jeudi , 25 juillet 2024
« Perte de contrôle » LLE Photographie

Le contrôle

Dernière modification le 20-6-2023 à 16:29:26

Ma vie est sous contrôle.

Le réveil sonne à heure fixe, de l’eau chaude sort de la douche lorsque je commande le robinet, le placard regorge de mes céréales préférées dont le goût reste inchangé depuis des années, la température intérieure est régulée, mon brossage de dents retire l’excès du sucre industriel que je viens d’ingurgiter. Le train arrive à l’heure (ou presque), je connais mon travail, l’ordinateur obéit, il y aura de quoi manger à midi, et ce soir, et tous les jours de l’année. Je rentre à 17 heures, après 8 heures de bureau, du lundi au vendredi, sauf fêtes et vacances prévues à l’avance, jusqu’à la retraite, puis la mort, quasi garantie autour de 80 ans. Parfois je tombe malade, perte de contrôle momentanée et relative puisque la science comprend, et donc contrôle, la majorité des pathologies communes. C’est d’ailleurs tout le but de la science : comprendre, pour prévoir, éviter l’imprévu de la surprise, et garder le contrôle.

Car quoi de plus désagréable qu’une surprise ? Je ne parle pas de la surprise d’anniversaire, prévue et organisée à l’avance par des proches que je connais, qui ont alors temporairement le contrôle de la situation. Et puis je les connais, je sais à quoi m’attendre, je leur fais confiance. Il n’y aura pas de mauvaise surprise. Et c’est justement de quoi je veux parler : la « mauvaise » surprise. Le réveil ne sonne pas, il n’y a plus d’eau chaude au robinet, la voiture tombe en panne, je me fais larguer par mon conjoint, virer du boulot, les proches déconnent, le réchauffement climatique existe, quelqu’un a un cancer, l’inflation galope, c’est la famine, la mort ! La « mauvaise » surprise est désagréable, on perd ses repères, c’est alors l’inconnu qui guette et nous menace. Enfin, pas pour tout le monde.

Car il y a celles et ceux qui subissent, survivent, courent, doutent, craignent, du moins plus que ce que recommande un certain équilibre. Leur existence est assombrie d’une certaine précarité : les factures difficiles à payer, une perception d’insécurité physique à chaque coin de rue, une insécurité affective ou émotionnelle voir intellectuelle, une méfiance excessive d’autrui, des étrangers, des « autres », l’épuisement de trop d’heures travaillées, la lassitude d’une vie pauvre en Sens, ou l’écrasement par la misère du monde, entre autres. Pour ces « survivantes » et « survivants » la surprise est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, l’étincelle qui fait flamber la maison, l’iceberg qui fait couler le Titanic. Elle est au mieux un mauvais moment à passer, au pire, la prise de conscience terrible de cette survie enchaînée, aliénée.

Et puis il y a celles et ceux qui Vivent, prennent leur temps. Se sentent libres et le sont au moins partiellement. Se font raisonnablement confiance à eux et aux autres. Sont avenants, disponibles. Conçoivent le monde et la nature comme un environnement bénéfique, sain et agréable. Les « Vivantes » et les « Vivants » sont ouverts à la surprise et au changement, ne la préjugent pas, se laissent porter, surprendre, l’examinent et tentent d’en percevoir les nouveaux avantages et inconvénients, sans avoir besoin de la comprendre ni la contrôler. Chaque jour est unique car rempli de nouveauté et d’émerveillement.

La première chose à rappeler et que contrairement à ce qu’une certaine classe intéressée de la population répète inlassablement, les « survivantes » et les « survivants » ne sont pas responsable de leur sort, en tout cas pas majoritairement, contrairement à ces mêmes intéressés qui ont besoin d’exploitées et d’exploités à exploiter pour, à ce qu’ils et elles croient, se sortir eux-mêmes de leur survie. Quelle tristesse ! Quand comprendrons-nous enfin que rendre les autres tristes ne permet pas de se rendre soi-même moins triste ? Au contraire.

Ensuite il faut accepter que malgré les apparences, « la seule chose dont nous soyons réellement sûrs est que nous ignorons presque tout ». Bien sûr aujourd’hui le train est arrivé à l’heure et nous sommes capables de faire pousser du blé sur un sol sans vie bourré de pesticides afin de contrôler insectes et maladies, mais demain ? Et dans 10 ans ? 1000 ans ? Heureusement, des personnes ouvertes à la surprise ont essayé des techniques et procédés qui se sont révélés très efficaces, bien qu’incompris. Par exemple la médecine chinoise a fait ses preuves et obtient des résultats inatteignables (1) par la médecine occidentale, mais ses fondements nous dépassent. Tout comme l’EMDR (1, 2) dont les résultats documentés sont aussi stupéfiants qu’inexpliqués.

Alors si cela vous dérange vous avez le choix : rester prisonnière ou prisonnier du contrôle agréable et rassurant, ou doucement et lentement vous libérer afin de bénéficier des miracles de l’inattendu, de la beauté de l’incompris et de la joie de la surprise. Car qu’est-ce qu’est le réchauffement climatique si ce n’est une perte abyssale de contrôle ?

Et si vous êtes prêt à le perdre, ce contrôle (ce qui ne signifie pas perdre tout sens critique) :

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