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Suisse, nouvelle loi sur le CO2 2025-2030

Dernière modification le 14-3-2024 à 18:06:58

La Suisse a finalisé sa nouvelle politique climatique pour 2025-2030 avec l’adoption de la loi sur le CO2 par le Parlement

La gauche et le PVL ont vivement critiqué le projet lors de la conférence de conciliation, exprimant leur déception face à ce qu’ils considéraient comme un plan « décevant », « insuffisant », et « minimaliste ». Le WWF Suisse a également partagé cet avis dans un communiqué. Malgré cela, le projet a été largement accepté par le Conseil des Etats et le National, avec seulement quelques voix opposées et des abstentions de la part des Vert-e-s. Les députés ont tout de même considéré que le projet constituait « un pas dans la bonne direction », tandis qu’Albert Rösti a assuré que des ordonnances seraient élaborées pour une mise en œuvre dès le 1er janvier 2025, à condition qu’il n’y ait pas de référendum (RTS 14.03.2024).

La discussion portant sur le projet de loi se concentrent exclusivement sur les émissions de CO2 internes à la Suisse. Cela signifie que seules les émissions générées sur le territoire suisse, résultant des activités domestiques telles que la production industrielle, les transports et la consommation d’énergie, sont prises en compte dans ce contexte. Les émissions externes, telles que celles liées aux importations de biens, aux voyages internationaux et aux autres activités transfrontalières, ne sont pas abordées dans cette discussion. Il est important de garder à l’esprit cette distinction lors de l’analyse des politiques climatiques et de leurs impacts potentiels sur l’environnement et le climat.

Qu’en est-il de l’externalisation des émissions CO2 ?

Lors de la comparaison internationale des émissions de CO₂, trois paramètres distincts sont pris en compte pour chaque pays : les émissions directes de CO₂, les émissions de CO₂ liées aux importations et les émissions par habitant. Selon les données actuelles sur ces trois paramètres, la Suisse est considérée comme l’un des principaux émetteurs de CO₂ à l’échelle mondiale (myclimat.org 6.01.2022).

Les émissions de CO₂ directes (1/3), les émissions de CO₂ importées (2/3) et les émissions par habitant fournissent une vue d’ensemble de la contribution d’un pays aux émissions de CO₂, reflétant ainsi son comportement de consommation et sa responsabilité en matière d’émissions.

Bien que la Suisse ait des émissions directes relativement faibles par rapport à d’autres pays, les données de 2021 révèlent que l’importation de biens et de services génère des émissions de CO₂ considérables, et que le ratio d’émissions par habitant est élevé, atteignant environ 14 tonnes par personne (2021 admin.ch), c’est plus du double de la moyenne des Vingt-Sept, 7,9 t/hab (2021 toute l’Europe), (données 2023).

Il est impératif de repenser fondamentalement nos habitudes de consommation et de déplacement afin de réduire drastiquement notre empreinte carbone. Cette transition nécessite une approche holistique qui va au-delà des simples politiques climatiques nationales et souligne la nécessité urgente d’une transformation systémique. Elle requiert une réorientation profonde de nos modes de vie vers une sobriété consciente, où l’accent est mis sur la satisfaction des besoins essentiels plutôt que sur la surconsommation de biens et services souvent superflus.

Prioriser la réduction des importations d’objets inutiles, la promotion de modes de transport alternatifs tels que la marche, le vélo et les transports en commun, ainsi que la diminution des vols inutiles et évitables, notamment dans le secteur du tourisme et des voyages en jets privés, sont des éléments clés de cette transition vers la sobriété.

Cela nécessitera des politiques ambitieuses et une volonté collective de repenser notre rapport à la consommation et à la mobilité, afin de préserver la santé de notre planète pour les générations futures. Ainsi, la Suisse pourrait non seulement réduire ses émissions de CO2 à l’intérieur de ses frontières, mais aussi contribuer de manière significative à la lutte mondiale contre le changement climatique.

Déni, responsabilités, crime contre l’humanité ?

Le consensus scientifique émanant de milliers d’études réalisées par des expert·e·s reconnu·e·s, année après année, avertit de l’urgence d’agir face à la catastrophe climatique.

Malgré ces preuves accablantes des conséquences désastreuses du changement climatique pour nos enfants, petits-enfants, populations défavorisées et les générations futures, le gouvernement suisse et ses représentant·e·s semblent faire preuve d’un déni flagrant de cette réalité.

L’incapacité à prendre des mesures décisives va entraîner des souffrances inimaginables et compromettre l’avenir de notre planète.

Dans l’absolu, cette négligence pourrait-elle être un jour qualifiée de crime contre l’humanité (?), tant les conséquences sur la vie des générations présentes et futures sont graves et évitables avec une action appropriée.

La réalité Suisse

Les Suisses, réputés pour leur sens de l’ordre, leur engagement envers le recyclage et leur préférence pour les voyages en train, jouissent d’une qualité de vie souvent enviée, au milieu de paysages naturels époustouflants. Cependant, cette image idyllique a son revers. Les niveaux élevés de consommation et de confort contribuent à une empreinte carbone nationale croissante. Voici un aperçu des principaux facteurs à l’origine des émissions de CO2 en Suisse -> RTS La Suisse – petit pays, grosse empreinte carbone 20.07.2022

Autres pays ?

Cependant, l’impact sur le climat varie considérablement d’une région à l’autre de la planète. Selon les dernières données sur les émissions de CO2 par habitant basées sur la consommation compilées par le Global Carbon Project, une personne vivant en Chine est responsable de 7,2 tonnes d’émissions de CO2 par an, soit environ deux fois moins qu’une personne vivant en Suisse ou aux États-Unis. Les chiffres suisses se situent dans une fourchette similaire à ceux de l’étude Sotomo/Helion, qui s’est basée sur les valeurs utilisées par le calculateur suisse d’empreinte climatique et le calculateur de carbone de l’Agence fédérale allemande de l’environnement.

Quel est l’objectif « tonne CO2 par habitant » à atteindre ?

« L’objectif de 2 tonnes de CO2eq » est un terme couramment mentionné pour définir l’empreinte carbone cible dans un monde neutre en carbone. Toutefois, il est important de noter que cet objectif ne se limite pas à une simple réduction à 2 tonnes. Conformément à l’Accord de Paris, l’objectif est de limiter l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels, voire à 1,5 °C. Ceci soulève la question de la manière d’atteindre ces objectifs tout en tenant compte de la justice climatique. Bien que le chiffre de 2 tonnes puisse être utile pour simplifier les discussions avec des personnes non initiées, il est important de reconnaître ses limitations. Cet article explore l’origine du chiffre de 2 tonnes, explique comment le calculer et met en lumière ses limites significatives. En apprendre plus : Objectif 2 tonnes : vrai défi ou mauvaise cible ? (1.02.2023 bonpote.com)

Autres références

Complément : environnement

Malgré les succès enregistrés en Suisse, la consommation de ressources par personne y est supérieure à la moyenne européenne.

L’empreinte matérielle par personne est de 17,1 tonnes en Suisse, contre 14,5 tonnes en moyenne en Europe (→ OFS 2021a, EUROSTAT 2021). De plus, la part de l’impact environnemental généré à l’étranger augmente depuis 2000, représentant actuellement deux tiers du total (→ EBP/Treeze 2022). Dans l’ensemble, la consommation et la détérioration des ressources naturelles excèdent la biocapacité de la Terre. À l’échelle mondiale, les limites planétaires sont dépassées (N.D.L.R. Suisse 13 mai 2024), notamment en ce qui concerne les changements climatiques, la perte de biodiversité et les excédents d’azote. Si tous les pays consommaient autant de ressources que la Suisse, les limites planétaires seraient encore plus dépassées. Le dépassement des limites planétaires signifie qu’il existe un risque élevé de modifications environnementales à grande échelle, irréversibles et négatives pour les conditions de vie en Suisse et à l’étranger.

Source : admin.ch, brochure Environnement Suisse 2022, page 13 :
environnement-2022-FR

Charge environnementale globale par personne tout au long des chaînes d’approvisionnement

L’indicateur montre les charges environnementales engendrées par la Suisse aux niveaux national et international tout au long des chaînes d’approvisionnement, de la production à la consommation. Il tient compte du fait que ce ne sont pas seulement les étapes d’utilisation et d’élimination des produits qui portent atteinte à l’environnement, mais également l’extraction des matières premières et la production. Étant donné que de nombreux produits sont importés, la charge environnementale de la Suisse est délocalisée. La méthode UCE (aussi connue sous le nom de méthode de la saturation écologique), employée pour mesurer cet indicateur, pondère pour ces différents domaines l’utilisation de ressources (agents énergétiques primaires, ressources métalliques et minérales, eau douce, terre), l’apport en polluants dans l’atmosphère, l’eau et le sol ainsi que les déchets et les nuisances sonores par rapport à des objectifs environnementaux nationaux reposant sur des bases légales ou politiques (→ OFEV/ÖBU 2013, OFEV/ÖBU 2021). Les atteintes à l’environnement dans ces différents domaines sont agrégées en un indicateur unique exprimé en unités de charge écologique (UCE). À noter que les facteurs de pondération demeurent constants pour l’ensemble de la période prise en considération. Entre 2000 et 2018, la charge environnementale globale par personne a diminué d’environ un quart et de 13 % en valeur absolue. D’après ces calculs, elle devrait diminuer d’au moins deux tiers, en chiffres absolus, pour atteindre un niveau supportable par la nature (→ EBP/Treeze 2022).

Source : admin.ch, brochure Environnement Suisse 2022, page 11 :
environnement-2022-FR

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