vendredi , 4 avril 2025

Suisse propre, mais sale…

Dernière modification le 4-4-2025 à 13:34:39

Merci à la RTS de remettre (enfin) les pendules à l’heure

Cela fait des années que de nombreuses voix – dont celles d’etatdurgence (.ch) – rappellent une réalité trop souvent oubliée : les deux tiers de l’empreinte carbone de la Suisse sont externalisés à l’étranger. Pourtant, dans les médias romands, les articles et reportages continuent encore trop souvent de se focaliser uniquement sur le tiers national des émissions de gaz à effet de serre, en ignorant les émissions importées.

À de nombreuses reprises, etatdurgence.ch a interpellé et tagué la RTS et d’autres rédactions romandes pour les encourager à prendre en compte cette dimension cruciale dans leur couverture du climat. Il est donc salutaire de voir enfin un décryptage rigoureux, signé SRF et relayé par la RTS, qui met en lumière la face cachée du bilan climatique suisse.

Le moment est venu de faire évoluer le discours dominant, car on ne peut pas prétendre agir pour le climat si l’on externalise notre pollution tout en célébrant une soi-disant « exemplarité ».

L’article concerné : Ces émissions de CO₂ qui plombent le bilan carbone « officiel » de la Suisse

Des chiffres officiels flatteurs, mais partiels

Selon le Conseil fédéral, les émissions de gaz à effet de serre (GES) en Suisse ont baissé de 24 % depuis 1990. Les émissions par habitant·e seraient désormais inférieures à la moyenne mondiale.

Mais cette vision ne prend en compte que les émissions produites sur le territoire national – en d’autres termes, la moitié seulement de l’empreinte réelle du pays.

Les émissions importées : l’autre moitié du problème

Ces émissions proviennent de la production et du transport de biens consommés en Suisse, mais fabriqués ailleurs, souvent dans des conditions climatiques et sociales moins favorables.

En 2021, les émissions importées représentaient 3,8 fois les émissions nationales suisses. Cela place la Suisse parmi les pays dont l’empreinte carbone par personne est la plus élevée au monde.

Exemple des valeurs en 2022

  • Émissions nationales par habitant : 3,69 tonnes CO₂

  • Émissions totales incluant les importations : 13,87 tonnes CO₂

Calcul du facteur multiplicateur 13,87÷3,69≈3,76

Donc, les émissions réelles par habitant (avec externalisation) sont environ 3,76 fois plus élevées que celles mesurées sur le territoire national uniquement.

  • Émissions nationales : (3,69/13,87)×10026,6%

  • Émissions importées (13,87 – 3,69 = 10,18 t) : (10,18/13,87)×10073,4%

Autrement dit, près de 3/4 des émissions liées à notre mode de vie sont externalisées dans d’autres pays.

Des exemples concrets

Un simple achat d’écouteurs « Made in China » implique une chaîne d’émissions invisibles pour les consommatrices et consommateurs suisses : production, électricité au charbon, transport maritime ou aérien.

Rien que le transport international (bateaux, avions, camions) génère 17,57 millions de tonnes de CO₂e par an, dont les deux tiers ne sont pas comptabilisés dans le bilan suisse.

Pourquoi ces émissions sont ignorées ?

Le cadre juridique international (notamment la Convention-cadre de l’ONU et l’Accord de Paris) impose un calcul territorial : seules les émissions produites sur le territoire national sont prises en compte.

Résultat : la Suisse apparaît vertueuse sur le papier… en déléguant sa pollution à d’autres pays, notamment la Chine et l’Allemagne.

Les chaînes d’approvisionnement, angle mort des politiques climatiques

En Allemagne, la part élevée d’électricité au charbon alourdit le bilan carbone des importations suisses.

En Chine, plus de 8 millions de tonnes de CO₂e par an sont liées à la consommation suisse, dont un tiers est dû à l’électricité au charbon utilisée dans la production de composants et marchandises.

Un cinquième des émissions importées provient uniquement de l’électricité fossile utilisée à l’étranger pour produire les biens que nous consommons ici.

Le risque de « fuite de carbone »

En voulant réduire ses émissions sur le plan national, la Suisse peut simplement déplacer sa pollution ailleurs, vers des pays à la législation plus souple ou à l’énergie plus carbonée.

Ce phénomène aggrave le problème global, en incitant à des chaînes de production plus longues, moins transparentes et plus polluantes.

L’avis scientifique : changer d’approche

« Si la Suisse veut vraiment contribuer aux objectifs climatiques mondiaux, elle doit agir sur ses chaînes d’approvisionnement. »
Stephan Pfister, EPFZ

Les scientifiques s’expriment.

Conclusion : un devoir de cohérence

La Suisse ne peut plus se contenter d’un bilan territorial flatteur. Elle doit :

  • Mesurer et réduire son empreinte carbone de consommation, en y incluant les émissions importées.

  • Rendre plus durables ses importations, via des critères environnementaux et sociaux clairs.

  • Assumer sa responsabilité historique et financière, en tant que pays riche, connecté et influent.

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