Dernière modification le 21-10-2026 à 16:09:55
« 1,5 °C » et « 2 °C » ressemblent à des chiffres abstraits. Ils ne le sont pas : chaque fraction de degré supplémentaire rend les canicules plus fréquentes, les sécheresses plus longues et certaines pertes irréversibles. Cette page résume ce qu’ont établi les rapports du GIECLe GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat) est une organisation qui a été créée en 1988 par l'OMM et le PNUE, à la demande du G7 (groupe de sept grandes économies industrialisées : USA, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Canada, Italie). La version anglaise de cet acronyme est IPCC (The Intergovernmental Panel on Climate Change). More. État des connaissances au 21 octobre 2026.
L’essentiel en 1 minute
La planète est à environ +1,4 °C. Les rapports du GIEC montrent que les risques n’augmentent pas d’un coup à un seuil précis, mais progressivement, avec chaque dixième de degré. Entre +1,5 °C et +2 °C, la différence est déjà considérable pour les canicules, les récifs coralliens, la banquise et les espèces.
À retenir
- Canicules : une chaleur extrême qui survenait une fois tous les dix ans avant l’ère industrielle se produit déjà environ 2,8 fois plus souvent ; ce serait 4,1 fois à +1,5 °C, 5,6 fois à +2 °C et 9,4 fois à +4 °C.
- Récifs coralliens : 70 à 90 % de déclin à +1,5 °C, plus de 99 % à +2 °C.
- Irréversibilité : la montée des mers se poursuivra pendant des siècles ; chaque dixième de degré en fixe l’ampleur.
Vrai ou faux ? « Au-delà de 1,5 °C, le combat est perdu. »
Faux. 1,5 °C n’est pas une falaise. Un monde à +1,7 °C est nettement moins dangereux qu’un monde à +2 °C, lui-même bien moins dangereux qu’un monde à +3 °C. Chaque dixième de degré évité réduit les dégâts.
Les extrêmes se multiplient avec le réchauffement
Le GIEC a calculé comment la fréquence des événements extrêmes évolue selon le niveau de réchauffement mondial1. La référence est le climat de 1850-1900 : un événement « décennal » s’y produisait en moyenne une fois tous les dix ans.

| Événement (référence 1850-1900) | +1 °C | +1,5 °C | +2 °C | +4 °C |
|---|---|---|---|---|
| Chaleur extrême décennale : fréquence | ×2,8 | ×4,1 | ×5,6 | ×9,4 |
| Chaleur extrême décennale : intensité | +1,2 °C | +1,9 °C | +2,6 °C | +5,1 °C |
| Chaleur extrême cinquantennale : fréquence | ×4,8 | ×8,6 | ×13,9 | ×39,2 |
| Fortes pluies décennales : fréquence | ×1,3 | ×1,5 | ×1,7 | ×2,7 |
| Fortes pluies décennales : intensité | +6,7 % | +10,5 % | +14 % | +30 % |
| Sécheresse agricole décennale (régions sèches) : fréquence | ×1,7 | ×2,0 | ×2,4 | ×4,1 |
Concrètement, une caniculeLes canicules, périodes de quelques jours à quelques semaines voire mois de chaleur anormale sur une large zone géographique, avec une diminution de la différence de température jour-nuit. Elles peuvent se caractériser par une forte humidité atmosphérique, dans des régions océaniques, ou par une forte sécheresse dans les régions continentales.
La canicule est provoquée par un blocage météorologique qui maintient cette situation sur une longue période. More qui, au XIXe siècle, revenait une fois tous les cinquante ans, reviendrait environ tous les six ans à +1,5 °C, tous les trois à quatre ans à +2 °C et presque chaque année à +4 °C. Sur les continents, et particulièrement en montagne, le réchauffement est plus fort que la moyenne mondiale : la Suisse s’est déjà réchauffée d’environ 3 °C. Voir La Suisse face à l’urgence climatique.
+1,5 °C ou +2 °C : ce qui change
Le rapport spécial du GIEC de 2018 a comparé systématiquement ces deux niveaux de réchauffement2.
| Domaine | À +1,5 °C | À +2 °C |
|---|---|---|
| Récifs coralliens d’eaux chaudes | déclin de 70 à 90 % | déclin de plus de 99 % |
| Océan Arctique libre de glace en été | environ une fois par siècle | au moins une fois par décennie |
| Montée des mers en 2100 | environ 10 cm de moins qu’à +2 °C, soit jusqu’à 10 millions de personnes moins exposées | référence |
| Espèces perdant plus de la moitié de leur aire de répartition | insectes 6 %, plantes 8 %, vertébrés 4 % | insectes 18 %, plantes 16 %, vertébrés 8 % |
| Pêche marine mondiale (prises annuelles) | baisse d’environ 1,5 million de tonnes | baisse de plus de 3 millions de tonnes |
| PergélisolLe permafrost ou pergélisol, en français, est une couche de terre, de roche ou de sédiment qui est maintenue à une température inférieure à 0°C durant une période d’au moins deux ans consécutifs. Ce phénomène naturel recouvre environ 22 % de notre surface terrestre, principalement au Canada, en Alaska, en Russie et au Groenland ainsi que dans les régions de montagnes. Le permafrost recouvre entre 5 à 6 % du territoire Suisse. More | 1,5 à 2,5 millions de km² de dégel évités par rapport à +2 °C | référence |
Incertitude : ces valeurs sont des estimations médianes, avec des fourchettes parfois larges. Le GIEC indique aussi que l’exposition de la population à un stress hydrique accru pourrait être jusqu’à 50 % plus faible à +1,5 °C qu’à +2 °C, selon les hypothèses socio-économiques retenues3.
Les risques qui ne reculent plus
Certains changements continueront même si les températures se stabilisent. Le niveau des mers montera pendant des siècles, car l’océan profond se réchauffe lentement et les calottes glaciaires réagissent avec retard. Selon le GIEC, il montera de 2 à 3 mètres sur les 2000 prochaines années si le réchauffement est limité à 1,5 °C, et de 2 à 6 mètres s’il est limité à 2 °C4.
Le risque de franchir des points de bascule augmente lui aussi avec chaque dixième de degré. Une synthèse publiée dans Science estime que plusieurs d’entre eux, dont la fonte des calottes du Groenland et de l’AntarctiqueDes 7 continents terrestres, l’Antarctique est le plus méridionale. S’articulant autour du pôle Sud, il est recouvert à 98% de glace, qui peut atteindre plusieurs kilomètres d’épaisseur et représente 70% des réserves d'eau douce de la planète. Avec des précipitations de 200 mm en moyenne par an, l’Antarctique est un grand désert. Les températures oscillent entre -90°C min. à l'intérieur des terres en hiver à 15°C max. près des côtes en été. More de l’Ouest, le dégel brutal du pergélisol et la mort des récifs coralliens, deviennent probables entre 1,5 °C et 2 °C5. Voir la fiche Boucles de rétroaction.
Pourquoi c’est aussi une question de justice
Les mêmes degrés ne pèsent pas de la même façon sur toutes et tous. Les personnes âgées, les jeunes enfants, les travailleuses et travailleurs en plein air, les ménages modestes mal logés et les pays les plus pauvres sont les plus exposés, alors qu’ils ont le moins contribué aux émissions. Le GIEC estime qu’environ 3,3 à 3,6 milliards de personnes vivent dans des contextes très vulnérables au changement climatique6.
Ce qu’il faut retenir. La question n’est pas « 1,5 °C ou rien », mais « le moins possible au-dessus ». Les trajectoires actuelles mènent vers environ +2,8 °C. Chaque mesure qui retire quelques dixièmes de degré à cette trajectoire a un effet concret sur la santé, l’alimentation, l’eau et la biodiversité. Voir La réalité climatique en 2026.
Sources et notes
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- GIEC, Climate Change 2021: The Physical Science Basis, résumé pour les décideurs, figure SPM.6. ipcc.ch Aller à la note de bas de page 1
- GIEC, Global Warming of 1.5 °C, résumé pour les décideurs, sections B.2 à B.5, 2018. ipcc.ch Aller à la note de bas de page 2
- GIEC, Global Warming of 1.5 °C, op. cit., B.5.4. ipcc.ch Aller à la note de bas de page 3
- GIEC, Climate Change 2021: The Physical Science Basis, résumé pour les décideurs, B.5.4. ipcc.ch Aller à la note de bas de page 4
- Armstrong McKay et al., « Exceeding 1.5 °C global warming could trigger multiple climate tipping points », Science, 377, eabn7950, 2022. science.org Aller à la note de bas de page 5
- GIEC, Climate Change 2022: Impacts, Adaptation and Vulnerability, résumé pour les décideurs, B.2. ipcc.ch Aller à la note de bas de page 6
