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41 – Où le groupe Syngenta fait, en Suisse, primer ses intérêts sur la santé publique

Dernière modification le 26-9-2022 à 14:14:44

Le Monde, 23 septembre. « Les eaux suisses largement contaminées », Planète, p. 9.

Ce n’est pas tous les jours que la Suisse peut s’enorgueillir de figurer dans les pages du quotidien français Le Monde… fût-ce pour épingler son tribunal administratif fédéral ! Autant donc renoncer aux développements imaginés pour cette nouvelle chronique. Les sujets ne manquaient pourtant pas ; qu’on en juge :

Syngenta manque de transmettre aux autorités françaises les résultats portant sur les effets neurotoxiques du glyphosate, cet herbicide que l’on sait ravageur (8 septembre). Les édulcorants intégrés à des centaines de produits alimentaires favoriseraient les maladies cardio-vasculaires (9 septembre). Conséquence du réchauffement climatique, cinq « points de bascule » pourraient être dépassés de façon irréversible (10 septembre). Au Pakistan, suite aux inondations dévastatrices, de nombreux déplacés tentent de survivre avec les moyens du bord, tandis que les épidémies prolifèrent au sein des abris temporaires (11 et 14 septembre). La pollution de l’air liée aux particules fines provoque dans le monde plus de 250 000 décès par cancer du poumon (13 septembre). Dénonçant un « chaos climatique » à venir, l’ONU appelle à mettre un terme à la « course effrénée » aux combustibles fossiles (15 septembre). Une bataille mondiale s’est engagée en sorte de remplacer les livraisons russes de gaz au moyen du gaz naturel liquéfié en provenance du Canada, des États-Unis, d’Algérie, du Nigéria ou du Qatar (17 septembre). Dans le sillage du réchauffement, les espèces invasives s’invitent en Méditerranée (20 septembre 2022). Une huitième vague de Covid-19 se rapproche (21 septembre). À Quintero et Puchuncavi (Chili), la densité des usines ronge la santé de ses habitants (23 septembre).

Que j’en vienne donc plutôt à la Suisse, ici liée à une plus vaste enquête proposée par Stéphane Foucart, Stéphane Mandard et Florence Traullé à propos de ce fait que 20% des Français – environ 12 millions de personnes – ont affaire à une eau potable non conforme… résultat de la contamination des sources hydriques par les pesticides et leurs produits de dégradation.

Selon ce que rapporte S. Foucart au sujet de l’état des eaux en Suisse, les autorités sanitaires fédérales avaient bien, dès 2013, détecté – par hasard –, dans une nappe phréatique, la présence d’un métabolite du chlorothalonil (le R417888), composé organique lié à l’utilisation d’un fongicide fabriqué par Syngenta et commercialisé depuis les années 1970. Seulement, explique Pierre-Antoine Hildbrand, vice-maire de Lausanne chargé des questions liées à l’eau : « les firmes ne partageant pas les standards nécessaires au développement des méthodes d’analyse des métabolites de leurs pesticides, il nous a fallu plusieurs années pour découvrir un autre métabolite du chlorothalonil, le R471811, en plus fortes concentrations encore ».

Publiées en 2019, les données de l’enquête révélaient qu’en fait le R471811 excédait la concentration de 0.1 μg/L dans 60% des captages du Plateau suisse, qui concentre les deux tiers de la population du pays. Idem pour le R417888 retrouvé dans 20% des stations de la même zone. D’où certaines nervosité générale et interdiction du fongicide en question. Or il faut préciser que dès 2016, le problème ayant été identifié à large échelle, les agriculteurs s’étaient vus recommander de ne plus utiliser cette molécule. Résultat des courses : en 2020, le tribunal administratif fédéral suisse donnait raison à Syngenta, contraignant ainsi les autorités sanitaires à ne plus communiquer sur la dangerosité de certains des métabolites du chlorothalonil. C’est dire que la santé publique – en l’occurrence celle de quelque 700 000 personnes – faisait peu le poids face aux intérêts de la puissante firme spécialisée dans la chimie et dans l’agroalimentaire.

Conclusion sous forme de question :

« L’office de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) est-il libre de communiquer au public les informations qu’il considère comme utiles sur les métabolites du chlorothalonil ? ».

La réponse est « Non ».

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