Climat et santé : six mesures pourraient éviter 1,6 million de décès par an, selon l’OMS

Dernière modification le 5-11-2026 à 19:48:06

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié le mercredi 4 novembre 2026, à Genève, une analyse des coûts et des bénéfices de six mesures qu’elle recommande pour protéger la santé face au réchauffement. Selon ses projections, leur généralisation pourrait éviter environ 1,6 million de décès par an dans le monde, tout en réduisant fortement les émissions de CO2. Le rapport paraît quelques jours avant l’ouverture de la COP31 à Antalya (Türkiye), du 9 au 20 novembre.

Faits établis

  • Le rapport s’intitule « Global benefits and costs of prioritized actions on climate change and health ». L’OMS le présente comme la première analyse complète des retombées économiques et budgétaires de ces six mesures.
  • Les six mesures sont : les systèmes d’alerte précoce en cas de chaleur ; des services d’eau potable résistants aux effets du climat ; des services d’assainissement de base ; des installations d’hygiène et de lavage des mains ; des combustibles et technologies plus propres pour la cuisson et le chauffage domestiques ; une tarification efficace des énergies fossiles.
  • Leur déploiement à grande échelle permettrait d’éviter environ 1,6 million de décès par an, soit à peu près un décès sur 40 dans le monde.
  • Les bénéfices annuels sont estimés à 3900 milliards de dollars en bien-être économique et à 5400 milliards de dollars en recettes publiques.
  • Les émissions évitées atteindraient 16,7 milliards de tonnes de CO2 par an, soit 31 % des émissions mondiales annuelles de gaz à effet de serre (hors utilisation des terres et forêts).
  • La tarification des énergies fossiles (suppression des subventions et prix reflétant les coûts réels) pèse le plus lourd : environ 1,2 million de décès évités par an à elle seule.
  • Pour cinq des six mesures, chaque dollar investi rapporterait en moyenne environ 24 dollars. Les systèmes d’alerte en cas de chaleur affichent le meilleur rapport : jusqu’à 835 dollars de bénéfices pour un dollar investi.

Estimations et incertitudes

  • Il s’agit de projections modélisées sur la période 2024-2075, qui comparent un scénario de déploiement intensif à un scénario sans déploiement, et non de bénéfices observés. Selon l’AFP, l’analyse couvre 187 pays.
  • L’OMS signale elle-même plusieurs limites : des scénarios de déploiement ambitieux, voire difficiles à atteindre ; des mesures modélisées séparément, sans tenir compte de leurs interactions ; des données encore lacunaires ; et les incertitudes propres aux projections à long terme.
  • Selon l’AFP, les pays à revenu faible et intermédiaire pourraient en tirer proportionnellement davantage de bénéfices que les pays riches.

Réactions et opinions

Le directeur général de l’OMS estime que le réchauffement est d’abord un enjeu de santé et qu’une grande partie des dommages qu’il cause peut être évitée avec des outils qui existent déjà. Devant la presse à Genève, le responsable des questions de changement climatique à l’OMS a indiqué, selon l’AFP, que le directeur général se rendra à la COP31 pour demander aux États d’intégrer la santé dans les négociations.

Pourquoi c’est important

Le rapport chiffre ce que coûtent et rapportent des mesures très concrètes, souvent peu coûteuses, comme les alertes canicule ou l’accès à l’eau potable. Il montre aussi qu’une même politique, la fin des subventions aux énergies fossiles, peut à la fois sauver des vies (en réduisant la pollution de l’air) et réduire les émissions. Les plus exposé·es sont les populations des pays qui ont le moins contribué au réchauffement. Ces conclusions rejoignent celles du Lancet Countdown publié fin octobre (voir notre article). En Suisse, la protection de la population contre la chaleur fait partie de la stratégie d’adaptation adoptée par le Conseil fédéral le 28 octobre (voir notre article), et la délégation suisse à la COP31 dispose d’un mandat fixé en août (voir notre article).

Sources