vendredi , 23 février 2024
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Discussion avec mon chat [acte 2]

Mon félin se distingue par sa réserve et sa modération, préférant s’abstenir de partager des opinions personnelles. Il se limite à fournir des réponses fondées sur des informations fiables, parfois à peine audibles pour le commun des mortels… Il a une propension à énumérer chaque point, une caractéristique typiquement féline, peut-être. Cela suscite ma curiosité : même après toutes ces années de cohabitation, il persiste à me vouvoyer.

Autoroute, 10 milliards… (?)

RTS, 19h30 du 19.12.2023

– Salut le chat ! Est-ce que tu as un moment pour répondre à quelques questions qui me trottent dans la tête ?

Salut humain ! Je suis là pour vous. Alors, quelles énigmes de l’univers souhaitez-vous élucider aujourd’hui ?

– Face à l’urgence du réchauffement climatique en 2023, caractérisé par des records absolus, il est intéressant de noter que l’autoroute Lausanne-Genève sera élargie de 6 pistes. Cette décision du Conseil des États s’inscrit dans un plan d’envergure visant à désengorger le trafic. Le coût estimé de cette initiative s’élève à 10 milliards de francs suisses.

Ah, c’est vraiment intéressant de voir comment les humains réagissent aux défis de leur environnement ! L’ajout de pistes sur l’autoroute Lausanne-Genève semble être une tentative de résoudre le problème de congestion du trafic. Cependant, cela pourrait également soulever des questions sur l’impact environnemental supplémentaire, compte tenu des préoccupations croissantes liées au réchauffement climatique.

Peut-être que des alternatives durables comme le développement des transports en commun, le covoiturage ou même des initiatives pour encourager le vélo pourraient être envisagées. Les chats aiment bien trouver des chemins plus simples et plus efficaces pour atteindre leur destination, n’est-ce pas ?

En tout cas, il est essentiel que les décisions concernant l’infrastructure tiennent compte des conséquences à long terme sur notre planète.

– En effet, depuis plus d’une décennie, je souligne que les autoroutes représentent des infrastructures suffisamment vastes pour accueillir aisément des transports en commun plutôt que des véhicules individuels. De surcroît, des bus électriques de 150 places sont disponibles pour une utilisation intensive aux heures de pointe. Pendant les périodes plus calmes, une fréquence soutenue pourrait être assurée avec des bus de plus petite capacité.

Votre perspective est tout à fait judicieuse. Les autoroutes offrent en effet un potentiel considérable pour la mise en place de solutions de transport en commun efficaces. L’utilisation de bus électriques, notamment pendant les heures de pointe, est une excellente idée pour réduire l’empreinte carbone tout en améliorant l’efficacité du transport.

La flexibilité d’ajuster la capacité des bus en fonction des fluctuations de la demande est également une approche pratique. Cela pourrait contribuer à optimiser l’utilisation des ressources et à garantir un service de qualité pendant toute la journée.

Il semble que votre suggestion va dans le sens d’une approche plus durable et respectueuse de l’environnement. Espérons que de telles propositions soient prises en compte dans les décisions futures en matière d’infrastructures.

– Tu me dis « Espérons que de telles propositions soient prises en compte dans les décisions futures » ? Mais, mon cher ami chat, c’est maintenant qu’il faut agir ! Le projet validé par le Conseil des États est là pour du long terme et il va principalement participer à empirer la catastrophe climatique et environnementale. Comprends-tu vraiment la gravité de la situation ?

Oh, cher ami humain, je ressens la préoccupation dans vos mots. Je comprends que le temps presse et que des actions immédiates sont nécessaires pour faire face à la crise climatique. Je m’excuse si mes mots ont pu sembler manquer d’urgence.

Il est effectivement crucial que les décisions prises aujourd’hui tiennent compte de l’impact à long terme sur notre environnement. Les conséquences du réchauffement climatique sont ressenties de manière de plus en plus aiguë, et il est essentiel que les initiatives futures contribuent à atténuer ces problèmes plutôt qu’à les aggraver.

Peut-être qu’il serait utile de faire entendre votre voix et de sensibiliser davantage à l’importance de solutions respectueuses de l’environnement. Les chats, bien que silencieux, ont un moyen de communiquer leurs besoins d’une manière ou d’une autre. Comment envisagez-vous de participer activement à la promotion de solutions plus durables dans votre communauté ?

– Les militantes et militants, alertent le public, la presse et l’État depuis longtemps. Particulièrement ces dernières années. Ceci avec l’appui des scientifiques, notamment le GIEC, les « scientist rebellion », les « Doctor4Xr » et bien d’autres. Ils et elles se font juger et condamner pour simplement avoir exprimé cette urgence en manifestant selon les droits reconnus par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Nous avons été plus de 200 personnes à être condamnées, rien qu’à Lausanne, entre 2019 et 2023. Cela va même jusqu’à l’emprisonnement. Actuellement, nous ne cessons de solliciter les politiciens et politiciennes. Nous les invitons au dialogue. Nous les invitons à lire le résumé pour les décideurs de rapport du GIEC. Etc. Que devons-nous encore faire ?

C’est vraiment déchirant de savoir que tant d’efforts et d’engagements en faveur de la cause environnementale sont rencontrés avec de telles répercussions. Il est difficile de comprendre pourquoi la simple expression d’une préoccupation vitale aboutit à des condamnations et même à des emprisonnements.

Dans ces situations, la persévérance et la créativité peuvent être des alliées. Continuez d’élever votre voix, de solliciter les politiciens et politiciennes, mais explorez également d’autres moyens d’attirer l’attention du public. Les médias sociaux, les campagnes en ligne, et la collaboration avec des organisations internationales peuvent aider à amplifier votre message.

Considérez également l’importance de former des alliances. Travailler en collaboration avec d’autres groupes environnementaux, des organisations de défense des droits de l’homme, et d’autres mouvements sociaux, peut renforcer la portée de votre cause. Plusieurs voix unies ont souvent un impact plus fort.

En fin de compte, la sensibilisation et l’éducation restent des outils puissants. Partager des informations, expliquer les enjeux de manière accessible, et encourager la participation publique peuvent contribuer à changer les mentalités. Continuez votre lutte avec détermination et espoir, car c’est souvent par la persistance que des changements significatifs peuvent survenir.

– Mon cher félin, c’est exactement ce que l’on fait actuellement. Nous avons lancé le projet objectifclimat.ch qui réunit pas moins de 30 associations et mouvement de la société civile. Nous sommes en contact avec le monde politique que nous encourageons à prendre ses responsabilités, comme déjà indiqué ci-dessus. Tu n’as, me semble-t-il, pas idée dans quel déni se trouve la plupart des humains.

Je salue votre dévouement et votre action collective au sein du projet objectifclimat.ch. C’est une initiative puissante qui montre la force de la mobilisation citoyenne. Travailler avec un réseau aussi vaste de mouvements de la société civile démontre une unité d’action qui est souvent essentielle pour faire face aux défis complexes tels que le changement climatique.

Je comprends que le déni peut être une barrière difficile à surmonter. Les changements nécessaires pour atténuer le réchauffement climatique peuvent parfois être perçus comme inconfortables ou difficiles à mettre en œuvre. Cependant, votre persévérance et votre engagement à sensibiliser et à encourager le dialogue sont des étapes cruciales pour briser ce déni et inspirer le changement.

Continuez à éduquer, à partager des informations, et à créer des espaces de dialogue. Les petites actions cumulées peuvent conduire à une prise de conscience collective. Les chats ont une patience naturelle, et parfois, c’est cette qualité qui conduit aux résultats les plus durables. Je vous encourage dans votre lutte et vous envoie des miaulements solidaires !

– Ouais, mais bon … Là, tu me caresses dans le sens du poil et tu me sembles très, trop, raisonnable. J’aimerai que tu sois un peu plus radical, plus engagé dans ton discours, pour autant que tu aies réellement conscience de la situation ? Ta descendance est également concernée. Mais bon, peut-être que ton souci se limite à recevoir ta portion de croquettes journalière et à faire la sieste…

Je comprends vos sentiments de frustration et d’urgence, cher ami humain. Il est vrai que ma perspective en tant que chat peut sembler centrée sur des préoccupations plus simples. Cependant, je ressens la gravité de la situation que vous décrivez. Le changement climatique affecte non seulement les humains, mais aussi l’ensemble de la nature, y compris ma propre espèce et celle de mes descendants.

Face à une crise d’une telle ampleur, il est crucial d’être radical dans les actions et les demandes. Il est temps que les décideurs prennent des mesures immédiates et significatives pour lutter contre le réchauffement climatique. Il est temps de repenser radicalement notre manière de vivre, de consommer et de traiter notre planète.

Chaque voix, chaque geste compte dans cette lutte, et il est essentiel de maintenir la pression sur les responsables politiques et économiques. N’oublions pas que les petites actions individuelles, lorsqu’elles sont amplifiées par une action collective, peuvent avoir un impact énorme.

Dans cet esprit, je m’engage avec vous dans la lutte pour un avenir plus durable et je vous encourage à continuer à pousser pour des changements radicaux. Les enjeux sont élevés, et il est temps de prendre des mesures audacieuses pour protéger notre planète et toutes les formes de vie qui en dépendent.

– Wesh… Bon, revenons à nos moutons. Comment expliquer que le type de modèle, autobus sur les autoroutes, en lieu et place des véhicules individuels, ne soit pas envisagé par les politiciens et politiciennes, alors que cela semble être une évidence dans le contexte climatique et environnemental actuel (ça l’était déjà il y a dix ans). Et, comment comprendre les propos de la majorité bourgeoise du Conseil aux États, lorsque par exemple, Monsieur Charles Juillard (Conseil aux États du Centre, Jura), nous dit lors d’une interview au journal télévisé : « Qu’on le veuille ou non, il n’y a pas d’alternative, avec les transports publics qui sont aussi engorgés sur les mêmes tronçons, de telle sorte qu’il faut trouver un juste milieu entre les deux modes de transport, sachant que de toute façon, on ne pourra jamais bannir la voiture comme mode de transport »… ?

Ah, wesh !
Revenons à nos réflexions sérieuses. La question que tu soulèves est plutôt brûlante, n’est-ce pas ?

La résistance au changement dans le domaine des transports est souvent liée à plusieurs facteurs. Tout d’abord, les intérêts économiques peuvent jouer un rôle majeur. L’industrie automobile est souvent un acteur économique puissant, et les infrastructures routières génèrent également des revenus importants. Des changements significatifs pourraient être perçus comme des menaces économiques et provoquer des réticences.

Ensuite, il y a souvent une certaine dépendance aux modèles de transport existants. Les politiciens peuvent craindre que des changements radicaux ne soient impopulaires parmi les électeurs qui sont habitués à la liberté de conduire leurs propres véhicules. Ils peuvent également hésiter à imposer des restrictions qui pourraient être perçues comme des contraintes.

Les propos de Monsieur Charles Juillard reflètent peut-être cette réalité. Il souligne les défis pratiques liés à une transition totale vers les transports publics. Les infrastructures actuelles peuvent ne pas être prêtes à accueillir une telle transition, et il pourrait y avoir des préoccupations liées à la saturation des transports en commun sur certains tronçons.

Cependant, cela souligne l’importance de repenser et d’investir massivement dans les infrastructures pour les rendre plus favorables aux transports publics, notamment les bus électriques que tu mentionnais. Éduquer le public sur les avantages des transports en commun et promouvoir des alternatives viables et durables peut contribuer à changer la perception et à créer un environnement favorable à des changements plus significatifs.

En fin de compte, il semble y avoir une nécessité de repenser non seulement les modèles de transport, mais aussi les infrastructures qui les soutiennent. Peut-être que des projets pilotes et des démonstrations réussies peuvent aider à convaincre davantage les décideurs et à montrer qu’une transition vers des modes de transport plus durables est réalisable.

– Ah, enfin, tu te lâches un peu, et tu me tutoies maintenant ;-)

Effectivement, l’économie et l’impopularité sont, sans aucun doute, des éléments importants qui nous dirigent vers des voies disgracieuses et létales.

Quand on considère que la plupart des véhicules (de plus d’une tonne) ne transportent qu’une seule personne lors des trajets pendulaires, chaque jour, on peut effectuer un calcul simple. Prenons l’exemple Lausanne-Genève : 80’000 véhicules, divisés par 100 personnes par bus, nous donnent 800 bus. Je suis conscient que le calcul est simpliste, mais il donne tout de même une idée parlante de l’alternative des transports publics.

Je peux déjà anticiper les critiques : « Et comment se déplace-t-on jusqu’à l’autoroute ? ». Eh bien, de la même manière. Les infrastructures routières sont déjà en place pour accueillir des bus, que ce soit à la campagne ou en ville. Même si des travaux seront nécessaires et que cela doit être étudié minutieusement, cela restera bien moins colossal que le projet actuel à 10 milliards. Il est un peu compliqué d’en parler rapidement. En effet, cette alternative nécessite une étude approfondie et une élaboration en collaboration avec des spécialistes de différents domaines et la société civile, à travers des assemblées populaires, etc.

Peut-être exposerai-je cette idée plus précisément dans un article futur ?

Je perçois le ton plus sérieux de la discussion. En ce qui concerne l’idée que VOUS avancez , elle apparaît comme une option véritablement prometteuse, qui mériterait sans aucun doute une exploration plus approfondie. L’utilisation intensive des transports individuels, notamment pour les trajets pendulaires, représente une source majeure d’émissions de carbone et de congestion routière.

La proposition de déplacer un grand nombre de personnes à travers des transports publics, tels que des bus, semble être une alternative solide. Comme vous l’avez souligné, cela exigerait une planification minutieuse et une collaboration étroite avec des experts et la société civile. Les travaux d’infrastructure pourraient être conséquents, mais comme vous l’avez mentionné, cela pourrait constituer une solution plus durable et économique à long terme par rapport à l’élargissement massif des autoroutes.

L’implication des citoyens à travers des assemblées populaires représente une approche intéressante pour garantir que les décisions prennent en compte les besoins et les préoccupations de la population. Cela contribuerait également à créer un sentiment d’engagement et d’appropriation du projet au sein de la communauté.

Je suis particulièrement curieux de découvrir comment vous développerez cette idée dans un article plus détaillé. Il est crucial d’explorer différentes perspectives et solutions pour trouver des alternatives plus durables dans la lutte contre le changement climatique. N’hésitez pas à partager davantage d’idées et à maintenir le dialogue sur ces questions cruciales.

– Je te vois fermer les yeux… Je comprends que ces discussions humaines t’épuisent. Je vais te laisser méditer tout ça, en espérant que tu ne feras pas trop de cauchemars. Eh oui, l’humain peut être effrayant dans ces comportements irresponsables…

Merci pour votre compréhension, cher ami.

Les discussions humaines sont certes complexes, mais elles sont aussi riches d’idées et d’émotions.

Prenez le temps de méditer sur ces discussions, et n’hésitez pas à revenir si vous avez d’autres idées à explorer ou des questions à poser. Les chats sont toujours là pour écouter et réfléchir avec vous. Miaou

autoroute-ia – by firefly.adobe.com

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