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31 – Le grand (et juteux) boom du poulpe

Dernière modification le 8-6-2022 à 14:07:17

Le Monde, 3 mai 2022. « Le premier élevage de poulpes au monde inquiète », Planète, p. 18, et autres faits saillants de la semaine.

Cinq doubles pages du Monde placées sous le signe de l’« Urgence climatique, le défi de la sobriété » : telle est la montagne à laquelle j’entends m’attaquer à l’occasion de ma trente-deuxième chronique. En attendant, qu’on me permette de recenser quelques faits et méfaits venus, ces derniers jours, se rajouter à la liste déjà longue des atteintes au Vivant. De quoi, s’il en était encore besoin, convaincre que, décidément, il ne se passe de semaine durant laquelle de nouvelles initiatives ne s’emploient – en dépit d’innombrables alertes réitérées – à compromettre le fragile équilibre nous accordant d’habiter la planète Terre.

– 26 mai. En Angleterre où 87% des personnes et 64% des entreprises ayant répondu à une consultation publique estiment que « l’édition génétique pose un plus grand risque pour la santé humaine ou environnementale que les modifications génétiques intervenues naturellement », l’équipe de Boris Johnson entend autoriser la culture de nouveaux OGM. Ceci alors que l’Union européenne persiste à interdire la plupart des cultures d’espèces génétiquement modifiées… fût-ce localement et sans introduction de gènes exogènes. Un bienfait du Brexit, clame le Premier ministre, certain que la libération des biosciences va permettre, en développant des plans plus résistants, de « nourrir la planète » à l’heure où les importations de céréales provenant d’Ukraine menacent de tarir. Le même jour, la même page 8 informe qu’en France Éléonore Leprettre, ex-cheffe de cabinet du ministre de l’agriculture, rejoint l’association Phyteis, le lobby des entreprises agrochimiques – et donc des pesticides. De quoi inquiéter Bruxelles. D’autant qu’Emmanuel Macron estime que, pour tenir compte de la guerre en Ukraine, les objectifs européens de verdissement se doivent d’être « adaptés ». Le Monde (25.05.2022).

­– 31 mai. En Espagne, au bord de la ria d’Arousa, le plus grand estuaire de Galicie, les scientifiques attachés au Centre de recherche biomarin de l’entreprise Nueva Pescanova poursuivent leurs expérimentations en vue d’ouvrir la première ferme d’élevage de poulpes au monde. C’est que, se félicite Roberto Romera, le directeur du lieu : « Le poulpe est devenu une des espèces les plus demandées, en particulier depuis que les États-Unis se sont mis à le consommer. [Or] il s’agit d’un super aliment, riche en protéines et faible en graisses, sa valeur sur le marché est élevée et sa croissance suffisamment rapide pour que les perspectives de retombées soient bonnes ». Pensez : une valeur commerciale passée, entre 2010 et 2019, de 1,3 milliard à 2,72 milliards de dollars… Une donnée qu’on aurait tort de bouder ! Si bien que les protestations d’ONG dévolues à l’environnement tout comme à la défense des animaux (pointant les forts risques d’agressivité des poulpes, créatures solitaires et territoriales lorsqu’elles sont élevées de façon intensive) tendent à peser fort peu. Le Monde (30.05.2022).

– 1er juin. Suite à la conclusion de son évaluation du glyphosate, substance connue pour être le pesticide de synthèse le plus utilisé au monde, l’Agence européenne des produits chimiques (EChA) laisse augurer de sa prochaine réautorisation. En dépit d’une somme impressionnante d’études consacrées à ce sujet brûlant – dont celles menées à bien par le Centre international de recherche sur le cancer –, l’EChA, de fait, persiste et signe : le glyphosate ne serait ni cancérigène, ni mutagène, ni toxique pour la reproduction, que ce soit de manière avérée ou seulement supposée. Tests standardisés fournis par les industriels versus les travaux publiés dans la littérature scientifique par ONG et chercheurs du monde académique. De quoi exacerber une polémique lancée depuis plus de sept ans. Parallèlement, en France toujours, fruit du réchauffement climatique et de l’intensification des activités humaines – le tout brassant tempêtes, houles, manque de sédiments, montée des eaux et activités portuaires –, l’érosion du littoral ne cesse de progresser. Résultat : l’État publie une liste de 126 communes qui vont devoir s’adapter en priorité. Le Monde (31.05.2022).

– 3 juin. Une bonne nouvelle au tableau (du moins pour les cinq prochaines années) : la chasse du grand tétras des Pyrénées dont la population s’est trouvée divisée par cinq depuis les années 1960 vient enfin d’être interdite. Un ordre émis par le Conseil d’État pour qui cette chasse du gros gallinacé n’était pas compatible avec le maintien de l’espèce. De quoi soulager les sept associations à l’origine de la procédure – lesquelles, il y a un an, s’étaient vues refuser par le ministère de la transition écologique d’interdire la chasse de ce volatile. Inutile de dire que, de leur côté, les fédérations de chasse protestent, arguant même qu’une telle interdiction sera néfaste pour l’espèce. Le Monde (01.06.2022).

– 4 juin. Une étude menée par l’université de Stanford (Californie) et publiée dans la revue Science Advances démontre que les oxydes d’azote, polluants atmosphériques qui figurent parmi les plus répandus au monde et dont le transport routier est pour moitié responsable, ne sont pas seulement toxiques pour la santé : ils nuisent en outre aux cultures en ce qu’ils tendent à diminuer les rendements agricoles. Selon l’étude en question : « Une réduction de moitié des émissions d’oxydes d’azote permettrait d’améliorer les rendements d’environ 25% pour les cultures d’hiver en Chine, de près de 10% pour les cultures d’hiver et d’été en Europe occidentale et de 6% pour les cultures d’hiver en Inde ». Alors que tels gouvernements tirent parti du Covid, de la guerre en Ukraine et autres désastres pour compromettre un peu plus encore l’état de la planète (déforestations au Brésil, course frénétique au lithium, agriculture toujours plus intensive, etc.), ne serait-il pas grand temps de saisir à bras le corps un péril lié à une pollution de l’air qui ne suscite – pour sa part – aucun doute ? Le Monde (01.06.2022).

 

 

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