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8 – Générations futures versus glyphosate : où 99 % des rapports scientifiques se trouvent balayés

Dernière modification le 23-11-2021 à 11:38:09

Le Monde, 17 novembre 2021. « Glyphosate : l’expertise européenne a exclu la quasi-totalité des études », Planète, p. 6.

Classé, le 10 mars 2015, « cancérigène probable pour l’homme » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), le glyphosate – ce très controversé herbicide mis en vente dès 1974 par Monsanto et fort prisé des agriculteurs du monde entier – était pourtant réautorisé à la vente en novembre 2017… ce sur l’ensemble du territoire de l’Union européenne. Une décision de la Commission européenne limitée à cinq ans ; donc au mois de décembre de cette année. Dans cette perspective, redoutant fort une nouvelle prolongation de l’utilisation de l’herbicide, l’association de défense de l’environnement Générations futures monte au créneau. Ses arguments ?  Seules 3% des 7188 études sur le glyphosate publiées dans les revues scientifiques internationales au cours des dix dernières années ont été jugées « utiles » et « pouvant être utiles pour l’évaluation ». Encore, d’entre elles, seules le 0,4% a été estimé « fiable ». À l’inverse, poursuit Générations futures, les investigations conduites par les fabricants « bénéficient d’une plus grande mansuétude et finissent par fonder l’essentiel de l’expertise européenne ». Si bien que, selon le Renewal Assessment Report, le glyphosate ne serait ni cancérigène, ni mutagène, ni reprotoxique, ni un perturbateur endocrinien. D’où cette question que pose Stéphane Foucart : « Une expertise peut-elle être scientifique si la science n’y a pas sa place ? »

De fait, s’agissant d’étudier les possibles effets de certains produits sur l’homme, est-il pertinent de ne baser ses analyses que sur une seule « espèce pertinente pour la toxicologie des mammifères » – donc d’exclure toutes les autres réalisées sur d’autres organismes ? Est-il pertinent d’évincer les études mécanistiques portant sur les effets du glyphosate au niveau cellulaire et moléculaire au prétexte qu’elles « ne peuvent pas être liées à l’évaluation du risque » ? Est-il pertinent de rejeter certains travaux parce que réalisés dans un contexte non européen ?

À propos du même herbicide, le même Stéphane Foucart rapporte que le 9 février 2016, saisie par cinq ministères suite au rapport du CIRC, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) publiait la première partie de son expertise ; en revanche, la seconde était « enterrée ». Motif invoqué par la direction des produits réglementés de l’Anses : ce deuxième volet a bien été soumis aux membres du Comité d’experts spécialisés (CES) sur les pesticides ; seulement, « ils l’ont vu une fois et ensuite le travail a été abandonné et laissé de côté parce que les travaux de l’Union européenne [sur le sujet] sont venus nous rattraper ».

Quant aux deux auteurs du projet de rapport identifiés par Le Monde, « le premier confirme avoir participé au projet d’expertise mais ne souhaite pas en détailler la teneur, ni le rendre public sans l’autorisation de l’Anses. Le second n’a pas répondu aux sollicitations du Monde ».

Pour ce qui est des risques que le glyphosate continue de faire peser sur les oiseaux sauvages, les abeilles et les sols, on préfèrera donc se reporter à l’ouvrage intitulé Le monde selon Monsanto, de Marie-Monique Robin. Quant aux mécanismes mis en œuvre par les industriels s’agissant de déprécier la science et de détruire le savoir – donc de mettre nos vies en danger –, on lira avec grand intérêt La fabrique du mensonge, de Stéphane Foucart.

 

 

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