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27 – En dix-huit ans, le Cambodge a perdu le 24% de sa couverture forestière. 

Dernière modification le 4-4-2022 à 11:05:44

Le Monde, 28 mars 2022. « Au Cambodge, de nouveaux défenseurs de la nature », Planète, p. 10.

Les agents officiels du pouvoir exécutif cambodgien appliqueraient-ils à la lettre les leçons du Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie (FSB) aux yeux de qui toute critique du pouvoir – et, à fortiori, toute forme d’opposition – ne saurait procéder que d’une manœuvre « malveillante » camouflant mal quelque passion du lucre ? Un ministère de l’Environnement qui accuse des défenseurs de la nature d’« entretenir des intentions malveillantes en prétendant travailler en tant qu’écologistes de la forêt » pour « enrichir leurs groupes respectifs »… voilà qui rappelle fort les procès fabriqués de toutes pièces destinés à  châtier qui ose s’opposer à la marche des affaires imprimée par Vladimir Poutine et son quarteron d’oligarques.

C’est ainsi qu’en septembre 2020, rapporte Brice Pedroletti, pour avoir appelé à la sauvegarde du lac Tamouk, trois jeunes écologistes du mouvement Mother Nature créé en 2013 étaient arrêtés et condamnés à vingt mois de prison pour « incitation » au trouble à l’ordre public (ce lac, de fait, l’un des derniers qui subsistent dans la capitale cambodgienne, se voyait promis au développement urbain en vertu d’une série de décrets accordant les portions asséchées à des ministères autorisés à les revendre, de même qu’aux oligarques khmers proches du pouvoir). Ainsi encore qu’en octobre 2021, un membre du Réseau communautaire Prey Lang a été condamné à deux ans de prison avec sursis après que des hommes qu’il avait pris en photo tandis qu’ils transportaient du bois sans autorisation l’ont accusé de « tentative de meurtre ». Ainsi enfin qu’un peu plus tard, trois autres militants de Mother Nature, interceptés tandis qu’ils effectuaient des prélèvements d’eau, les rejoignaient dans les geôles de Phnom Penh. Cent-soixante « délinquants » cantonnés dans une cellule ne disposant que de deux toilettes… Du moins ces jeunes-là eurent-ils la chance d’éviter le sort réservé à Chut Wutty, un autre défenseur de la forêt, froidement abattu par un paramilitaire dans le parc national des Cardamomes.

C’est qu’on ne plaisante pas avec les intérêts économiques d’un petit royaume de 16 millions d’habitants dirigé de main de fer – et depuis trente-sept ans – par Hun Sen, l’indéboulonnable Premier ministre. Le sud du pays ? « Partout l’on creuse, arase les forêts et assèche à tour de bras, on avance sur la mer, pour ériger des “villes touristiques”, immanquablement “green and smart” (“vertes et intelligentes”) destinées à une clientèle chinoise ». La province de Koh Kong ? Mise en coupe réglée par les promoteurs. Au nord ? Des tribus autochtones confrontées au pillage de leurs forêts. Tant et si bien qu’entre 2001 et 2019, le pays a perdu environ 24% de sa couverture forestière.

Ce n’est pas tout. Sur la rivière Areng, la compagnie électrique publique chinoise Guodian Corporation entend y implanter un barrage hydroélectrique d’une puissance de 108 mégawatts – et tant pis pour l’espace vital des habitants des Cardamomes promis à l’engloutissement.

Autre source d’émoi : dès 2016, épluchant les statistiques commerciales, Mother Nature découvre que le Cambodge avait officiellement exporté 2,8 millions de tonnes de sable à Singapour entre 2007 et 2015 – ce alors même que Singapour déclarait en avoir importé 72,7 millions de tonnes !

Énorme ! Pour autant, la société civile n’entend pas baisser les bras. Comme l’explique un responsable de l’ONG Cambodia Youth Network (CYN) créée en 2009 : « Nous faisons des formations pour les jeunes sur les droits de l’homme et le développement durable. On peut dire que nous “produisons” des militants. Mais nous sommes sur une liste noire ». Leng Ouch, pour sa part, activiste du climat né en 1975 au sein de la forêt cambodgienne, fait figure de héros. Car c’est un fait que la somme de ses actions a eu pour effet de pousser le gouvernement cambodgien à geler, dès 2013, l’attribution de nouvelles concessions… sans pour autant parvenir à remettre en question les dizaines qui existaient déjà.

En 2016, la forêt de Prey Lang se mue en « Sanctuaire de la vie sauvage » ; par voie de conséquence, l’exportation de son bois vers le Vietnam est désormais interdite. « Cache-sexe ! », s’indignaient les écologistes, conscients du fait que les régulations ont peu d’effets sur les passe-droits dont bénéficient les oligarques. Entretemps, en pleine pandémie de Covid-19, le sac de cette forêt de Prey Lang battait son plein. « Jusqu’à 12 000 mètres carrés en février et 22 000 en avril. »

Markus Hardtke, écologiste allemand qui, depuis des années, accompagne les défenseurs des forêts cambodgiens, tire l’amère leçon : « Parfois, le ministère de l’Environnement envoie une équipe d’inspection, qui arrête des petites mains pour des délits mineurs. La nouvelle tendance, c’est surtout d’intimider les militants ».

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