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48 – De la charcuterie et autres nouvelles un rien soulageantes

Dernière modification le 3-1-2023 à 16:51:16

Le Monde, 29 décembre 2022. « 2022, année charnière pour la planète », pp.10-11.

Vrai de vrai : décembre 2022 menaçait de s’achever sur une sinistrose carabinée. Depuis le 26 novembre, les pages du Monde consacrées à l’environnement ne cessaient de nous gaver de nouvelles hautement déprimantes. Vous me rétorquerez que le menu changeait fort peu de celui proposé au fil des onze mois précédents. Bien observé ! Seulement là, franchement, à l’approche du réveillon, on eût souhaité de quoi lever nos verres à la nouvelle année sans tirer une tête d’enterrement.

Voyez plutôt. Enquête sur les désastres liés à une pollution à large échelle causée par l’industrie textile génératrice d’une frénésie de surconsommation (26 novembre). Faille législative permettant à la France d’exporter des produits ultratoxiques interdits chez elle (1er décembre). Grande tromperie des fonds d’investissements « verts » ne se gênant en rien pour financer des entreprises polluantes (1er décembre). « Le recours à la bioénergie fait peser un risque sur l’usage des terres de l’UE » (2 décembre). Des juments gestantes à qui, dans certaines « fermes à sang » d’Argentine, d’Uruguay ou d’Irlande, on prélève chaque semaine 5 litres de sang – ce afin d’obtenir de la gonadotrophine chorionique équine, cette hormone de fertilité utilisée dans les élevages bovins, porcins ou caprins pour contrôler les périodes des femelles (3 décembre). À Ischia, île au large de Naples, un glissement de terrain consécutif à de fortes pluies fait onze morts et une disparue (3 décembre). Règlement européen sur l’usage durable des pesticides menacé (9 décembre). Le groupe pétrolier Total accusé de violer la loi sur le devoir de vigilance en sorte de poursuivre son mégaprojet en Ouganda (9 décembre). Élevage : en France, l’interdiction du broyage et du gazage des poussins mâles prévu dès janvier 2023 ne s’appliquera finalement pas dans la filière des poules blanches… leur élimination étant destinée à servir en alimentation animale (11 décembre). Toujours plus de scientifiques appellent à enfin aborder de concert climat et biodiversité, ces deux crises propres à aggraver la destruction des écosystèmes (13 décembre). « Points de blocage majeurs à la COP25 » doublés du fait que poissons et crustacés les plus vulnérables s’avèrent insuffisamment protégés dans l’UE (15 décembre). L’industrie du gaz s’efforce d’accroître la place de cette énergie fossile au détriment de la lutte contre le réchauffement (16 décembre). Au Québec, reconnue « personnalité juridique » en 2021, la rivière Magpie n’est pourtant pas à l’abri de futurs projets industriels (17 décembre). Explosion de cas de Covid en Chine (18 décembre). COP15 : « Des engagements financiers décevants » (21 décembre). Dans une trentaine de pays du monde, le cholera – une maladie alimentée par les conflits et la pauvreté – se diffuse cependant que les vaccins font cruellement défaut (22 décembre). Censée proposer un logo nutritionnel harmonisé avant la fin 2022, l’Europe se divise sur ce nouveau type d’étiquetage (27 décembre).

Au total donc, à l’instant de célébrer le Nouvel An : pas de quoi regarder l’avenir avec ce minimum de confiance que les mauvaises nouvelles s’acharnent souvent à ruiner.

Le 10 décembre toutefois, à défaut de mieux, un article tendait à inspirer un soupçon de satisfaction. Par un arrêt publié le 8 décembre, la cour d’appel d’Aix-en-Provence infirmait en effet le jugement du 13 septembre 2021 dans une affaire qui opposait l’application mobile du site d’informations nutritionnelles Yuka (18 millions d’utilisateurs en France) à l’entreprise provençale ABC industrie. Laquelle entreprise, connue pour être un « fournisseur de charcuterie haute gamme », avait attaqué en justice Yuka pour avoir informé le consommateur que ses jambons, médiocrement notés – 9/100 – étaient « À éviter ». Le cœur du contentieux visant en fait des additifs réputés cancérigènes prolongeant la durée de conservation des charcuteries tout en conférant – accessoirement – sa couleur rose au jambon.

Or voilà que le 29 décembre, in extremis, un grand article nous offre de quelque peu revoir à la hausse le bilan des efforts déployés au fil de l’année 2022. À la clé :

  • l’accord conclu en novembre, lors de la COP27, en sorte de créer un fonds pour les dégâts irréversibles causés par le réchauffement, suivi de l’ouverture de négociations afin d’élaborer un traité international juridiquement contraignant visant à mettre fin à la pollution plastique ;
  • l’adoption, le 19 décembre dernier, à l’occasion de la dernière conférence mondiale sur la biodiversité, d’un nouveau cadre global visant à enrayer l’effondrement du vivant d’ici à 2030 ;
  • une série d’accords décrochée par l’Union européenne afin d’accélérer ses baisses d’émissions de gaz à effet de serre ; soit la réforme de son marché carbone consistant en l’instauration d’une taxe carbone aux frontières… ou encore l’arrêt de la vente de véhicules thermiques neufs en 2035 ;
  • la même UE s’est en outre accordée pour interdire l’importation de produits liés à la déforestation (soja, bœuf, cacao) ;
  • outre-Atlantique, les États-Unis ont réussi à faire passer leur Inflation Reduction Act, ce plan d’investissement colossal dans la transition bas carbone.

Attention toutefois, avertissent Audrey Garric et Perrine Mouterde, les auteures de l’article en question : les nouveaux accords trouvés sur l’environnement doivent moins faire figure de « nouvel élan » que de simple « rattrapage en matière d’ambition ». En outre, ce qu’ils laissent espérer ne s’avère pas seulement insuffisant ; « leur mise en œuvre fait défaut tant l’accord trouvé à Montréal que celui de Paris ne sont pas réellement contraignants et ne sont pas assortis de mécanismes de sanction en cas de non-respect des engagements ». Et puis, pour être tout à fait honnête, l’année 2022 a aussi vu

  • un recours accru aux énergies fossiles dans un contexte de crise énergétique ;
  • un report de la réglementation européenne destinée à réduire de moitié l’usage des pesticides ;
  • des reculs sur la transition agroécologique européenne ;
  • la suspension des négociations internationales sur la protection de la haute mer ;
  • l’échec de la COP27 au moment de s’attaquer aux énergies fossiles… pour ne rien dire du fait que la majorité des pays représentés n’y ont pas relevé leurs objectifs climatiques.

De quoi donc relativiser, ce 31 décembre 2022, toute propension à un soulagement qui nous ferait pourtant grand bien.

« Il faudra s’attaquer de concert aux trois systèmes alimentaire, énergétique et urbain, qui sont les causes tant de l’érosion de la biodiversité que du dérèglement climatique », avertit Janet Ranganathan, Vice-présidente de la recherche, des données et de l’innovation au World Ressource Institute. Aux pays du Nord, également, de définir un nouveau pacte financier avec le Sud. Enfin, avant la COP28 aux Émirats arabes unis – l’occasion du premier bilan des engagements climatiques des pays concernés, le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres prévient : « Le prix d’entrée n’est pas négociable : une nouvelle action crédible et sérieuse pour le climat ainsi que des solutions fondées sur la nature ».

Quel toast oser, dès lors, au seuil de l’an 2023 ?

 

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