vendredi , 23 février 2024
Anton - stock.adobe.com

56 – Comment vont les affaires, ces temps, Monsieur Glencore ?

Dernière modification le 6-6-2023 à 18:31:44

Conte des trois banques françaises qui s’étaient fait tirer l’oreille pour leurs financements accordés au géant minier suisse Glencore PLC.

Il était une fois, au sein de l’hexagone appelé France, trois établissements de vertueuse réputation. Qui donc, à les entendre, ne leur eût accordé le bon dieu sans confession ? « L’investisseur durable d’un monde qui change ! », assurait le premier. « Un pionnier dans le domaine de l’investissement responsable ! », se vantait le second. Quant au troisième, peu en reste, il annonçait une « trajectoire net zéro » en matière de financement et d’investissement, propre à contribuer à la neutralité carbone d’ici 2050. Seulement voilà : comme dans le conte des « Trois petits cochons » dont l’histoire, prétend James Halliweli, son honorable propagateur, aurait été recueillie auprès d’une nourrice, cette fois encore il fallait qu’un méchant loup se mêle de la partie – ceci jusqu’à fiche une trouille carabinée aux trois gentils omnivores que sont BNP, Crédit Agricole et BPCE.

Le vilain canidé de l’histoire que rapporte France Inter s’appelait Tierra Digna.  On sait qu’il appartenait à l’espèce ONG, sévissait dans la région de Bogota (Colombie) et pouvait s’avérer pugnace, quérulant… n’hésitant parfois pas à s’en prendre à bien plus énorme que lui. C’est ainsi qu’un beau jour lui vint l’envie de s’en prendre aux trois amis d’un bon géant helvétique qu’une série de revers avait récemment affaibli. Pensez : une enquête britannique révélant que, « par l’intermédiaire d’employés et d’argent », l’ami qui s’appelait Glencore avait versé des pots-de-vin à hauteur de plus de 28 millions de dollars aux fins d’obtenir un accès préférentiel au pétrole du Nigéria, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, en Guinée équatoriale et au Soudan du Sud.  Qui plus est, l’an passé, le même ami Glencore s’était vu infliger 1,5 milliards d’amende pour « corruption et manipulation de marchés » (réf.) – ceci au terme de démêlés avec la justice américaine, alors que d’autres cas de corruption étaient déjà signalés en République démocratique du Congo aussi bien qu’au Brésil. Manœuvres, affirmait-on, destinées à « se sécuriser un accès aux énergies non renouvelables comme le pétrole ou le charbon ».

Pauvre Glencore ! A-t-on seulement idée d’importuner jusqu’au cœur du canton de Zoug – via trois de ses amis français – une créature clamant fournir « de manière responsable les matières premières qui améliorent la vie quotidienne » ? Et que lui reprochait-il donc, cet importun Terra Digna ? D’avoir, en Colombie, « pollué de façon dramatique l’environnement ». Comme si d’autres géants de l’industrie n’en faisaient pas autant à travers le vaste monde !

Bon. Concédons qu’à travers sa filiale Prodeco, un quart de siècle durant, Glencore ne s’était pas privé d’exploiter les mines à ciel ouvert de Calenturias et de la Jagua avant de les céder du jour au lendemain – sans pour autant respecter le plan légal de dépollution des sites. Résultat, selon l’État colombien : plus de cinq rivières contaminées. Du plomb dans les cours d’eau, la rendant impropre à la consommation. Autrement plus grave encore : « Des taux anormalement élevés de maladies respiratoires, sans doute liées aux poussières de charbon, ont été relevés, ainsi que de nombreux cancers du poumon et de l’estomac et des maladies dégénératives ». Tout ceci outre la bagatelle en quoi consistait le fait de licencier 6 200 travailleurs directs et indirects n’ayant reçu aucune proposition de reclassement.

Les groupes Crédit Agricole, BPCE et BNP Paribas avaient reçu « une mise en demeure les enjoignant de cesser de prêter de l’argent et d’investir au sein du géant minier suisse Glencore

Ce qu’exigeait le loup Tierra Digna des trois amis du mastodonte helvétique champion de l’extraction minière (charbon, zinc, cuivre, aluminium…) et se trouvant déjà sous le coup de plusieurs procédures judiciaires alors qu’il employait 155 000 personnes ? Tout simplement ceci : que les trois groupes bancaires respectent les « engagements environnementaux forts » dont ils se prévalaient. Voilà pourquoi, selon les informations de la cellule investigation de Radio France – et en vertu de la loi de 2017 sur le devoir de vigilance imposant aux entreprises françaises de plus de 5 000 employés de prévenir les risques que font peser leurs activités sur les droits humains, la santé et l’environnement –, les groupes Crédit Agricole, BPCE et BNP Paribas avaient reçu « une mise en demeure les enjoignant de cesser de prêter de l’argent et d’investir au sein du géant minier suisse Glencore ». Et ceci fût-ce par l’entremise de filiales non directement exposées à l’activité charbon !

Quant au principal intéressé… Son porte-parole assurait « ne pas avoir connaissance de preuves concernant une augmentation des maladies pulmonaires et des cancers en raison de la pollution présumée des rivières ». De nouvelles actions en justice finiraient-elles par lui en fournir la preuve ?

Paraquat, Glyphosate, Lambda-cyhalothrine et Atrazine constituent des insecticides aussi mondialement répandus que dangereusement toxiques pour la santé

Pendant ce temps, un autre géant helvétique (cette fois dans le domaine agro-industriel), le bâlois Syngenta, numéro un mondial sur le marché des pesticides prompt à vanter son Good Growth Plan, dit « plan de croissance responsable », en matière d’innovation, de durabilité, de protection des agriculteurs et de la biodiversité – le tout en aidant à nourrir la planète – semblait lui aussi éprouver certain mal à admettre ce qu’un nombre croissant d’études scientifiques avaient le mauvais goût de souligner, preuves à l’appui. À savoir que Paraquat, Glyphosate, Lambda-cyhalothrine et Atrazine constituent des insecticides aussi mondialement répandus que dangereusement toxiques pour la santé. L’accumulation des poursuites engagées par des agriculteurs américains à l’encontre du producteur du Paraquat (herbicide interdit en Suisse depuis 1989) à qui est reproché de commercialiser un produit dont, depuis 2011, le National Institute of Environmental Health Sciences a montré que ceux qui utilisent ce produit développent deux fois et demi plus souvent un cas de Parkinson que le reste de la population finirait-elle – milliards de dollars d’amendes à la clé – par se montrer plus convaincante qu’une population de sinistrés ?

Vérifier aussi

Pour la décroissance. Et les entreprises ?

Dernière modification le 19-2-2024 à 17:36:51 Aujourd’hui encore, alors que des signaux dramatiques nous arrivent …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *