Dernière modification le 21-10-2026 à 16:09:55
En 2020, etatdurgence.ch a traduit « La réalité climatique en 2020 », un bilan en vingt observations publié par le centre australien Breakthrough. Six ans plus tard, que montrent les données ? Cette page reprend la même démarche avec les rapports de référence les plus récents, et fait le point sur ce que le document de 2020 avait vu juste, ou non. État des connaissances au 21 octobre 2026.
L’essentiel en 1 minute
Le réchauffement d’origine humaine atteignait 1,37 °C en 2025 et progresse d’environ 0,27 °C par décennie. Les émissions fossiles de CO₂ ont battu un nouveau record la même année. Le seuil de 1,5 °C sera franchi en moyenne vers 2030 si rien ne change.
À retenir
- 2020 avait vu juste sur le rythme : l’accélération du réchauffement et l’arrivée de 1,5 °C vers 2030 sont confirmées.
- Les projections pour 2100 ont baissé : environ +2,8 °C avec les politiques actuelles, contre plus de 3 °C estimés en 2020. C’est mieux, mais toujours très loin de l’Accord de Paris.
- Un premier point de bascule est franchi : les récifs coralliens d’eaux chaudes déclinent de façon jugée irréversible.
Vrai ou faux ? « Les records de 2023 et 2024 s’expliquent par El Niño. »
En partie seulement. El Niño ajoute une hausse temporaire de quelques dixièmes de degré, mais il se superpose à une tendance de fond due aux gaz à effet de serre. Sans cette tendance, ces records n’auraient pas été atteints.

Où en est le climat ?
Le réchauffement dépasse 1,4 °C et s’accélère
L’année 2025 se classe deuxième ou troisième plus chaude jamais mesurée, à environ 1,43 °C au-dessus de la période 1850-1900. Les années 2023, 2024 et 2025 sont les trois plus chaudes en 176 ans d’observations, et 2024 a été la première année civile au-dessus de 1,5 °C1.
Sur la décennie 2016-2025, le réchauffement observé atteint 1,26 °C, dont 1,24 °C attribués aux activités humaines. Pour la seule année 2025, la part humaine est estimée à 1,37 °C. Le rythme, environ 0,27 °C par décennie, est le plus rapide des relevés instrumentaux2.
2026 : un El Niño très puissant
Un épisode El Niño, l’un des plus intenses jamais observés, se renforce dans le Pacifique. Août et septembre 2026 ont dépassé 1,6 °C au-dessus de l’époque préindustrielle, et la température de surface des océans a battu son record pour un mois de septembre3. Selon l’OMM, il y a 86 % de chances qu’au moins une année entre 2026 et 2030 dépasse le record de 2024, et 2027 est particulièrement exposée4.
Incertitude : la date du prochain record annuel dépend de l’évolution d’El Niño, encore difficile à prévoir.
Les émissions n’ont pas encore baissé
Les émissions de CO₂ d’origine fossile ont atteint 38,1 milliards de tonnes en 2025, un record, en hausse de 1,1 %. Leur croissance ralentit toutefois : +0,3 % par an sur la dernière décennie, contre +1,9 % par an la décennie précédente5. Tous gaz confondus, les émissions mondiales atteignaient 56,8 milliards de tonnes d’équivalent CO₂ en 20246.
La concentration de CO₂ dans l’atmosphère a atteint 425,7 ppmLa partie par million (le ppm), terme beaucoup utilisé en sciences (toxicologie, formulation, chimie, métallurgie, électronique, géochimie, etc. ), est la fraction valant 10, c'est-à-dire un millionième. On utilise surtout le ppm pour exprimer une fraction massique (1 ppm = 1 mg/kg ). More en 2025, soit 52 % de plus qu’avant l’ère industrielle. Le réchauffement affaiblit déjà les puits naturels : certaines forêts tropicales d’Asie du Sud-Est et d’Amérique du Sud sont passées du statut de puits à celui de sources de CO₂7. Voir la fiche Puits de carbone.
La Terre accumule de plus en plus de chaleur
Le déséquilibre énergétique de la Terre, c’est-à-dire la différence entre l’énergie reçue du Soleil et celle renvoyée vers l’espace, a plus que doublé par rapport à la période 1976-19958. Environ 91 % de cette chaleur excédentaire est absorbée par l’océan, dont le contenu thermique a atteint un nouveau record en 20259.
Les mers montent plus vite
Le niveau moyen des mers a gagné environ 23 cm depuis 1901. La hausse s’accélère : environ 26 mm entre 2019 et 2024, soit plus du double du rythme moyen du XXe siècle10.
Les extrêmes et la santé
Le nombre de jours de vagues de chaleur marines a plus que triplé entre 1991 et 202511. Sur terre, la chaleur cause en moyenne environ 546 000 décès par an dans le monde, et le taux de mortalité lié à la chaleur a augmenté de 23 % depuis les années 199012.
Des seuils franchis
Le Global Tipping Points Report 2025, rédigé par 160 scientifiques, conclut que les récifs coralliens d’eaux chaudes ont franchi leur point de bascule thermique. Les calottes polaires, la circulation océanique de l’Atlantique (AMOCAtlantic Meridional Overturning Circulation (circulation méridienne de retournement dans l’océan Atlantique). C'est la partie atlantique de la circulation mondiale des eaux de surfaces et profondes de l'océan. Ce courant est aussi appelé Gulf Stream. More) et l’Amazonie s’en approchent13. Plus largement, sept des neuf limites planétaires sont désormais dépassées, l’acidification des océans ayant rejoint la liste en 202514. Voir les fiches Coraux et Limites planétaires.
Où allons-nous ?
1,5 °C : une question d’années
Au rythme actuel, le réchauffement d’origine humaine dépassera durablement 1,5 °C dans environ quatre ans, donc vers 203015. Il faut distinguer deux choses : une année isolée au-dessus de 1,5 °C, comme 2024, et le franchissement du seuil de l’Accord de Paris, qui se mesure sur une moyenne d’une vingtaine d’années.
Le budget carbone restant pour 1,5 °C est estimé à 170 milliards de tonnes de CO₂ au début de 2026, soit environ quatre ans d’émissions actuelles. Le Global Carbon Project le qualifie de « quasiment épuisé »16.
La fin du siècle : vers +2,8 °C
| Hypothèse | Réchauffement estimé vers 2100 |
|---|---|
| Politiques actuellement en place | environ +2,8 °C |
| Engagements nationaux (CDN) entièrement appliqués | +2,3 à +2,5 °C |
| Objectif de l’Accord de Paris | nettement sous +2 °C, en visant +1,5 °C |
Source : PNUE, Emissions Gap Report 202517.
Pour rester sur une trajectoire compatible avec 1,5 °C, les émissions mondiales devraient baisser de 55 % d’ici 2035 par rapport à 2019, et de 35 % pour 2 °C18. Elles n’ont pas encore commencé à baisser.
Incertitude : ces estimations reposent sur une sensibilité climatique centrale. Le GIECLe GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat) est une organisation qui a été créée en 1988 par l'OMM et le PNUE, à la demande du G7 (groupe de sept grandes économies industrialisées : USA, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Canada, Italie). La version anglaise de cet acronyme est IPCC (The Intergovernmental Panel on Climate Change). More juge « probable » qu’un doublement du CO₂ réchauffe la planète de 2,5 à 4 °C. Une sensibilité dans le haut de cette fourchette, ou des rétroactions du cycle du carbone plus fortes que prévu, conduiraient à un réchauffement supérieur19.
Le bilan de 2020 à l’épreuve des faits
Le document de 2020 se voulait volontairement prudent au sens de la gestion des risques : il privilégiait les scénarios les plus défavorables. Voici ce qu’il en reste six ans plus tard.
| Ce qu’affirmait le document de 2020 | Ce que montrent les données en 2026 | Verdict |
|---|---|---|
| Le réchauffement approche 1,2 °C et s’accélère | 1,37 °C d’origine humaine en 2025, environ 0,27 °C par décennie | Confirmé |
| 1,5 °C sera atteint vers 2030, voire plus tôt | Une année au-dessus de 1,5 °C dès 2024 ; franchissement durable attendu vers 2030 | Confirmé |
| 1,5 °C n’est pas un objectif sûr | Récifs coralliens d’eaux chaudes au-delà de leur point de bascule thermique, estimé autour de 1,2 °C | Confirmé |
| 2 °C sera probablement atteint avant 2050 | Possible vers le milieu du siècle avec les politiques actuelles ; dépend des émissions des vingt prochaines années | Plausible |
| Trajectoire de 3 à 5 °C d’ici 2100, proche du scénario le plus émetteur (RCP8.5) | Environ +2,8 °C avec les politiques actuelles ; le scénario RCP8.5 n’est plus considéré comme le plus probable | Révisé à la baisse |
| Le GIEC est trop optimiste, la sensibilité réelle pourrait atteindre 5 à 6 °C | Le GIEC (2021) a resserré la fourchette probable entre 2,5 et 4 °C ; le haut de la fourchette ne peut pas être exclu | Non retenu |
| Zéro émission nette dès 2030 | Les trajectoires compatibles avec 1,5 °C visent le zéro émission nette de CO₂ au début des années 2050 | Revendication, pas un résultat |
Deux remarques. Les projections pour 2100 ont baissé grâce aux politiques adoptées depuis 2015 et à l’effondrement du prix du solaire et de l’éolien, pas grâce à une révision de la physique20. À l’inverse, les observations sur la vitesse du réchauffement et l’arrivée de 1,5 °C étaient justes, et une étude historique montre que les projections du GIEC ont eu tendance, par le passé, à sous-estimer plutôt qu’à surestimer les changements observés21.
Ce qui peut changer la donne
Les renouvelables dépassent le charbon
En 2025, pour la première fois, les énergies renouvelables ont produit plus d’électricité que le charbon dans le monde : 33,8 % contre 33,0 %. La production solaire a augmenté de 30 % en un an, et la hausse de la production bas carbone a dépassé celle de la demande d’électricité22. Dans l’électricité, la bascule est engagée. Elle reste à faire dans les transports, l’industrie, le chauffage et l’agriculture.
Les leviers qui comptent le plus d’ici 2035
- Réduire le méthane : diviser presque par deux les émissions humaines de méthane au cours de cette décennie éviterait environ 0,3 °C de réchauffement vers 204523.
- Sortir des énergies fossiles : électrifier, décarboner l’électricité et réduire la demande, notamment par la sobriété.
- Protéger les puits naturels : forêts, sols et océans, qui absorbent encore environ la moitié de nos émissions.
- Retirer du CO₂ : nécessaire pour les émissions résiduelles, mais en complément d’une baisse rapide, pas à sa place. Voir Captage et stockage du CO₂.
Ce qui ne suffit pas
Le document de 2020 évoquait la modification du rayonnement solaire, par exemple en injectant des particules dans la stratosphère. Cette option reste sans bénéfice démontré à grande échelle, ne traite ni l’acidification des océans ni la cause du problème, et pose des questions de gouvernance non résolues24. L’adaptation est indispensable, mais elle a des limites physiques et sociales : à mesure que le réchauffement augmente, elle devient plus coûteuse, puis impossible pour certains écosystèmes et certaines populations25.
Ce que cette page ne dit pas. Elle ne prédit pas l’effondrement de la civilisation, que le document de 2020 jugeait « probable » sans mobilisation mondiale. La science établit des risques croissants, pas une date ni une fatalité. Voir la page L’effondrement ? et, pour ce que change chaque fraction de degré, Chaque dixième de degré compte.
Le document original de 2020 reste consultable : La réalité climatique en 2020.
Sources et notes
Pages consultées le 21 octobre 2026. Chiffres de 2026 provisoires. Une erreur, une source à ajouter ? Écrivez-nous via la page de contact.
- Organisation météorologique mondiale (OMM), State of the Global Climate 2025, 23 mars 2026. sdg.iisd.org Aller à la note de bas de page 1
- Forster et al., « Indicators of Global Climate Change 2025 », Earth System Science Data, 18, 3889-3933, 2026. essd.copernicus.org Aller à la note de bas de page 2
- Copernicus Climate Change Service, « Second warmest September as global temperatures stay above 1.5 °C », 12 octobre 2026. climate.copernicus.eu Aller à la note de bas de page 3
- OMM, Global Annual to Decadal Climate Update 2026-2030, 28 mai 2026, mis à jour le 10 septembre 2026. wmo.int Aller à la note de bas de page 4
- Global Carbon Project, Global Carbon Budget 2025, 13 novembre 2025. globalcarbonbudget.org Aller à la note de bas de page 5
- Forster et al. 2026, op. cit. essd.copernicus.org Aller à la note de bas de page 6
- Global Carbon Budget 2025, op. cit. globalcarbonbudget.org Aller à la note de bas de page 7
- Forster et al. 2026, op. cit. essd.copernicus.org Aller à la note de bas de page 8
- OMM, State of the Global Climate 2025, op. cit. sdg.iisd.org Aller à la note de bas de page 9
- Forster et al. 2026, op. cit., et communiqué de l’Université de Leeds sur l’édition 2024, juin 2025. eurekalert.org Aller à la note de bas de page 10
- Forster et al. 2026, op. cit. essd.copernicus.org Aller à la note de bas de page 11
- The Lancet Countdown on health and climate change, rapport 2025, présenté par l’OMS le 29 octobre 2025. who.int Aller à la note de bas de page 12
- Lenton et al., Global Tipping Points Report 2025, octobre 2025. ebd.csic.es Aller à la note de bas de page 13
- Potsdam Institute for Climate Impact Research, Planetary Health Check 2025, 24 septembre 2025. stockholmresilience.org Aller à la note de bas de page 14
- Copernicus et Earth System Science Data, « Global warming reached 1.37 °C in 2025 », 11 juin 2026. earth-system-science-data.net Aller à la note de bas de page 15
- Global Carbon Budget 2025, op. cit. globalcarbonbudget.org Aller à la note de bas de page 16
- Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), Emissions Gap Report 2025: Off Target, novembre 2025. unep.org Aller à la note de bas de page 17
- PNUE, Emissions Gap Report 2025, op. cit. unep.org Aller à la note de bas de page 18
- GIEC, Climate Change 2021: The Physical Science Basis, résumé pour les décideurs, A.4.4. ipcc.ch Aller à la note de bas de page 19
- Hausfather et Peters, « Emissions – the « business as usual » story is misleading », Nature, 577, 618-620, 2020. nature.com Aller à la note de bas de page 20
- Brysse et al., « Climate change prediction: Erring on the side of least drama? », Global Environmental Change, 23, 327-337, 2013. sciencedirect.com Aller à la note de bas de page 21
- Ember, Global Electricity Review 2026. ember-energy.org Aller à la note de bas de page 22
- PNUE et Coalition pour le climat et l’air pur, Global Methane Assessment, 2021. unep.org Aller à la note de bas de page 23
- PNUE, One Atmosphere: An independent expert review on Solar Radiation Modification research and deployment, février 2023. unep.org Aller à la note de bas de page 24
- GIEC, Climate Change 2023: Synthesis Report, résumé pour les décideurs, B.4. ipcc.ch Aller à la note de bas de page 25
