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60 – Abou Dabi – Pékin ­- Leysin : promesses, limites et leurres d’une technologie à l’assaut de la crise climatique

Dernière modification le 24-9-2023 à 13:11:31

Le Courrier, 28 juillet et 25 août ; Le Monde, 16 août.

À consulter la presse de ces dernières semaines, le doute n’est plus permis : contraints de faire un moment profil bas tant le flux des études scientifiques se faisait accablant, les climatosceptiques et leurs alliés font leur retour – tirant effrontément parti d’une lassitude quasi-générale aisée à mesurer (sondages aidant) au sein de la population. Car enfin, s’il est établi que la planète court à sa ruine et que ceux-là qui la pressurent sont à ce point puissants que rien ne semble devoir perturber leurs ambitions pharaoniques, à quoi bon céder à la psychose ? Autant profiter de la vie tant qu’il est encore temps. D’autant, entend-on dire semaine après semaine, que d’ambitieuses solutions technologiques se pressent au portillon. Dès lors…

Très marqués sur les réseaux sociaux ces derniers mois, les discours niant la réalité du changement climatique et/ou ses causes anthropiques seraient sur une pente ascendante depuis quelques années.

En page 32 de l’édition du Monde du 11 septembre, Stéphane Foucart écrit : « Cette aggravation récente des effets du réchauffement coïncide, et c’est une autre cause de sidération, avec un retour apparent du climatoscepticisme dans la conversation publique. Très marqués sur les réseaux sociaux ces derniers mois, les discours niant la réalité du changement climatique et/ou ses causes anthropiques seraient sur une pente ascendante depuis quelques années. Une enquête d’opinion internationale, coordonnée par EDF et l’institut Ipsos, suggère un essor du climatoscepticisme dans plusieurs grands pays entre 2019 et 2022. En France, selon ce sondage, environ 37% de la population serait climatosceptique en 2022, en augmentation de huit points par rapport à l’année précédente ».

De son côté, dans les pages du quotidien 24 heures du 23 août et sous le titre « L’embellie des climatosceptiques sur les réseaux sociaux », Catherine Cochard relève des propos bien sentis émis par la Déclaration mondiale sur le climat – tribune climatosceptique fondée en 2019 par un ancien employé du géant pétrolier Shell. Selon son panel réunissant 1609 signataires, il y aurait juste que le climat n’a jamais fait que changer – un fait on ne saurait plus banal attesté par les études géologiques, paléobotaniques, etc. – mais qu’il « n’y a pas de faits qui soutiennent l’idée que nous ne sommes pas en mesure de nous adapter à l’évolution du climat sans mesures coercitives politiques ». De quoi alimenter la suspicion des conspirationnistes pointant du doigt ceux à qui seraient censées servir l’alimentation et la propagation de l’« urgence climatique ». Autrement dit : le petit jeu de l’écoanxiété.

Ensemencer les nuages afin de modifier au profit de telle région les régimes de précipitations pluviales

Pour le coup : fameuse aubaine pour la grande industrie et ses vendeurs de mirages en tous genres. Témoins ceux qui, ici et là sur la planète (Chine, Émirats arabes unis, Russie, Afrique du Sud, États-Unis, Thaïlande, Mexique, etc.), usant d’avions, de roquettes et d’appareils diffusant la fumée depuis le sol, s’appliquent à ensemencer les nuages afin de modifier au profit de telle région les régimes de précipitations pluviales – ce en leur injectant des particules de sel ou d’iodure d’argent ; voire d’un dioxyde de titane pourtant classé « cancérigène possible pour l’homme » par le Centre international de recherche sur le cancer (Le Monde du 15 août). Et tant pis si les écosystèmes terrestres et aquatiques menacent de s’en trouver affectés. Tant pis aussi si, ce faisant, tout détournement d’humidité atmosphérique, risquant de léser les États ou pays voisins, suscite déjà de nouvelles formes de tensions… et pourquoi pas de guerres !

Le système CCS est avant tout utilisé pour poursuivre l’extraction du pétrole as usual.

De leur côté, les champions du captage et stockage sous terre des émissions de CO2 se frottent les mains – quand bien même, écrit Sébastian Castelier dans Le Courrier du 25 août, pareille technique n’a rien d’une « solution miracle, loin s’en faut. Tout d’abord, elle offre un argument pour promouvoir l’idée selon laquelle l’usage des combustibles fossiles peut être sans conséquences. Le système CCS est avant tout utilisé pour poursuivre l’extraction du pétrole as usual. Septante-trois pour cent du CO2 capturé chaque année dans le monde est enfoui dans les gisements pétroliers où il permet la “récupération assistée du pétrole”. Cette dernière technologie, expérimentée pour la première fois en 1972 au Texas, accroît la productivité des puits de pétrole via des injections de CO2, présentées au grand public comme une avancée pour le climat ». D’où cette idée véhiculée par les pays du golfe Persique selon laquelle l’usage de pétrole et de gaz naturel n’est pas incompatible avec la lutte contre le changement climatique… quand bien même, avertit une récente étude de l’université de Californie à Berkeley, le déploiement à grande échelle de ce type de capture menace de conduire à un quasi-doublement de l’empreinte hydrique de l’humanité.

Pour pallier l’effective raréfaction de l’or blanc qu’est devenu la neige, l’ingénierie entend y voler au secours des professionnels des sports d’hiver.

Troisième exemple d’incursion technologique massive, toujours au nom du futur – exemple qui nous touche directement puisqu’il concerne Leysin et les Mosses, deux stations vaudoises respectivement situées à 1336 et 1430 mètres d’altitude. Pour pallier l’effective raréfaction de l’or blanc qu’est devenu la neige, l’ingénierie entend y voler au secours des professionnels des sports d’hiver. Pour ce faire, moyennant quelques millions de francs investis à fonds perdus – et à compter bien sûr que le projet soit accepté ! –, 170 canons à neige, alimentés à hauteur de 250 000m3 d’eau depuis le lac de l’Hongrin, devraient, d’ici 2026, pouvoir procéder à un enneigement artificiel à grande envergure – donc « garantir les emplois en cette période de transition » (Le Courrier du 28 juillet).

« Garantir les emplois » à ce prix et à cette altitude, sachant que, selon toute probabilité, lesdits canons à neige ne sauraient constituer une solution durable à des altitudes aussi basses (la neige artificielle n’y tiendrait pas dans 25 à 30 ans) ; que des propositions de diversification des activités touristiques ont été sciemment écartées pour privilégier les remontées mécaniques et le ski ; et que – toujours à suivre Pierre Starobinski, ancien directeur de l’office du tourisme de Leysin et membre d’un collectif opposé à ce qui semble une folie des grandeurs – il serait bien plus raisonnable d’investir dans des transports publics permettant de relier Leysin à des stations de haute altitude en sorte de les rendre plus accessibles ?

La bataille opposant Jeunes Verts Vaudois, Verts du Chablais et des Alpes vaudoises et autres protestataires aux promoteurs des canons est animée. Quant à savoir si, en dépit du tollé que provoque le projet, les deux municipalités passeront outre les oppositions somme toute sensées…

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