Glaciers et banquise : un dépassement de 1,5 °C causerait des pertes souvent irréversibles

Dernière modification le 3-11-2026 à 11:38:39

L’Initiative internationale sur le climat et la cryosphère (ICCI), un réseau de plus de 80 scientifiques spécialistes des régions polaires et de montagne, a publié le 2 novembre 2026 le rapport Overshoot and the Cryosphere: Averting Global Meltdown, réalisé en coordination avec le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Il conclut qu’un dépassement durable de 1,5 °C de réchauffement entraînerait des pertes importantes et souvent irréversibles pour les glaces de la planète. La cryosphère désigne l’ensemble des milieux gelés : glaciers, calottes glaciaires, banquise, pergélisol et neige.

Faits établis

  • Publication : le rapport accompagne le rapport du PNUE sur la limitation du dépassement de 1,5 °C (Limiting Overshoot). Il est paru en même temps que le rapport annuel de l’ICCI, State of the Cryosphere 2026: The Cost of Overshoot, une semaine avant l’ouverture de la COP31.
  • Constat principal : dépasser l’objectif de 1,5 °C de l’Accord de Paris causerait des pertes importantes, souvent irréversibles, sur les calottes glaciaires, le pergélisol, les glaciers, la banquise et les océans polaires.
  • Niveau des mers : selon le rapport, plusieurs mètres de hausse du niveau des mers sont déjà inévitables sur les prochains siècles. Ralentir cette hausse laisserait plus de temps aux régions côtières pour s’adapter.
  • Pergélisol : son dégel libère des gaz à effet de serre, ce qui entretient le réchauffement (boucle de rétroaction). Limiter ce dégel réduirait ces émissions.
  • Ce que recommandent les scientifiques : réduire les émissions d’au moins 5 % par an dès maintenant, atteindre zéro émission nette de gaz à effet de serre vers le milieu du siècle, ne pas retarder la sortie des énergies fossiles, puis développer le retrait de carbone de l’atmosphère pour faire redescendre les températures.
  • Retour possible, mais lent : revenir à 1,5 °C ou en dessous pourrait permettre une reprise partielle de la banquise et de certains glaciers, sur des décennies à des siècles, et le retour d’un enneigement sain.

Estimations et incertitudes

  • Réchauffement actuel : environ 1,37 °C au-dessus de l’ère préindustrielle ; le seuil de 1,5 °C pourrait être franchi vers 2030 selon Copernicus, d’après la dépêche de Keystone-ATS consacrée aux rapports.
  • Seuil « de sécurité » : selon cette même dépêche, la température qui préserverait durablement la cryosphère se situerait autour de 1 °C de réchauffement ou moins.
  • Scénario à 2,8 °C : la hausse du niveau des mers pourrait atteindre jusqu’à 5 centimètres par an vers 2150, contre environ 0,45 centimètre aujourd’hui ; le dégel du pergélisol pourrait libérer chaque année à peu près autant de CO2 que les États-Unis en émettent actuellement (projections citées par Keystone-ATS).
  • Ces chiffres sont des projections qui dépendent de l’ampleur et de la durée du dépassement. Le texte complet du rapport principal n’a pas pu être consulté au moment de la rédaction.

Réactions et opinions

  • Le responsable scientifique de l’ICCI, auteur principal de l’un des rapports, estime que les températures doivent être ramenées « bien en dessous de 1,5 degré aussi rapidement que possible » (Keystone-ATS).
  • Une glaciologue spécialiste de l’Antarctique ayant contribué au rapport souligne qu’un retour sous 1,5 °C « n’effacera pas pour autant les conséquences du réchauffement subi pendant la période de dépassement » (Keystone-ATS).

Pourquoi c’est important

La Suisse fait partie des pays où les glaces reculent le plus vite : ses glaciers ont encore perdu une part importante de leur volume en 2026 (voir notre revue de presse Glaciers suisses : 5,5 % de volume perdu en 2026). Le rapport rappelle que chaque dixième de degré compte, et que ce qui est perdu pendant un dépassement ne revient pas, ou très lentement. Il paraît juste avant la COP31, qui se tient du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya, en Turquie. Le mandat de la délégation suisse prévoit de soutenir l’objectif de tripler les énergies renouvelables, de doubler l’efficacité énergétique d’ici 2030 et de sortir des énergies fossiles (communiqué du Conseil fédéral du 19 août 2026).

Sources

Infographies