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14 – Algues vertes ? Un désastre, assurément – mais de là à froisser les agriculteurs… »

Dernière modification le 1-6-2022 à 15:25:02

Le Monde, 7 décembre 2021. « Un plan contre l’excès de nitrates sans ambition », Planète, p.8.

PAN ! Dieu sait pourtant que pareil acronyme en forme de déclaration de guerre aurait – en soi – eu largement de quoi effaroucher les algues vertes qui, par marées entières et depuis vingt-cinq ans, ne se privent pas d’assaillir plans d’eau et eaux côtières de Bretagne. Et de France, plus généralement. Algues nées d’un apport excessif d’éléments nutritifs dans les eaux propre à entraîner, outre une prolifération végétale, un appauvrissement en oxygène de même qu’un flagrant déséquilibre de l’écosystème. Force est pourtant de constater que, s’agissant de réduire la pollution des eaux causée par cette forme oxydée de l’azote liée à la surutilisation de fertilisants agricoles, le PAN, « Programme d’action nationale nitrates » mis sur pied en 1991 et qui connaît actuellement sa septième édition, commence à faire l’effet d’un pétard mouillé. D’où, le 19 novembre dernier, l’Autorité environnementale se permettait – en qualité d’instance indépendante relevant du ministère de la Transition écologique – de tirer la sonnette d’alarme :

« Les adaptations prévues du PAN visent moins à accroître son efficacité sur la réduction de la pollution par les nitrates qu’à en limiter les contraintes pour les agriculteurs au motif d’en favoriser l’appropriation ».

Autrement dit, commente la journaliste Martine Valo : « Pas question de froisser un secteur à l’origine de l’essentiel du problème, puisque 88% des nitrates sont dus à l’excès d’azote épandu dans les champs ».

Assurément, comme les précédentes, cette vertueuse septième édition du PAN ne manque pas de se fendre d’une série de mesures censées inciter les exploitants à équilibrer leur recours à la fertilisation – que celle-ci soit organique (excréments des cheptels) ou de synthèse. Elle se fait donc fort de prôner des quantités maximales d’épandage (pas plus de 170 kilos par hectare et par an). Des calendriers d’interdictions. Des modes de stockage des effluents d’élevage. Certaines manières de les répartir, relativement aux cours d’eau ou sur les terrains en pente. Etc.

L’ennui, c’est que ce tout manque singulièrement d’objectifs fixés. De suivi. De contrôle. Autant dire : de motivation à impérativement modifier les pratiques agronomiques liées à une utilisation de nutriments à base d’azote et de phosphore. Ceci sans compter la multiplication des dérogations que la profession agricole excelle à obtenir auprès des préfets ! En outre, s’étonne Stéphane Rozé, un paysan d’Ille-et-Vilaine, « il est quand même incroyable que le PAN ne cite à aucun moment l’agriculture biologique, alors qu’elle est la seule réponse à la dégradation de l’eau. Alors que seul un tiers des masses d’eau sont en bon état écologique, on continue de vouloir conforter un modèle agricole qui nous emmène dans le mur ».

Dans le mur – parfaitement. Un mur qui signifie aussi danger pour la santé humaine… tout particulièrement celle des nourrissons. Car en se transformant en concentration de nitrites et de nitrates, l’excédent d’azote que les plantes ne peuvent absorber ne se contente pas d’être dommageable pour la qualité de l’eau. Celle de l’air pâtit également des émissions de protoxyde d’azote (un gaz doté d’effet de serre très puissant) et d’une production d’ammoniaque participant à la production de particules fines.

De quoi remettre en mémoire un certain fait tiré d’un récent état des lieux émanant de la Cour des comptes. Fait que la Radio télévision suisse (RTS) répercutait le 4 juillet dernier : « Outre l’impact sur les écosystèmes, plusieurs personnes sont décédées accidentellement depuis 1989 après avoir été exposées aux algues en décomposition qui libèrent un gaz mortel, l’hydrogène sulfuré ».

 

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