vendredi , 23 février 2024
rudi1976 - stock.adobe.com

55 – Très franchement, j’ai honte pour la Ville de Lausanne

Dernière modification le 7-6-2023 à 23:59:10

Où le double langage d’une municipalité pourrait – fût-ce involontairement –servir les intérêts de la Grande Industrie et de ses acolytes.

Allez donc reprendre du collier après sept semaines d’interruption ! Encore, s’il ne s’agissait que de se colleter avec une liasse d’articles du Monde s’entêtant à répercuter d’exécrables nouvelles au plan international…

Quelques échantillons ? « Dans l’ouest de la France, violences et intimidations contre les militants écologistes se multiplient » (31 mars). « Le ministre de l’Agriculture demande une “réévaluation” de l’arrêt du pesticide S-métalochlore » (2 avril). « Une personne sur six concernée par l’infertilité » (5 avril). « Niger, l’uranium sous haute tension. Entre menace terroriste, pollution et contestation locale, l’ex-Areva, championne française de l’atome, exploite, à Arlit, un vaste gisement du précieux minerai destiné aux centrales nucléaires tricolores » et « Les banques continuent de financer le secteur des énergies fossiles » (14 avril). « Comment Paris va devoir s’adapter à 50oC » (16 avril). « L’océan en surchauffe, une menace pour le climat » (21 avril). « Riyad, qui vise la neutralité carbone en 2060, investit dans les énergies renouvelables, mais ne se détourne pas du pétrole, au contraire » (26 avril). « Sécheresse et canicule précoce accablent l’Espagne » (29 avril). « Le retour d’El Niño jugé très probable cette année. Ce réchauffement d’une partie de l’océan Pacifique augmente le risque d’événements extrêmes » (4 mai). « Des incendies intenses et précoces au Canada » (10 mai). « Pesticides et engrais déciment les oiseaux d’Europe. Selon une étude, 60% des populations aviaires des zones agricoles ont disparu en près de quarante ans » (17 mai). « Le Ghana, poubelle de la “fast fashion” mondiale (21 mai).

Or voilà qu’à présent, par une lettre datée du 4 avril 2023, la Ville de Lausanne claque la porte au nez de celles et ceux qui, depuis longtemps, participent – au prix de leur temps libre et de maints risques – à la lutte contre le dérèglement climatique. Ceci en dépit de vertueuses paroles.

Revenons-en au 11 juin 2022. À l’occasion des « Assises lausannoises du climat », il avait été demandé aux participants des différents mouvements en faveur du climat ce dont ils auraient besoin pour poursuivre leur engagement. Un engagement visiblement apprécié dans la mesure où ces bénévoles avaient, par leurs actions et mobilisations de ces dernières années, à l’évidence contribué à l’établissement des fameuses 170 mesures du plan climat lausannois annoncées en janvier 2021.

C’est donc naturellement que, par une lettre datée du 20 mars 2023, sept d’entre les mouvements (sections Lausanne) – à savoir : État d’urgence, Grève du climat, Renovate, Réseau transition, Scientist Rebellion, XR Famille et XR Lausanne – sollicitaient auprès de la Ville de Lausanne l’octroi, à des conditions favorables, de locaux communs permettant « d’économiser des forces et d’établir entre les différents mouvements une meilleure coordination ». Arguant, ce faisant, que « nos objectifs rejoignent les vôtres sur les thèmes climatiques, environnementaux et sociétaux » ; mais encore que « de ce fait, il nous paraît aussi légitime que nécessaire de solliciter votre aide ».

Moins de deux semaines plus tard, État d’urgence recevait une réponse tenant pour l’essentiel à cette phrase : « Au vu de ce qui précède et bien que la Ville de Lausanne ait à cœur de soutenir le milieu associatif, nous regrettons de ne pouvoir vous proposer de nouveaux locaux à des conditions favorables ».

Et pourquoi ne le pourrait-elle pas ? À titre d’exemple, le projet Mercador, foodmarket prévu à la Riponne pour 2024, vient d’être abandonné. 1300 m2 des anciens locaux de Mövenpick vont donc rester vides encore pendant des années jusqu’à ce qu’un nouveau « concept » voit le jour. Une partie de cet espace pourrait être mis à disposition des mouvements et associations mentionnés plus haut avec un contrat de confiance tacite de type « bail à l’amiable » – ce qui contribuerait à renforcer l’esprit du lieu voulu par la Ville sur la placette de la Grenette. Bien d’autres immeubles gérés par la Ville sont par ailleurs vides en attendant d’éventuels travaux. Il devrait donc y avoir moyen d’aider les associations, au moins temporairement. Notre municipale en charge, Madame Natacha Litzistorf, devrait « avoir à cœur » de leur proposer une solution.

Le plus ironique de l’affaire étant qu’au même moment et par tous les moyens démagogiques – y compris à coups de mensonges les plus éhontés – l’anonyme « tout ménage » News Energie derrière lequel se cachent plusieurs élus UDC se gardant d’annoncer leur couleur politique n’hésite pas, lui, à paraître “extrémiste”, mettant en garde la population contre les risques qu’il y aurait à abandonner « à l’aveugle », à l’occasion des votations du 18 juin, des sources d’énergies fossiles d’où résulterait une mise en danger de la sécurité de notre approvisionnement. Le tout assaisonné de l’inévitable recours au « panier de la ménagère ». Ainsi peut-on lire ce qui est censé attendre les locataires : « Encore plus de charges à payer pour l’électricité ». « Résiliations pour rénovations forcées ». « De moins en moins d’argent pour vivre ! ».

Sur quoi un mystérieux « Comité pour le sauvetage de la place industrielle suisse » s’en vient, dans toutes les boites aux lettres, à parachever au rouleau compresseur la grande offensive des barons de l’Industrie ; ceci en prétendant que « la loi sur la protection du climat est en réalité une loi d’appauvrissement et d’interdiction » !… Outre qu’elle menace de « défigurer notre beau pays ».

Notre minuscule pays laisse malheureusement diffuser des propos aussi démagogiques et erronés qui, de surcroit, profitent directement aux plus riches.

À Lausanne, nous serions en droit d’attendre de la majorité rose-verte qu’elle soutienne par ce type d’aide concrète les personnes engagées pour le climat et pour la justice sociale. Nos élus ne devraient pas se montrer si frileux à l’idée d’être associés avec celles et ceux qui s’efforcent de mettre un frein à la débauche des énergies fossiles – lesquelles mettent en péril les conditions d’habitabilité de notre planète Terre.

Face au refus d’une si modeste demande, ces mouvements devraient-ils donc baisser les bras ?

 

Vérifier aussi

Pour la décroissance. Et les entreprises ?

Dernière modification le 19-2-2024 à 17:36:51 Aujourd’hui encore, alors que des signaux dramatiques nous arrivent …

Un commentaire

  1. Hugues Burkhalter

    Oui,
    C’est simplement désolant, désespérant, le manque de courage des « progressistes » que nous avons élu.e.s.
    Ils ont peur des investisseurs, que ce soit le tabac, le charbon, ou le football…
    Ces derniers, les puissants, se tiennent par la main, savent où appuyer, faire peur, séduire…

    Nous sommes des fourmis

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *