mercredi , 25 février 2026

Propos mensongers des médias – fascistes – de Bolloré

Affaire Quentin (Lyon, 12 février 2026) : garder la tête froide face à l’instrumentalisation

Cette publication décrit et met en perspective les principaux propos tenus par Clément Viktorovitch dans sa vidéo « Affaire Quentin : on reste calme, et on réfléchit… », en renvoyant vers les sources web accessibles qu’il mobilise (ou que la presse a rendues disponibles au même moment).

Vidéo de référence : Affaire Quentin : on reste calme, et on réfléchit… – Clément Viktorovitch

Une ligne rouge, puis une exigence : refuser le récit prêt-à-servir

La vidéo ouvre sur une position de principe : rien ne peut justifier le tabassage au sol d’une personne, jusqu’à la mort. Cette condamnation morale est présentée comme non négociable, quelle que soit l’étiquette politique de la victime.

Mais Viktorovitch ajoute immédiatement une seconde exigence : ne pas laisser le drame être capturé par un récit déjà écrit, largement relayé pendant le week-end, qui fabrique des coupables et un sens politique définitif avant même que les faits soient stabilisés. L’objectif annoncé est donc de construire un contre-récit « fondé sur des analyses précises, des recherches étayées, des papiers rigoureux ».

Les faits « à ce stade » (au 17 février, midi) : trois séquences distinctes

La vidéo insiste sur un point méthodologique : parler au conditionnel quand l’enquête est en cours, distinguer ce qui est établi de ce qui est supposé, et éviter les raccourcis.

Premier élément : la venue de Rima Hassan à Sciences Po Lyon pour une conférence, et la présence de militantes de Némésis venues contester cette venue. Viktorovitch dit ne pas disposer de détails complets sur ce qui se passe autour de Sciences Po, mais évoque l’information selon laquelle deux militantes de Némésis auraient été violentées.

Deuxième élément : une rixe entre deux groupes, que le procureur n’a pas publiquement qualifiés. Viktorovitch avance l’hypothèse qu’il pourrait s’agir d’un affrontement entre militants nationalistes (extrême droite) et militants antifascistes, tout en rappelant que le lien entre cette rixe et la séquence Sciences Po n’est pas établi publiquement à ce stade.

Troisième élément : après la rixe, trois militants nationalistes se retrouvent isolés et molestés. Quentin Deranque reçoit des coups très violents à la tête, est admis plus tard à l’hôpital et décède ensuite. Le procureur requalifie les faits en homicide volontaire, au vu de la violence et de la gravité des blessures.

Sur ce point, la presse a détaillé la qualification retenue, les circonstances aggravantes (agression en réunion, dissimulation du visage, armes improvisées) et le fait que plusieurs suspects sont recherchés.

Références presse (faits / enquête) :
Le Monde (16 février 2026) – annonce du procureur : enquête pour « homicide volontaire »
Le Monde (16 février 2026) – six auteurs recherchés, récit des faits exposé par le parquet

Le point de bascule du week-end : la thèse du « guet-apens » contestée

Selon Viktorovitch, plusieurs affirmations qui ont circulé très vite seraient déjà contredites par des éléments disponibles. La plus structurante est celle du « guet-apens » univoque (une embuscade planifiée par un seul camp contre des « passants »).

Il appuie ce point sur des éléments journalistiques évoquant une confrontation préalable entre deux groupes « venus pour en découdre ». Un article du HuffPost (reprenant notamment un témoignage d’un journaliste local) explique qu’une vidéo diffusée par Le Canard Enchaîné irait également dans ce sens.

Référence presse (confrontation préalable / récit contesté) :
HuffPost (février 2026) – un journaliste présent raconte la scène, mention d’une vidéo du Canard Enchaîné

Important : la vidéo rappelle que contester la thèse du « guet-apens » ne diminue en rien l’horreur du passage à tabac final. Cela change le cadre factuel (confrontation réciproque vs embuscade à sens unique), pas la condamnation morale du lynchage.

Prudence sur les imputations politiques : LFI, service d’ordre, Jeune Garde

Viktorovitch insiste sur une distinction : qu’un drame se déroule « autour » d’un événement politique ne suffit pas à établir un lien d’organisation, encore moins une responsabilité directe. Il souligne que le procureur ne donne pas de noms ni ne mentionne, à ce stade, une organisation comme la Jeune Garde, bien qu’elle soit immédiatement mise en cause dans certains récits politiques et médiatiques.

Sur ce volet, l’article du Monde du 17 février 2026 souligne aussi un phénomène connexe : la circulation de noms non vérifiés et des campagnes de harcèlement visant des personnes faussement identifiées.

Référence utile (rumeurs / doxxing / rappel du parquet) :
Le Monde (17 février 2026) – mise en garde contre les accusations en ligne

Némésis : la question de la « normalisation » médiatique

La vidéo bascule ensuite dans l’interprétation politique. Viktorovitch conteste le traitement médiatique de Némésis comme un acteur « banal » du débat public, et décrit le comme identitaire/extrême droite, avec un discours centré sur la « remigration ». Son idée : lorsque des positions de ce type sont présentées comme une opinion ordinaire parmi d’autres, cela modifie la fenêtre du dicible et contribue à légitimer des agendas radicalisés.

Collectif Némésis : fr.wikipedia.org/wiki/Collectif_N%C3%A9m%C3%A9sis

Le cadrage « Bolloré » : inversion accusatoire et bataille culturelle

Viktorovitch cite ensuite plusieurs séquences médiatiques (Marion Maréchal, Élisabeth Lévy, Pascal Praud, etc.) pour illustrer un cadrage récurrent : la violence d’extrême droite serait « dérisoire », l’extrême gauche serait la menace centrale, et les antifascistes seraient les « vrais fascistes ».

Son argument est que cette inversion s’alimente d’un drame réel (la mort de Quentin Deranque) pour produire une généralisation idéologique : ce qui s’est passé deviendrait la preuve que « l’extrême gauche tue » et que la gauche serait le danger principal pour la République.

Contexte lyonnais : la violence d’extrême droite documentée sur la durée

Pour contester l’idée d’une symétrie parfaite, Viktorovitch mobilise le contexte lyonnais, présenté comme marqué par l’implantation durable de groupes néofascistes depuis les années 2010, notamment dans le Vieux Lyon. Il renvoie à un travail de recensement mené par Rue89 Lyon sur la période 2010–2025, qui comptabilise 102 actions violentes et s’intéresse aussi aux suites judiciaires (avec une part importante d’impunité).

Référence (recensement Rue89 Lyon) :
Rue89 Lyon (13 octobre 2025) – recensement 2010–2025, violences et suites judiciaires

Les chiffres pour sortir de l’intox : Sommier et Lebourg

Viktorovitch conteste frontalement l’affirmation selon laquelle la violence meurtrière viendrait principalement de l’extrême gauche. Pour cela, il s’appuie sur des travaux académiques et des décomptes cités dans le débat public.

Il évoque d’abord l’ouvrage collectif dirigé par Isabelle Sommier, qui s’appuie sur une base d’environ 6’000 épisodes de violence politique (à partir de 1986). Il cite ensuite un ordre de grandeur sur les « meurtres idéologiques » (violences politiques mortelles imputées à des radicalités), avec une très forte majorité attribuée à l’extrême droite sur la période étudiée.

Références (ouvrage + synthèse) :
Presses de Sciences Po – page de l’ouvrage « Violences politiques en France » (présentation et chapitres)
OpenEdition – notice/compte rendu : « Violences politiques en France » (informations bibliographiques)
Revue Politique et Parlementaire (27 octobre 2021) – article de synthèse lié à l’ouvrage

La vidéo reprend aussi un bilan attribué à Nicolas Lebourg : depuis 1986, l’ultra-droite aurait causé bien davantage de morts que l’ultra-gauche (ex. 59 contre 6 dans la formulation citée).

Référence web accessible reprenant le chiffrage attribué à Lebourg :
Yahoo Actualités (février 2026) – reprise du chiffrage « 59 vs 6 » attribué à Nicolas Lebourg

Référence complémentaire :
RTS (mars 2021) – entretien avec Nicolas Lebourg sur le bilan des morts de la violence politique

La conclusion de Viktorovitch est stratégique

L’extrême droite attend depuis longtemps un drame capable de produire un « martyr » et de renverser la charge symbolique en se présentant comme victime centrale. Selon lui, le risque n’est pas seulement judiciaire ou sécuritaire, il est culturel : si le récit falsifié devient dominant, on perd le droit de qualifier les violences et les idéologies pour ce qu’elles sont.

Son appel final n’est pas à l’emballement, mais à la prise de parole outillée : remettre les faits à leur place, opposer des sources, des chiffres, des travaux, et refuser que la propagande remplace l’enquête.

Références (liens)

Vidéo – Clément Viktorovitch : « Affaire Quentin : on reste calme, et on réfléchit… »
Le Monde (16 février 2026) – enquête pour « homicide volontaire »
Le Monde (16 février 2026) – récit du parquet et suspects recherchés
Le Monde (17 février 2026, EN) – enquête + doxxing
HuffPost (février 2026) – récit d’un journaliste présent
Rue89 Lyon (13 octobre 2025) – recensement des violences 2010–2025
Presses de Sciences Po – « Violences politiques en France » (ouvrage)
Revue Politique et Parlementaire – article de synthèse (27 octobre 2021)
OpenEdition – notice/compte rendu et infos bibliographiques
Yahoo Actualités (février 2026) – reprise du chiffrage attribué à Nicolas Lebourg
RTS (mars 2021) – entretien avec Nicolas Lebourg

Manuel Bompard : « L’État de droit n’est pas optionnel »

Franceinfo – Manuel Bompard, interview matinale : www.youtube.com/@manuelbompard/videos

Invité de la matinale de franceinfo, Manuel Bompard, coordinateur national de La France insoumise, a répondu aux accusations visant son mouvement après la mort de Quentin Deranque, notamment à la suite de l’interpellation de deux assistants parlementaires liés au député Raphaël Arnaud.

Son argumentation repose sur un principe juridique central : la responsabilité pénale est strictement individuelle. Il rappelle l’article 121-1 du Code pénal, qui établit que nul n’est responsable pénalement que de son propre fait. Selon lui, tenter d’imputer une responsabilité collective à un mouvement politique ou à un élu non concerné par l’enquête revient à s’écarter des fondements mêmes de l’État de droit.

Concernant le premier assistant parlementaire interpellé, Bompard souligne que l’avocat reconnaît une présence sur les lieux et une participation à des violences, tout en niant toute implication dans les coups mortels. L’enquête devra déterminer précisément les responsabilités. Pour le second collaborateur, il précise que les éléments évoqués publiquement portent à ce stade sur des contacts postérieurs avec certaines personnes impliquées, et non sur une participation directe aux violences.

Il insiste également sur une distinction qu’il juge essentielle : un collaborateur parlementaire n’est pas un « insoumis » au sens politique du terme. Le lien contractuel avec un député ne vaut ni adhésion partisane ni responsabilité politique du mouvement.

Face aux appels à l’exclusion ou à la suspension de Raphaël Arnaud, Manuel Bompard oppose un refus net. Il rappelle que le député n’est pas concerné par l’enquête judiciaire et qu’aucune responsabilité pénale ou politique ne peut être déduite d’actes commis par d’autres personnes.

À propos de la Jeune Garde, dissoute par décret ministériel, Bompard distingue deux niveaux. D’un côté, il condamne sans ambiguïté les violences visibles sur les vidéos, en particulier le passage à tabac d’un homme à terre. De l’autre, il défend le principe d’un antifascisme d’autodéfense populaire, qu’il présente comme une réponse à des années de violences d’extrême droite à Lyon. Il rappelle que la dissolution du mouvement est contestée devant le Conseil d’État et que plusieurs faits cités dans le décret ne donnent lieu à aucune condamnation judiciaire.

Enfin, Manuel Bompard rejette catégoriquement l’idée que La France insoumise appellerait à la violence. Il met au défi ses contradicteurs de produire la moindre déclaration de ses dirigeants allant dans ce sens. Selon lui, l’emballement médiatique autour de cette affaire illustre une dérive plus large : la confusion entre responsabilité pénale, responsabilité politique et narration idéologique.

Forgez votre propre avis : L’empire médiatique de Vincent Bolloré

Pour comprendre comment le récit de « l’extrême droite victime » s’est imposé si rapidement, il faut observer la puissance de feu du groupe Vivendi (propriété de la famille Bolloré). Ce n’est pas seulement de l’information, c’est une machine de coordination idéologique qui sature l’espace public, de la télévision aux kiosques de gares.

Les principaux médias et entités de presse associés à la galaxie Bolloré incluent

  • Télévision : CNews, C8, CStar, Canal+.
  • Radio : Europe 1, Europe 2, RFM.
  • Presse écrite et magazines : Le Journal du Dimanche (JDD), Gala, Voici, Femme Actuelle, Geo, Capital.
  • Édition : Groupe Editis (bien que des cessions aient eu lieu, l’influence éditoriale reste importante dans la stratégie).
  • Presse spécialisée : Relay (réseau de distribution en gares).

Le « Cercle de Fer » : Télévision et Radio

Ces plateaux sont le cœur battant du récit. Ils imposent les thèmes (immigration, insécurité, « islamo-gauchisme ») qui sont ensuite repris par le reste de la classe politique.

  • CNews : La chaîne d’opinion en continu (Pascal Praud, Sonia Mabrouk, Laurence Ferrari).
  • C8 : Le canal du divertissement politisé avec TPMP (Cyril Hanouna).
  • Europe 1 : La radio historique, désormais alignée sur la ligne éditoriale de CNews.

La Presse Écrite : L’offensive sur le papier

L’acquisition de titres historiques a permis de valider ces thèses auprès d’un lectorat plus traditionnel ou plus diversifié.

  • Le Journal du Dimanche (JDD) : Longtemps considéré comme le « journal officiel » de la République, il est devenu sous la direction de Geoffroy Lejeune un pilier du combat culturel de droite.
  • Paris Match : (Récemment cédé à LVMH, mais ayant longtemps servi la stratégie d’image du groupe).

La domination des Kiosques et du Divertissement

Bolloré ne cible pas que les militants ; il cible le « français moyen » dans ses moments de détente pour normaliser son idéologie.

  • Prisma Media : Leader de la presse magazine en France avec Gala, Voici, Femme Actuelle, Geo et Capital.
  • Le réseau Relay : En contrôlant la distribution dans les gares et aéroports, le groupe choisit quels titres sont mis en avant aux yeux des voyageurs.
  • Hachette Livre : Après la cession d’Editis, Bolloré a pris le contrôle du géant Hachette (Grasset, Fayard, Stock), pesant ainsi sur le monde de l’édition et les essais politiques qui feront l’actualité de demain.

Le saviez-vous ? Cette stratégie est souvent qualifiée de « synergie horizontale » : un sujet lancé le matin sur Europe 1 est débattu le soir sur CNews, devient une « une » du JDD le dimanche, et finit en débat dans TPMP le lundi. C’est ce qu’on appelle la chambre d’écho.

Le mécanisme de « l’Inversion Sémantique »

Le but ultime de cette coordination n’est pas seulement d’informer, mais de redéfinir le dictionnaire politique. Dans les médias du groupe, le processus a été systématique :

  • Les agresseurs (militants d’extrême droite armés) sont renommés « jeunes gens qui défendent leurs idées ».
  • Les antifascistes sont renommés « les vrais fascistes ».
  • La France Insoumise est renommée « parti du chaos et de la violence ».

etatdurgence.ch : Cette force de frappe permet de saturer l’esprit du public avant même que les faits réels (ceux du procureur ou du Canard Enchaîné) ne soient connus. Quand la vérité arrive, le récit Bolloré est déjà gravé dans le marbre des réseaux sociaux et des conversations de comptoir.

Propos mensongers des médias – fascistes – de Bolloré

Affaire Quentin (Lyon, 12 février 2026) : garder la tête froide face à l’instrumentalisation

Cette publication décrit et met en perspective les principaux propos tenus par Clément Viktorovitch dans sa vidéo « Affaire Quentin : on reste calme, et on réfléchit… », en renvoyant vers les sources web accessibles qu’il mobilise (ou que la presse a rendues disponibles au même moment).

Vidéo de référence : Affaire Quentin : on reste calme, et on réfléchit… – Clément Viktorovitch

Une ligne rouge, puis une exigence : refuser le récit prêt-à-servir

La vidéo ouvre sur une position de principe : rien ne peut justifier le tabassage au sol d’une personne, jusqu’à la mort. Cette condamnation morale est présentée comme non négociable, quelle que soit l’étiquette politique de la victime.

Mais Viktorovitch ajoute immédiatement une seconde exigence : ne pas laisser le drame être capturé par un récit déjà écrit, largement relayé pendant le week-end, qui fabrique des coupables et un sens politique définitif avant même que les faits soient stabilisés. L’objectif annoncé est donc de construire un contre-récit « fondé sur des analyses précises, des recherches étayées, des papiers rigoureux ».

Les faits « à ce stade » (au 17 février, midi) : trois séquences distinctes

La vidéo insiste sur un point méthodologique : parler au conditionnel quand l’enquête est en cours, distinguer ce qui est établi de ce qui est supposé, et éviter les raccourcis.

Premier élément : la venue de Rima Hassan à Sciences Po Lyon pour une conférence, et la présence de militantes de Némésis venues contester cette venue. Viktorovitch dit ne pas disposer de détails complets sur ce qui se passe autour de Sciences Po, mais évoque l’information selon laquelle deux militantes de Némésis auraient été violentées.

Deuxième élément : une rixe entre deux groupes, que le procureur n’a pas publiquement qualifiés. Viktorovitch avance l’hypothèse qu’il pourrait s’agir d’un affrontement entre militants nationalistes (extrême droite) et militants antifascistes, tout en rappelant que le lien entre cette rixe et la séquence Sciences Po n’est pas établi publiquement à ce stade.

Troisième élément : après la rixe, trois militants nationalistes se retrouvent isolés et molestés. Quentin Deranque reçoit des coups très violents à la tête, est admis plus tard à l’hôpital et décède ensuite. Le procureur requalifie les faits en homicide volontaire, au vu de la violence et de la gravité des blessures.

Sur ce point, la presse a détaillé la qualification retenue, les circonstances aggravantes (agression en réunion, dissimulation du visage, armes improvisées) et le fait que plusieurs suspects sont recherchés.

Références presse (faits / enquête) :
Le Monde (16 février 2026) – annonce du procureur : enquête pour « homicide volontaire »
Le Monde (16 février 2026) – six auteurs recherchés, récit des faits exposé par le parquet

Le point de bascule du week-end : la thèse du « guet-apens » contestée

Selon Viktorovitch, plusieurs affirmations qui ont circulé très vite seraient déjà contredites par des éléments disponibles. La plus structurante est celle du « guet-apens » univoque (une embuscade planifiée par un seul camp contre des « passants »).

Il appuie ce point sur des éléments journalistiques évoquant une confrontation préalable entre deux groupes « venus pour en découdre ». Un article du HuffPost (reprenant notamment un témoignage d’un journaliste local) explique qu’une vidéo diffusée par Le Canard Enchaîné irait également dans ce sens.

Référence presse (confrontation préalable / récit contesté) :
HuffPost (février 2026) – un journaliste présent raconte la scène, mention d’une vidéo du Canard Enchaîné

Important : la vidéo rappelle que contester la thèse du « guet-apens » ne diminue en rien l’horreur du passage à tabac final. Cela change le cadre factuel (confrontation réciproque vs embuscade à sens unique), pas la condamnation morale du lynchage.

Prudence sur les imputations politiques : LFI, service d’ordre, Jeune Garde

Viktorovitch insiste sur une distinction : qu’un drame se déroule « autour » d’un événement politique ne suffit pas à établir un lien d’organisation, encore moins une responsabilité directe. Il souligne que le procureur ne donne pas de noms ni ne mentionne, à ce stade, une organisation comme la Jeune Garde, bien qu’elle soit immédiatement mise en cause dans certains récits politiques et médiatiques.

Sur ce volet, l’article du Monde du 17 février 2026 souligne aussi un phénomène connexe : la circulation de noms non vérifiés et des campagnes de harcèlement visant des personnes faussement identifiées.

Référence utile (rumeurs / doxxing / rappel du parquet) :
Le Monde (17 février 2026) – mise en garde contre les accusations en ligne

Némésis : la question de la « normalisation » médiatique

La vidéo bascule ensuite dans l’interprétation politique. Viktorovitch conteste le traitement médiatique de Némésis comme un acteur « banal » du débat public, et décrit le comme identitaire/extrême droite, avec un discours centré sur la « remigration ». Son idée : lorsque des positions de ce type sont présentées comme une opinion ordinaire parmi d’autres, cela modifie la fenêtre du dicible et contribue à légitimer des agendas radicalisés.

Collectif Némésis : fr.wikipedia.org/wiki/Collectif_N%C3%A9m%C3%A9sis

Le cadrage « Bolloré » : inversion accusatoire et bataille culturelle

Viktorovitch cite ensuite plusieurs séquences médiatiques (Marion Maréchal, Élisabeth Lévy, Pascal Praud, etc.) pour illustrer un cadrage récurrent : la violence d’extrême droite serait « dérisoire », l’extrême gauche serait la menace centrale, et les antifascistes seraient les « vrais fascistes ».

Son argument est que cette inversion s’alimente d’un drame réel (la mort de Quentin Deranque) pour produire une généralisation idéologique : ce qui s’est passé deviendrait la preuve que « l’extrême gauche tue » et que la gauche serait le danger principal pour la République.

Contexte lyonnais : la violence d’extrême droite documentée sur la durée

Pour contester l’idée d’une symétrie parfaite, Viktorovitch mobilise le contexte lyonnais, présenté comme marqué par l’implantation durable de groupes néofascistes depuis les années 2010, notamment dans le Vieux Lyon. Il renvoie à un travail de recensement mené par Rue89 Lyon sur la période 2010–2025, qui comptabilise 102 actions violentes et s’intéresse aussi aux suites judiciaires (avec une part importante d’impunité).

Référence (recensement Rue89 Lyon) :
Rue89 Lyon (13 octobre 2025) – recensement 2010–2025, violences et suites judiciaires

Les chiffres pour sortir de l’intox : Sommier et Lebourg

Viktorovitch conteste frontalement l’affirmation selon laquelle la violence meurtrière viendrait principalement de l’extrême gauche. Pour cela, il s’appuie sur des travaux académiques et des décomptes cités dans le débat public.

Il évoque d’abord l’ouvrage collectif dirigé par Isabelle Sommier, qui s’appuie sur une base d’environ 6’000 épisodes de violence politique (à partir de 1986). Il cite ensuite un ordre de grandeur sur les « meurtres idéologiques » (violences politiques mortelles imputées à des radicalités), avec une très forte majorité attribuée à l’extrême droite sur la période étudiée.

Références (ouvrage + synthèse) :
Presses de Sciences Po – page de l’ouvrage « Violences politiques en France » (présentation et chapitres)
OpenEdition – notice/compte rendu : « Violences politiques en France » (informations bibliographiques)
Revue Politique et Parlementaire (27 octobre 2021) – article de synthèse lié à l’ouvrage

La vidéo reprend aussi un bilan attribué à Nicolas Lebourg : depuis 1986, l’ultra-droite aurait causé bien davantage de morts que l’ultra-gauche (ex. 59 contre 6 dans la formulation citée).

Référence web accessible reprenant le chiffrage attribué à Lebourg :
Yahoo Actualités (février 2026) – reprise du chiffrage « 59 vs 6 » attribué à Nicolas Lebourg

Référence complémentaire :
RTS (mars 2021) – entretien avec Nicolas Lebourg sur le bilan des morts de la violence politique

La conclusion de Viktorovitch est stratégique

L’extrême droite attend depuis longtemps un drame capable de produire un « martyr » et de renverser la charge symbolique en se présentant comme victime centrale. Selon lui, le risque n’est pas seulement judiciaire ou sécuritaire, il est culturel : si le récit falsifié devient dominant, on perd le droit de qualifier les violences et les idéologies pour ce qu’elles sont.

Son appel final n’est pas à l’emballement, mais à la prise de parole outillée : remettre les faits à leur place, opposer des sources, des chiffres, des travaux, et refuser que la propagande remplace l’enquête.

Références (liens)

Vidéo – Clément Viktorovitch : « Affaire Quentin : on reste calme, et on réfléchit… »
Le Monde (16 février 2026) – enquête pour « homicide volontaire »
Le Monde (16 février 2026) – récit du parquet et suspects recherchés
Le Monde (17 février 2026, EN) – enquête + doxxing
HuffPost (février 2026) – récit d’un journaliste présent
Rue89 Lyon (13 octobre 2025) – recensement des violences 2010–2025
Presses de Sciences Po – « Violences politiques en France » (ouvrage)
Revue Politique et Parlementaire – article de synthèse (27 octobre 2021)
OpenEdition – notice/compte rendu et infos bibliographiques
Yahoo Actualités (février 2026) – reprise du chiffrage attribué à Nicolas Lebourg
RTS (mars 2021) – entretien avec Nicolas Lebourg

Manuel Bompard : « L’État de droit n’est pas optionnel »

Franceinfo – Manuel Bompard, interview matinale : www.youtube.com/@manuelbompard/videos

Invité de la matinale de franceinfo, Manuel Bompard, coordinateur national de La France insoumise, a répondu aux accusations visant son mouvement après la mort de Quentin Deranque, notamment à la suite de l’interpellation de deux assistants parlementaires liés au député Raphaël Arnaud.

Son argumentation repose sur un principe juridique central : la responsabilité pénale est strictement individuelle. Il rappelle l’article 121-1 du Code pénal, qui établit que nul n’est responsable pénalement que de son propre fait. Selon lui, tenter d’imputer une responsabilité collective à un mouvement politique ou à un élu non concerné par l’enquête revient à s’écarter des fondements mêmes de l’État de droit.

Concernant le premier assistant parlementaire interpellé, Bompard souligne que l’avocat reconnaît une présence sur les lieux et une participation à des violences, tout en niant toute implication dans les coups mortels. L’enquête devra déterminer précisément les responsabilités. Pour le second collaborateur, il précise que les éléments évoqués publiquement portent à ce stade sur des contacts postérieurs avec certaines personnes impliquées, et non sur une participation directe aux violences.

Il insiste également sur une distinction qu’il juge essentielle : un collaborateur parlementaire n’est pas un « insoumis » au sens politique du terme. Le lien contractuel avec un député ne vaut ni adhésion partisane ni responsabilité politique du mouvement.

Face aux appels à l’exclusion ou à la suspension de Raphaël Arnaud, Manuel Bompard oppose un refus net. Il rappelle que le député n’est pas concerné par l’enquête judiciaire et qu’aucune responsabilité pénale ou politique ne peut être déduite d’actes commis par d’autres personnes.

À propos de la Jeune Garde, dissoute par décret ministériel, Bompard distingue deux niveaux. D’un côté, il condamne sans ambiguïté les violences visibles sur les vidéos, en particulier le passage à tabac d’un homme à terre. De l’autre, il défend le principe d’un antifascisme d’autodéfense populaire, qu’il présente comme une réponse à des années de violences d’extrême droite à Lyon. Il rappelle que la dissolution du mouvement est contestée devant le Conseil d’État et que plusieurs faits cités dans le décret ne donnent lieu à aucune condamnation judiciaire.

Enfin, Manuel Bompard rejette catégoriquement l’idée que La France insoumise appellerait à la violence. Il met au défi ses contradicteurs de produire la moindre déclaration de ses dirigeants allant dans ce sens. Selon lui, l’emballement médiatique autour de cette affaire illustre une dérive plus large : la confusion entre responsabilité pénale, responsabilité politique et narration idéologique.

Forgez votre propre avis : L’empire médiatique de Vincent Bolloré

Pour comprendre comment le récit de « l’extrême droite victime » s’est imposé si rapidement, il faut observer la puissance de feu du groupe Vivendi (propriété de la famille Bolloré). Ce n’est pas seulement de l’information, c’est une machine de coordination idéologique qui sature l’espace public, de la télévision aux kiosques de gares.

Les principaux médias et entités de presse associés à la galaxie Bolloré incluent

  • Télévision : CNews, C8, CStar, Canal+.
  • Radio : Europe 1, Europe 2, RFM.
  • Presse écrite et magazines : Le Journal du Dimanche (JDD), Gala, Voici, Femme Actuelle, Geo, Capital.
  • Édition : Groupe Editis (bien que des cessions aient eu lieu, l’influence éditoriale reste importante dans la stratégie).
  • Presse spécialisée : Relay (réseau de distribution en gares).

Le « Cercle de Fer » : Télévision et Radio

Ces plateaux sont le cœur battant du récit. Ils imposent les thèmes (immigration, insécurité, « islamo-gauchisme ») qui sont ensuite repris par le reste de la classe politique.

  • CNews : La chaîne d’opinion en continu (Pascal Praud, Sonia Mabrouk, Laurence Ferrari).
  • C8 : Le canal du divertissement politisé avec TPMP (Cyril Hanouna).
  • Europe 1 : La radio historique, désormais alignée sur la ligne éditoriale de CNews.

La Presse Écrite : L’offensive sur le papier

L’acquisition de titres historiques a permis de valider ces thèses auprès d’un lectorat plus traditionnel ou plus diversifié.

  • Le Journal du Dimanche (JDD) : Longtemps considéré comme le « journal officiel » de la République, il est devenu sous la direction de Geoffroy Lejeune un pilier du combat culturel de droite.
  • Paris Match : (Récemment cédé à LVMH, mais ayant longtemps servi la stratégie d’image du groupe).

La domination des Kiosques et du Divertissement

Bolloré ne cible pas que les militants ; il cible le « français moyen » dans ses moments de détente pour normaliser son idéologie.

  • Prisma Media : Leader de la presse magazine en France avec Gala, Voici, Femme Actuelle, Geo et Capital.
  • Le réseau Relay : En contrôlant la distribution dans les gares et aéroports, le groupe choisit quels titres sont mis en avant aux yeux des voyageurs.
  • Hachette Livre : Après la cession d’Editis, Bolloré a pris le contrôle du géant Hachette (Grasset, Fayard, Stock), pesant ainsi sur le monde de l’édition et les essais politiques qui feront l’actualité de demain.

Le saviez-vous ? Cette stratégie est souvent qualifiée de « synergie horizontale » : un sujet lancé le matin sur Europe 1 est débattu le soir sur CNews, devient une « une » du JDD le dimanche, et finit en débat dans TPMP le lundi. C’est ce qu’on appelle la chambre d’écho.

Le mécanisme de « l’Inversion Sémantique »

Le but ultime de cette coordination n’est pas seulement d’informer, mais de redéfinir le dictionnaire politique. Dans les médias du groupe, le processus a été systématique :

  • Les agresseurs (militants d’extrême droite armés) sont renommés « jeunes gens qui défendent leurs idées ».
  • Les antifascistes sont renommés « les vrais fascistes ».
  • La France Insoumise est renommée « parti du chaos et de la violence ».

etatdurgence.ch : Cette force de frappe permet de saturer l’esprit du public avant même que les faits réels (ceux du procureur ou du Canard Enchaîné) ne soient connus. Quand la vérité arrive, le récit Bolloré est déjà gravé dans le marbre des réseaux sociaux et des conversations de comptoir.

Analyse : L’initiative « 200 francs » et la mutation des pouvoirs médiatiques

Le 8 mars 2026, la Suisse se prononcera sur l’initiative « 200 francs, ça suffit ! ». Au-delà du débat sur le pouvoir d’achat, cette votation soulève une question fondamentale de philosophie politique : qui doit détenir les clés de l’information dans une démocratie directe ? Si l’on observe les dynamiques à l’œuvre chez nos voisins européens, une interrogation légitime surgit : l’affaiblissement du service public ne risque-t-il pas de créer un appel d’air pour une concentration médiatique aux mains d’intérêts privés ?

Le risque de la « vacuité médiatique » : un précédent français

En France, la fragilisation structurelle de l’audiovisuel public et de la presse indépendante a coïncidé avec l’émergence d’un modèle d’appropriation par de grands groupes industriels.

  • Observation : Des figures comme Vincent Bolloré ont pu acquérir des pans entiers du paysage médiatique (Canal+, CNews, Europe 1, JDD), transformant des médias d’information en vecteurs d’influence idéologique marqués.

  • Corrélation : Cette concentration s’accompagne souvent d’une uniformisation des discours et d’une marginalisation des enquêtes de terrain au profit du « débat d’opinion » à faible coût de production, favorisant la polarisation sociale.

Analyse systémique : le transfert de souveraineté

L’initiative propose de réduire le budget de la SSR de près de 50 %. Selon une analyse factuelle des structures de marché, une telle coupe ne réduit pas la demande d’information, elle déplace l’offre.

  • La supposition de marché : Si le service public n’est plus en mesure d’assurer son mandat de cohésion (notamment dans les régions linguistiques minoritaires), l’espace sera mécaniquement occupé.

  • La vulnérabilité : Dans un contexte de crise de la presse écrite, seuls des acteur·rice·s dotés de capitaux massifs pourraient maintenir des infrastructures de diffusion. Cela pose la question de l’indépendance éditoriale face aux agendas économiques ou politiques de potentiels repreneur·se·s privés.

Un enjeu de stabilité démocratique

Le principe de la démocratie suisse repose sur une formation de l’opinion dite « par le bas ». Pour cela, l’accès à une information déconnectée des intérêts particuliers est une condition sine qua non.

  • Risque de polarisation : Les modèles médiatiques financés par des intérêts privés tendent, par nécessité de rentabilité ou d’influence, vers le sensationnalisme ou l’alignement idéologique. En France, ce phénomène a été documenté comme un accélérateur de la montée des discours radicaux et d’une certaine forme de populisme médiatique.

  • Affaiblissement des contre-pouvoirs : Comme le souligne Denis Masmejan (RSF), le journalisme d’enquête est coûteux et rarement rentable. Son affaissement au profit de médias d’opinion pourrait affaiblir la capacité de la société civile à surveiller l’action des puissant·e·s.

Conclusion : Vers une « oligarchisation » de l’information ?

L’enjeu du 8 mars dépasse la simple gestion comptable. Il s’agit de déterminer si la Suisse veut préserver un modèle d’information conçu comme un bien public, ou si elle accepte le risque d’une transition vers un modèle où l’influence médiatique devient proportionnelle au capital financier.

L’analyse des crises démocratiques contemporaines montre que la disparition d’un service public fort est souvent le prélude à une captation de la parole publique par des intérêts privés, avec pour conséquence une fragilisation du consensus social et du respect des minorités.

Le scrutin du 8 mars 2026 sera beaucoup plus serré que celui de « No Billag » en 2018. Il appelle à un NON massif pour préserver un service public capable de résister aux pressions politiques et commerciales.

Points de réflexion pour la citoyenneté

  • La souveraineté : Préférons-nous un média sous contrôle démocratique (via la loi et le Tribunal fédéral) ou sous contrôle actionnarial ?

  • La diversité : Qui financera l’information en italien ou en romanche si le critère de rentabilité devient l’unique curseur ?

  • La résilience : Un paysage médiatique concentré est-il plus vulnérable aux influences extérieures et aux fake news ?

Références

Études sur la neutralité et la qualité des médias (fög)

L’institut fög (Centre de recherche sur l’espace public et la société de l’Université de Zurich) est la référence académique en Suisse.

Rapports de Reporters sans frontières (RSF)

RSF analyse chaque année la liberté de la presse et les pressions exercées sur le service public en Europe.

Analyses de Public Eye (Le Podcast « Mon œil ! »)

Le podcast mentionné permet d’entendre Denis Masmejan (RSF) détailler les enjeux juridiques et démocratiques de l’initiative.

Informations officielles sur la votation (Conseil fédéral)

Pour les chiffres précis sur le contre-projet et l’impact financier :

Analyses sur la concentration des médias (Parallèle France/Bolloré)

Pour comprendre les mécanismes de concentration cités dans votre article :

Complément Public Eye

Entretien entre Damien Vega (Public Eye) et Denis Masmejan (Reporter sans frontières Suisse) concernant l’initiative « 200 francs, ça suffit ! » et l’état de la presse en 2026.

L’initiative « 200 francs » : Un danger pour le paysage médiatique

Denis Masmejan alerte sur les conséquences « dramatiques » d’une réduction de la redevance (de 335 CHF à 200 CHF pour les ménages et suppression pour les entreprises) :

  • Démantèlement de la SSR : Une coupe de plus de 600 millions de francs entraînerait une centralisation forcée. Les bureaux régionaux et la présence sur le terrain, essentiels à la cohésion nationale, disparaîtraient.

  • Un « jeu perdant » pour le privé : Contrairement aux arguments des initiateur·rice·s, l’affaiblissement de la SSR ne profitera pas aux éditeur·rice·s privés ; cet argent sera simplement perdu pour le journalisme suisse.

  • Mise au pas politique : Il souligne que cette offensive s’inscrit dans une tendance européenne (France, Italie, Hongrie) où l’extrême droite utilise la pression budgétaire pour briser l’indépendance de l’audiovisuel public.

La redevance : Un impôt de solidarité

Face à l’argument « je ne consomme pas, donc je ne paie pas », l’expert rappelle la réalité juridique :

  • La redevance n’est pas une taxe d’utilisation, mais un impôt d’affectation.

  • À l’instar des impôts pour les piscines ou l’assurance maladie, elle finance un intérêt public : une information fiable nécessaire au fonctionnement de la démocratie directe.

Neutralité de la SSR : Mythe vs Réalité

L’entretien déconstruit l’image d’une SSR « gauchiste » :

  • Données chiffrées : Une étude de l’Université de Zurich (2023) place la SSR sur une échelle de -100 (gauche) à +100 (droite). Les résultats sont de -1 pour la SRF et -3 pour la RTS, ce qui démontre une quasi-neutralité.

  • Pluralisme : La loi impose une diversité d’opinions et de langues, et non une comptabilité rigide du temps de parole (sauf en période électorale).

La liberté de la presse en Suisse : Des voyants au rouge

Bien que 9e mondiale, la Suisse voit sa situation se fragiliser :

  • Précarité économique : L’indicateur économique s’est effondré mondialement en 2025.

  • Obstacles législatifs : Denis Masmejan dénonce l’article 47 de la loi sur les banques (qui menace les journalistes utilisant des données bancaires fuitées) et les mesures provisionnelles qui permettent à des juges de bloquer des enquêtes avant publication.

Vers un renouveau du journalisme ?

Malgré la crise, de l’espoir émerge avec de nouvelles initiatives comme ragekit (média en ligne en plein essor début 2026) :

  • Nouveaux modèles : La philanthropie et le financement participatif sont vus comme une « troisième voie » nécessaire face à l’érosion du marché publicitaire.

  • Souveraineté numérique : Face à l’arbitraire des algorithmes américains (réseaux sociaux), l’information « Swiss Made », soumise au droit suisse et contrôlable, est jugée plus vitale que jamais.

Photo de Clay Banks sur Unsplash

Utiliser l’IA et les GAFAM pour le militantisme climatique et social

Une ligne située, pas un dogme

Je lis avec respect le manifeste de Bon Pote, qui a fait le choix clair et assumé de ne pas utiliser l’intelligence artificielle générative. Ce choix est cohérent, rigoureux et pleinement légitime dans leur cadre : celui d’un média structuré, professionnalisé, financé par ses lecteurs, revendiquant un journalisme indépendant exigeant. Mais ce choix n’est pas universellement transposable. La situation depuis laquelle j’écris est différente.

Une situation matérielle et politique spécifique

« etatdurgence ch » n’est pas une structure nationale. Nous ne sommes pas une rédaction professionnelle au sens classique. Nous sommes basés en Suisse romande, une région d’environ 2,5 millions d’habitant·e·s, où les médias indépendants sont rares, les financements limités, et où l’engagement citoyen repose très largement sur du bénévolat. L’écosystème médiatique y est étroit, fragmenté, et peu propice à l’émergence de modèles économiques solides pour un journalisme indépendant de long terme.

Concrètement, nous n’avons pas d’équipe, pas de salarié·e·s, pas de budget, pas de subventions publiques, pas de modèle reposant sur un abonnement.

Nous avons un ordinateur, un clavier, et une urgence : celle du climat, de la justice sociale, et de la lutte contre des discours fallacieux de plus en plus organisés, bien financés et activement amplifiés par des algorithmes que nous ne contrôlons pas. Dans ce contexte précis, refuser par principe certains outils numériques n’est pas un geste neutre. C’est un choix stratégique lourd de conséquences.

Pourquoi j’utilise l’IA et pourquoi je ne lui délègue rien

Soyons clairs. L’IA n’est pas une autorité. Elle n’est pas une source. Elle n’est pas une vérité. L’IA n’écrit pas à ma place. Elle ne pense pas à ma place. Elle ne décide jamais de ce qui est publié.

L’IA est un assistant (tout comme les moteurs de recherches et autres outils d’informations), un outil technique (organisationnel) et un accélérateur ponctuel. Je l’utilise pour générer des brouillons à partir de sources identifiées, structurer des idées complexes, reformuler pour améliorer la clarté et l’accessibilité et gagner du temps sur des tâches répétitives afin d’en consacrer davantage à la vérification, à la relecture et au doute. Et surtout, je ne publie pas sans relecture humaine, sans croisement des sources ni sans vérification factuelle.

Écrire sérieusement prend du temps — avec ou sans IA

Écrire un article sur le béton, les subventions agricoles ou les émissions du secteur aérien ne prend pas cinq minutes.

Cela implique de rechercher des sources fiables, consulter diverses études scientifiques, vérifier au mieux les données récoltées, demande de confirmation aux spécialistes. Reformuler, contextualiser, etc.

Ce travail prend souvent plusieurs heures, parfois plusieurs jours. L’IA ne supprime pas ce travail. Elle ne fait que réduire certaines frictions techniques. C’est un gain de temps, pas un gain de vérité.

IA, écologie et responsabilité : éviter les caricatures

Oui, les IA consomment de l’énergie. Ce serait malhonnête de le nier. Mais refuser l’IA ne réduit pas mécaniquement l’empreinte globale du numérique : cela la déplace. Un déplacement d’impact systémique. Autrement dit : Refuser l’IA ne fait pas disparaître l’empreinte du numérique : cela déplace simplement l’impact vers d’autres usages, d’autres outils ou d’autres acteurs (plus de recherches sur les moteurs, plus d’échanges de mails, plus de réunions en visioconférence, plus d’outils numériques classiques, …).

Pendant ce temps, les climatosceptiques, les lobbies industriels et certains acteurs politiques utilisent sans retenue les outils numériques pour saturer l’espace public de doute et de désinformation.

Ma réponse n’est pas la fuite, mais la sobriété et le discernement. J’essaie de privilégier des IA locales, open source ou à faible empreinte, de limiter les requêtes inutiles, de travailler à partir de sources primaires et de ne jamais publier sans contrôle humain. Il ne s’agit pas de pureté morale. Il s’agit de cohérence stratégique.

Pour les puristes : regarder la réalité en face

Comment préserver l’environnement lorsqu’on est un média indépendant militant ?

Faut-il éliminer toute source de pollution et par conséquent refuser l’IA, refuser Google, refuser les moteurs de recherche et pourquoi pas, refuser l’informatique elle-même ?

Poussons le raisonnement jusqu’au bout ;-)

Faut-il renoncer aux livres et aux bibliothèques pour éviter l’abattage d’arbres? Partir vivre dans une grotte pour graver nos articles sur des tablettes de pierre, comme au temps des civilisations antiques ? Ou revenir aux pigeons voyageurs pour diffuser nos chroniques ? Évidemment non. La vraie question n’est pas la pureté, c’est la ligne et surtout : où la tracer, face à des adversaires qui, eux, ne se privent de rien.

À noter d’ailleurs que, dans le cadre d’un mouvement qui confronte régulièrement des politicien·ne·s et des élu·e·s de droite opposé·e·s aux mesures climatiques, nous nous faisons régulièrement sermonner pour des détails absurdes du type : « Imprimer vos flyers en couleur, ça pollue… » (sujet qui mériterait un article à lui seul).

Une position située, assumée et discutable

Ce texte ne vise pas à invalider le choix de Bon Pote. Il vise à expliquer pourquoi ce choix n’est pas universellement transposable, en particulier dans le contexte spécifique de la Suisse romande et du militantisme bénévole. Pour moi, utiliser l’IA et certains outils numériques n’est pas un choix de confort. C’est un choix stratégique et pragmatique, qui me permet de faire entendre une voix qui, sans ces outils, resterait marginale ou inaudible par manque de temps et de ressources.

Je ne suis donc pas un puriste, je suis un pragmatique engagé et j’utilise les outils modernes avec vigilance, rigueur et conscience. Parce que la justice climatique et sociale ne peut pas attendre des technologies parfaites, elle a besoin de voix et je choisis de les amplifier.

Autre article sur le sujet

FAQ IA

Cet article a-t-il été écrit par une IA ?

Non. Cet article a été rédigé par un humain, avec l’aide ponctuelle d’une IA utilisée comme outil d’assistance (structuration, reformulation, clarification). Toutes les décisions éditoriales, la vérification des faits, le ton et le fond relèvent exclusivement de l’auteur.

Utiliser l’IA, n’est-ce pas incompatible avec un travail rigoureux ?

Non, à condition de ne jamais déléguer la responsabilité éditoriale. L’IA ne remplace ni la recherche, ni la vérification, ni le jugement critique. Elle peut en revanche faire gagner du temps sur des tâches techniques, ce qui permet d’en consacrer davantage au travail de fond.

Pourquoi ne pas suivre la ligne de Bon Pote et refuser totalement l’IA ?

Le choix de Bon Pote est cohérent dans leur cadre : média structuré, professionnalisé, financé par ses lecteurs. Ce texte explique pourquoi ce choix n’est pas universellement transposable à des médias militants bénévoles, sans équipe ni budget.

L’IA ne favorise-t-elle pas la désinformation ?

Oui, lorsqu’elle est utilisée sans contrôle. C’est précisément pour cette raison que l’IA n’est jamais utilisée ici comme source, ni comme producteur autonome de contenu. Chaque information est vérifiée à partir de sources primaires identifiables.

Qu’en est-il de l’impact écologique de l’IA ?

L’impact est réel et ne doit pas être minimisé. Mais refuser l’IA ne supprime pas l’empreinte écologique du numérique : cela la déplace, tandis que d’autres acteurs l’utilisent massivement sans retenue. Le choix fait ici est celui d’un usage sobre, limité et conscient.

Pourquoi utiliser des outils proches des GAFAM tout en les critiquant ?

Parce que nous vivons dans un système que nous combattons, sans pouvoir nous en extraire totalement. Utiliser certains outils dominants ne signifie pas les approuver, mais les détourner temporairement pour défendre des causes d’intérêt général, faute d’alternatives pleinement fonctionnelles à petite échelle.

Est-ce encore du journalisme ?

Ce travail ne prétend pas se substituer au journalisme professionnel. Il s’inscrit dans le champ du média militant, de la vulgarisation rigoureuse et de l’éditorial engagé, assumé comme tel.

Où tracez-vous la ligne ?

La ligne est simple :

  • pas de soumission à l’outil,
  • pas de publication sans relecture humaine,
  • pas de faits non vérifiés,
  • pas de délégation de l’analyse,
  • pas de course à la productivité,

L’IA est un moyen. La responsabilité reste humaine.

Peut-on débattre de cette position ?

Oui. Ce texte n’est pas un dogme, mais une prise de position située, ouverte à la discussion et à la contradiction argumentée.

Soral, les frontaliers et les autoroutes : quand on dit qu’il n’y a pas de solution

Pas de solutions ?

En regardant le récent reportage de la RTS sur le travail frontalier à Genève, j’ai été frappé par un passage vers la fin de la vidéo : après avoir décrit en détail les embouteillages, les inégalités et les tensions de part et d’autre de la frontière, l’idée qui ressort est une forme d’impuissance – comme si, en résumé, « il n’y avait pas de solution » : le reportage RTS.

Pour un village comme Soral, situé en première ligne du trafic de transit, cette impression est compréhensible. Mais elle est dangereuse. Car elle laisse croire que la seule alternative serait de subir – ou de se résigner à de nouveaux projets routiers massifs, comme l’élargissement des autoroutes ou des contournements très coûteux, qui déplacent les problèmes sans les résoudre : soral.ch

Or la solution existe, à condition d’un peu de volonté politique… et de médias qui acceptent de parler des scénarios alternatifs. C’est précisément ce que je propose d’esquisser ici, en écho à une chronique que j’ai consacrée à une alternative à l’élargissement des autoroute : État d’urgence.

Soral, village en première ligne du trafic frontalier

Soral n’est pas un symbole abstrait : c’est un petit village genevois, traversé quotidiennement par un trafic de transit disproportionné par rapport à sa taille, en grande partie lié aux déplacements frontaliers : soral.ch

Depuis des années, les habitant·e·s dénoncent le bruit, la pollution, l’insécurité routière, la difficulté à traverser le village à pied ou à vélo. Un projet de contournement évalué à plusieurs dizaines de millions de francs a été mis sur la table pour tenter de détourner une partie du flux :
Tribune de Genèvege.ch

Mais ce type de réponse est pris dans un paradoxe :

  • d’un côté, on reconnaît que le trafic est déjà trop élevé pour un village comme Soral ;
  • de l’autre, on continue à penser la mobilité en ajoutant des voies, des contournements, des capacités routières, ce qui finit immanquablement par attirer davantage de voitures (effet bien documenté d’« induction du trafic ») : actif-trafic.ch

Autrement dit, on soigne les symptômes localement sans remettre en cause la logique globale qui les produit.

Le réflexe autoroutier : une fausse solution durable

Partout en Suisse, des projets d’élargissement d’autoroutes sont avancés au nom de la fluidité du trafic, de la sécurité et de la compétitivité économique. C’est le cas notamment sur l’A1, par exemple entre Le Vengeron et Nyon ou sur d’autres tronçons déjà engagés : efk.admin.ch / regiondenyon.ch / strasseschweiz.ch

Le problème, du point de vue climatique comme du point de vue de la qualité de vie actif-trafi.ch :

  • Élargir attire plus de trafic : une fois la capacité augmentée, le trafic croît jusqu’à saturer à nouveau l’infrastructure. Les embouteillages se déplacent et reviennent.

  • Les émissions de CO₂ augmentent, alors que la Suisse s’est engagée à réduire rapidement ses émissions et à atteindre la neutralité climatique. Les transports sont l’un des principaux postes d’émissions.

  • Les villages et quartiers en bout de chaîne subissent les nuisances, même si les autoroutes sont « modernisées » ou entourées de murs antibruit : bruit, pollution, danger pour les piéton·ne·s, fragmentation des territoires.

Dans ce contexte, continuer à répondre par des « méga-autoroutes » ou des contournements massifs, sans réduire la dépendance à la voiture individuelle, revient à gérer une fuite d’eau en augmentant le diamètre du tuyau – au lieu de fermer le robinet.

La solution existe : réorganiser la mobilité plutôt qu’élargir les routes

Dans une chronique publiée sur etatdurgence.ch, j’ai proposé une alternative à l’élargissement des autoroutes, pensée dès 2015 et encore plus pertinente aujourd’hui.

L’idée de base est simple : utiliser l’infrastructure routière existante pour mettre en place un système de mobilité collective, efficace, qui réduit drastiquement la place de la voiture individuelle : État d’urgence

Des stations de bus aux entrées des autoroutes

Plutôt que d’élargir les autoroutes, on pourrait créer de grandes stations de bus électriques aux entrées des axes principaux. Les automobilistes y laissent leur voiture sur des parkings adaptés, puis montent dans des bus rapides, réguliers, qui desservent les principaux pôles d’emploi et les centres urbains.

  • moins de voitures sur les tronçons sensibles.
  • moins de pression sur les villages traversés.
  • moins de béton à couler, donc moins d’émissions liées à la construction.

Un maillage fin de bus plus légers

À la place de quelques bus lourds et peu fréquents, on déploie un réseau de bus plus petits et plus légers, plus fréquents, qui desservent finement les quartiers et villages, avec des correspondances optimisées vers les stations principales.

Ces bus :

  • abîment moins les routes,
  • s’insèrent mieux dans les traversées de village,
  • permettent une cadence élevée, donc une vraie alternative à la voiture.

Des bus à la demande pour les zones rurales

Pour les villages comme Soral et les zones rurales alentours, un système de bus à la demande (ou à cadence régulière, mais fine) relierait les habitant·e·s aux stations de bus principales, sans nécessiter des infrastructures nouvelles. Les routes existent déjà : on change le service, pas le bitume.

Vélos électriques et petits véhicules partagés

Aux grandes stations et aux points de correspondance, on développe massivement :

  • des vélos électriques et vélos cargo en libre-service,
  • de petits véhicules partagés pour les personnes qui ne peuvent pas pédaler,
  • des solutions spécifiques pour les personnes à mobilité réduite.

Cela permet de couvrir « le dernier kilomètre » sans multiplier les voitures individuelles ni agrandir encore les routes.

Une logistique repensée pour livraisons et déménagements

Dans ce scénario, une partie des camions et véhicules utilitaires qui encombrent aujourd’hui les villages serait remplacée par :

  • des services de livraisons mutualisées,
  • des solutions de déménagement et transport local gérées par des opérateurs dédiés, adaptés à un maillage plus fin et à des véhicules plus légers.

On réduit ainsi les nuisances, tout en gardant un accès aux services essentiels.

Relocaliser une partie de l’économie pour réduire les déplacements

Enfin, cette vision de la mobilité va de pair avec une autre évidence souvent oubliée : plus les services de base sont proches, moins on est obligé de se déplacer.

Une politique active d’épiceries, de commerces, de services de proximité, de lieux de travail partagés (coworking) dans les villages peut réduire fortement les trajets pendulaires et la dépendance quotidienne à la voiture.

Et pour Soral, concrètement ?

Appliquée au cas de Soral et du Grand Genève, une telle approche pourrait se traduire par :

  • Limiter clairement le trafic de transit non indispensable dans la traversée du village, en définissant des axes prioritaires pour le trafic frontalier et des axes à protéger, comme l’évoquent déjà certains documents politiques : ge.ch
  • Créer des points de rabattement vers les transports collectifs en amont des villages, plutôt que de laisser les voitures pénétrer partout.
  • Offrir des alternatives crédibles aux travailleur·euse·s frontalier·e·s : bus rapides, horaires adaptés, parkings-relais attractifs, incitations au covoiturage, télétravail quand il est possible.
  • Repenser la desserte locale pour que les habitant·e·s de Soral puissent se rendre au travail, à l’école, aux services sans passer systématiquement par la voiture individuelle.

L’enjeu n’est pas de « sacrifier » Soral pour sauver ailleurs le trafic, ni l’inverse. L’enjeu est de sortir d’une logique où chaque commune tente de repousser les nuisances chez la voisine, pendant que les grands projets autoroutiers continuent de gonfler le volume de trafic global.

Médias, volonté politique et imagination collective

Quand un responsable politique dit en substance « on ne voit pas de solution », ce n’est pas neutre. Cela façonne l’imaginaire collectif. On finit par croire que l’augmentation sans fin du trafic est une fatalité, et que la seule marge de manœuvre serait de rajouter des voies, des contournements, des échangeurs.

Or la transition climatique et la justice sociale exigent exactement l’inverse :

  • sortir de la dépendance au trafic routier,
  • réduire les inégalités d’exposition aux nuisances,
  • offrir des alternatives concrètes et accessibles à toutes et tous, y compris aux travailleur·euse·s frontalier·e·s qui n’ont souvent pas choisi la configuration actuelle de l’urbanisme et de l’emploi.

Les médias ont un rôle clé : montrer des pistes, donner la parole à celles et ceux qui proposent des scénarios différents, documenter les expériences réussies ailleurs plutôt que de s’arrêter au constat d’impuissance.

Conclusion : sortir de la fausse évidence « il n’y a pas de solution »

Non, Soral n’est pas condamné à subir éternellement le trafic frontalier dans sa forme actuelle. Non, le Grand Genève n’est pas condamné à choisir entre embouteillages quotidiens et méga-autoroutes climatiquement intenables.

La solution existe, mais elle suppose trois choses :

  • changer de logique, en passant de l’élargissement des routes à la réorganisation de la mobilité ;
  • assumer l’urgence climatique et la justice sociale comme critères centraux d’aménagement du territoire ;
  • mobiliser la créativité politique, technique et citoyenne, plutôt que de répéter que « l’on ne voit pas d’alternative ».

Cet article n’est pas un plan détaillé clé en main. C’est une invitation. Invitation adressée à la commune de Soral, aux autorités cantonales, aux responsables de la mobilité dans le Grand Genève et aux médias :

  • à débattre publiquement de ces alternatives,
  • à les confronter à la réalité du terrain,
  • à lancer des études et des projets pilotes,
  • à faire de Soral et des villages similaires des laboratoires de solutions, plutôt que des victimes collatérales du tout-voiture.

Il est temps que le débat sur les autoroutes et le trafic frontalier ne se limite plus à la question « élargir ou ne rien faire ».

Entre ces deux impasses, il existe une voie : organiser autrement nos déplacements, pour que la vie soit à nouveau possible et respirable, des deux côtés de la frontière.

Références

Ndr : Les références listées ont été partiellement consultées pour vérifier la cohérence de l’analyse proposée avec l’état actuel des connaissances scientifiques. Une lecture exhaustive excéderait le cadre de cet article, elles sont donc fournies comme ressources complémentaires permettant au lecteur ou à la lectrice d’approfondir les thématiques abordées.

Ce que montrent les études

Trafic induit confirmé : élargir les routes n’enlève pas les embouteillages — cela crée simplement plus de circulation. (Duranton & Turner 2011 ; Hymel 2019 ; revue DfT 2018)
Sources :
www.aeaweb.org/articles?id=10.1257/aer.101.6.2616
ideas.repec.org/a/eee/trapol/v76y2019icp57-66.html
assets.publishing.service.gov.uk/media/5c0e5848e5274a0bf3cbe124/latest-evidence-on-induced-travel-demand-an-evidence-review.pdf

Réduction du CO₂ par report modal : recourir aux transports publics électriques, au rail, au vélo ou à la marche réduit fortement les émissions par passager-km. (IPCC AR6 WGIII ; IEA)
Sources :
www.ipcc.ch/report/ar6/wg3/downloads/report/IPCC_AR6_WGIII_FOD_Chapter10.pdf
www.iea.org/reports/the-future-of-rail

Alternatives crédibles et efficaces : réseaux combi (bus, rail, P+R, vélo, transport partagé) peuvent absorber une grande partie du trafic automobile, à des coûts souvent inférieurs à ceux des autoroutes. (rapports IEA, synthèses UITP/transport public, VTPI)
Sources :
www.iea.org/reports/the-future-of-rail
www.vtpi.org/gentraf.pdf

Bibliographie structurée

Duranton, Gilles & Turner, Matthew A. (2011). « The Fundamental Law of Road Congestion: Evidence from US Cities ». American Economic Review, 101(6), 2616–2652. DOI : 10.1257/aer.101.6.2616
Texte :
www.aeaweb.org/articles?id=10.1257/aer.101.6.2616
PDF (version de travail) :
repository.upenn.edu/bitstreams/0bcfec7a-fb82-4d8c-b838-18cbb299e116/download

Hymel, Kent (2019). « If you build it, they will drive: Measuring induced demand for vehicle travel in urban areas ». Transport Policy, 76, 57–66. DOI : 10.1016/j.tranpol.2018.12.006
Texte :
ideas.repec.org/a/eee/trapol/v76y2019icp57-66.html

UK Department for Transport (DfT) / WSP & RAND Europe (2018). « Latest evidence on induced travel demand: an evidence review ». Rapport.
PDF :
assets.publishing.service.gov.uk/media/5c0e5848e5274a0bf3cbe124/latest-evidence-on-induced-travel-demand-an-evidence-review.pdf

International Energy Agency (IEA) (2019). « The Future of Rail ». Rapport, 2019.
Texte :
www.iea.org/reports/the-future-of-rail

Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC) (2022). « AR6 WGIII – Chapitre 10 “Transport” ». Rapport.
PDF :
www.ipcc.ch/report/ar6/wg3/downloads/report/IPCC_AR6_WGIII_FOD_Chapter10.pdf

Victoria Transport Policy Institute (VTPI) (mise à jour 2025). « Generated Traffic and Induced Travel: Implications for Transport Planning ». Rapport en ligne.
PDF :
www.vtpi.org/gentraf.pdf

Jean-Luc Flémal - BE - stock.adobe.com

La fin du chauffage fossile, l’UDC déplace le débat vers la peur

Une décision historique, un réflexe de peur prévisible

Le vote du Grand Conseil vaudois marque un tournant majeur : selon l’article publié ce 25 novembre par 24 heures « La fin du chauffage fossile a sonné dans le canton de Vaud », le canton engage enfin la sortie progressive du mazout, du gaz et du charbon dans le bâtiment. Les nouvelles constructions devront renoncer immédiatement aux chauffages fossiles, et les installations existantes seront remplacées dans un délai de quinze à vingt ans. Un choix clair, cohérent avec l’urgence climatique : 38% des émissions cantonales proviennent encore du chauffage fossile, comme le rappelle le conseiller d’État Vassilis Venizelos.

Cette réforme n’est pourtant pas garantie. L’UDC annonce déjà un référendum, en s’appuyant sur les ressorts habituels : la peur, l’incertitude et le portefeuille. Le réflexe est systématique : quand une mesure climatique fondée sur des données factuelles arrive au Parlement, la résistance s’organise autour d’un discours anxiogène plutôt que d’un débat sérieux.

Ce contraste est frappant. D’un côté, un fait objectivement documenté : sortir du fossile est indispensable pour stabiliser le climat, réduire les risques sanitaires, renforcer notre autonomie énergétique et éviter des coûts futurs gigantesques. De l’autre, une stratégie politique qui ressasse les mêmes recettes : exagérer les coûts immédiats, ignorer les bénéfices à long terme, minimiser la responsabilité du canton à travers la small-share fallacy, et présenter toute avancée climatique comme une menace pour les ménages.

Une stratégie rhétorique éprouvée : déplacer le débat vers la peur

La prise de position de l’UDC Vaud sur la révision de la Loi sur l’énergie s’appuie sur un mécanisme classique : invoquer la peur financière pour s’opposer à des mesures pourtant basées sur des données factuelles et un consensus scientifique solide.

Le message est simple : « cela va vous coûter trop cher ». C’est reproductible, efficace, mais profondément trompeur. Le climat, pourtant, ne se négocie pas sur la base d’un calcul de quelques dizaines ou centaines de francs. Les coûts du dérèglement dépassent largement ce que ces argumentaires tentent de faire croire.

Le coût immédiat mis en avant pour masquer les coûts réels

L’UDC relaie les estimations de milieux immobiliers annonçant « 2,5 milliards par an » et « 200 à 500 CHF de hausse de loyer mensuelle ». Ces chiffres, sortis de leur contexte, servent à construire une image anxiogène pour le public.

Mais ce raisonnement repose sur trois erreurs majeures :

1. Confusion entre coût à court terme et bénéfices à long terme

Investir dans l’isolation, la rénovation et la sortie du fossile réduit les dépenses énergétiques, renforce l’indépendance du canton et diminue les risques climatiques majeurs. La balance coût/bénéfice ne se mesure jamais sur un an, mais sur plusieurs décennies.

2. Faire croire que « l’urgence climatique » serait un luxe

Toutes les données scientifiques montrent l’inverse : l’inaction coûtera plus cher que l’action. Les dégâts climatiques, l’augmentation des assurances, les pertes agricoles, les canicules meurtrières, l’usure des infrastructures — tout cela représente des milliards réels, annuels et non hypothétiques.

3. Utiliser la « small-share fallacy »

L’UDC affirme que « la consommation fossile d’un an du canton équivaut à 20 minutes de consommation mondiale ». C’est un cas d’école de la small-share fallacy : minimiser sa responsabilité au prétexte que sa part est faible.

Si chaque pays applique ce raisonnement, personne n’agit. C’est une erreur logique, morale et politique. Les émissions s’additionnent, et chaque territoire crée soit un effet d’entraînement positif (innovation, exemplarité, pression politique), soit un effet de blocage.

La peur économique comme outil de retardement

Les sciences sociales l’ont bien démontré : parmi les stratégies de freinage climatique, la plus courante est d’exagérer les coûts de la transition pour semer le doute et retarder l’action. Cette rhétorique joue sur l’émotion, pas sur l’analyse.

Le problème n’est pas que les gens aient peur pour leur budget — c’est légitime.
Le problème est que des partis instrumentalisent cette peur pour discréditer les solutions, sans jamais proposer d’alternatives crédibles pour éviter les dégâts futurs.

Ce que dit la science : ignorer les risques coûte infiniment plus cher

Le consensus scientifique est clair : chaque année de retard augmente l’ampleur des impacts climatiques irréversibles.
Les modèles économiques utilisés par les opposants sont souvent dépassés : ils sous-estiment les « points de bascule », les pertes systémiques et les dégâts indirects.

Un canton qui investit dans l’efficacité énergétique et la sortie du fossile ne se sacrifie pas : il se protège.

Un choix de société, pas un calcul myope

Réduire les mesures climatiques à un débat comptable, c’est passer à côté de la réalité:

  • La transition énergétique protège les ménages contre les hausses futures du prix des énergies fossiles.
  • Elle améliore la santé publique, donc les coûts de santé.
  • Elle réduit la vulnérabilité aux canicules et aux événements extrêmes.
  • Elle renforce la cohésion sociale en améliorant les logements les plus mal isolés.

La vraie question n’est pas : « combien ça me coûte maintenant ? »
La vraie question est : « combien ça nous coûtera si nous n’agissons pas ? »

Conclusion — sortir du discours de peur pour entrer dans la réalité

L’argumentaire de l’UDC se fonde sur un réflexe politique ancien : effrayer d’abord, réfléchir ensuite. Mais face au dérèglement climatique, ce réflexe devient un déni organisé de la réalité physique, sociale et économique.

La transition énergétique n’est pas une menace : c’est un bouclier.
La réforme de la Loi sur l’énergie n’est pas une lubie : c’est une nécessité vitale.
Et les faux débats sur le « petit impact du canton » ou le « coût immédiat » ne changent rien au fait que nous vivons déjà les conséquences de décennies d’inaction.

Le rôle de la politique devrait être d’affronter le réel, pas de s’en protéger avec des slogans.

Loyers, justice sociale et solutions concrètes ?

Pourquoi les loyers posent aujourd’hui un problème social aigu

  • En Suisse, les loyers ont fortement augmenté depuis deux décennies, alors que les coûts hypothécaires ont souvent baissé — ce qui aurait dû logiquement conduire à une baisse des loyers.
  • Selon l’initiative, les locataires paient en moyenne ~360 francs de trop par mois par rapport à ce qui serait un loyer « juste », c’est-à-dire fondé sur les coûts réels plus un rendement raisonnable.
  • Cette surcharge pèse lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages, en particulier celles et ceux à revenus modestes ou moyens — fragilisant l’accès à un logement digne, amplifiant les inégalités sociales, et limitant la capacité à investir dans d’autres besoins essentiels (santé, alimentation, épargne, transport, formation…).

Ce que propose l’Initiative sur les loyers pour restaurer l’équité

  • Inscrire dans la Constitution le principe selon lequel un loyer ne peut être « abusif » s’il excède les coûts effectifs pour le logement + un rendement raisonnable, ou s’il découle d’un prix d’achat exagéré.
  • Instaurer un contrôle des loyers automatique et régulier (ou à la demande du·de la locataire), pour éviter que les loyers ne soient fixés librement par des bailleurs cherchant uniquement le profit.

Effets attendus d’une politique loyers justes

  • Retour progressif des loyers à un niveau compatible avec les coûts réels — ce qui diminuerait substantiellement le poids des loyers pour une large majorité des habitant·e·s.
  • Frein à la spéculation immobilière : si les rendements locatifs ne sont plus disproportionnés, l’intérêt de l’immobilier comme simple placement chute. Cela permet de réorienter le logement vers un usage social plutôt que financier.
  • Meilleur accès au logement pour les ménages modestes ou moyens, réduisant la pression sur le budget et améliorant l’équité sociale.
  • Stabilisation du marché locatif : les hausses abusives lors de changements de locataire ou après rénovations deviennent plus difficiles, ce qui protège les locataires de l’éviction ou de la gentrification.

Pourquoi c’est complémentaire aux enjeux climatiques

Rénover des logements pour améliorer l’efficacité énergétique et se passer d’énergies fossiles, comme le propose la réforme de la Loi sur l’énergie, ne doit pas se traduire par des loyers prohibitifs. Une politique de loyers justes garantit que la transition écologique reste socialement équitable, sans sacrifier les plus précaires sur l’autel des investissements ou de la rentabilité.

Références

articles

loyers

Sacrifier les Vaudois·e·s sur l’autel de l’écologisme ?

L’invité du Lausanne Cité

Mercredi 15.10.2025, page 6.

Sacrifier les Vaudois sur l’autel de l’écologisme ? 

Fabrice Moscheni
Député UDC au Grand Conseil

La révision de la loi vaudoise sur l’énergie (LVLEne) vise la neutralité du Canton de Vaud en termes d’émissions de CO₂, et le renforcement de son autonomie énergétique. 

Concrètement, la rénovation de bâtiments à marche forcée et la production locale d’énergie seront imposées. L’investissement est estimé à 20 milliards, c’est-à-dire près de 25’000 francs par Vaudois. 

L’impact climatique s’avère douteux malgré ce coût mirobolant : d’une part, même si le Canton de Vaud bannissait toutes les émissions de gaz à effet de serre de son territoire, cela n’aurait qu’un impact infime sur les émissions mondiales. 

D’autre part, si l’on juge qu’il est néanmoins nécessaire d’avoir un Canton neutre en termes d’émissions carbone, ceci serait atteint pour un coût 400 fois inférieur en investissant dans des projets de réduction de CO₂ à l’étranger. 

Le volet « indépendance énergétique » semble aussi nébuleux : le Canton de Vaud couvre déjà près de 50 % de ses besoins avec des sources énergétiques vaudoises et suisses. Produire toute l’énergie dans le Canton doublerait le coût moyen de l’énergie. Ceci engendrerait une forte inflation et le risque d’une crise économique majeure comme celle vécue lors du COVID. 

Finalement, quelque 12’500 emplois supplémentaires seraient nécessaires, dont près de 10’000 recrutés hors canton. 

Dans un marché du logement au taux de vacance inférieur à 1 %, ceci pourrait faire grimper encore plus les loyers et générer de l’inflation. 

Tel un slogan politique, la nouvelle loi sur l’énergie LVLEne est une apologie de l’écologisme. 

Son impact sera infime sur le climat et sur l’indépendance énergétique, mais ses effets collatéraux seront délétères sur le niveau de vie des Vaudois.

Article officel.

Point par point

Fabrice Moscheni : 25’000 francs par Vaudois

Concrètement, la rénovation de bâtiments à marche forcée et la production locale d’énergie seront imposées. L’investissement est estimé à 20 milliards, c’est-à-dire près de 25’000 francs par Vaudois.

C’est une simple division d’un total supposé de 20 milliards par ~800’000 habitant·e·s ≈ 25’000/personne. Ce n’est pas un impôt ni un coût réellement « par personne », c’est un ratio rhétorique utilisé dans le débat. La valeur dépend du périmètre retenu (quelles mesures, quels financeurs, subventions, effets de marché, durée). Les sources (Réf. 1, 2, 3, 4, ci-dessous) montrent qu’il s’agit d’estimations d’acteurs, pas d’un chiffrage officiel consolidé de l’État.

Références

  1. Exposé des motifs et projet de loi sur l’énergie (lvlene) (PDF officiel VD).
  2. Page officielle de l’État de Vaud sur la révision (contexte, calendrier).
  3. USPI Vaud avance « au moins 20 milliards » pour l’ensemble des mesures (≈ 2,5 milliards/an sur 8 ans).
  4. BN Conseils dévoile une étude inédite sur l’impact des nouvelles lois énergétiques à Genève et dans le canton de Vaud.

l’USPI nous dit sur 8 ans, vraiment ?

Pas vraiment, « 8 ans » n’est pas un horizon fixé par la loi, c’est une hypothèse d’estimation avancée par l’USPI (uspi-vaud.ch).

  • ≈ 20 Mrd CHF → 2,5 Mrd/an sur 8 ans.
  • 3’125 par an par Vaudois·e sur 8 ans.

Dans les textes officiels, les délais sont nettement plus longs et variables selon les volets :

Le ratio « 25 000 CHF par personne » étalé sur « 8 ans » n’est pas un paramètre légal, l’horizon d’exécution réel s’étend surtout sur ~15–20 ans, avec des jalons 2035–2040 selon les mesures. (État de Vaud).

  • Solaire sur toitures : valoriser l’entier du potentiel « d’ici au 31 décembre 2039 ».
  • Remplacement des chauffages fossiles : 15 ans (installés avant 2020) ou 20 ans (installés après 2020) à partir de l’entrée en vigueur.
  • Assainissement des bâtiments énergivores (CECB F/G) : le Conseil d’État a porté l’échéance-cible à 2040 (au lieu de 2030 initialement évoqué), avec un coût estimé de 4–5 Mrd sur ~15 ans pour ce seul volet.
  • Photovoltaïque : investissements agrégés estimés à 7,6–8,8 Mrd « d’ici à 2040 ».

Fabrice Moscheni : impact climatique douteux

L’impact climatique s’avère douteux malgré ce coût mirobolant : d’une part, même si le Canton de Vaud bannissait toutes les émissions de gaz à effet de serre de son territoire, cela n’aurait qu’un impact infime sur les émissions mondiales

Cet argument relève du « small share fallacy » (sophisme de la petite part) : confondre faible part des émissions mondiales et absence d’utilité d’agir.

Le climat est un problème cumulatif et collectif

Chaque tonne évitée compte. Le GIEC rappelle que l’ampleur du réchauffement dépend du cumul des émissions et que toute réduction, même locale, diminue les risques. La logique de l’Accord de Paris est précisément l’addition de contributions nationales et locales (NDC), pas l’action de « grands » seuls (IPCC : Climate Change 2023 Synthesis Report PDF et 4.2 Accélération des mesures d’atténuation à toutes les échelles).

Responsabilité réelle de la Suisse

(et donc des cantons)

Les émissions « territoriales » suisses par habitant sont modestes, mais l’empreinte de consommation atteint ~14 tCO₂e/hab (importations incluses), parmi les plus élevées au monde. Réduire l’empreinte locale (bâtiments, mobilité, électricité) fait partie de cette responsabilité élargie (Swissinfo : Pourquoi l’empreinte carbone de la Suisse est plus importante que vous ne le pensez).

Les politiques locales diffusent et démultiplient l’impact

Les normes et programmes d’un « petit » acteur se propagent par effets d’entraînement (policy diffusion). Des études récentes montrent des retombées mesurables des standards et portefeuilles renouvelables d’un État/juridiction sur d’autres, via imitation, marchés interconnectés et chaînes d’approvisionnement.

Autrement dit : agir localement change les règles du jeu au-delà des frontières.

PNAS : L’effet d’entraînement des normes obligatoires en matière de portefeuille d’énergies renouvelables

L’innovation baisse les coûts pour tous

Les baisses spectaculaires des coûts du solaire et de l’éolien suivent des courbes d’apprentissage : chaque doublement de capacité installée réduit les coûts. Les déploiements locaux (même « petits ») contribuent à ces volumes, donc aux baisses de prix mondiales et à l’adoption ailleurs (IEA : solaire photovoltaïque).

Équité et crédibilité internationales

Les pays et régions à hauts revenus et à forte empreinte de consommation perdent toute crédibilité s’ils invoquent la petitesse pour ne rien faire.

L’architecture de Paris repose sur la réciprocité et la confiance : chacun fait sa part à la mesure de ses capacités et de sa responsabilité, ce qui conditionne l’ambition des autres (IPCC :Climate Change 2023 Synthesis Report PDF).

Conclusion opérationnelle

Dire « notre part est infime, donc inutile » est factuellement faux et stratégiquement contre-productif.

Les réductions locales

  • réduisent un cumul mondial où chaque tonne compte ;

  • ont des retombées sanitaires et économiques locales tangibles ;

  • accélèrent l’innovation et abaissent les coûts pour toutes et tous ;

  • créent des effets d’entraînement réglementaires et de marché ;

  • renforcent la crédibilité et l’ambition collective et c’est précisément ainsi que des « petits » changements produisent de grands effets.

Fabrice Moscheni : réduction de CO₂ à l’étranger

D’autre part, si l’on juge qu’il est néanmoins nécessaire d’avoir un Canton neutre en termes d’émissions carbone, ceci serait atteint pour un coût 400 fois inférieur en investissant dans des projets de réduction de CO₂ à l’étranger.

En Suisse, la neutralité ne peut pas être « achetée » à l’étranger. Les réductions officielles comptabilisées reposent d’abord sur des projets nationaux donnant des attestations (cadre CO₂-Loi), et les réductions à l’étranger ne sont admises que sous forme d’ITMOs Article 6, via des accords bilatéraux et avec ajustements correspondants pour éviter le double comptage. C’est un complément encadré, pas une substitution illimitée (Compensation du CO2 : Compensation en Suisse).

Le « ×400 moins cher » n’a pas de base robuste

La Suisse est pionnière des achats à l’étranger sous l’Article 6 (accords bilatéraux Pérou 2020, Ghana 2022) et vise jusqu’à ~12 Mt de CO₂ compensés, soit environ un tiers des réductions prévues. Mais ces unités (ITMOs) sont complexes à mettre en œuvre et contraintes par des critères d’additionalité, des risques de double comptage et des exigences de registres. L’article souligne aussi les controverses sur l’équité et la qualité, ainsi que la volatilité et l’hétérogénéité des prix. Autrement dit : le volume réellement disponible de réductions fiables n’est ni illimité ni garanti à bas coût — comparer ces crédits à des investissements d’infrastructure durables chez nous conduit à une fausse équivalence (La Suisse pionnière de la controversée compensation carbone et  Les Suisses paient en moyenne 23,50 dollars pour les crédits carbone de l’article 6, bien en deçà des coûts nationaux).

Compter sur l’extérieur n’apporte aucun co-bénéfice local (air plus sain, moindre dépendance énergétique, emplois), alors que ces bénéfices sont précisément générés par les investissements domestiques que nous devrons de toute façon réaliser pour atteindre le net-zéro (Compensation du CO2 : Compensation en Suisse).

Fabrice Moscheni : doublement des coûts de l’énergie

Le volet « indépendance énergétique » semble aussi nébuleux : le Canton de Vaud couvre déjà près de 50 % de ses besoins avec des sources énergétiques vaudoises et suisses. Produire toute l’énergie dans le Canton doublerait le coût moyen de l’énergie. Ceci engendrerait une forte inflation et le risque d’une crise économique majeure comme celle vécue lors du COVID.

Dans un monde sous tension (guerre en Ukraine, chocs gaziers, routes d’approvisionnement), la dépendance aux importations est un risque macroéconomique. La Suisse importe ~70 % de son énergie et dépense en moyenne ~8 milliards CHF/an pour ces importations : réduire cette exposition par l’efficacité, le solaire, les réseaux de chaleur et l’électrification renforce la sécurité d’approvisionnement (Confédération suisse, à propos de la Suisse : énergie).

Coûts : l’affirmation « produire localement doublerait le prix » est non étayée

Depuis la crise 2021–2023, les coûts/contrats long terme éolien-PV en Europe se situent très en-dessous des prix de marché fossiles. Déployer des renouvelables et l’efficacité réduit la consommation de gaz et l’exposition à la volatilité, ce qui stabilise les prix plutôt que de les « doubler ». Des analyses (IEA, ACER/IMF) montrent que davantage de renouvelables abaisse le niveau et la volatilité moyenne des prix électriques à long terme (à condition d’ajouter flexibilité, stockage, interconnexions).

AIE (Agence internationale de l’énergie) : Renouvelables, 2024, renouvelables, 2025 et La crise énergétique mondiale pousse l’accélérateur du développement des énergies renouvelables, 2022

Robustesse d’un écosystème énergétique local

Un mix plus local et distribué (PV toitures, pompes à chaleur, réseaux de chaleur, flexibilité, micro-réseaux) améliore la résilience face aux pannes et aux chocs d’importation, tout en répondant aux priorités fédérales de sécurité d’approvisionnement à coût soutenable (stratégie 2050/SFOE). Les études de référence sur les ressources distribuées concluent à des gains de résilience et à une moindre dépendance aux fossiles importés, si l’on investit aussi dans le réseau et le pilotage.

La comparaison à la crise « COVID » est inexacte

La flambée des prix est venue surtout du gaz et de la géopolitique, justement le type de risque que l’autonomie locale atténue.

Fabrice Moscheni : 12’500 emplois

Finalement, quelque 12’500 emplois supplémentaires seraient nécessaires, dont près de 10’000 recrutés hors canton. 

Oui, et ?

Ce qui compte, c’est de livrer des rénovations, du solaire et des réseaux de chaleur de qualité, dans les délais. S’il faut compléter les équipes hors canton, tant mieux : on accélère, on transfère des compétences et on crée de l’activité locale (maintenance, exploitation, suivi de chantier). Avec un phasage réaliste, des marchés découpés pour les PME vaudoises et de la formation continue, l’impact net est positif. Le vrai enjeu n’est pas « d’où viennent les ouvrier·ère·s », mais d’éviter les retards, baisser les charges d’énergie et gagner en résilience.

L’affirmation reste spéculative parce qu’elle mélange besoin brut et impact net

  • Besoin brut = addition de postes « sur le papier » pour livrer tous les chantiers, sans tenir compte du phasage sur 15–20 ans, des gains de productivité, de la réallocation depuis les chauffages fossiles, ni de la formation locale.
  • Impact net = emplois réellement additionnels une fois déduits ces effets (requalifications, préfabrication, mutualisation, sous-traitance).

Même si le besoin brut semble élevé et implique du renfort hors canton, l’impact net peut rester maîtrisé — voire positif — pour l’emploi local et les PME si la montée en charge est planifiée.

Résilience et robustesse d’une société en transition

Par ailleurs, certains métiers vont disparaître ou se réduire fortement pour des raisons de protection du climat (automobile thermique, chaînes fossiles, activités très polluantes). Cela implique de former et de requalifier de nombreuses personnes vers de nouvelles tâches utiles (PAC, isolation, réseaux de chaleur, rénovation électrique, pilotage/maintenance des systèmes). C’est un chantier distinct — résilience et robustesse d’une société en transition — qui mérite un article à part entière.

Fabrice Moscheni : coût des loyers

Dans un marché du logement au taux de vacance inférieur à 1%, ceci pourrait faire grimper encore plus les loyers et générer de l’inflation. 

Les rénovations énergétiques bien conçues et encadrées n’ont pas à devenir un prétexte pour des hausses abusives : on sait les neutraliser par des règles simples (plafonnement temporaire des hausses liées aux travaux subventionnés, interdiction d’augmenter au-delà de l’économie d’énergie réalisée, transparence des coûts, priorité aux logements sociaux et coopératifs, prêts à taux préférentiels, accompagnement des ménages).

Le Conseil d’État prévoit que les hausses après travaux doivent tenir compte des variations du taux hypothécaire de référence. Or ce taux a baissé en 2025 (1,50 % puis 1,25 %), ce qui ouvre en principe un droit à une réduction d’env. 2,91 % par pas de 0,25 point lorsque rien d’autre ne s’y oppose. Autrement dit, dans de nombreux cas, imputer des rénovations au loyer aura peu d’impact net, voire pourra se traduire par une baisse si la diminution liée au taux de référence dépasse la part répercutable des travaux (info OFL/OFS sur le taux).

Rappel juridique. Seules les dépenses créant une plus-value (pas l’entretien courant) sont répercutables et sous contrôle de rendement ; la jurisprudence récente du Tribunal fédéral encadre strictement ces hausses (rendement admissible = taux de référence + 2 pts ; possibilité limitée d’une hausse forfaitaire ~2 % quand le taux ≤ 2 %, à articuler avec les baisses dues au taux) (LawInside n°1522). En parallèle, la baisse du taux de référence donne aux locataires des droits effectifs de contestation/réduction (art. 269 ss CO : Fedlex) ; l’OFL rappelle le statut de bien essentiel du logement dans le droit du bail (OFL – droit du bail).

Le logement est un bien essentiel — comme l’eau et l’air — et doit être protégé des stratégies de rente. Détourner le débat en accusant la transition énergétique, c’est faire peur pour éviter de s’attaquer aux vraies causes (spéculation et pénurie organisée). L’écologie vise à réduire les charges d’énergie, améliorer la qualité de l’air intérieur et renforcer la résilience des bâtiments. Bien menée, elle protège les locataires au lieu de les pénaliser.

Références

Le droit suisse le reconnaît : la lutte contre les loyers abusifs figure dans le Code des obligations (art. 269 ss), et l’Office fédéral du logement rappelle que le droit du bail « règle le pouvoir de disposition et d’utilisation d’un bien essentiel ». Au plan des droits humains, le PIDESC (art. 11) consacre le droit à un logement suffisant. Côté santé, l’OMS documente l’impact direct du logement (froid/chaleur, promiscuité, sécurité, accessibilité) sur la morbidité et la mortalité. Enfin, l’OCDE classe l’accès à un logement abordable au rang des politiques publiques de base. En Suisse, l’ASLOCA mène l’Initiative sur les loyers pour encadrer les rendements et stopper les loyers abusifs. Le contexte renforce l’enjeu : au 1ᵉʳ juin 2025, le taux de vacance est tombé à 1 %, signe d’une tension structurelle qui appelle des mesures anti-rente, pas l’accusation infondée de la transition climatique (Fedlex).

Fabrice Moscheni : apologie de l’écologisme

Tel un slogan politique, la nouvelle loi sur l’énergie LVLEne est une apologie de l’écologisme. Son impact sera infime sur le climat et sur l’indépendance énergétique, mais ses effets collatéraux seront délétères sur le niveau de vie des Vaudois.

La LVLEne, « apologie de l’écologisme », vraiment ?

Trois réalités indiscutables

1. le climat se réchauffe et chaque tonne évitée compte, dire que « l’impact sera infime » est trompeur

Les réductions locales s’additionnent, déclenchent des effets d’échelle (apprentissage, filières, baisse des coûts) et apportent des co-bénéfices immédiats : air plus sain, factures d’énergie maîtrisées, emplois qualifiés, sécurité d’approvisionnement renforcée. Les « effets délétères » ne viennent pas de la transition elle-même mais d’un statu quo qui entretient la précarité énergétique, la pollution et l’exposition aux marchés fossiles volatils (Réf. ci-dessous).

Mesures prioritaires (avant la climatisation) : isolation + brise-soleil/stores extérieurs, ventilation nocturne, toitures claires/végétalisées et ombrage, inertie thermique; en dernier recours, rafraîchissement efficace (PAC réversibles) là où nécessaire, après les mesures passives.

2. notre dépendance aux énergies importées nous expose aux chocs géopolitiques et aux hausses de prix

Pénurie et fragilité des fossiles, un fait structurel en Europe : depuis 2022, l’Europe subit une offre fossile structurellement contrainte : les flux de gaz russes par gazoducs se sont effondrés, la flexibilité des autres fournisseurs est limitée, et la détente durable du marché n’est attendue qu’avec la nouvelle vague de GNL à partir de 2026.

Autrement dit : accélérer la transition (sobriété, efficacité, renouvelables, flexibilité) n’est pas un « choix idéologique », c’est une obligation de sécurité pour réduire l’exposition aux chocs et à la volatilité. L’UE l’a acté avec REPowerEU, l’AIE souligne que la crise a révélé la vulnérabilité du modèle fossile et que la demande mondiale de charbon, pétrole et gaz atteint un pic avant 2030 dans son scénario de référence.

3. les bâtiments mal isolés coûtent cher aux ménages et nuisent à la santé (froid, humidité, air intérieur dégradé)

La santé publique est directement concernée : moins de NO₂/PM2.5, moins d’asthme et de maladies cardio-respiratoires.

Les murs mal isolés restent froids : ils favorisant la condensation, l’humidité et la prolifération de moisissures — d’où des problèmes respiratoires (asthme, irritations, allergies) dans les appartements.

Chaleur extrême : protéger aussi en été : L’assainissement n’est pas qu’une affaire d’hiver. Une enveloppe performante, des protections solaires extérieures et une ventilation adaptée réduisent la surchauffe intérieure lors des canicules, protègent d’abord les personnes vulnérables (aîné·es, enfants, ménages précaires, derniers étages) et abaissent le risque sanitaire. C’est un enjeu de justice sociale : les logements mal isolés et mal protégés sont les plus exposés.

4. Mais encore

La justice sociale est au cœur du sujet : la rénovation performante bien encadrée protège les locataires (charges en baisse, confort accru) et doit s’accompagner de garde-fous anti-rentes.

Quant à l’avenir, nous avons une obligation morale envers les générations futures : ne pas agir aujourd’hui, c’est leur transférer des coûts, des risques et des atteintes à la dignité que nous pouvons éviter.

Bref : responsabilité, sobriété, efficacité et production locale ne sont pas des slogans, ce sont les piliers d’une politique sérieuse qui protège le niveau de vie des Vaudois·e·s, au lieu de le sacrifier aux aléas des fossiles.

Références

  • Chaque tonne compte, effets s’additionnent (cadre général)
    • IPCC AR6 WGIII – Summary for Policymakers : le réchauffement dépend du cumul d’émissions ; les politiques locales/nationales agrégées modifient les trajectoires, avec co-bénéfices santé/énergie fréquents (IPCC).
  • Co-bénéfices immédiats : air plus sain, santé publique
    • Vienneau et al., 2023 (étude suisse, open-access) : l’exposition chronique à la pollution de l’air et au bruit des transports en Suisse est associée à une mortalité accrue → réduire les émissions locales améliore directement la santé (PMC).
    • OMS – Housing and Health Guidelines (à citer si tu parles du logement/qualité de l’air intérieur), (Energy).
    • AEEE/EEA 2025 (indicateur Europe, Suisse incluse) : suivi des décès prématurés PM2.5 et objectifs “zéro pollution” (eea.europa.eu).
  • Apprentissage, filières, baisse des coûts (effets d’échelle)
    • Rubin et al., Energy Policy 2015 : revue des learning rates pour 11 technologies ; PV et éolien présentent des baisses de coûts systématiques avec le déploiement (cmu.edu).
    • Haas et al., WIREs Energy Environ. 2023 : retour d’expérience ; 33 % de baisse du coût installé utility-scale PV entre 2010–2019 par doublement cumulé (ordre de grandeur), (wires.onlinelibrary.wiley.com).
    • Samadi, 2017 (Wuppertal Institute) : synthèse sur les courbes d’expérience électricité (PV/éolien vs fossiles), (epub.wupperinst.org).
  • Factures d’énergie maîtrisées & prix moins volatils (à long terme, si flexibilité)
    • IEA – Renewables 2023 : déploiement record, coûts en baisse, rôle des renouvelables pour réduire l’exposition aux combustibles fossiles et stabiliser les prix sur la durée (IEA).
    • ACER-CEER Market Monitoring Report 2024 (Retail) : après la crise gazière, l’augmentation des renouvelables couplée à des mesures de marché réduit l’exposition à la volatilité ; recommandations sur flexibilité/stockage (ceer.eu.
    • Bruegel (Policy brief) : marchés électriques plus intégrés + part accrue de renouvelables ⇒ coût moyen et volatilité moindres, à condition d’investir dans réseaux et flexibilité (Bruegel).
  • Sécurité d’approvisionnement renforcée (moins de fossiles importés)
    • IEA – Medium-Term Gas Report 2023 : la crise 2021–2023 révèle la vulnérabilité liée au gaz ; efficacité + renouvelables réduisent l’exposition macroéconomique (IEA).
    • Commission européenne (2024) : rapports trimestriels énergie → résilience accrue quand la demande de gaz baisse et que les renouvelables montent (Energy).
  • Pénurie et fragilité des fossiles, un fait structurel en Europe
    • IEA — Gas Market Lessons from the 2022–2023 Energy Crisis (chute des flux russes, faible flexibilité des alternatives), (iea.blob.core.windows.net).
    • IEA — European gas market volatility puts continued pressure… (détente surtout après 2026 avec le GNL), (iea.org).
    • Commission européenne — REPowerEU (réduire rapidement la dépendance aux fossiles russes et accélérer la transition), (commission.europa.eu).
    • IEA — World Energy Outlook 2023 (pic de la demande de fossiles avant 2030 dans le scénario STEPS), (IEA).
  • Chaleur extrême : protéger aussi en été
    • OMS — Housing and Health Guidelines (températures intérieures et santé) (who.int).
    • MétéoSuisse — Scénarios climatiques CH2018 (canicules plus longues et fréquentes), (meteoswiss.admin.ch).
    • OFSP — Canicule : recommandations et plans d’action (bag.admin.ch).
    • AEE/EEA — Indicateurs « Heatwaves in Europe » (eea.europa.eu).
    • SIA 180 / SIA 382/1 — Confort thermique d’été (normes de conception), (shop.sia.ch).

Questionnement

Il est lassant de voir se répéter des tribunes qui travestissent la réalité et jouent sur la peur. Est-il honnête de détourner des faits pour marquer des points politiques, au détriment d’une population qui manque souvent de temps pour s’informer et se fie — par nécessité — aux responsables publics ? Une élue ou un élu a-t-il le droit de tromper le peuple par des affirmations inexactes ? La question mérite d’être posée.

Il est temps de prendre nos responsabilités à la hauteur d’une catastrophe climatique et environnementale déjà en cours, établie par un large consensus scientifique. La population doit s’unir, lucidement et fermement, contre les discours mensongers de certains partis climatonégationnistes qui ne défendent ni l’intérêt général ni un avenir digne pour le peuple. Agir maintenant, avec sérieux est la seule voie responsable.

L’article officiel

Lausanne Cités

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Capture directe CO2, synthèse critique et chiffrée

Expérimenter fait partie du progrès. Tester des technologies capables de capturer directement le CO₂ dans l’atmosphère — comme la DACCS — peut apporter des enseignements précieux pour l’avenir. Mais faire croire que ces innovations vont résoudre la crise climatique relève du mensonge dangereux. Ce technosolutionnisme s’appuie trop souvent sur des croyances, amplifiées par des médias qui abordent le sujet de manière superficielle, en laissant penser que le problème du réchauffement climatique serait presque réglé.

Or, les analyses scientifiques et indépendantes — dont la vidéo du Réveilleur et plusieurs études de référence — montrent clairement que la seule solution efficace à court terme reste la réduction massive des émissions de CO₂.

Autrement dit : réduire dès maintenant notre dépendance aux énergies fossiles, plutôt que prétendre effacer leurs effets plus tard.

Pourtant, nos gouvernements et nos responsables politiques persistent à tergiverser, repoussant les décisions nécessaires au détriment des générations futures. Le discours reste le même : promesses, innovations miracles, croissance verte… tandis que le mur climatique se rapproche. L’économie continue de primer sur le vivant, sur la santé publique, sur la justice écologique.

Idée générale

La DACCS (direct Air Carbon Capture and Storage) vise à extraire du CO₂ directement de l’air puis à le stocker durablement sous terre (géologique/minéralisation). C’est une méthode d’élimination (CDR : Carbon Dioxide Removal) à condition que le carbone soit stocké pour des durées climatiquement pertinentes et vérifiable (MRV : Measurement, Reporting and Verification).

Comment ça marche

  • Solide (amines sur support) : l’air est ventilé à travers des filtres, on régénère le sorbant à ~100 °C, on sépare l’eau, on compresse et on stocke. Exemple : Climeworks (Orca, Mammoth). (Climeworks)
  • Liquide (KOH) : on capte le CO₂ dans une liqueur, on forme du CaCO₃ puis on le décompose à ~900 °C pour libérer du CO₂ pur. Filière portée par Carbon Engineering (rachetée par Occidental/1PointFive en 2023). (oxy.com)

Stockage et permanence

  • Minéralisation in situ (Carbfix) : >95 % du CO₂ injecté minéralisé en <2 ans dans des basaltes islandais — permanence de l’ordre des temps géologiques. (PubMed)

Ordres de grandeur énergétiques

  • Besoins : ~4–10 GJ/tCO aujourd’hui (majoritairement chaleur), limite thermo ~0,5–1 GJ/tCO₂. En pratique, on est encore loin de l’optimum. (IPCC)
  • Clé n°1 : électricité/chaleur bas carbone. Les LCA montrent que la DACCS peut atteindre 85–93 % d’efficacité nette si l’énergie est très décarbonée, avec un mix carboné, on peut basculer en émissions nettes. (IDEAS/RePEc)

Coûts et déploiement

  • Coûts actuels : plusieurs centaines d’€/t (bandes typiques 100–600 €/t visées à terme, bien plus aujourd’hui selon projets). Les marchés d’achats de CDR progressent mais restent modestes à l’échelle climatique. (cdr.fyi)
  • Capacités : Mammoth (Islande) est annoncé à 36 kt/an de capacité nominale (net inférieur). Ambition : Mt d’ici 2030, Gt d’ici 2050, hautement incertain. (Climeworks)

Empreinte au sol

  • Très faible vs afforestation : de l’ordre de >100× plus efficient en surface que planter des forêts, si l’énergie associée est elle-même compacte et bas carbone. (BCG)

Points d’attention / controverses récentes

  • Performance réelle vs nominale : retards/contre-perfs et licenciements ont alimenté des critiques, à ce stade pilote, prudence dans l’interprétation mais exigence de transparence et de MRV robuste. (The Guardian)
  • Risque de récupération fossile : Oxy/1PointFive rachète Carbon Engineering, l’usage d’énergie fossile pour de la DACCS crée un aléa moral et dégrade les bilans (fuites CH₄ amont). (oxy.com)

Ce qui tient, ce qui coince

Atouts

  • Permanence élevée (minéralisation), traçabilité potentiellement forte.
  • Faible emprise au sol, implantation flexible (si ressources énergétiques adéquates). (PubMed)

Faiblesses

  • Énergie et coûts élevés aujourd’hui, compétition avec d’autres usages prioritaires de l’électricité bas carbone. (IPCC)
  • Vitesse d’industrialisation incertaine (il faudrait des centaines à milliers d’usines type raffinerie pour passer à l’échelle).
  • Dépendance au soutien public : la DACCS ne produit ni énergie ni co-bénéfices économiques immédiats.

Positionnement stratégique

ligne éditoriale « Etat d’urgence »

1. Priorité absolue : réduction rapide des émissions

Le cœur de la stratégie climatique reste la réduction directe des émissions dans les secteurs principaux : énergie, mobilité, bâtiment et industrie.
La DACCS n’est qu’un complément, réservé aux émissions résiduelles difficiles à éviter (ex. aviation, procédés chimiques).

Autrement dit : on réduit d’abord, on compense ensuite les restes inévitables.

2. Garde-fous pour éviter la diversion

Il s’agit d’éviter que la DACCS devienne un prétexte pour ne rien changer.

Les conditions :

  • utiliser uniquement une énergie 100 % bas carbone

  • idéalement une énergie additionnelle (non détournée d’un autre usage utile)

  • privilégier des contrats directs (PPA – Power Purchase Agreements) ou la récupération de chaleur fatale industrielle

Sans ces garde-fous, la DACCS risquerait d’aggraver les émissions au lieu de les réduire.

3. MRV strict

Référence : cdr.fyi (base de données internationale sur le Carbon Dioxide Removal).

Le MRV (Measurement, Reporting, Verification) doit être exigeant et transparent :

  • ne comptabiliser que le CO₂ réellement stocké (ex-post)

  • interdire les “ventes-promesses” de crédits carbone basées sur des capacités futures non encore opérationnelles

  • garantir des audits indépendants et traçables

Le but est d’éviter le greenwashing financier et les fausses compensations.

4. Pare-feux anti-capture

Référence : oxy.com (cas d’Oxy/Carbon Engineering).

Il faut empêcher que la DACCS soit instrumentalisée par l’industrie fossile pour prolonger ses activités.

Cela implique :

  • aucun alignement politique ou financier avec des acteurs dont le modèle repose sur les hydrocarbures

  • refuser toute DACCS alimentée au gaz fossile ou dépendant d’infrastructures pétrolières

L’objectif est de dissocier la DACCS des logiques de rente fossile.

5. Transparence LCA (analyse du cycle de vie)

Référence : IDEAS/RePEc (bases d’études économiques et environnementales).

Chaque projet DACCS doit publier :

  • l’intensité carbone de l’énergie utilisée

  • les facteurs d’émissions amont (construction, transport, maintenance)

  • le taux d’efficacité nette : tonnes de CO₂ réellement retirées / tonnes captées

Sans ces données, il est impossible d’évaluer la crédibilité climatique du procédé.

6. Où la DACCS a du sens aujourd’hui

Les contextes pertinents :

  • zones disposant de chaleur fatale bas carbone ou de géothermie

  • présence d’un site géologique adapté pour la minéralisation (ex. basalte islandais)

Là où les conditions naturelles et énergétiques sont optimales, la DACCS peut avoir une utilité réelle.

7. Contrats publics/privés pour résiduels non évitables

Cible : émissions dites “incompressibles” – aviation, ciment, sidérurgie.

Les financements doivent passer par :

  • des contrats sous quotas carbone, transparents

  • aucune déduction des efforts de réduction obligatoires

  • des partenariats publics/privés strictement encadrés

La DACCS doit servir à neutraliser les résiduels, pas à acheter du temps pour retarder la transition.

Verdict court

Technologie utile mais non magique. À défendre uniquement dans un mix où elle n’empiète pas sur l’électrification et l’efficacité, où l’énergie est bas carbone, le stockage est permanent et la comptabilité est stricte. Sinon, c’est une distraction coûteuse.

Références clés

  • IPCC AR6 WGIII – CDR & DACCS : besoins énergétiques (4–10 GJ/t), rôle minoritaire, dépendance au mix. (IPCC)
  • Climeworks Mammoth (36 kt/an nominal, Islande, géothermie) : annonces et couverture médiatique. (Climeworks)
  • LCA DACCS (Climeworks/solide) : efficacité nette 85–93 % avec énergie bas carbone. (IDEAS/RePEc)
  • LCA DACCS (revue, seuils mix électrique) : risque d’émissions nettes si électricité carbonée. (SciSpace)
  • Carbfix (minéralisation rapide, permanence) : Nature 2016/2019 et ressources Carbfix. (PubMed)
  • Marché CDR (achats, dynamique 2024–2025) : CDR.fyi. (cdr.fyi)
  • Acquisition Carbon Engineering par Occidental (1PointFive) : communiqué et dépêche. (oxy.com)
  • CDR (Carbon Dioxide Removal) : signifie élimination du dioxyde de carbone. Cela regroupe toutes les méthodes qui retirent durablement du CO₂ de l’atmosphère — par exemple l’afforestation, la bioénergie avec capture et stockage (BECCS), ou la capture directe dans l’air et stockage (DACCS). Une approche CDR se distingue d’une simple réduction d’émissions : elle retire du CO₂ déjà présent dans l’atmosphère.
  • MRV (Measurement, Reporting and Verification) :désigne les processus de mesure, de déclaration et de vérification. Dans le cadre du climat, cela garantit que les tonnes de CO₂ déclarées comme capturées ou stockées le sont réellement, de manière traçable et vérifiable par des organismes indépendants.

Des machines qui retirent directement le CO2 de l’atmosphère (DACCS)

La DACCS vise à extraire du CO₂ directement de l’air puis à le stocker durablement dans le sous-sol (géologique/minéralisation). La vidéo aborde le fonctionnement, l’empreinte énergétique et matérielle, les coûts, les conditions de déploiement et les critiques (dont Climeworks). Question centrale : solution crédible pour traiter des émissions résiduelles, ou distraction coûteuse qui retarde la réduction des émissions ?

Autres articles sur le sujets

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Pour une écriture inclusive sans liens internet indésirables

Fini les liens internet à cause des points non médians !

Pourquoi est-ce important ?

Le point médian est devenu un outil central de l’écriture inclusive en français. Il permet de sortir de la règle archaïque du “masculin qui l’emporte” et de rendre visibles les personnes concernées par le mot. Sa maîtrise technique – qu’on soit sur Mac ou sur PC, Android ou iOS – est une condition pratique pour utiliser une langue plus équitable dans les textes militants, les documents institutionnels et les publications citoyennes.

Nous pouvons souvent voir des textes avec des liens internet involontaires suite à une tentative d’écriture inclusive sans trouver le point médian. Cela arrive lorsqu’on utilise le point normal (.) au lieu du point médian (·).

Résultat : certains mots sont automatiquement interprétés comme des adresses web.

Autre exemple, écrire « es » sans point médian (autre erreur) entre le « e » et le « s » transforme le mot en domaine .es, c’est-à-dire une adresse web espagnole ;-)

Exemples d’erreurs de saisie :

  • salarié.e.s → reconnu comme salarié.e.s (lien cliquable)
  • étudiant.e.s → transformé en étudiant.e.s (lien automatique)
  • militant.e.x.s → pris pour militant.e.x.s (format d’URL)
  • militant.es (ah, ah, lien sympa !) → interprété comme militant.es (nom de domaine espagnol)

Avec le point médian (·), plus de problème :

  • salarié·e·s
  • étudiant·e·s
  • militant·e·x·s
  • étudiant·es (ok mais pas conforme à l’écriture inclusive)

Point médian inclusif : tuto Mac, PC, IOS, android

Utiliser le point médian sur Mac

Raccourci clavier direct

  • Maintenir ⌥ Option + Maj + F → ·

Visionneuse de caractères

  • Ctrl + ⌘ Cmd + Espace → ouvre la palette emoji et symboles
  • Cliquer sur l’icône en forme de fenêtre pour passer en mode complet
  • Rechercher “middle dot” (en anglais) ou copier-coller · pour le retrouver

Raccourci personnalisé (complication inutile ?)

  • Préférences Système → Clavier → Texte
  • Ajouter une règle de substitution : par exemple remplacer :p par ·

Utiliser le point médian sur Windows

Code Alt (pavé numérique activé)

  • Alt + 0183 → ·

Insertion manuelle

  • Word : Insertion → Symboles → Autres symboles → choisir ·
  • LibreOffice : Insertion → Caractères spéciaux

Raccourci personnalisé

  • Word : Fichier → Options → Vérification → Options de correction automatique
  • Définir un remplacement (par ex. :p → ·)

Dans Windows : pour les raccourcis Word, la correction automatique ne fonctionne qu’avec les logiciels Microsoft, pas dans l’ensemble du système.

Variantes et pièges à éviter

Il existe plusieurs signes ressemblants qui ne doivent pas être confondus avec le point médian inclusif :

  • Point médian (·) = U+00B7 → à utiliser pour l’écriture inclusive
  • Interpunct (⋅) = U+22C5 → usage mathématique
  • Point classique (.) → ne remplit pas la même fonction

Ajout mobile (Android + iOS) au tuto « point médian »

Sur Android

Gboard (clavier Google) – méthode rapide

  • Appuie sur ?123 → puis =\< pour la deuxième page de symboles.
  • Le caractère · (U+00B7) est présent sur cette page. Tape-le directement.

Gboard – appui long

  • Selon la configuration de langue, un appui long sur la touche . peut ouvrir un mini-menu. Si · y figure, glisse le doigt dessus pour l’insérer.

Raccourci texte (mise en œuvre pas toujours simple)

  • Paramètres → Système (ou Gestion globale ou Langues et saisie, … selon les versions Android ou constructeurs, le chemin exact peut varier) →
  • Langues et saisie → Clavier virtuel → Gboard → Dictionnaire →
  • Dictionnaire personnel → Toutes les langues → +
  • Mot/Expression : ·
  • Raccourci : par ex. :p
  • Résultat : taper :p puis espace → ·

SwiftKey (alternative)

  • Symboles → page 2 → ·
  • Ou crée un raccourci dans SwiftKey : Paramètres SwiftKey → Saisie enrichie → Presse-papier → Raccourcis.

Sur iOS (iPhone / iPad)

Substitution de texte (méthode 100% fiable)

  • Réglages → GénéralClavierRemplacement de texte → +
  • Expression : ·
  • Raccourci : :p (ou autre)
  • Résultat : taper :p + espace → ·

Clavier Gboard sur iOS (si installé)

  • Bascule sur Gboard.
  • ?123 → =\< (2e page de symboles) → touche ·.

Presse-papier intelligent

  • Garde · en favori (app Notes par ex.) → copier/coller au besoin, ou l’utiliser une fois pour créer le Remplacement de texte ci-dessus.

Écriture inclusive, langage épicène ?

Inclusive

C’est un ensemble de pratiques qui visent à rendre visibles toutes les identités de genre dans la langue.

Elle inclut plusieurs procédés :

  • Point médian : salarié·e·s, étudiant·e·x·s
  • Doublets : « les étudiantes et les étudiants »
  • Féminisation des titres et métiers : autrice, chercheuse, présidente, docteure, professeure
  • Usage de formes neutres ou collectives : le corps enseignant, les personnes migrantes
  • Accords de proximité : « les femmes et les hommes sont belles et beaux »

L’écriture inclusive est donc large : ce n’est pas seulement le point médian.

Épicène

Un langage épicène utilise des formules neutres ou non marquées par le genre.

Exemples :

  • Dire « le corps enseignant » plutôt que « les enseignants »
  • Dire « les membres du comité » plutôt que « les hommes et les femmes du comité »
  • Dire « les personnes » plutôt que « les hommes »

Il s’agit donc de choisir des mots ou tournures qui incluent sans marquer de genre, plutôt que de doubler ou de recourir à des symboles.

Différence clé

  • Inclusive : vise la visibilité active de tous les genres (par doublets, points médians, accords, féminisation, etc.).
  • Épicène : vise la neutralité, en utilisant des termes qui englobent tout le monde sans mentionner explicitement le genre.

Note et correctifs ?

Merci de nous communiquer vos expériences et/ou vos correctifs : info@etatdurgence.ch

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Construire avec la Terre : un avenir sobre et local face au béton global

Matériau millénaire et pourtant largement oublié, la terre crue revient aujourd’hui dans le débat écologique comme parmi les matériaux les plus prometteurs pour bâtir des villes résilientes, sobres et locales.. Dans un contexte de raréfaction des ressources, de dérèglement climatique et d’appauvrissement social, les techniques de construction en terre apparaissent comme des alternatives crédibles au béton, tout en remettant en cause des imaginaires hérités du XXe siècle.

Dans l’interview Circul’Métabolisme, Erwan Hamard, ingénieur des travaux publics de l’État et docteur en génie civil, revient en détail sur l’histoire, les atouts, les limites et les conditions de redéploiement de cette filière. Ses recherches portent sur l’utilisation des terres d’excavation pour la construction en terre crue selon des procédés anciens, adaptés aux contraintes écologiques actuelles.

Une histoire millénaire… effacée en un siècle

Construire avec la terre, c’est vieux comme l’humanité sédentaire. Pendant plus de 10 000 ans, des civilisations entières ont bâti maisons, temples, murailles et villes en utilisant des techniques locales : torchi, adobe, pisé, bauge, blocs comprimés… Aujourd’hui encore, un million de logements en France sont faits en terre – souvent sans que leurs habitant·es ne le sachent.

Mais au XXe siècle, la généralisation du béton armé, la mécanisation et le mythe de la modernité ont marginalisé la terre crue. Erwan Hamard décrit une volonté collective de « faire table rase du passé », de tourner la page d’un monde rural, dur, fait de pénuries, pour embrasser l’ère du ciment, du parpaing et de la brique cuite. Ce virage s’est traduit par la destruction massive de bâtiments anciens, souvent remplacés par des matériaux industriels énergivores.

Comme le suggèrent les travaux d’Erwan Hamard, construire en terre crue, ce n’est pas un retour au passé, mais une manière de composer avec le lieu, le climat et les ressources disponibles.

Un déchet… qui pourrait tout reconstruire

Paradoxalement, la terre est aujourd’hui le déchet le plus abondant du secteur du bâtiment (24heures). Lors de travaux d’aménagement ou de creusement (réseaux, parkings, fondations), des millions de tonnes de terres sont extraites, puis transportées et enfouies à des kilomètres, faute de réemploi. En Bretagne, elles représentent jusqu’à 80 % des déchets du BTP (source : librairie.ademe.fr/ taper « terre crue » ou « réemploi BTP ».

Selon les recherches d’Erwan Hamard et de son équipe, environ 23 % de la terre excavée provenant des chantiers bretons est techniquement adaptée à la construction en bauge, ce qui permettrait de bâtir jusqu’à 50 % des logements individuels annuels. La mobilisation de cette ressource, notamment avec des techniques complémentaires comme la terre allégée ou le pisé, pourrait conduire à un déploiement bien au-delà — pour peu que les flux de terre soient gérés en amont des chantiers et intégrés à une démarche d’organisation urbaine pensée localement (réf.)

Des qualités écologiques uniques

Les avantages de la terre crue sont multiples :

  • Matériau local : elle est disponible à quelques kilomètres seulement du chantier.
  • Circulaire et réversible : elle peut être réutilisée indéfiniment ou rendue à la nature sans impact.
  • Faible impact carbone : pas de cuisson, pas d’industrie lourde, pas de transport à longue distance.
  • Confort thermique et hygrométrique : grâce à sa masse et ses propriétés argileuses, elle amortit les pics de chaleur et stabilise l’humidité intérieure.
  • Santé et bien-être : certaines études évoquent l’existence d’un microbiote spécifique dans les murs en terre, potentiellement bénéfique pour le système immunitaire.

La terre crue ne se contente pas de cocher des cases techniques. Elle offre aussi une qualité d’habitat que de nombreuses personnes décrivent comme « plus vivante », « apaisante », voire « nourrissante » dans leur rapport sensoriel au lieu. Bien que subjectifs, ces ressentis sont largement partagés dans les retours d’expérience recueillis sur les habitats en terre.

Les limites et les pièges à éviter

Construire en terre crue impose néanmoins des choix architecturaux adaptés. Elle ne peut pas rivaliser avec le béton pour les immeubles de grande hauteur ou les ouvrages de franchissement. Elle nécessite une bonne protection contre l’eau (débord de toiture, enduits compatibles), et des volumes de terre cohérents avec les ressources disponibles localement.

L’un des pièges majeurs consiste à ajouter du ciment à la terre pour la « renforcer ». Cela détruit ses propriétés naturelles, l’empêche d’être réversible, et peut aboutir à des murs plus carbonés qu’un mur en béton classique. Dans de nombreux pays du Sud, ce marché de la terre stabilisée est même devenu une nouvelle source de profit pour les cimentiers, au détriment de la logique écologique.

Un savoir-faire à reconstruire

Après des décennies d’oubli, les savoir-faire ont été perdus, et la filière repart presque de zéro. Des guides de bonnes pratiques ont été publiés avec l’appui du ministère de l’Écologie (France), et un Projet national Terre Crue vise à faire reconnaître les règles professionnelles nécessaires pour assurer l’assurance et la pérennité des constructions.

Mais l’obstacle principal reste culturel et symbolique. Dans l’imaginaire collectif, la terre évoque encore la pauvreté, le tiers-monde, ou la précarité. Ce stigmate freine son adoption. Il faut donc revaloriser ces architectures vernaculaires, adapter les normes, et favoriser la transmission des savoir-faire par des chantiers participatifs, des formations et un soutien aux artisan·es.

Une filière à structurer localement

L’un des enseignements forts d’Erwan Hamard est que la terre ne se transporte pas bien. Sa masse, sa fragilité et son coût écologique exigent une approche ultra locale, avec des circuits de transformation et de construction sur place. Une filière en terre crue ne peut donc pas être organisée comme celle du béton ou des matériaux industriels.

Il faut penser la chaîne dans son ensemble :

  • Identifier les bons gisements à proximité.
  • Adapter les techniques de mise en œuvre aux caractéristiques des terres locales.
  • Concevoir des bâtiments cohérents avec ces matériaux.
  • Former des artisan·es et favoriser les coopérations entre terrassiers, architectes, collectivités et citoyen·nes.

En Bretagne : la démonstration par les chiffres

Les travaux menés en Bretagne sont emblématiques. Selon certaines analyses régionales, il serait envisageable, en mobilisant efficacement les flux de terre locale sur le territoire breton, d’isoler le parc de bâtiments neufs et existants à l’aide de terre allégée dans un horizon temporel d’environ une décennie.

Cette expérimentation régionale pourrait inspirer d’autres territoires. Elle démontre que la transition écologique peut se faire sans pénurie ni high-tech, à condition de changer de paradigme et de modèle économique.

« Selon certaines modélisations régionales (notamment la thèse de Loris Verron et les projets du Projet National Terre Crue), il est envisagé que, si les flux de terre excavée étaient mobilisés efficacement, une couverture progressive du parc breton en isolation terre allégée pourrait être atteinte en une à deux décennies, sans dépendre d’importations ou de transformation industrielle. »

Repenser la ville… et nos imaginaires

Au-delà de la matière, construire en terre oblige à repenser l’urbanisme, la densité, l’esthétique et le rôle du chantier dans la société. Il ne s’agit pas de substituer la terre au béton dans les mêmes logiques, mais de bâtir autrement : avec plus de soin, de sobriété, d’ancrage local.

Erwan Hamard insiste : « La terre crue n’est pas un matériau d’ingénieur, c’est un matériau d’architecte. Elle oblige à concevoir intelligemment, à respecter les limites du matériau, et à composer avec le lieu, le climat, la culture. »

Valoriser l’existant, construire moins

Si la terre crue constitue une alternative prometteuse au béton, elle ne suffit pas à elle seule à repenser notre manière d’habiter. Comme le rappelle une recherche récente de l’EPFL, le bâti existant représente une véritable « mine d’or » pour inventer des formes d’habitat plus durables, sans avoir à reconstruire systématiquement. Adapter, réemployer, mutualiser, faire évoluer les usages — autant de pistes qui réduisent drastiquement l’empreinte carbone du secteur, tout en revalorisant les ressources déjà là. Une approche complémentaire à la terre crue, qui appelle à une vision systémique et sobre du futur de nos territoires.
Référence : Philippe Thalmann, professeur d’économie urbaine et environnementale à l’EPFL : actu.epfl.ch/news/le-bati-existant-une-mine-d-or-pour-inventer-l-hab/

Une reconnexion au vivant

Enfin, vivre dans un bâtiment en terre, c’est souvent renouer avec une sensation oubliée : celle d’un confort naturel, silencieux, respirant. Des études émergentes évoquent même des effets positifs sur la santé mentale et le bien-être, encore mal compris mais fortement ressentis.

Selon le Global Status Report 2024-2025 du Programme des Nations Unies pour l’environnement (UNEP), le secteur du bâtiment représente 34 % des émissions mondiales de CO₂ (construction et usage), consomme 32 % de l’énergie planétaire, et les matériaux comme le béton et l’acier en génèrent à eux seuls environ 18 %. Face à cela, la terre crue se présente comme une alternative locale, circulaire et à faible empreinte carbone.

Références

L’interview

Comment le béton et les parpaings ont éliminé la construction en terre crue ?

Erwan Hamard – Publications scientifiques : Accès à ses travaux sur la bauge, l’analyse des terres d’excavation, l’impact carbone, etc.
Recherches appliquées et validées dans un cadre universitaire.

Ferme de Bassenges : ce que cache vraiment le projet Bernoulli

Alors que l’EPFL prévoit de raser une ferme agroécologique modèle pour étendre un centre de mathématiques, une lettre ouverte collective remet les pendules à l’heure. Que dit-elle vraiment ? Pourquoi cette affaire dépasse largement un simple conflit d’affectation ?

Depuis janvier 2025, un vent de révolte souffle sur le campus de l’EPFL.

La direction a décidé de mettre fin à l’expérience de la Ferme de Bassenges, menée depuis 2020 par le collectif de la Ferme de Bassenges, pour y implanter le futur Centre Bernoulli. Résultat : un modèle vivant d’agriculture durable, ancré dans la recherche, la formation et le tissu local, est rayé de la carte.

Pourquoi ? Pour des bureaux. Des maths. Du béton. Une logique de développement déconnectée du vivant et des enjeux du XXIᵉ siècle.

Mais derrière l’annonce brutale, la mobilisation grandit. Et la lettre ouverte récemment publiée par un large collectif de citoyen·nes, scientifiques, architectes, élu·es, paysan·nes et étudiant·es vient poser une question de fond :

Peut-on encore sacrifier une ferme vivante, utile et exemplaire, sans rendre de comptes à personne ?

Une ferme pionnière, un modèle d’avenir

La Ferme de Bassenges, ce n’est pas une « exploitation comme une autre ».
C’est un laboratoire de transition agroécologique, sur 10 hectares, avec traction animale, autonomie fourragère, 300 personnes nourries localement, 5 emplois à plein temps, 3 apprenti·es formé·es, 20 collaborations universitaires.
On y croise brebis, maraîchage, low-tech et architecture biosourcée.
Bref : un prototype vivant de ce que devrait être l’agriculture dans un monde en crise climatique et alimentaire.

L’EPFL veut garder des champs. Mais sans paysan·nes.

La direction affirme que « les terrains resteront agricoles ». Mais elle oublie de préciser que :

  • les bâtiments seront désaffectés, donc le projet Cambium est impossible à maintenir ;

  • les prestations agricoles seront sous-traitées, sans vision intégrée, ni présence humaine, ni ancrage pédagogique.

Ce qu’on détruit ici, ce n’est pas une ferme, c’est une chaîne vertueuse : science + sol + société + savoirs. Une chaîne tissée patiemment depuis 5 ans et aujourd’hui réduite à néant.

Un patrimoine vivant balayé par la façade

Les bâtiments de la ferme sont classés ? Parfait. On va refaire les façades, mettre du triple vitrage… et installer des salles de conférence.
Ce que le collectif de la Ferme de Bassenges avait reconstruit avec soin — matériaux locaux, rénovations participatives, usage centré sur les communs — sera réduit à une coquille vide, standardisée, désincarnée.
Le patrimoine immatériel, lui, n’intéresse pas : mémoire paysanne, ancrage local, transmission, usages collectifs. Tout cela sera effacé.

Anafi 1.6.8

Pas de débat, pas d’alternatives : la méthode EPFL

Aucun dialogue.
Aucune consultation du collectif.
Aucune exploration sérieuse des alternatives, alors que le bâtiment actuel du Centre Bernoulli est conçu pour être surélevé. Cette option aurait permis de préserver la ferme sans retarder le chantier.

Le pire ? Deux bureaux seulement ont participé au concours d’architecture. Aucune information sur le projet lauréat. Et l’EPFL refuse toujours de publier une documentation complète.

Une gouvernance opaque, déjà dénoncée dans d’autres cas. Même logique, même mépris des usager·es.

Et maintenant ?

Le GIEC le martèle : il faut des trajectoires de développement résilient, inclusif, durable. Pas des infrastructures rigides, pensées à court terme, pour des logiques de prestige ou d’expansion bureaucratique.

Préserver la Ferme de Bassenges, ce n’est pas refuser les mathématiques.
C’est exiger une vision intégrée du territoire, où la recherche, l’alimentation, le climat, l’éducation et le vivant cohabitent et se renforcent mutuellement.

Dans 30 ans, on regardera en arrière.
Et on saura si l’EPFL a fait le bon choix : transformer une ferme vivante en bloc administratif, ou assumer enfin son rôle de moteur de la transition.

Références

Préserver la Ferme de Bassenges !

Détails et références : preserverbassenges.ch
La Ferme : fermedebassenges.ch

Article connexe :

EPFL contre Bassenges : la durabilité sacrifiée ?