorties d’incendies et de pillages dont on se souviendra longtemps. Mais alors : que penser du pauvre président Macron ? Lui qui se faisait une fête à la perspective d’annoncer le 5 juillet – à la nation et mieux encore : au monde entier – le lancement d’un « moment écologique » (réf. 1, 2, 3) par quoi on allait voir ce qu’on allait voir. Soit, entre monts et merveilles : que, face au péril climatique que l’on sait, le pouvoir politique n’était plus disposé à se laisser embobiner par les lobbies de toutes sortes.

C’est que cette annonce fût tombée à merveille. Autrement dit : peu après le 31 mai – date à laquelle la revue Nature, faisant connaître les résultats d’une toute récente étude élaborée par quarante chercheurs du monde entier, avertissait : « L’homme prend des risques colossaux pour l’avenir de la civilisation et de tout ce qui vit sur Terre ». Et que, deux semaines plus tard, Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations Unies, ait dénoncé : « La réponse collective du monde face au réchauffement climatique est pitoyable ».

Pensez seulement : un président de la république française cessant enfin de prêter une oreille quelque peu complaisante aux fonctionnaires du ministère de l’Agriculture, aux mastodontes représentant de gigantesques intérêts privés tout comme à des économistes s’intéressant exclusivement (pour citer Dominique Meda) « au coût en points du PIB d’un réchauffement de plusieurs degrés ».

Et puis voilà. Arguant des récentes émeutes qui avaient accaparé les équipes de l’exécutif et mobilisé l’attention des Français, les macronistes annulaient l’ensemble des rencontres préludant au rendez-vous historique avec Dame Responsabilité. Reportées donc (et jusqu’à quand ?), les annonces touchant à la planification écologique. Une décision dont on peut aisément imaginer combien elle aurait soulagé un monde de l’industrie et de la finance viscéralement rivé au sacro-saint principe de la croissance – aussi (prétendument) « durable » qu’elle fût.

Or pendant ce temps ; alors que « Le réchauffement planétaire s’accroît à un rythme sans précédent » (Le Monde, 10 juin) et qu’au plan helvétique, quand bien même un récent sondage indique que « l’état de la planète reste ce qui inquiète le plus les Suisses » (Le Temps, 9 mai), les écologistes sont en perte de vitesse, accusant un recul de 2,5 points…

Pendant ce temps, dis-je, Le Monde continue d’égrener son chapelet létal. À savoir :

– « Les feux au Canada provoquent une vaste pollution. Les fumées dégagées par les incendies dégradent la qualité de l’air sur tout le continent nord-américain » (2 juillet) ;

– « À marche forcée, Pékin mise sur l’éolien et le solaire. Mais approuve un nombre record de centrales à charbon » (6 juillet) ;

– « Bruxelles veut déréguler les “nouveaux OGM”. Le texte présenté par la Commission européenne suscite une forte opposition à gauche et dans la société civile » (7 juillet) ;

– « Glyphosate : les experts de l’UE ouvrent la voie à la réautorisation. L’Autorité européenne de sécurité des aliments n’identifie aucun “élément de préoccupation critique” (8 juillet) ;

– « La Norvège dope sa production de gaz et de pétrole. Oslo a autorisé dix-neuf projets d’extraction, sous prétexte d’assurer la sécurité énergétique de l’Europe » (9 juillet) ;

– « Le coût sanitaire élevé des produits chimiques. En Europe, le retrait de centaines de substances ferait gagner entre 11 milliards et 31 milliards d’euros par an » (12 juillet) ;

– « Les allergies dopées par la pollution et le réchauffement. Après les graminées, c’est l’ambroisie qui menace les personnes sensibles aux pollens » (13 juillet) ;

– « Restauration de la nature : la loi votée mais affaiblie. Les eurodéputés ont adopté à une courte majorité, mercredi 12 juillet, une version minimaliste du texte » (14 juillet).

Mais allez ! Il serait scélérat de ma part de trop ajouter à ce qui ne peut manquer de plomber vos vacances sous l’effet de la canicule. Aussi ajouterai-je cette contrepartie – aussi minimale soit-elle : sous l’effet d’un recours en justice déposé en janvier 2022 par les cinq organisations que sont Notre affaire à tous, Pollinis, Biodiversité sous les pieds, l’Association pour la protection des animaux sauvages  et l’Association nationale pour la protection des eaux et rivières, « le tribunal de Paris a reconnu un “préjudice écologique” résultant de la contamination par les pesticides » (1er juillet) ; reconnaissant ainsi la responsabilité de l’État français dans l’aggravation des crises environnementales.

Quant aux appels à une « pause » de l’exploitation de l’océan émis par Fidji, Samoa, Irlande, Suède et autres pays dont la Suisse – appels visant à ralentir une grande chasse aux métaux (nickel, manganèse, cuivre, plomb, terres rares, cobalt, mercure) disséminés sous le plancher de l’océan et risquant fort de « conduire à une activité extractive irrémédiablement délétère pour le monde sous-marin » (Martine Valo)… Sur ce point, qu’on me permette de douter des chances des ONG qui s’efforcent ces jours de convaincre de nouveaux décideurs (Portugal, Monaco, Brésil) alors que les trente-six États siégeant au Conseil de l’Alternative Investment Fund Managers (AIFM) s’apprêtent à statuer sur une demande de licence d’exploitation déposée par la puissante start-up minière canadienne The Metals Company (Greenpeace action au SMI). Ce quand bien même, à Charm el-Cheikh, lors de la COP27, le même président Macron qu’on sait prolixe en nobles déclarations, demandait la pure et simple interdiction de toute exploitation de ce type.

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