« Bienvenue en 2055 », de Magali Reghezza-Zitt : raconter un monde neutre en carbone pour le rendre possible

Dernière modification le 20-10-2026 à 15:27:03

Et si l’on regardait la transition depuis la ligne d’arrivée ? Géographe spécialiste des risques et ancienne membre du Haut Conseil pour le climat français (2019-2023), Magali Reghezza-Zitt fait raconter à une narratrice de 77 ans, en 2055, les vingt-cinq années qui ont mené la France à la neutralité carbone. Illustré par Marc Bati, le livre figure parmi les sélectionnés du Prix du livre d’écologie politique 2026.

Couverture du livre « Bienvenue en 2055 » de Magali Reghezza-Zitt (Seuil)

Bienvenue en 2055. Dans un monde neutre en carbone
Magali Reghezza-Zitt, illustrations de Marc Bati
Seuil, 22 mai 2026
256 pages, 21,50 € (numérique 15,99 €)
ISBN 978-2-02-160352-1
Couverture : © Éditions du Seuil, illustration Marc Bati

Une fiction scientifique

L’éditeur parle de « fiction scientifique » : ni utopie, ni science-fiction. L’autrice s’interdit les technologies miracles et s’appuie sur les leviers d’atténuation recensés par le groupe III du GIEC. Le procédé rend concret ce que les rapports décrivent en tableaux : à quoi ressemblent une rue, un repas ou une journée de travail dans un pays qui n’émet plus de gaz à effet de serre en net.

Le monde de 2055 : un scénario, pas une prévision

Dans ce récit, le réchauffement mondial s’est stabilisé autour de +2 °C. Le climat reste plus dur : canicules, sécheresses, submersions, et même un épisode à 50 °C à Paris. Mais les usages ont été électrifiés, le pétrole, le charbon et le gaz abandonnés, l’industrie en partie relocalisée. Les villes sont devenues « éponges », plus vertes et plus calmes ; les services sont accessibles à pied, la voiture a reculé au profit des transports publics, l’alimentation fait plus de place aux légumineuses, et les horaires de travail et d’école se sont adaptés à la chaleur.

Ces éléments sont à lire pour ce qu’ils sont : un scénario construit pour être plausible. À noter aussi : un monde à +2 °C dépasse déjà l’objectif de l’Accord de Paris, qui vise à rester nettement en dessous de 2 °C et, si possible, à 1,5 °C. Le livre ne décrit donc pas un monde sauvé, mais un monde qui a limité la casse.

Décarbonation choisie ou subie

La thèse centrale tient en une phrase : la neutralité carbone n’est plus une question de principe, mais de calendrier et de prix. Elle viendra, choisie ou subie, imposée par le climat ou par la contrainte économique ; l’enjeu politique est qu’elle soit anticipée et juste plutôt que brutale. L’autrice renvoie dos à dos le fatalisme et le discours qui mise tout sur l’adaptation, et insiste sur les « co-bénéfices » : santé, qualité de vie, emplois. En reliant le climat au pouvoir d’achat, au logement et au travail, elle en fait un enjeu démocratique plutôt qu’un sujet d’experts.

Éclairage suisse

La Suisse s’est fixé le même horizon : la loi sur le climat et l’innovation, acceptée par 59 % des votant·e·s le 18 juin 2023, inscrit l’objectif de zéro émission nette en 2050. Mais le pays se réchauffe environ deux fois plus vite que la moyenne mondiale, et le chemin reste largement à construire (voir notre page Plan climat Suisse).

Transposer l’exercice du livre à la Suisse, avec ses vallées exposées aux crues et aux laves torrentielles, ses glaciers en recul et sa forte dépendance au pétrole pour le chauffage et la mobilité, serait un excellent outil de débat, par exemple dans une assemblée citoyenne pour le climat.

Pourquoi le lire

Pour sortir de l’alternative stérile entre catastrophisme et déni, et se donner une image concrète d’un futur à la fois plus chaud et plus vivable. Accessible et illustré, il peut aussi servir de support en classe ou en atelier.

Sources et revue de presse