Dernière modification le 6-11-2026 à 17:11:54
Pénurie d’électricité, cyberattaques, frontières fermées, engrais introuvables, rivières trop basses pour les bateaux : ces scénarios ne sortent pas d’un roman. Ce sont ceux que la Confédération étudie elle-même. Pourtant, ce qu’elle demande à la population tient en une ligne : neuf litres d’eau et une semaine de pâtes à la cave. État d’urgence propose autre chose. Ni bunker, ni repli, mais un réseau de fermes, d’ateliers, de savoir-faire et de revenus partagés, construit dès maintenant, à côté de l’économie dominante. Une société dans la société : solidaire, exigeante, et pensée pour durer. État des connaissances au 6 novembre 2026.
Les bases en 2 minutes
- Le risque n’est pas imaginaire : l’Office fédéral de la protection de la population (OFPP) classe la pénurie d’électricité et la pandémie comme les deux plus grands risques pour la Suisse 1.
- La Suisse ne produit qu’environ la moitié de ce qu’elle mange, et seulement 42 % en 2024 une fois déduits les fourrages importés 2. Elle importe la totalité de ses engrais minéraux 3, c’est-à-dire les engrais fabriqués industriellement, par opposition au fumier et au compost : l’azote est produit à partir de gaz naturel, le phosphore et le potassium sont extraits de mines à l’étranger.
- En octobre 2026, pour la première fois, la Confédération a dû libérer une partie de ses réserves obligatoires de protéagineux destinés au bétail : le Rhin et le Danube étaient trop bas pour le transport 4.
- La réponse officielle reste individuelle : des provisions pour « une bonne semaine » 5. Rien n’est prévu pour former la population aux métiers qui permettraient de tenir plus longtemps.
- Notre proposition : relier micro-fermes, coopératives, ateliers et formations dans un réseau suisse où l’on entre par l’engagement, pas par le portefeuille. →
- Ce n’est pas du survivalisme. Le survivaliste se prépare seul, contre les autres. Nous proposons de se préparer ensemble, avec les autres.
Pourquoi parler du pire ?
Parce que l’État l’a déjà écrit noir sur blanc
Tous les cinq ans, l’OFPP publie une analyse nationale des risques. L’édition 2025 est sans ambiguïté : une pénurie d’électricité prolongée et une pandémie sont les deux risques majeurs pour le pays, à la fois par l’ampleur des dommages et par leur probabilité, jugée relativement élevée 1. Ce n’est pas une nouveauté : la pénurie d’électricité figurait déjà en tête en 2015 et en 2020 6.
L’OFPP a aussi décrit ce que serait une panne totale du réseau à très haute tension, en hiver, sur tout le pays : 5 à 7 jours sans courant, puis un rétablissement progressif sur 3 à 4 semaines 7. Ce scénario-là n’a rien d’un film catastrophe. C’est un dossier de travail de l’administration fédérale.
Parce que les fragilités s’additionnent
L’alimentation. La production indigène couvre environ la moitié des besoins. En 2024, mauvaise année pour les cultures, le taux d’auto-approvisionnement net est tombé à 42 %, un record à la baisse 2. Le nombre d’exploitations agricoles continue de reculer : 46’270 en 2025, 1,7 % de moins qu’un an plus tôt 8.
Les engrais. La Suisse dépend à 100 % des importations pour ses engrais minéraux (azote, phosphore, potasse) 3. Or l’azote de synthèse est fabriqué à partir de gaz fossile, dans des pays qui en disposent 9. Une crise gazière devient vite une crise des récoltes. D’où viennent-ils ? La Suisse les achète surtout à ses voisins, ainsi qu’en Belgique et aux Pays-Bas, et elle a renoncé aux engrais russes depuis mars 2022 9. Mais ces pays importent eux-mêmes une grande partie de leurs matières premières : la dépendance réelle remonte plus loin.
- L’azote : les usines européennes qui le fabriquent dépendent elles-mêmes du gaz importé 9.
- La potasse provient de quelques gisements seulement. En 2025, le Canada en a extrait 15 millions de tonnes, la Russie 10, la Chine 6,3, le Bélarus 6 et l’Allemagne 3, sur un total mondial de 49 millions 10.
- Le phosphore vient de roches phosphatées, encore plus concentrées. En 2025, la Chine en a produit 110 millions de tonnes sur 250, soit 44 %, devant le Maroc avec 36 millions 11. Le Maroc détient à lui seul la grande majorité des réserves connues 11.
Autrement dit, notre agriculture dépend, par intermédiaires interposés, du gaz fossile et d’une poignée de pays miniers, dont certains sont soumis à des sanctions ou à des tensions géopolitiques.
Le transport. En octobre 2026, la navigation sur le Rhin et le Danube était si réduite par le bas niveau des eaux que la Confédération a ordonné la libération des réserves obligatoires de protéagineux pour le bétail. C’était la première fois que des réserves alimentaires ou fourragères étaient sollicitées 4. Pour le tourteau de soja, la Suisse dépend presque exclusivement des importations 4. Sécheresse, chaleur et fleuves trop bas : le climat s’invite directement dans la logistique.
Le numérique. L’Office fédéral de la cybersécurité (OFCS) a reçu 64’733 annonces d’incidents en 2025, soit une toutes les 8,4 minutes 12. Depuis avril 2025, les exploitants d’infrastructures critiques (énergie, santé, transports, finance) doivent signaler les cyberattaques qu’ils subissent : 222 signalements ont été enregistrés depuis l’entrée en vigueur de cette obligation 13. Une attaque réussie contre un réseau électrique, ferroviaire ou de paiement n’est pas un fantasme : c’est précisément ce que ces dispositifs cherchent à prévenir.
La géopolitique. Guerre en Ukraine, conflits au Proche-Orient, tensions commerciales : chaque crise des dernières années a fait grimper le prix des engrais, de l’énergie ou des céréales. La Suisse, pays importateur, est en première ligne.
Parce que les réserves ne sont pas un plan
Les réserves obligatoires existent, et c’est une bonne chose : sucre, riz, huiles, céréales, café, engrais, carburants, médicaments. Les quantités stockées couvrent en moyenne trois à quatre mois des besoins courants 14, deux mois pour les fourrages 4, et pour l’azote un tiers de la période de végétation 15. C’est un amortisseur, pas une solution. Un stock se vide. Ce qui ne se vide pas, ce sont des sols vivants, des semences reproductibles, des outils réparables et des gens qui savent s’en servir.
Un scénario plausible : une semaine sans courant, en janvier
Ce récit est une fiction. Mais chacun de ses éléments s’appuie sur le scénario « panne d’électricité » de l’OFPP 7, sur les recommandations de l’Approvisionnement économique du pays 5 et sur l’ordonnance qui fixe l’eau potable minimale en cas de crise 16.
Jour 1. À 7 heures, le courant tombe dans tout le pays. Plus de chauffage dans la plupart des immeubles, plus d’ascenseurs, plus de caisses électroniques, plus de paiement par carte. Les réseaux mobiles tiennent quelques heures sur batteries, puis s’éteignent par zones. Les trains sont immobilisés.
Jour 2. Les congélateurs dégèlent. Les stations-service ne peuvent plus pomper. Les personnes âgées ou dépendantes d’un appareil médical sont les premières en danger. Les personnes qui ont suivi la recommandation officielle ont 9 litres d’eau par personne, de quoi tenir trois jours 5.
Jour 4. Les autorités doivent distribuer au moins 4 litres d’eau potable par personne et par jour 16. Il faut des gens pour organiser la distribution, réparer, transporter, sans ordinateur.
Jour 6. Les autorités doivent désormais fournir aux ménages 15 litres d’eau par personne et par jour 16. Les rayons des magasins, approvisionnés à flux tendu, sont vides. Les provisions d’« une bonne semaine » 5 arrivent à leur terme.
Semaines 2 à 4. Le réseau revient par morceaux 7. Dans les quartiers où existent un jardin collectif, un four à pain, un atelier de réparation, une liste de qui sait faire quoi, la vie s’organise. Ailleurs, on attend.
La question n’est pas de savoir si ce scénario arrivera exactement ainsi. Elle est de savoir pourquoi nous ne nous y préparons qu’avec des bouteilles d’eau. →
Ce que l’État ne fait pas
Le mot qui manque à la politique de prévention suisse, c’est inclure. Les plans existent, ils sont sérieux, mais ils sont pensés pour l’administration, l’armée et les grandes entreprises. La population, elle, reçoit une brochure et un calculateur de provisions 5.
- Personne ne recense les compétences pratiques disponibles dans une commune : qui sait souder, réparer un moteur, cuire du pain sans électricité, soigner, cultiver.
- Les terres agricoles proches des villes restent sous pression : la ferme de Bassenges, à Écublens, a dû réunir plus de 8’000 signatures pour obtenir un sursis jusqu’en 2030 face à un projet de l’EPFL 17 18. →
- Les fermes contractuelles de proximité, qui nourrissent des centaines de ménages, restent considérées comme un « loisir » par les autorités, ce qui freine leur développement 19.
- Les métiers manuels sont présentés comme un choix par défaut, alors qu’ils seront les premiers indispensables en cas de crise.
- Et la politique climatique, qui réduirait le risque à la source, avance trop lentement : en 2026, le Conseil fédéral a renoncé à créer l’organe scientifique indépendant que réclamaient les académies des sciences (voir notre page Plan climat Suisse).
Préparer un pays, ce n’est pas seulement stocker. C’est former, relier et équiper les gens.
Une société dans la société : de quoi parle-t-on ?
Construire à côté, sans attendre
Le sociologue Erik Olin Wright appelait « stratégies interstitielles » les initiatives qui bâtissent d’autres rapports économiques dans les failles du système dominant, sans attendre ni de le renverser ni de le réformer d’en haut 20. C’est exactement l’idée : ne pas quitter la société, mais construire en son sein un réseau capable de fonctionner par lui-même quand le reste vacille, et qui rend la vie meilleure même quand tout va bien.
« Ne pas quitter la société, mais construire en son sein un réseau capable de fonctionner par lui-même quand le reste vacille »
Le biologiste Olivier Hamant, directeur de recherche à l’INRAE à l’École normale supérieure de Lyon, arrive à une conclusion voisine en partant du vivant. Ses travaux montrent que les organismes ne sont pas réglés pour la performance, mais pour la robustesse : la capacité à rester stables et viables malgré les fluctuations. Et cette robustesse repose sur ce que nos économies chassent en priorité : la diversité, la redondance, les marges de sécurité, une part de lenteur et même de gaspillage. Dans un monde devenu instable, il appelle donc à construire une « civilisation de la robustesse, contre la performance » 21. C’est dans ce sens que nous employons le mot robustesse tout au long de cet article.
Ce qu’il faut retenir des zapatistes et du Rojava
Les zapatistes du Chiapas administrent depuis 1994 des communautés autonomes, avec leurs écoles, leurs cliniques et leurs assemblées. Fin 2023, face à la violence des cartels, ils ont réorganisé leur autonomie en milliers de gouvernements locaux, au plus près des villages 22. Leçon : l’autonomie se joue à petite échelle et se réinvente sans cesse.
Leur économie mérite aussi l’attention. Pour échapper aux intermédiaires qui achètent le café à bas prix, les communautés ont créé leurs propres coopératives. La coopérative Yachil Xojobal Chulchán, dans la région d’Oventic, réunit plus de 680 familles, et une partie des revenus du café soutient les structures autonomes, y compris pour les personnes qui ne cultivent pas de café 23. En Europe, des réseaux de solidarité achètent ce café directement, par précommande annuelle, et reversent les bénéfices aux conseils de bon gouvernement 24.
Les zapatistes ont aussi créé leurs propres banques. Le Banco Popular Autónomo Zapatista (Banpaz) est né vers 2008 dans la région de la forêt frontalière 25. Ce sont les communautés qui en ont fixé les règles en assemblée : un intérêt de 2 % par mois, réinvesti pour alimenter le fonds et accorder d’autres prêts 25. Les prêts pour des projets individuels à but commercial ont été suspendus, parce qu’ils servaient surtout à faire des affaires ; restent les prêts pour faire face à des problèmes de santé et pour des projets collectifs 25. Les femmes, autrefois exclues du crédit, peuvent désormais emprunter et en assumer la responsabilité 25, et une banque autonome des femmes zapatistes (Banamaz) finance leurs travaux collectifs 26.
Précisons, pour rester exacts : 2 % par mois représentent un taux élevé selon nos critères. Mais l’essentiel est ailleurs. L’argent ne sort pas de la communauté, les règles sont décidées par celles et ceux qui empruntent, et le crédit sert d’abord la santé et le travail collectif, pas l’enrichissement personnel. Leçon : une communauté peut organiser elle-même son crédit, sans banquiers.
Le Rojava, l’administration autonome du nord et de l’est de la Syrie, a été pendant dix ans un laboratoire d’autogestion démocratique et multiethnique. Après l’offensive de Damas en janvier 2026, un accord a prévu l’intégration de ses institutions dans l’État syrien ; en août 2026, ses forces ont annoncé leur dissolution 2728. Leçon : une autonomie qui dépend d’un rapport de force armé et de protecteurs étrangers reste fragile.
La Suisse n’est ni le Chiapas ni la Syrie. Elle offre un cadre stable où coopératives, associations, monnaies complémentaires et contrats entre productrices, producteurs et consommateurs·trices sont parfaitement légaux. Nous n’avons pas d’excuse.
Sans simplisme
Soyons clairs : nous ne croyons pas qu’une poignée de micro-fermes remplacera l’économie suisse, ni qu’on peut se passer du jour au lendemain des hôpitaux, des réseaux électriques ou du commerce international. Une société moderne est complexe, interdépendante, et c’est aussi ce qui la rend capable de soigner, d’instruire et de protéger. Mais complexe ne veut pas dire invulnérable. Se préparer, ce n’est pas tout démonter : c’est construire, à côté, des capacités qui tiennent quand le reste flanche. Nous en parlons depuis longtemps sur ce site, de la coopérative d’habitation (lire Une coopérative différente pour plus de robustesse) à la consommation locale (lire Une société robuste commence près de chez nous). Cet article rassemble ces pistes.
Montrer l’exemple pour que l’État suive
L’idée n’est pas de faire sécession. C’est de prouver, à petite échelle, que d’autres modèles fonctionnent, puis d’exiger que les communes, les cantons et la Confédération les appliquent et les financent. Les Jardins de Cocagne ont ouvert la voie en 1978 ; trente ans plus tard, des villes comme Lausanne en ont fait une politique agricole urbaine 29. C’est ainsi que les idées passent de la marge au droit commun.
Pourquoi la micro-ferme ?
Ni la ferme familiale épuisée, ni l’exploitation industrielle
Revenir à la terre ne veut pas dire revenir à une famille seule qui s’épuise sur 30 hectares, endettée et sans vacances. La micro-ferme coopérative, c’est l’inverse : quelques professionnel·le·s salarié·e·s, entouré·e·s de dizaines ou de centaines de membres qui financent la production à l’avance, partagent les risques et viennent travailler quelques demi-journées par an.
L’exemple suisse le plus abouti s’appelle ortoloco, à Dietikon (ZH). Fondée en 2009 comme coopérative maraîchère 30, elle exploite aujourd’hui l’ensemble du Fondlihof, une ferme bio d’une vingtaine d’hectares, et produit légumes, fruits, céréales, viande et œufs pour près de 600 coopératrices et coopérateurs 3132. Chacune et chacun achète des parts sociales, remboursées en cas de départ, et fournit de 4 à 14 demi-journées de travail par an selon son abonnement, aux côtés de six salarié·e·s ; cette participation représente 30 à 50 % du temps de travail de la ferme 31. L’abonnement fruits et légumes coûte environ 90 francs par mois, avec une livraison hebdomadaire dans l’un des 17 points de distribution de la région zurichoise 33. Les données plus anciennes du FiBL faisaient état de 485 membres 34 : le modèle grandit, et il n’est pas isolé. La Suisse compte aujourd’hui environ 70 exploitations en agriculture solidaire 35. Près de Berne, le Radiesli, à Worb, cultive une dizaine d’hectares de champs et de prairies avec une poignée de professionnel·le·s et quelque 320 membres qui mettent la main à la pâte 36. À Prilly, la coopérative des Paniers de la Mule cultive environ 200 variétés de légumes sur deux hectares prêtés par la commune et livre des paniers hebdomadaires à ses abonné·e·s 19. Le Panier Bio à 2 Roues, coopérative de consommateurs·trices et de producteurs·trices basée à Prilly, livre ses paniers à vélo 37. La ferme de Rovéréaz, sur les hauts de Lausanne, produit jusqu’à 170 tonnes de légumes, fruits, céréales et oléagineux par an sur un domaine de la Ville 29.
Monoculture contre diversité : la robustesse par la variété
Une grande parcelle plantée d’une seule culture, d’une seule variété, est un buffet ouvert pour les ravageurs et les maladies : quand un insecte ou un champignon s’y installe, rien ne l’arrête d’un bout à l’autre du champ. C’est pour cela que la monoculture à grande échelle dépend des pesticides, et que les sols épuisés par la répétition des mêmes cultures dépendent des engrais de synthèse. La vulnérabilité est inscrite dans le modèle.
Précisons d’emblée le cas suisse, pour ne pas caricaturer. La monoculture au sens strict, le même maïs ou le même blé sur des centaines d’hectares année après année, comme dans la Beauce ou le Midwest américain, y est rare. Pour toucher les paiements directs, une exploitation doit respecter les prestations écologiques requises : au-delà de 3 hectares de terres ouvertes, elle doit cultiver au moins quatre cultures différentes chaque année, chacune sur au moins 10 % des terres assolées 38. Les exploitations restent petites : 21,8 hectares en moyenne en 2023 39, contre 69 hectares en France 40. Et 70 % de la surface agricole utile sont des prairies et des pâturages 39.
Le problème suisse est ailleurs : des parcelles de plus en plus grandes et homogènes, des variétés peu nombreuses, et une forte dépendance aux intrants. Tous les engrais minéraux sont importés 9. Environ 2’000 tonnes de produits phytosanitaires sont vendues chaque année, et des résidus ont été détectés dans plus de la moitié des points de mesure des eaux du pays 41. Honnêteté oblige : l’agriculture biologique en utilise aussi. En 2021, année très humide, les produits autorisés en bio (soufre, cuivre, huile de paraffine) ont même dépassé en tonnage les produits conventionnels 42. Réduire les traitements ne dépend donc pas seulement du label, mais de la conception même des cultures : diversité, rotations longues, haies, petites parcelles.
La diversité fonctionne à l’inverse, et la littérature scientifique est solide sur ce point :
- Une méta-analyse de 552 expériences montre que les cultures diversifiées (cultures associées, bandes fleuries, plantes répulsives) abritent moins de ravageurs, davantage de leurs prédateurs naturels, et subissent moins de dégâts que les cultures seules 43.
- Une synthèse de 98 méta-analyses, portant sur plus de 5’000 études, conclut que la diversification améliore la biodiversité, la pollinisation, la régulation des ravageurs, la fertilité des sols et la gestion de l’eau, sans faire baisser les rendements dans la plupart des cas 44.
- Dans 435 paysages agricoles d’Europe et d’Amérique du Nord, des parcelles plus petites et des cultures plus variées accueillent nettement plus de biodiversité : réduire la taille moyenne des champs de 5 à 2,8 hectares a autant d’effet qu’augmenter fortement la part de haies et de surfaces naturelles 45.
- L’agroforesterie, qui associe arbres et cultures sur la même parcelle, peut être jusqu’à 30 % plus productive par hectare que la monoculture selon les modèles d’Agroscope, tout en réduisant fortement l’érosion et le lessivage des nitrates 46. Les arbres protègent aussi les cultures lors des années de sécheresse ou de chaleur extrême, un avantage qui grandit avec le changement climatique 47.
- Sur la ferme du Bec Hellouin, en Normandie, une étude de l’INRA et d’AgroParisTech a montré que 1’000 m² cultivés de manière très intensive et diversifiée, inspirée de la permaculture, pouvaient dégager un revenu, au prix d’un savoir-faire élevé et de beaucoup de travail manuel 48.
Restons rigoureux : la diversification n’est pas une solution miracle. Certaines associations réduisent un peu le rendement de la culture principale 43, et la permaculture reste encore peu étudiée scientifiquement. Mais l’argument central tient : des surfaces modérées, variées et séparées par des haies, des arbres et d’autres cultures résistent mieux qu’un océan de blé ou de maïs. Une maladie qui touche les tomates d’une micro-ferme n’atteint ni ses courges, ni ses pommes, ni la ferme voisine. C’est la définition même de la robustesse.
Partager le travail, pas la pénibilité
La vie paysanne d’aujourd’hui n’a rien d’un modèle à copier. En Suisse, près de deux tiers des agriculteurs travaillent 50 heures ou plus par semaine, et ils prennent en moyenne sept jours de vacances par an, contre 22 pour les artisans 49. C’est précisément ce que la micro-ferme coopérative veut changer.
Nous sommes beaucoup plus nombreuses et nombreux qu’à l’époque où l’agriculture occupait la majorité de la population. Si une ferme peut compter sur des dizaines de personnes plutôt que sur une famille seule, les tâches se répartissent : les week-ends, les soirées et les vacances deviennent possibles, et les travaux les plus durs ne retombent plus toujours sur les mêmes épaules. Chez ortoloco, chaque membre fournit au moins cinq demi-journées de travail par an 34.
Le contexte s’y prête. L’intelligence artificielle générative modifie déjà le travail de bureau : selon l’Organisation internationale du travail, un emploi sur quatre dans le monde y est exposé 50. Le commerce de détail se concentre 51. Et beaucoup de personnes cherchent un complément de revenu ou une activité qui a du sens. Pour celles et ceux dont le poste se réduit ou change de nature, les fermes et les ateliers du réseau peuvent proposer des postes à mi-temps, à tiers-temps ou à quart-temps, rémunérés par un salaire d’appoint, un panier hebdomadaire, ou les deux. À une condition : des contrats en règle, des assurances sociales et un salaire correct. Le réseau ne doit pas devenir une source de main-d’œuvre bon marché.
Ce que la micro-ferme apporte en temps de crise
- Une production diversifiée près des gens, sans dépendre d’une chaîne logistique longue.
- Des sols vivants et des cultures variées qui demandent peu ou pas d’engrais de synthèse ni de pesticides.
- Des centaines de personnes formées aux gestes de base, qui ne seront pas démunies le jour où il faudra produire plus.
- Un lieu, un outil et une communauté prêts à servir. →
Bassenges : ce que l’EPFL devrait comprendre
À Écublens, sur le campus de l’EPFL et de l’UNIL, le collectif Cambium cultive depuis 2020 les terres de la ferme de Bassenges : maraîchage diversifié, céréales, brebis laitières, traction animale, haies et arbres plantés avec des étudiant·e·s, vente directe et paniers (lire notre article Ferme de Bassenges : une ferme agroécologique face à l’extension de l’EPFL). Six adultes y vivent en permanence, deux à trois apprenti·e·s y travaillent à l’année 18.
L’EPFL veut transformer ces bâtiments historiques, classés, pour y installer le Centre interfacultaire Bernoulli, consacré aux mathématiques, à l’informatique et à la physique théorique. Après une pétition de plus de 8’000 signatures et une procédure de conciliation, le bail a été prolongé jusqu’au 31 janvier 2030 ; les travaux de transformation sont prévus en 2030 et 2031 17. L’EPFL précise que les terres cultivées garderont une vocation agricole et de préservation de la biodiversité après le départ des fermier·ère·s 18. De son côté, le Conseil d’État vaudois a répondu qu’il ne pouvait pas s’opposer à la réaffectation des bâtiments, mais s’est engagé à garantir une exploitation durable et exemplaire des terrains agricoles du campus de l’UNIL dont il est propriétaire 52. Dans sa communication, l’École estime que ces bâtiments sont dévolus à « un usage qui n’est pas en lien avec les missions de l’École » 17.
C’est précisément là que nous ne sommes pas d’accord. Une école polytechnique qui forme les ingénieur·e·s de la transition dispose, sur son propre campus, d’un laboratoire vivant d’agriculture sobre, peu mécanisée et résiliente. Étudier comment nourrir une région avec peu d’énergie, peu d’intrants et beaucoup de savoir-faire, c’est exactement une mission de recherche pour le XXIe siècle. Des universités l’ont compris ailleurs : l’Université de Californie à Santa Cruz cultive depuis 1967 un jardin sur son campus, puis depuis 1971 une ferme bio d’une trentaine d’acres (environ 12 hectares). Son Centre d’agroécologie en a fait un lieu de recherche et de formation pratique reconnu internationalement 53.
Et la place ne manque pas pour les mathématiques. Selon la pétition lancée au sein de la communauté EPFL-UNIL, le bâtiment actuel du Centre Bernoulli pourrait être surélevé, comme le prévoyaient ses plans d’origine, et un studio d’étudiant·e·s en architecture a présenté à la Direction un projet complet de rehaussement 54. Des mathématiques au-dessus, une ferme à côté : le campus peut accueillir les deux.
Nous demandons à l’EPFL d’inscrire la fonction agricole de Bassenges dans la durée, d’y développer un programme de recherche sur les fermes résilientes, et de montrer ainsi l’exemple à toutes les hautes écoles du pays.
L’Atelier Paysan : la preuve par l’outil
S’il fallait un seul exemple pour montrer que la robustesse se construit, et qu’elle n’a rien d’un retour en arrière, ce serait celui-ci. L’Atelier Paysan est né en 2009 en Isère, au sein d’un groupement de producteurs bio, et s’est constitué en 2014 en société coopérative d’intérêt collectif 55. Il réunit des paysannes et des paysans, des salarié·e·s et des structures agricoles autour d’une question que l’agriculture industrielle a laissée de côté : à qui appartiennent les outils de la ferme ?
Ce que fait la coopérative
- Des plans libres. Les machines et les bâtiments conçus avec les paysan·ne·s sont publiés sans brevet, sous licence Creative Commons 56. N’importe qui peut les télécharger, les fabriquer, les modifier et partager ses améliorations. Le catalogue compte des dizaines d’outils : bineuses, outils de travail du sol, serres mobiles, matériel de semis.
- Une recherche partagée. Chaque outil naît d’un besoin exprimé par un groupe de fermes : cahier des charges rédigé ensemble, prototype, essais au champ, puis diffusion des plans 57.
- Des formations à l’autoconstruction et à la maintenance. En trois à cinq jours, les stagiaires apprennent le travail du métal et repartent avec l’outil qu’ils ont fabriqué 57. D’autres modules portent sur le machinisme : connaître, entretenir et réparer son matériel 58. En 2023, la coopérative a animé 64 formations pour 450 stagiaires 59, en atelier ou directement sur les fermes.
- Des outils simples, polyvalents et réparables, qui demandent du savoir-faire plutôt que de l’électronique, et qu’on peut remettre en état soi-même.
Un financement solidaire, pas une banque
L’Atelier Paysan n’a pas créé sa propre banque ni de système de microcrédit. Son modèle repose sur plusieurs sources, et c’est justement ce mélange qui le rend solide :
- La vente de matériaux et d’outils en kits « prêts à souder » : les profilés d’acier sont livrés découpés et percés, il ne reste qu’à assembler 57. La marge sur ces ventes finance la recherche et la formation 57.
- Des financements publics et privés : mécénat, appels à projets, programmes régionaux 60.
- Le capital apporté par les sociétaires de la coopérative, et par des clubs d’épargne citoyens, les Cigales 61.
- Des dons défiscalisés, versés par l’intermédiaire d’un fonds de dotation partenaire, Citoyens Solidaires 62.
Les Cigales méritent qu’on s’y arrête. Nés en France en 1983, ces clubs réunissent de cinq à vingt habitant·e·s d’un même territoire, qui mettent en commun une petite part de leur épargne pour investir dans des entreprises locales et solidaires, et accompagnent ensuite les porteur·euse·s de projet 63 64. C’est exactement l’idée du circuit court appliquée à l’argent. En 2019, l’Atelier Paysan a d’ailleurs reçu un prix spécial des Grands Prix de la finance solidaire pour ses dix ans de travail 65.
Pourquoi c’est un modèle de robustesse
Une ferme équipée d’outils qu’elle sait fabriquer et réparer ne dépend plus d’un concessionnaire, d’une pièce introuvable ou d’un logiciel verrouillé. En cas de crise, c’est exactement ce qui fait la différence. Et un plan libre ne disparaît pas quand une entreprise fait faillite ou change de stratégie : il appartient à tout le monde.
Une revendication politique, pas seulement technique
L’Atelier Paysan ne se contente pas de souder. Dans son manifeste Reprendre la terre aux machines, publié en 2021 (lire notre fiche Littérature Reprendre la terre aux machines), la coopérative analyse comment la course à l’équipement a endetté les fermes et réduit le nombre de paysans 55. Elle estime que pour nourrir la population française autrement, il faudra « au bas mot, plus d’un million de producteurs » 55, et rejoint ainsi la revendication de la Confédération paysanne d’installer un million de paysan·ne·s 66.
La coopérative ajoute une mise en garde qui nous concerne directement : les alternatives locales, aussi précieuses soient-elles, ne suffisent pas à elles seules à changer le système si elles ne s’accompagnent pas d’un projet politique 67. C’est exactement notre position : construire des exemples à côté, et exiger en même temps que l’État les généralise.
« Construire des exemples à côté, et exiger en même temps que l’État les généralise »
Et en Suisse ?
Rien n’empêche de faire la même chose ici. Les plans sont libres, les écoles d’agriculture et les écoles professionnelles disposent d’ateliers, et les métiers du métal existent. Les réseaux aussi se construisent. Depuis 2023, l’Association suisse des microfermes, fondée à Lausanne, met en lien les petites fermes diversifiées du pays : échanges entre fermes, journées techniques, soutien technique, formation et un guide de la microferme durable 68. Sur le terrain politique, Uniterre défend depuis 1951 (sous le nom d’Union des producteurs suisses jusqu’en 2001) une agriculture paysanne et rémunératrice. Membre de La Via Campesina, comme la Confédération paysanne en France, elle regroupe environ 1’000 familles paysannes et membres sympathisants, conseille sur l’accès à la terre et a porté l’initiative pour la souveraineté alimentaire, rejetée par 68,4 % des votant·e·s en 2018 69 70.
Ce qui manque encore, c’est le volet outils : une structure qui documente les machines adaptées à nos sols et à nos pentes, et qui forme à leur fabrication et à leur entretien. L’Association suisse des microfermes et les écoles d’agriculture seraient des partenaires naturels pour la lancer.
Pourquoi les métiers d’antan ?
Parce qu’un monde où l’on ne peut plus commander une pièce en ligne est un monde où il faut savoir la forger, la tourner, la coudre ou la tailler. Parce que ces métiers donnent un sens immédiat au travail : on voit ce qu’on fait, et à qui ça sert. Et parce qu’ils ne sont pas condamnés : en 2025, en Suisse romande, le nombre de postes vacants par personne en recherche d’emploi a nettement augmenté dans l’artisanat, alors qu’il reculait dans les métiers de bureau 71.
L’IA ne supprimera pas tous les emplois de bureau, et il serait faux de l’affirmer : selon l’Organisation internationale du travail, la plupart des emplois exposés seraient transformés plutôt que supprimés 50. Reste une évidence : un CV qui ne contient que des compétences numériques est un CV fragile. Aux jeunes qui hésitent, nous ne disons pas d’abandonner les études. Nous disons : apprenez aussi un métier de la main. →
Pas un retour en arrière
Relancer les métiers d’antan ne veut pas dire revenir au XIXe siècle. La forgeronne de 2026 dispose d’un poste à souder et de plans libres partagés en ligne 72. Le maraîcher connaît la biologie des sols, la lutte biologique contre les ravageurs et les variétés sélectionnées pour notre climat. L’atelier de réparation programme des microcontrôleurs, le fournil coopératif peut tourner à l’énergie solaire, et la gestion des paniers se fait avec un simple tableur partagé. Ce que nous proposons, c’est d’associer des savoir-faire anciens, des connaissances scientifiques actuelles et des technologies sobres, robustes et réparables : le low-tech, ce n’est pas l’absence de technique, c’est la technique qu’on maîtrise.
« Le low-tech, ce n’est pas l’absence de technique, c’est la technique qu’on maîtrise »
Ces métiers ont aussi une valeur que le travail de bureau a souvent perdue : on voit ce qu’on produit, on sait à qui ça sert, on peut mesurer le résultat à la fin de la journée. Cette reconnaissance concrète du travail bien fait n’est pas un détail. C’est ce qui manque à beaucoup d’emplois aujourd’hui.
Il faut aussi nommer les difficultés, parce qu’elles sont réelles :
- Les compétences ne s’improvisent pas. Il faut des années pour devenir une bonne maraîchère ou un bon menuisier, et des formations accessibles.
- Les revenus restent modestes. L’étude du Bec Hellouin évalue le revenu d’un maraîcher sur micro-ferme entre environ 900 et 1’600 euros par mois 48, ce qui ne suffit pas en Suisse sans un modèle coopératif qui partage les coûts et garantit les ventes.
- La terre est chère et rare, surtout près des villes.
- La météo et le climat restent des risques, d’autant plus avec le réchauffement.
- Le collectif est exigeant. Décider ensemble, répartir les tâches et gérer les désaccords demande du temps et des règles claires.
Redonner vie aux villages et aux gares
Les métiers d’antan ont aussi une géographie. Pendant des générations, chaque village avait sa fromagerie, sa boulangerie, son épicerie et son café, et chaque gare son personnel. Ces lieux faisaient bien plus que vendre : on s’y croisait, on s’y renseignait, on y veillait les uns sur les autres. Ils ont reculé un à un. Entre fin 2016 et fin 2026, les CFF ont fermé 47 centres voyageurs, et 13 autres guichets fermeront dès 2027 73. La Poste a annoncé en 2024 la suppression de 170 de ses agences 74.
Nous proposons de faire le chemin inverse. Remettre dans chaque village une fromagerie, un fournil, une épicerie coopérative, un atelier de réparation et un café qui soit aussi un lieu de rencontre. Et remettre de la vie dans les gares : à la place des distributeurs de boissons, un petit café tenu par une ou deux familles, qui accueille les voyageuses et les voyageurs, répond aux questions, sert une boisson chaude et prend soin du lieu. Ce sont des emplois utiles, impossibles à délocaliser, et une présence humaine là où elle a disparu.
Le modèle économique reste à construire, et il ne sera pas rentable partout au sens strict. Mais une gare habitée et un village vivant ont une valeur que le seul calcul des coûts ne voit pas : moins d’isolement, plus de sécurité, des trajets en voiture évités. C’est précisément le genre de service que les communes, les cantons et les entreprises de transport public pourraient soutenir, par exemple en mettant à disposition à loyer modéré les locaux vides des gares.
Les métiers indispensables
Nourrir
- Maraîcher·ère, paysan·ne polyvalent·e, arboriculteur·trice, vigneron·ne
- Semencier·ère : produire et conserver des semences reproductibles
- Éleveur·euse à petite échelle, berger·ère, apiculteur·trice
- Meunier·ère, boulanger·ère au levain et au four à bois
- Fromager·ère, boucher·ère, charcutier·ère
- Conserveur·euse : séchage, lacto-fermentation, stérilisation, fumage
- Brasseur·euse, vinaigrier·ère, herboriste
Travailler le métal et réparer
- Forgeron·ne et maréchal·e-ferrant·e
- Soudeur·euse, serrurier·ère, tourneur·euse-fraiseur·euse
- Mécanicien·ne agricole et de petits moteurs
- Réparateur·trice de vélos, de machines et d’appareils électriques
- Électricien·ne basse tension, spécialiste des batteries et du solaire
Travailler le bois et construire
- Bûcheron·ne, forestier·ère, scieur·euse
- Charpentier·ère, menuisier·ère, ébéniste
- Charron·ne, tonnelier·ère, vannier·ère, tavillonneur·euse
- Maçon·ne en pierre sèche, à la chaux et en terre crue
- Couvreur·euse, poêlier·ère-fumiste
Habiller et équiper
- Couturier·ère, tailleur·euse, cordonnier·ère
- Fileur·euse, tisserand·e, feutrier·ère, tanneur·euse
- Laveur·euse et cardeur·euse de laine, teilleur·euse de chanvre
- Cordier·ère, sellier·ère, bourrelier·ère
Eau, énergie et communication
- Fontainier·ère et puisatier·ère
- Constructeur·trice de petites roues et turbines hydrauliques
- Installateur·trice de solaire thermique et photovoltaïque
- Radioamateur·e : la radio reste le dernier moyen de communication quand tout le reste tombe
Soigner et transmettre
- Infirmier·ère, sage-femme, secouriste, aide-soignant·e
- Préparateur·trice en pharmacie et connaisseur·euse des plantes médicinales
- Vétérinaire de campagne
- Enseignant·e, formateur·trice d’apprentis, animateur·trice de coopérative, comptable
Les savoirs que les universités et les hautes écoles doivent garder vivants
Une société low-tech n’est pas une société ignorante. C’est le contraire : pour faire beaucoup avec peu, il faut comprendre en profondeur. Si demain les frontières se ferment, si les puces électroniques n’arrivent plus et si les métaux deviennent introuvables (lire notre article La guerre des métaux rares), ce sont ces formations qui permettront de tenir.
Le vivant et la terre
- Agronomie, pédologie (science des sols), sélection végétale et semences paysannes
- Microbiologie : fermentation, compostage, conservation, hygiène
- Écologie, foresterie, hydrologie et gestion de l’eau
- Médecine vétérinaire
La matière et l’énergie
- Chimie : savons, désinfectants, solvants, colorants et engrais organiques à partir de ressources locales
- Pharmacie et pharmacognosie : fabriquer des médicaments de base, connaître les plantes médicinales
- Métallurgie et science des matériaux : recycler les métaux, connaître le bois, la pierre, la chaux, l’argile
- Géologie : savoir ce que contient le sous-sol suisse
- Énergétique : petite hydraulique, solaire, bois-énergie, stockage simple
La technique et le calcul
- Mécanique, génie civil et électrotechnique appliqués aux technologies simples et réparables
- Électronique de réparation et de récupération : réemployer les composants, programmer des microcontrôleurs libres de type ArduinoArduino est une plateforme de développement open-source qui permet de créer des projets électroniques interactifs. Il est basé sur un microcontrôleur programmable et est largement utilisé par les amateurs, les étudiants et les professionnels pour créer des dispositifs interactifs, des robots, des capteurs, des contrôleurs et bien d'autres choses encore. Arduino se compose d'une carte de développement, d'un environnement de programmation convivial et d'une communauté active qui partage des projets, des idées et des ressources. L'objectif principal d'Arduino est de faciliter l'apprentissage et l'expérimentation dans le domaine de l'électronique et de la programmation, sans nécessiter de connaissances approfondies en la matière. En savoir plus (lire notre article sur l’intégration d’Arduino dans les appareils électroniques)
- Informatique robuste : logiciels libres, réseaux locaux, archives papier des connaissances essentielles
- Physique, mathématiques et statistiques : la base de tout le reste
Le corps et la société
- Médecine générale, chirurgie, soins infirmiers, épidémiologie
- Droit coopératif, économie solidaire, gouvernance et médiation
- Histoire des techniques : une grande partie de ce dont nous aurons besoin a déjà été inventée, puis oubliée
Ce sont des propositions d’État d’urgence, pas un programme officiel. Mais posons la question franchement : combien de ces savoirs sont enseignés aujourd’hui avec l’idée qu’ils pourraient servir sans électricité permanente, sans importations et sans puces ?
Et si l’on stockait aussi des microcontrôleurs ?
La Confédération impose des réserves obligatoires de denrées alimentaires, de carburants, de médicaments et d’engrais 14. Rien de comparable n’existe pour l’électronique de base, alors que presque tous nos appareils en dépendent et que les puces sont fabriquées loin d’ici.
Une piste mérite d’être étudiée : constituer une réserve de microcontrôleurs libres, avec leurs pièces de rechange. Une carte Arduino Uno, dont les plans sont publiés sous licence libre et que de nombreux fabricants reproduisent 75, peut piloter une pompe, une serre, un chauffe-eau solaire ou la commande d’une machine à laver (lire notre article sur l’intégration d’Arduino dans les appareils électroniques). Elle consomme peu et fonctionne avec un petit panneau solaire et une batterie. Son microcontrôleur, l’ATmega328P, conserve son programme environ 100 ans à 25 °C selon les données de son fabricant 76. Le Raspberry Pi Pico, vendu environ 4 dollars, offre davantage de puissance pour une consommation tout aussi faible 77. Les ordinateurs Raspberry Pi, plus puissants, peuvent faire tourner un réseau local ou une bibliothèque numérique hors ligne, mais ils consomment davantage et reposent sur des cartes mémoire qui s’usent.
Au prix actuel, de quelques francs à une vingtaine de francs pièce selon les modèles, 100’000 cartes coûteraient entre un demi-million et 2,5 millions de francs, hors composants et stockage (estimation État d’urgence). C’est peu au regard de ce qu’elles pourraient maintenir en état de marche.
Restons prudents. L’électronique vieillit aussi (condensateurs, batteries) : un stock doit être renouvelé et testé. Sans personnes formées pour programmer et réparer, il ne sert à rien. Et souvent, une solution mécanique ou un simple relais reste plus robuste qu’un microcontrôleur. Quels modèles retenir, en quelles quantités, pour quels usages, et faut-il viser une production en Europe : ce sont précisément des questions pour la task force proposée plus bas.
Transformer ensemble : le modèle de la fromagerie de village
La Suisse connaît déjà la solution, elle l’a simplement oubliée ailleurs que dans le fromage et le vin. Dans les fromageries de village, chaque paysan·ne apporte son lait au même endroit, où une fromagère ou un fromager le transforme. Dans les caves coopératives, comme Provins en Valais, des centaines de vigneron·ne·s livrent leur raisin à une cave commune. Personne ne fabrique son gruyère dans sa cuisine.
Pourquoi ne pas faire la même chose avec tout le reste ? Au lieu que chaque ménage cuise son pain, que chaque ferme fasse sa sauce tomate et que chacun·e allume son four, sa stérilisatrice et son lave-vaisselle :
- Des fournils coopératifs où l’on cuit pour tout un quartier, quelques fois par semaine.
- Des conserveries partagées où les fermes apportent leurs tomates, leurs fruits et leurs légumes de saison.
- Des ateliers de transformation communs : pressoir, séchoir, fumoir, salle de découpe.
- Des chambres froides et des caves partagées plutôt que des milliers de congélateurs.
Le gain est simple : moins d’eau, moins d’électricité, moins de bois, moins de matériel en double, plus d’hygiène et moins de travail pour chacune et chacun. Et des savoir-faire concentrés, transmis et partagés.
Prenons la sauce tomate. On la produit ensemble, nature, sans sel ni ajout. Une partie au basilic, parce que l’assemblée l’a décidé. Puis chacun·e l’assaisonne chez soi, à sa manière. Centraliser la production n’oblige pas à uniformiser les goûts. →
Laine et chanvre : les fibres qu’on laisse filer
Une société qui veut s’habiller, isoler ses maisons et fabriquer ses cordes sans dépendre des importations a besoin de fibres. La Suisse en a deux sous la main, et elle les gaspille.
La laine : un trésor traité comme un déchet
Chaque année, 600 à 700 tonnes de laine brute sont tondues en Suisse 78. Les moutons doivent être tondus au moins une fois par an pour des raisons de protection des animaux 79. Mais la laine ne rapporte presque rien : en novembre 2025, les principaux collecteurs la payaient entre 10 et 80 centimes le kilo selon la qualité 78, ce qui ne couvre pas le coût de la tonte 79. La plus grande entreprise de collecte en achète environ la moitié 79. Dans le canton de Vaud, faute d’infrastructures régionales de lavage et de transformation, une partie de la laine est jetée, incinérée ou envoyée à l’étranger pour y être traitée, puis revendue en Suisse 80.
Or la laine isole les bâtiments, régule l’humidité, se transforme en fils, en feutre, en matelas, en tapis, et même en feutre de paillage pour le maraîchage 7880. Les moutons ont un autre atout : ils valorisent des pâturages et des alpages où l’on ne peut rien cultiver d’autre.
Ce qui manque n’est pas la matière, mais les outils : des laveries, des cardes, des filatures et des ateliers de feutrage régionaux, et des gens formés pour les faire tourner. Exactement le genre d’équipements qu’une coopérative régionale pourrait partager, sur le modèle de la fromagerie de village.
Le chanvre : une plante robuste, oubliée
Le chanvre a longtemps été cultivé en Suisse pour ses fibres. Sa culture est autorisée tant que la plante contient moins de 1 % de THC, la substance psychotrope 81. Depuis 2022, le chanvre industriel destiné aux fibres et à l’huile donne droit aux paiements directs 81.
Ses atouts agronomiques sont réels. Une fois installé, il résiste bien à la sécheresse ; ses racines pivotantes descendent jusqu’à 1,4 mètre et ameublissent le sol ; semé dense, il étouffe souvent les mauvaises herbes sans désherbage ; c’est un bon précédent dans la rotation des cultures 81. Pour la même quantité de fibres, il demande environ trois fois moins de surface que le coton 82. Il n’est pas pour autant sans besoins : la plantule a besoin d’eau au printemps, et une culture pour la fibre demande une fumure, de l’ordre de 100 kg d’azote par hectare selon les normes suisses 81, que des engrais de ferme peuvent fournir.
Une seule plante, beaucoup d’usages 81 :
- Fibres : textiles, cordes, ficelles, isolants, matériaux composites.
- Chènevotte (le cœur ligneux de la tige) : béton et briques de chanvre, isolation en vrac, litière, papier.
- Graines : alimentation riche en protéines, huile pressée à froid, tourteau.
- Huile : alimentation, cosmétiques, peintures et vernis.
Combien de surface ?
Aujourd’hui, presque rien. La surface de chanvre est passée de moins de 10 hectares en 2014 à 126 hectares en 2018 83, puis à un peu plus de 290 hectares en 2020, surtout pour le CBD 84. À comparer aux quelque 275’000 hectares de terres ouvertes du pays 85.
Faisons un calcul, à titre d’ordre de grandeur. Consacrer 1 % des terres ouvertes au chanvre, soit environ 2’750 hectares, produirait entre 2’750 et près de 7’000 tonnes de fibres par an, avec un rendement de 1 à 2,5 tonnes de fibres par hectare 81. Sans compter la chènevotte, environ deux fois plus abondante, pour isoler des bâtiments. C’est une estimation, pas un plan : il faudrait des variétés adaptées, des machines de récolte et surtout une usine de défibrage.
Car c’est là que tout bloque. Peu d’entreprises transforment les fibres de chanvre en Suisse ; l’industrie est surtout en Allemagne et en France 81. Les fabricants suisses de briques de chanvre dépendent de chènevotte importée, alors que les agricultrices et agriculteurs suisses en produisent comme un déchet 86.
Il faut aussi être honnête : avec 42 % d’auto-approvisionnement alimentaire, chaque hectare compte pour nourrir le pays. Le chanvre ne doit pas remplacer les cultures vivrières, mais trouver sa place dans les rotations, où il améliore le sol. La laine, elle, ne prend aucune terre cultivable. Le lin, enfin, autre fibre locale cultivée sur environ 200 hectares avant la Seconde Guerre mondiale, est en train d’être relancé par la Haute école spécialisée bernoise 87.
Se déplacer autrement : petits véhicules partagés plutôt que voitures individuelles
Une voiture moderne est un ordinateur sur roues. La pénurie de semi-conducteurs de 2021 et 2022 a suffi à arrêter des chaînes de montage automobiles dans le monde entier. Si les frontières se ferment, qui réparera les calculateurs, les capteurs et les batteries des quelque 4,8 millions de voitures de tourisme immatriculées en Suisse 88 ? Le parc automobile individuel est, lui aussi, une fragilité.
Nous avons déjà proposé une alternative : utiliser les autoroutes existantes pour de petits transports publics fréquents, plutôt que de les élargir (lire Une alternative à l’élargissement des autoroutes, puis L’extension des autoroutes en Suisse, ineptie ? et Justice climatique et mobilités : pourquoi les solutions simples restent-elles marginales ?). L’idée s’intègre naturellement dans une société dans la société.
- Des véhicules électriques légers, simples et réparables, avec le moins d’électronique possible et des pièces standard.
- Des véhicules partagés au sein des coopératives, pas possédés par chacun·e.
- Des petites navettes dont on augmente ou diminue la cadence selon les besoins, plutôt que de grands bus souvent à moitié vides.
- Une vitesse modérée : on n’a pas besoin de rouler à 120 km/h quand on coopère avec ses voisins à quelques kilomètres.
Le poids compte aussi pour les routes. Selon une règle établie par les essais routiers AASHO aux États-Unis à la fin des années 1950, l’usure d’une chaussée croît approximativement avec la puissance quatre de la charge par essieu 89 : un essieu deux fois plus lourd use la route environ seize fois plus. Les véhicules lourds abîment les routes bien plus que leur nombre ne le laisse croire. Des véhicules légers coûtent moins cher à entretenir, à tous points de vue (lire aussi La voiture électrique est-elle meilleure pour le climat ?).
Rien n’empêche une coopérative romande de développer elle-même de tels véhicules, avec des écoles d’ingénieur·e·s et des ateliers de mécanique. C’est exactement le type de projet qu’un État prévoyant devrait soutenir. →
Court-circuiter le supermarché : local, de saison, réparable
Une société dans la société ne se construit pas seulement dans les champs. Elle se construit aussi dans nos habitudes d’achat. Chaque fois que nous passons par la grande distribution ou par une plateforme en ligne, l’argent quitte la région et les savoir-faire locaux s’étiolent (lire Une société robuste commence près de chez nous).
Les règles du réseau sont simples :
- Local d’abord : acheter directement aux fermes, aux paniers contractuels, aux marchés et aux épiceries coopératives du réseau.
- De saison : manger ce que la région produit au moment où elle le produit, et conserver le reste (conserverie, séchage, lacto-fermentation) plutôt que l’importer.
- Réparer avant de remplacer : cordonnerie, couture, réparation de vélos, d’outils et d’appareils, Repair Cafés. Quand la carte électronique d’une machine à laver lâche, le fabricant propose souvent de changer toute la machine ; un microcontrôleur libre de type Arduino peut reprendre le pilotage du moteur, de la vanne et de la pompe (lire l’intégration d’Arduino dans les appareils électroniques).
- Récupérer et réemployer : pièces détachées, matériaux de construction, meubles, outils.
- Low-tech par défaut : des objets simples, durables, démontables, qu’on sait entretenir soi-même.
- Une quincaillerie et une ressourcerie coopératives : un lieu où trouver une vis, une pièce, un outil prêté, un conseil.
« Vous allez détruire des emplois » : vraiment ?
L’objection est sérieuse et mérite une réponse sérieuse. Le commerce de détail représente 5,9 % des emplois en Suisse 51. Si une part de nos achats quitte le supermarché, des vendeuses, des vendeurs, des magasinières et des magasiniers seront touché·e·s.
Mais les circuits courts ne suppriment pas le travail : ils le déplacent vers des métiers plus nombreux et plus utiles. Aux États-Unis, une étude du Département de l’agriculture a montré que les fermes maraîchères et fruitières qui vendent localement emploient environ 13 personnes à plein temps par million de dollars de chiffre d’affaires, contre 3 pour celles qui vendent sur les marchés de gros 90. Produire, transformer, livrer et vendre près de chez soi demande plus de mains, pas moins. Il faut transposer ce résultat avec prudence à la Suisse, mais l’ordre de grandeur parle de lui-même.
Il en va de même pour la réparation et le réemploi. Pour 10’000 tonnes d’objets et de matériaux, l’incinération crée environ 1 emploi, la mise en décharge 6, le recyclage 36, et la remise en état et le réemploi jusqu’à 296, selon les chiffres américains cités par le réseau européen RREUSE 91. Les entreprises sociales de ce réseau créent en moyenne 70 emplois pour 1’000 tonnes collectées en vue du réemploi 92.
Ébénistes, menuisier·ère·s, cordonnier·ère·s, couturier·ère·s, réparateur·trice·s, maraîcher·ère·s, conserveur·euse·s, livreur·euse·s à vélo, quincaillier·ère·s, animateur·trice·s de coopérative : la liste des métiers à créer est longue. Les personnes qui travaillent aujourd’hui dans la grande distribution ont des compétences précieuses (logistique, vente, gestion des stocks, contact avec la clientèle) dont les coopératives, les épiceries de proximité et les plateformes de distribution locale ont justement besoin. Encore faut-il des formations de reconversion et des salaires dignes : c’est là que l’État doit intervenir.
Rappelons enfin que les emplois du commerce de détail sont déjà menacés, mais pas par les paniers de légumes : par les plateformes en ligne, les caisses automatiques et la concentration du secteur. Le circuit court n’est pas la menace. Il est une partie de la réponse. →
Moins, mais mieux : une sobriété choisie
Produire localement ne suffira pas si nous voulons continuer à consommer comme aujourd’hui. Il faut aussi consommer moins, et autrement. Le mot « sobriété » fait peur parce qu’on l’entend comme une privation. Nous l’entendons comme un tri rationnel : garder ce qui compte, renoncer à ce qui coûte cher sans rien apporter.
L’alimentation est responsable d’environ 30 % de l’impact environnemental de la consommation suisse, autant que le logement et davantage que la mobilité 93. Une grande partie de cet impact se produit à l’étranger : près de 80 % de l’empreinte carbone de la Suisse provient de ses importations 94. Et un quart de l’impact de notre alimentation vient de ce que nous jetons sans l’avoir mangé 95. Avant même de changer ce que nous mettons dans l’assiette, nous pouvons arrêter de remplir la poubelle.
Moins de viande, mais de la bonne
La Suisse consomme environ 50 kg de viande par personne et par an, hors poisson, et la consommation repart à la hausse : la quantité de viande disponible a augmenté de 3,5 % en 2025 96. La pyramide alimentaire officielle recommande deux à trois portions de 100 à 120 g par semaine 97. Le régime de « santé planétaire » proposé par la commission EAT-Lancet table sur environ 300 g, soit à peu près trois fois moins que notre consommation actuelle 98.
Le lien avec la sécurité alimentaire est direct. Notre taux d’auto-approvisionnement net tombe à 42 % parce qu’une partie de notre viande et de nos produits laitiers est produite avec des fourrages importés 2. Une étude d’Agroscope mandatée par la Confédération a montré qu’en cas de pénurie grave, les terres cultivables suisses pourraient nourrir la population, à condition de manger beaucoup plus de pommes de terre, de céréales et de légumineuses, et nettement moins de produits animaux 99.
Il ne s’agit pas de bannir la viande. Les deux tiers de la surface agricole suisse sont des prairies et des pâturages, qu’on ne peut valoriser qu’avec des ruminants nourris à l’herbe. La viande du réseau sera donc plus rare, issue d’animaux élevés sur place, payée à son juste prix et partagée. Le rôti du dimanche plutôt que le poulet importé du mardi.
C’est aussi l’occasion d’améliorer la condition des animaux. Moins d’animaux, élevés près de chez nous, avec du temps, de l’espace et un accès au pâturage : c’est une vie animale mieux respectée, que chacun·e peut voir et vérifier. Il ne s’agit pas ici de trancher entre véganisme, végétarisme et consommation de viande. Ce n’est pas l’objet de cet article, et État d’urgence ne prend pas position sur ce choix personnel. Nous parlons de solutions réalisables, pour toutes et tous.
Peut-on nourrir la Suisse sans importer la moitié de notre assiette ?
C’est l’objection qu’on nous fera : une agriculture sans engrais de synthèse ni pesticides produit moins par hectare. Si nous importons déjà la moitié de ce que nous mangeons, comment des micro-fermes pourraient-elles combler ce manque ? L’objection est sérieuse. La réponse ne se trouve pas seulement dans les champs, mais dans toute la chaîne, du champ à l’assiette.
Trois leviers changent l’équation :
- Gaspiller moins. Environ un tiers des aliments produits pour la Suisse ne sont jamais mangés, en Suisse et à l’étranger 95. Tout n’est pas récupérable, mais réduire le gaspillage de moitié, c’est l’objectif que la Confédération s’est elle-même fixé pour 2030.
- Nourrir les humains plutôt que le bétail. Une part importante des terres cultivables et des importations sert à produire des fourrages. Moins de viande, issue d’animaux nourris à l’herbe des prairies, libère des terres pour les céréales, les légumineuses et les légumes 99.
- Manger à sa faim, pas au-delà. Le bilan alimentaire met à disposition environ 3’015 kcal par personne et par jour, alors que la population adulte en déclare environ 2’230 99 100. La différence, c’est surtout le gaspillage. Mais 43 % des adultes sont en surpoids ou obèses 101 : une partie de la population mange aussi plus que ses besoins. Agroscope a calculé que les surfaces agricoles suisses pourraient fournir 2’340 kcal par personne et par jour, soit davantage que la plupart des recommandations nutritionnelles 99.
Les modèles scientifiques vont dans le même sens. À l’échelle mondiale, une étude publiée dans Nature Communications montre que l’agriculture biologique demande plus de surface si l’on ne change rien d’autre, mais qu’elle peut nourrir l’humanité si l’on réduit le gaspillage et les fourrages cultivés sur des terres arables 102. Pour la Suisse, une étude du FiBL, de l’EPFZ et d’Ö+L publiée en 2025 conclut qu’un taux d’auto-approvisionnement nettement plus élevé est possible avec moins d’impact sur l’environnement, en gardant des animaux pour valoriser les prairies 103.
Manger un peu moins serait aussi bon pour la santé. Dans l’essai clinique CALERIE, des adultes en bonne santé qui ont réduit leurs calories d’environ 12 % pendant deux ans ont vu leur vieillissement biologique ralentir légèrement, selon un des marqueurs mesurés 104. Ce n’est pas la preuve qu’on vit plus longtemps, mais c’est un indice sérieux. La sagesse d’Okinawa, le hara hachi bu, qui conseille de sortir de table à 80 % de satiété, n’était peut-être pas si naïve : les études sur les Okinawaïen·ne·s âgé·e·s associent leur alimentation traditionnelle, peu calorique, à une longévité exceptionnelle 105.
Soyons honnêtes : ce sont des modèles, pas des démonstrations. Personne n’a encore nourri un pays entier ainsi. C’est précisément pour cela qu’il faut des micro-fermes et des réseaux qui le testent, à petite échelle, maintenant.
Mangue, banane, café : des exceptions, pas des habitudes
Le café, le chocolat, la banane, l’avocat, la mangue ne poussent pas ici. Les importer n’est pas un crime, mais en faire une évidence quotidienne nous rend dépendant·e·s de chaînes logistiques longues, de cultures qui épuisent l’eau et les sols ailleurs, et de prix que nous ne maîtrisons pas. En cas de crise, ce sont les premiers produits à disparaître des rayons.
Une précision s’impose : l’avion ne transporte que 0,2 % des importations agricoles suisses 106. Le problème n’est donc pas d’abord le transport, mais les quantités, les cultures sous serres chauffées aux énergies fossiles et les quelques produits frais acheminés par avion, dont le bilan climatique est très lourd 107. La règle du réseau : les produits tropicaux redeviennent des achats occasionnels et choisis, en commerce équitable, plutôt que des automatismes.
C’est aussi une question d’argent et de communauté. Chaque franc dépensé pour une mangue ou une banane importée est un franc qui ne va pas à l’arboricultrice ou au maraîcher de la région. Une pomme, une poire ou un pruneau de saison achetés près de chez soi font vivre une ferme, un marché, parfois une cidrerie ou une conserverie, et ce revenu continue ensuite de circuler dans la commune. Quant aux emplois liés à l’importation et à la distribution de ces produits, ils ne disparaissent pas dans le vide : comme on l’a vu plus haut, les circuits courts, la transformation locale et la réparation demandent davantage de bras, pas moins.
« Mais ces produits locaux, c’est trop cher ! »
Une objection légitime. L’objection revient souvent : acheter au marché, à la ferme ou chez l’artisan, ce serait un luxe réservé à celles et ceux qui en ont les moyens. Elle mérite d’être prise au sérieux, car une démarche qui exclurait les petits revenus serait un échec. Chacun·e doit y trouver son compte.
Le prix tient souvent au circuit, pas au produit. Les comparaisons de prix nuancent pourtant fortement ce cliché. En France, une enquête de l’UFC-Que Choisir publiée en 2023 a montré qu’un panier de fruits et légumes conventionnels coûte le même prix en circuit court qu’en grande surface, et qu’un panier bio y est même moins cher 108. En Suisse, le Surveillant des prix a relevé en 2023 que les aliments bio supportent dans la grande distribution une marge supplémentaire élevée, qu’il attribue au manque de concurrence 109. Une analyse de la Haute école spécialisée du Nord-Ouest de la Suisse estime que la clientèle a payé en une année plus de 100 millions de francs de trop pour le bio, ce que Migros et Coop contestent 110. Une partie de la cherté du bio tient donc moins au produit qu’au circuit qui le vend.
Moins de gaspillage, plus de marge. Le reste se joue dans le budget. Chaque habitant·e de Suisse jette en moyenne quelque 80 kilos de nourriture encore comestible par an, soit environ 600 francs 111. Acheter moins mais mieux, cuisiner des produits bruts plutôt que des plats préparés, conserver soi-même les surplus de saison : ces habitudes libèrent de quoi payer le juste prix au producteur. Et les dépenses qu’on ne fait plus (colis commandés sur les plateformes en ligne, gadgets vite jetés, voyages au bout du monde) pèsent bien plus lourd qu’un fromage acheté à la fromagerie plutôt qu’au supermarché.
En finir avec les fruits et légumes calibrés. Une carotte fourchue ou une pomme trop petite a le même goût qu’une autre, mais elle est souvent écartée faute de répondre aux normes de forme et de calibre. La branche maraîchère a d’ailleurs assoupli en 2023 ses normes de qualité pour 65 légumes, en tolérant davantage les défauts d’aspect 112. La clientèle est prête à aller plus loin : en 2020, deux tiers des client·e·s de grandes surfaces sondé·e·s par les organisations de consommateurs voulaient continuer d’acheter des fruits et légumes hors normes 113. Certaines entreprises en ont fait leur modèle. Lancée en 2018 dans le canton de Neuchâtel par Michael Dusong, UglyFruits livre des paniers bio de fruits et légumes « moches », achetés sans critère de forme ni de taille, en majorité à des producteurs du Seeland 114. Le site foodwaste.ch recense par ailleurs plus de 80 organisations suisses qui sauvent des aliments : épiceries en vrac, frigos publics, banques alimentaires, transformateurs de surplus 115.
Tant d’énergie dispersée. UglyFruits, Ça Vaud l’retour, BottleBack, les paniers contractuels, les épiceries coopératives, les frigos publics, les ressourceries : chacune de ces initiatives fait un travail remarquable, mais le plus souvent chacune de son côté, avec ses propres camions, ses propres locaux, ses propres recherches de financement et sa propre communication. Mises en réseau, elles pourraient partager une logistique, des lieux de stockage et de transformation, une monnaie complémentaire, un même système de consigne et un même carnet d’adresses. C’est précisément ce que propose cette page : non pas une organisation de plus, mais un tissu qui relie celles qui existent déjà, pour que leur énergie s’additionne au lieu de s’épuiser.
Plus nous serons nombreux, moins ce sera cher. Une ferme qui vend 50 paniers par semaine répartit ses frais fixes sur peu de clientes et de clients ; à 300 paniers, chacun coûte moins cher à produire et à livrer. Plus nous serons nombreuses et nombreux à acheter local, plus les prix pourront baisser, et moins ces produits resteront réservés à une clientèle aisée.
Le vrai point faible : les produits transformés. Confitures, sauces tomate, pâtes, conserves : achetés à la ferme ou à l’épicerie, ils coûtent souvent bien plus cher qu’au supermarché. Ce n’est pas une fatalité, mais une question d’échelle. Une productrice qui remplit ses bocaux seule, avec une petite stérilisatrice, ne peut pas rivaliser avec une usine.
Mettre la transformation en commun. En France, des ateliers de transformation collectifs, souvent organisés en coopératives d’utilisation de matériel agricole, mettent légumerie, conserverie, autoclave et séchoir à disposition de plusieurs fermes 116. À Meyrin, la coopérative bio de la Ferme des Vergers développe sa propre légumerie 117. L’exemple d’Alnatura montre jusqu’où peut aller une production bio regroupée : cette entreprise allemande fait fabriquer plus de 1’300 produits sous sa marque, et sa gamme d’entrée de prix vendait en 2023 le kilo de spaghettis bio à 1,99 euro 118. Ces produits-là viennent de toute l’Union européenne, pas de la région. Mais la leçon vaut pour nous : regrouper la transformation, l’emballage et la vente fait baisser les prix.
Pas de publicité, pas d’emballages tape-à-l’œil. Une partie du prix d’un produit de supermarché ne nourrit personne : publicité, marketing, emballages colorés conçus pour attirer l’œil en rayon. Une coopérative régionale n’a pas besoin de campagnes d’affichage ni de spots télévisés : le bouche-à-oreille et la confiance lui suffisent. Ses produits peuvent être vendus dans des emballages simples et sobres, et dans des bocaux et des bouteilles consignés, lavés et réutilisés plutôt que jetés après un seul usage. Chaque franc économisé sur l’emballage et la réclame peut aller à la productrice ou rester dans le porte-monnaie.
Saint-Prex, l’occasion manquée. Jusqu’en 2024, la Suisse fabriquait encore ses propres bouteilles et bocaux, à Saint-Prex. En mai 2024, Vetropack a confirmé la fermeture de la dernière verrerie du pays, malgré la mobilisation du personnel et des autorités : environ 180 emplois ont disparu et la production s’est arrêtée dès l’été 119. Les bouteilles neuves sont désormais importées. Cette verrerie aurait pu devenir la pièce maîtresse d’une filière de bouteilles et de bocaux consignés, fabriqués, standardisés et lavés ici. C’est une perte industrielle, et une perte d’autonomie.
Le réemploi s’organise quand même. Dans le canton de Vaud, la coopérative Ça Vaud l’retour collecte, lave et remet en circulation les contenants en verre ; depuis juillet 2026, certaines bouteilles peuvent être déposées dans dix déchèteries vaudoises pour être réutilisées plutôt que broyées 120. L’association BottleBack, lancée par des vigneronnes et vignerons vaudois, développe une bouteille de vin unique et lavable, partagée par tous les domaines : plus les formats sont uniformes, plus le tri et le lavage sont simples et bon marché 121. Une bouteille neuve coûte entre 60 et 70 centimes, son lavage entre 30 et 40 centimes 122.
Un modèle à reproduire en Suisse. Rien n’empêche de reproduire ce modèle en Suisse, région par région, avec des coopératives responsables et des produits bio d’ici : une conserverie commune, un atelier de pâtes, un moulin, une marque collective, des achats groupés. C’est ainsi que sont nées les fromageries de village. Acheter local, c’est enfin ne pas scier la branche sur laquelle on est assis.
Le goût de l’attente : retrouver les saisons
Avoir des fraises en janvier et des tomates toute l’année nous a fait perdre quelque chose : l’attente. Les premières asperges d’avril, les cerises de juin, les tomates gorgées de soleil d’août, les courges et les pommes de l’automne, la choucroute et les racines de l’hiver. Chaque saison redevient un rendez-vous.
Manger de saison, c’est manger des fruits et des légumes cueillis mûrs, qui ont du goût parce qu’ils n’ont pas voyagé des jours en chambre froide. C’est aussi un savoir-faire à retrouver : conserver l’été pour l’hiver, en bocaux, séchés ou lacto-fermentés, souvent ensemble, dans les ateliers coopératifs. Et c’est une garantie que la grande distribution ne vend pas : connaître la personne qui a fait pousser ce qu’on mange, et savoir comment.
Des liens plutôt que des biens
Notre modèle valorise la réussite individuelle : la voiture, la villa, la piscine, le dernier téléphone. La surface habitable par personne est passée de 34 m² en 1980 à environ 46 m² en 2020 123. Nous avons plus d’espace, plus d’objets, et souvent moins de temps les un·e·s pour les autres.
Or ce qui maintient en bonne santé, physique et mentale, n’est pas là. L’étude de Harvard sur le développement des adultes suit des centaines de personnes depuis 1938. Sa conclusion principale : la qualité des relations est le meilleur facteur de bien-être et de santé à long terme, bien plus que la richesse ou la réussite 124. La solitude, elle, agit comme un stress chronique.
Une société dans la société mise sur ce que l’argent n’achète pas : l’entraide, le temps partagé, les repas pris en commun après une journée au champ, la fierté d’avoir réparé ensemble. Concrètement :
- Habiter ensemble : colocations, habitat groupé intergénérationnel et coopératives d’habitation, avec buanderie, atelier, chambre d’amis et jardin partagés (lire Une coopérative différente pour plus de robustesse).
- Se déplacer ensemble : covoiturage organisé, véhicules en autopartage, vélos et vélos-cargos communs, marche et mobilité douce pour les trajets courts.
- Partager les outils : une perceuse pour toute la rue plutôt qu’une par ménage, un four à pain pour le quartier, une bibliothèque d’objets.
- S’entraider : garde d’enfants, aide aux personnes âgées, coups de main pour un déménagement ou une récolte, échangés plutôt que facturés.
Ce n’est pas un sacrifice. C’est un échange : moins de biens, plus de liens.
Le circuit solidaire : faire circuler l’argent autrement
Ni ruissellement, ni charité
La théorie néolibérale promet que la richesse « ruisselle » d’en haut. Elle ruisselle surtout vers le haut. Le circuit que nous proposons fonctionne à l’horizontale : l’argent tourne entre celles et ceux qui produisent, transforment, réparent et consomment ensemble.
Les outils existent déjà
- Les contrats à l’année entre ménages et fermes (agriculture contractuelle de proximité). Les Jardins de Cocagne, à Genève, le pratiquent depuis 1978 : environ 400 ménages y reçoivent chaque semaine leurs légumes bio 125. La Fédération romande d’agriculture contractuelle de proximité fédère ces initiatives depuis 2008 126.
- Le crédit mutuel entre membres. La monnaie WIR, née en 1934 en pleine crise, permet aux PME suisses de se faire crédit entre elles ; près de 60’000 entreprises l’utilisaient selon une étude de 2015 127. Le Léman, monnaie locale lancée à Genève en 2015, circule dans l’arc lémanique 128. Plus récent, le Franc Paysan, monnaie locale créée en 2023 en Suisse romande, est entièrement tourné vers l’agriculture : il ne se dépense qu’auprès de productrices et de producteurs locaux qui signent une charte éthique, et des employeurs peuvent l’offrir à leur personnel comme bon d’achat 129.
- Les parts sociales et les heures de travail, comme chez ortoloco 34.
- Les réseaux de l’économie sociale et solidaire. Dans le canton de Vaud, la chambre APRÈS-VD fédère plus de 115 organisations qui placent leur impact social ou environnemental avant le profit, et propose un guichet, des formations et un réseau de communes engagées 130.
- La réparation partagée : en Suisse romande, un Repair Café est organisé tous les deux jours 131.
- Les savoirs libres : la coopérative française L’Atelier Paysan publie gratuitement les plans de machines agricoles et forme les paysannes et les paysans à la soudure et à l’autoconstruction 72.
La règle : on entre par l’engagement
Dans ce réseau, on ne trie personne selon ses opinions, son origine ou son mode de vie. On demande une seule chose : contribuer. En heures de travail, en compétences, en parts sociales ou en revenus, selon ses moyens. Ce n’est pas une exclusion discriminatoire, c’est la condition pour que le collectif tienne. Les personnes qui s’engagent sont prioritaires, parce que ce sont elles qui font exister le réseau.
Celles et ceux qui veulent profiter des paniers sans jamais toucher une bêche, ou garder leurs revenus pour leur seul confort tout en se disant écologistes, n’y trouveront pas de place réservée. Le réseau ne leur ferme pas la porte. Il leur demande simplement ce qu’elles et ils apportent.
Décider ensemble : des assemblées, pas des chefs
Une société dans la société ne fonctionne que si les décisions se prennent ensemble. Que planter cette année ? Combien de sauce tomate nature, combien au basilic ? Qui garde la clé du fournil ? Comment répartir les heures de travail, les véhicules, les revenus ? Ces questions ne se règlent ni par un patron ni par un algorithme, mais en assemblée.
Les coopératives le pratiquent déjà : chez ortoloco, la gouvernance repose sur la démocratie directe et l’assemblée générale vote le budget de production de l’année suivante 34. À plus grande échelle, nous défendons depuis longtemps une assemblée citoyenne sur le climat pour la Suisse (lire Climat : une task force et une assemblée citoyenne pour la Suisse). Les deux se complètent : des assemblées populaires pour gérer le quotidien du réseau, une assemblée citoyenne tirée au sort pour éclairer les choix du pays.
Décider ensemble prend du temps. C’est le prix de la solidité : une décision comprise et partagée tient mieux, dans la crise, qu’un ordre venu d’en haut.
Et nous, par quoi commencer ?
Lire, approuver, puis reprendre le cours de ses habitudes : c’est humain, et nous le faisons toutes et tous. Le fossé entre ce que nous pensons et ce que nous faisons n’est pas une faute morale, c’est la marque d’une société où les choix durables restent souvent les plus compliqués. Un exemple parmi d’autres : l’aviation pèse environ un quart de l’impact climatique de la Suisse, selon le rapport des académies des sciences publié en 2026 132. Il ne s’agit pas de se faire des reproches, mais il ne faut pas non plus se voiler la face : il y a urgence. Le GIECLe GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat) est une organisation qui a été créée en 1988 par l'OMM et le PNUE, à la demande du G7 (groupe de sept grandes économies industrialisées : USA, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Canada, Italie). La version anglaise de cet acronyme est IPCC (The Intergovernmental Panel on Climate Change). En savoir plus le répète depuis 2018 : limiter le réchauffement exige des changements rapides, profonds et sans précédent dans tous les aspects de la société 133. Les petits gestes ne suffiront pas s’ils restent des petits gestes. Ils comptent s’ils deviennent le début de changements radicaux, dans nos vies comme dans nos institutions, et c’est maintenant qu’il faut les engager.
Quelques questions, à se poser sans jugement, chacun·e pour soi :
- Combien d’heures par an pourrais-je consacrer à produire, réparer ou transmettre quelque chose d’utile ?
- Si les magasins fermaient une semaine, sur qui pourrais-je compter ? Et qui pourrait compter sur moi ?
- Mon épargne finance-t-elle le monde que je souhaite voir advenir ?
- Quel savoir-faire de mes grands-parents aimerais-je retrouver ?
Ces questions valent aussi à l’échelle collective. Disposons-nous, ensemble, d’un plan B, et comment la population pourrait-elle être associée à sa préparation ? C’est précisément le dialogue que cette page espère ouvrir avec nos autorités.
Premiers pas concrets : ce que les autorités pourraient soutenir
Voici ce que nous suggérons comme premiers pas. Plusieurs de ces pistes existent déjà, ici ou là, portées par des communes, des coopératives ou des associations : il s’agit surtout de les soutenir et de leur donner les moyens de se diffuser. Cela suppose un engagement réel et durable des autorités, qui ne se limite pas aux intentions : des financements, des locaux, des terrains, et un soutien qui tienne dans le temps. Ces propositions sont celles d’État d’urgence et relèvent du débat politique.
- Un vrai plan de résilience civile, élaboré avec la population, et pas seulement par l’administration et des expert·e·s qui décident à sa place.
- Un recensement volontaire des compétences pratiques dans chaque commune, intégré aux plans de protection de la population.
- Des formations gratuites aux métiers de base (maraîchage, réparation, soudure, conservation, premiers secours), proposées dans le cadre de la protection civile, du service civil et des écoles professionnelles.
- La protection des terres agricoles périurbaines et un accès facilité pour les micro-fermes coopératives. →
- L’inscription durable de la fonction agricole de la ferme de Bassenges sur le campus de l’EPFL, avec un programme de recherche sur les fermes résilientes.
- Un soutien public aux paniers contractuels pour les ménages modestes, sur le modèle de la subvention déjà introduite à Prilly 134.
- Des universités et des hautes écoles qui forment explicitement aux technologies sobres, réparables et locales.
- Un atelier romand de technologies paysannes libres, sur le modèle de l’Atelier Paysan, adossé aux écoles d’agriculture : plans ouverts, formations à l’autoconstruction et à l’entretien du matériel.
- Des ateliers de transformation et des fournils coopératifs soutenus par les communes, sur le modèle des fromageries de village.
- La mise à disposition, à loyer modéré, des locaux vides des gares et des villages pour des cafés, des épiceries et des ateliers tenus par des habitant·e·s.
- Des programmes de reconversion, financés par l’État, pour les personnes dont l’emploi disparaît, vers les métiers de l’agriculture de proximité, de la transformation, de la réparation et de l’artisanat.
- Des centres régionaux de lavage et de cardage de la laine, et au moins une ligne de défibrage du chanvre en Suisse romande.
- Un programme de petits transports publics fréquents sur le réseau routier existant, et le développement de véhicules électriques légers et réparables, plutôt que de nouvelles autoroutes.
- Des assemblées citoyennes pour associer réellement la population aux choix de préparation et de transition.
- Une stratégie alimentaire fédérale qui assume la baisse de la consommation de viande et des fourrages importés, et qui soutient les produits locaux et de saison dans la restauration collective.
- Une politique climatique à la hauteur, pour réduire le risque à la source.
Pourquoi les terres périurbaines ? Les terres périurbaines sont les champs situés aux portes des villes : les plus proches de celles et ceux qui mangent, et les plus menacés par la construction. En trente ans, la Suisse a perdu 1’142 km² de surface agricole, soit 1,1 m² chaque seconde 135. Or une coopérative citoyenne peut difficilement acheter ces terres : la loi sur le droit foncier rural réserve l’achat de terrains agricoles aux exploitant·e·s à titre personnel, c’est-à-dire aux personnes qui cultivent elles-mêmes 136. Cette règle protège contre la spéculation, et c’est une bonne chose, mais elle ne prévoit pas le cas de centaines de membres qui financent et travaillent ensemble une ferme. La solution la plus simple passe par la location ou le prêt de terres publiques : que les communes et les cantons mettent leurs terrains à disposition, à long terme, de micro-fermes coopératives, comme Prilly le fait avec la Mule 19 et Lausanne avec la ferme de Rovéréaz 29.
Rejoindre le réseau : par où commencer ?
Voici quelques lieux et réseaux qui existent déjà. Cette liste sera complétée au fil des contributions. Pour en trouver d’autres près de chez soi, plusieurs répertoires recensent déjà les initiatives romandes. Nous en citons quelques-uns plus bas, sans prétendre à l’exhaustivité : chacun a son angle, et tous se complètent.
Micro-fermes et coopératives agricoles
- Ferme de Bassenges, Écublens (VD) : fermedebassenges.ch
- Les Paniers de la Mule, Prilly (VD) : lamule.ch
- Le Panier Bio à 2 Roues, Prilly (VD) : p2r.ch
- Ferme de Rovéréaz, Lausanne (VD) : rovereaz.ch
- Les Jardins de Cocagne, Genève : cocagne.ch
- La Clef des Champs, Courgenay (JU) : clef-des-champs.ch
- Longo Maï, ferme du Montois (JU)
- ortoloco, Dietikon (ZH) : ortoloco.ch/ortoloco-en-francais
- Agriculture solidaire en Suisse alémanique (Kooperationsstelle, en allemand) : solawi.ch
- Carte des paniers contractuels en Suisse romande : fracp.ch
- Association suisse des microfermes : microfermes.ch
- Uniterre, organisation paysanne : uniterre.ch
Trouver d’autres initiatives
- Convergence durable, annuaire des organisations écoresponsables romandes : convergence-durable.ch
- À nous de jouer, répertoire de projets et d’associations de jeunes (Genève, Vaud, Fribourg) : anousdejouer.ch
- APRÈS-VD, chambre vaudoise de l’économie sociale et solidaire : apres-vd.ch
- Organisations Foodsave, annuaire des initiatives suisses contre le gaspillage alimentaire : foodwaste.ch/fr/reseau/organisations-foodsave
Réparer, fabriquer, échanger
- Repair Cafés de Suisse romande (FRC) : frc.ch/repair-cafe
- L’Atelier Paysan (plans libres et formations) : latelierpaysan.org
- Monnaie Léman : monnaie-leman.org
- Le Franc Paysan, monnaie locale agricole romande : lefrancpaysan.ch
- Banque WIR : wir.ch
Vous connaissez une ferme, un atelier, une coopérative ou une formation qui a sa place ici ? Écrivez-nous. État d’urgence les fera connaître.
Conclusion : prendre, nous, un chemin parallèle
Si l’État ne prend pas les devants, la population peut le faire. Non pas contre lui, mais à ses côtés, idéalement avec son soutien, et sans lui s’il le faut : un chemin parallèle, ouvert par celles et ceux qui ne veulent plus attendre. L’urgence ne laisse pas le luxe de patienter jusqu’à ce que tout le monde soit prêt.
L’idée n’est pas de fuir la société, mais d’y construire des îlots solidaires : des communautés d’entraide ancrées dans un quartier, un village ou une vallée, autour d’une micro-ferme, d’un atelier, d’un fournil, d’une coopérative d’habitation. Chaque îlot reste ouvert : on y entre par l’engagement, pas par la naissance ou les opinions. Et chaque îlot est relié aux autres, région par région, pour échanger des récoltes, des outils, des savoirs, des personnes. Un îlot isolé est fragile. Un réseau d’îlots résiste.
« Un îlot isolé est fragile. Un réseau d’îlots résiste »
Ce chemin se construit pas à pas. Une ferme, puis une deuxième. Un panier, puis cent. Un atelier de réparation, puis une ressourcerie. Une assemblée de quartier, puis une coordination régionale. Ce qui compte n’est pas la vitesse, mais la constance : faire ce qu’on dit, tenir ses engagements, durer.
Peu à peu, nous construirons un mouvement robuste au milieu d’une société fragilisée. Et par l’exemple, nous démontrerons que c’est faisable, à petite échelle d’abord. C’est ainsi que les fromageries de village, les coopératives de consommation ou la monnaie WIR sont nées : d’en bas, avant que l’État ne les reconnaisse. Le jour où la crise viendra, ces îlots ne sauveront pas tout le monde. Mais ils montreront qu’une autre organisation est possible, et ils donneront aux pouvoirs publics un modèle à étendre plutôt qu’une page blanche.
Soyons réalistes jusqu’au bout. Ce dont un être humain a besoin tient en peu de mots : un toit, de quoi se nourrir, des liens avec les autres, des soins quand il est malade, et la sécurité. C’est cet essentiel que nous voulons garantir et remettre au centre. Le reste viendra en plus, ou pas. Partager le travail, réduire la pression et la course à la performance, ce n’est pas renoncer au progrès : c’est choisir une meilleure qualité de vie plutôt qu’une accumulation de biens.
« Choisir une meilleure qualité de vie plutôt qu’une accumulation de biens »
Pas besoin d’une étude pour savoir qu’il faut une roue de secours
Cette page ne propose pas de solution simple. Elle rassemble des pistes, des idées et des chemins déjà étudiés ou expérimentés, ici et ailleurs, et qui nous semblent raisonnables. Chacun devra être approfondi, chiffré et adapté au terrain avec celles et ceux qui savent. Rien de tout cela ne remplace le travail des spécialistes.
Mais certaines évidences se passent d’expertise. Produire une plus grande part de notre nourriture, savoir réparer nos outils, garder des semences, des stocks et des savoir-faire à portée de main, tisser des réseaux d’entraide : ce sont des protections. Personne n’attend une étude pour boucler sa ceinture ou assurer sa maison contre l’incendie. On le fait parce que, le jour où l’on en a besoin, il est trop tard pour commencer.
Or notre filet de sécurité est mince. Une pénurie d’électricité prolongée figure en tête des risques identifiés par la Confédération 1 7. Nous produisons moins de la moitié de ce que nous mangeons une fois les fourrages importés déduits 2, nous importons la totalité de nos engrais minéraux 3, et nos réserves obligatoires couvrent quelques mois 14. Qu’une crise financière gèle le crédit comme en 2008, que des frontières se ferment comme au printemps 2020, ou que le courant s’arrête une semaine en plein hiver, et nous serions très mal préparé·e·s. Ce n’est pas une prédiction, c’est un constat.
La sécurité ne s’improvise pas le jour de la crise. Elle se construit avant, pendant que tout fonctionne encore. C’est précisément maintenant qu’il faut s’y mettre.
« La sécurité ne s’improvise pas le jour de la crise. Elle se construit avant, pendant que tout fonctionne encore »
Transmettre aux autorités, approfondir ensemble
Dans un deuxième temps, cette page sera transmise au Conseil fédéral, aux membres de l’Assemblée fédérale, au Conseil d’État vaudois et aux membres du Grand Conseil vaudois.
Nous ne prétendons pas que tout ce qui est écrit ici est juste ni complet. Mais une chose nous paraît certaine : un plan B digne de ce nom ne peut plus attendre. La Confédération classe elle-même la pénurie d’électricité parmi les deux plus grands risques pour le pays 1. Pourtant, ce qu’elle propose à la population se résume à des provisions pour « une bonne semaine » 5. Face à des crises climatique, environnementale et sociale qui s’aggravent, ces mesures restent très en deçà de l’enjeu.
Nous attendons donc de nos autorités trois choses : qu’elles reconnaissent ouvertement la nécessité d’un plan B, qu’elles en informent clairement la population, et qu’elles s’engagent à le préparer avec elle, avec des moyens réels.
Ces propositions sont une base de discussion pour y parvenir. Elles doivent être élaborées et étudiées sérieusement, avec des scientifiques, des ingénieur·e·s, des agronomes, des communes, des actrices et des acteurs de terrain, et avec la population. Le rôle d’État d’urgence est de nommer l’urgence et de rappeler ce qui reste à faire. Celui de nos autorités est d’agir à sa hauteur.
« Le rôle d’État d’urgence est de nommer l’urgence et de rappeler ce qui reste à faire. Celui de nos autorités est d’agir à sa hauteur »
Deux outils ont fait leurs preuves pour ce genre de travail.
Le premier est l’assemblée citoyenne tirée au sort : en Irlande, 99 citoyennes et citoyens tirés au sort ont délibéré entre 2016 et 2018 en entendant des expert·e·s ; leurs recommandations ont ouvert la voie au référendum de 2018 sur l’avortement 137. En Suisse, une première assemblée citoyenne nationale pour une politique alimentaire a siégé en 2022, et ses recommandations ont été remises aux responsables politiques, à l’administration et aux milieux concernés en février 2023 138.
Le second est la task force scientifique : pendant la pandémie, la Swiss National COVID-19 Science Task Force, créée en mars 2020 par des chercheuses et des chercheurs de plusieurs disciplines, a conseillé la Confédération sur mandat 139. Son expérience rappelle aussi la règle à respecter : une task force éclaire les choix, la décision reste démocratique.
Associées, une assemblée citoyenne et une task force permettraient d’affiner, de corriger et de compléter ces pistes avant toute mise en œuvre. Nous défendons cette double proposition depuis longtemps (lire Climat : une task force et une assemblée citoyenne pour la Suisse).
Fait, estimation ou débat ?
- Faits : le classement des risques de l’OFPP, le taux d’auto-approvisionnement net, la dépendance totale aux engrais minéraux importés, la libération des réserves obligatoires de protéagineux pour le bétail en 2026, le nombre d’annonces de cyberincidents, l’existence et le fonctionnement des initiatives citées.
- Estimations et scénarios : la durée d’une panne générale (scénario de l’OFPP), l’exposition des emplois à l’IA générative (un potentiel, pas un nombre d’emplois détruits). Le récit d’une semaine sans courant est une fiction construite sur des données officielles.
- Débat : la capacité de micro-sociétés à changer la société entière. Leurs critiques soulignent qu’elles restent marginales et dépendent en partie des aides publiques ; leurs défenseurs y voient des laboratoires et des points d’appui pour les crises. C’est pourquoi nous plaidons pour un réseau, et non pour des îlots.
- Modèles : la capacité de la Suisse à se nourrir avec une agriculture plus écologique repose sur des modélisations scientifiques (Agroscope, FiBL, EPFZ), pas sur une expérience à l’échelle du pays. L’effet de la restriction calorique sur la durée de vie humaine n’est pas démontré.
- Opinions : les premiers pas proposés par État d’urgence et les listes de métiers et de savoirs, qui sont des propositions.
Une page vivante : vos remarques sont les bienvenues
Cette page est un point de départ. Au fil du temps, chacun de ses thèmes pourra faire l’objet d’un article plus approfondi, appuyé sur des études plus détaillées.
Commentaires, corrections, précisions factuelles, expériences de terrain : tout ce qui est constructif nous aide à améliorer ces pistes. Écrivez-nous via notre page de contact. Une précision importante : nous sommes une petite équipe, déjà très sollicitée, et nous ne pourrons pas répondre à chaque message. Si une question est pertinente et appelle une réponse, nous y répondrons dans la mesure du possible.
Sources
- OFPP, Catastrophes et situations d’urgence en Suisse 2025 (CaSUS), brochure « À quels risques la Suisse est-elle exposée ? », 2025, babs.admin.ch ; communiqué OFSP/OFPP. Lien Aller à la note de bas de page 1
- Union suisse des paysans, prise de position du 5.1.2026 (taux net de 42 % en 2024) ; Agristat Aktuell 2025-11. Lien Aller à la note de bas de page 2
- Conseil fédéral, Besoins énergétiques de l’agriculture suisse : situation actuelle et potentiel d’amélioration, rapport, admin.ch. Lien Aller à la note de bas de page 3
- DEFR / Approvisionnement économique du pays, communiqué du 8.10.2026 : libération des réserves obligatoires de protéagineux en raison du bas niveau des eaux. Lien Aller à la note de bas de page 4
- OFAE, Des provisions… providentielles, brochure ; République et canton de Genève, FAQ Provisions de secours et approvisionnement économique du pays. Lien Aller à la note de bas de page 5
- OFPP, Analyse nationale des risques 2020, fiche d’information du 26.11.2020. Lien Aller à la note de bas de page 6
- OFPP, Dossier sur les dangers « Panne d’électricité », CaSUS 2020 (scénario d’intensité majeure : panne totale de 5 à 7 jours, rétablissement en 3 à 4 semaines). Lien Aller à la note de bas de page 7
- OFS, Relevé des structures agricoles 2025, via ATS. Lien Aller à la note de bas de page 8
- Union suisse des paysans, Agristat Aktuell 2022-07, importations d’engrais. Lien Aller à la note de bas de page 9
- U.S. Geological Survey, Mineral Commodity Summaries 2026, chapitre « Potash » (estimations de production 2025). Lien Aller à la note de bas de page 10
- U.S. Geological Survey, Mineral Commodity Summaries 2026, chapitre « Phosphate rock » (estimations de production 2025 et réserves). Lien Aller à la note de bas de page 11
- OFCS, rapport annuel 2025 ; ATS, « Hausse des cyberattaques en 2025 », 2026. Lien Aller à la note de bas de page 12
- Conseil fédéral, communiqué 2026 sur la cybersécurité et la protection des infrastructures critiques. Lien Aller à la note de bas de page 13
- Approvisionnement économique du pays, rapport sur le stockage obligatoire, admin.ch. Lien Aller à la note de bas de page 14
- OFAE, L’approvisionnement économique du pays à l’échelon fédéral, présentation FSPC, 2018 (stocks obligatoires d’engrais azotés). Lien Aller à la note de bas de page 15
- Ordonnance sur la garantie de l’approvisionnement en eau potable lors d’une pénurie grave (OAP), RS 531.32, art. 4. Lien Aller à la note de bas de page 16
- EPFL, communiqué officiel du 9.9.2025 « L’EPFL et le Collectif Cambium s’accordent sur une prolongation de bail de 4 ans ». Lien Aller à la note de bas de page 17
- Keystone-ATS, repris par La Télé, « Ferme de Bassenges à l’EPFL : bail prolongé de 4 ans jusqu’en 2030 », 9.9.2025. Lien Aller à la note de bas de page 18
- Le Temps, « Les structures agricoles alternatives se battent pour être reconnues ». Lien Aller à la note de bas de page 19
- Wright E. O., Envisioning Real Utopias, Verso, 2010 (traduction française : Utopies réelles, La Découverte) ; page de l’auteur à l’Université du Wisconsin, avec accès aux textes du projet Real Utopias. Lien Aller à la note de bas de page 20
- Hamant O., Antidote au culte de la performance. La robustesse du vivant, Gallimard, coll. Tracts n° 50, 2023 ; présentation de l’essai par l’ENS de Lyon. Ses recherches sont développées dans La Troisième Voie du vivant, Odile Jacob, 2022. Lien Aller à la note de bas de page 21
- EZLN, Subcomandante Moisés, « La nueva estructura de la autonomía zapatista », Enlace Zapatista, 13.11.2023 ; Baschet J., The Zapatista Experience, AK Press, 2024. Lien Aller à la note de bas de page 22
- Café Libertad Kollektiv, « Zapatista coffee cultivation » (coopératives Yachil Xojobal Chulchán et Yochin Tayel Kinal). Lien Aller à la note de bas de page 23
- Échanges solidaires (Limoges), présentation de la diffusion du café zapatiste, souscription 2025. Lien Aller à la note de bas de page 24
- El Ciudadano, « 16º Aniversario del EZLN y un insólito banco anticapitalista en la Selva Lacandona », 1.1.2010 (fonctionnement du Banpaz décrit par la Junta de buen gobierno). Lien Aller à la note de bas de page 25
- Castellanos L., « EZLN Governs 250,000 Indigenous Mexicans », Chiapas Support Committee, 2014 (Banco Autónomo de Mujeres Zapatistas). Lien Aller à la note de bas de page 26
- IRIS, « Défaite majeure pour le mouvement national kurde de Syrie », 2026. Lien Aller à la note de bas de page 27
- Le Temps, « Un accord global conclu entre le pouvoir syrien et les Kurdes », 2026. Lien Aller à la note de bas de page 28
- La Télé, « La ferme de Rovéréaz se refait une beauté avec des matériaux durables et locaux » ; Ville de Lausanne, Domaine de Rovéréaz. Lien Aller à la note de bas de page 29
- ortoloco, ortoloco als Solawi, page de présentation (en allemand). Lien Aller à la note de bas de page 30
- ortoloco, Ortoloco en français, présentation officielle de la coopérative, consultée en novembre 2026. Lien Aller à la note de bas de page 31
- 24 heures, série « Nous sommes le futur », À Dietikon, 600 personnes cultivent ensemble leurs légumes, 15 juin 2026. Lien Aller à la note de bas de page 32
- Projet Sésame, La coopérative Ortoloco ou 20 hectares de preuve par l’exemple, 15 juillet 2026. Lien Aller à la note de bas de page 33
- FiBL, fiche Microfermes 04, Ortoloco, 2025. Lien Aller à la note de bas de page 34
- SRF, DOK, Solidarische Landwirtschaft. Gesucht: Nachhaltiges Bauern, das zum Leben reicht (en allemand). Lien Aller à la note de bas de page 35
- swissinfo.ch, Wo Konsumenten und Bauern am gleichen Strick ziehen, reportage sur le Radiesli à Worb (en allemand). Lien Aller à la note de bas de page 36
- FiBL, fiche Microfermes 08, Le Panier Bio à 2 Roues, 2022. Lien Aller à la note de bas de page 37
- Cantons romands, Prestations écologiques requises (PER) Romandie 2023, exploitations avec grandes cultures (exigences minimales d’assolement, selon l’ordonnance sur les paiements directs). Lien Aller à la note de bas de page 38
- OFS, Relevé des structures agricoles 2023, communiqué de presse ; OFS, statistique de poche Agriculture et alimentation. Lien Aller à la note de bas de page 39
- Ministère français de l’Agriculture, Les politiques agricoles à travers le monde : Suisse, fiche pays 2024. Lien Aller à la note de bas de page 40
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- Sirami C. et al., « Increasing crop heterogeneity enhances multitrophic diversity across agricultural regions », PNASPNAS (ou USA), est une revue scientifique américaine à comité de lecture, publiant les comptes-rendus de l'Académie américaine des sciences. En savoir plus 116 (33), 16442–16447, 2019. Lien Aller à la note de bas de page 45
- Kaeser A., Sereke F., Dux D. et Herzog F., « Agroforesterie en Suisse », Recherche Agronomique Suisse 2 (3), 128–133, 2011 (Agroscope). Lien Aller à la note de bas de page 46
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- OFAG, Rapport agricole 2025, « L’humain / Famille paysanne : conditions de travail et de vie ». Lien Aller à la note de bas de page 49
- OIT, Intelligence artificielle générative et emploi : révision 2025, note de recherche (ILO Brief) réalisée avec l’institut polonais NASK, mai 2025. Lien Aller à la note de bas de page 50
- OFS, communiqué du 20.8.2026 sur la statistique structurelle des entreprises 2024. Lien Aller à la note de bas de page 51
- Conseil d’État du canton de Vaud, réponse à l’interpellation Martine Gerber « La Ferme de Bassenges ne disparaîtra pas : chaque ferme compte ! » (24_INT_121). Lien Aller à la note de bas de page 52
- UC Santa Cruz Center for Agroecology, History (en anglais). Lien Aller à la note de bas de page 53
- Communauté EPFL-UNIL pour le maintien de la ferme de Bassenges, pétition en ligne, 2025. Lien Aller à la note de bas de page 54
- L’Atelier Paysan, statuts de la SCIC SA, décembre 2024 (historique, ouvrages de 2021, « plus d’un million de producteurs ») ; Reprendre la terre aux machines, Seuil, 2021. Lien Aller à la note de bas de page 55
- L’Atelier Paysan, catalogue des formations Grand-Est 2016-2017 (plans sous licence Creative Commons, sans brevet). Lien Aller à la note de bas de page 56
- L’Atelier Paysan, catalogue des outils semences, septembre 2020 (méthode de conception, formations de 3 à 5 jours). Lien Aller à la note de bas de page 57
- L’Atelier Paysan, fiche de poste formateur·trice en autoconstruction, 2021 (formations au machinisme : entretien et réparations). Lien Aller à la note de bas de page 58
- L’Atelier Paysan, offre d’emploi « Assistant·e gestion des formations », avril 2024 (64 formations et 450 stagiaires en 2023). Lien Aller à la note de bas de page 59
- L’Atelier Paysan, offre d’emploi « Chargé·e de mission financements et communication », août 2024 (ressources : produits commerciaux, financements publics et privés). Lien Aller à la note de bas de page 60
- L’Atelier Paysan, dépliant « Soudons ferme ! », octobre 2019 (sociétaires, cigaliers, fonds de dotation). Lien Aller à la note de bas de page 61
- L’Atelier Paysan, dossier de mécénat, 2016 (fonds de dotation Citoyens Solidaires). Lien Aller à la note de bas de page 62
- Bpifrance Création, fiche « Cigales ». Lien Aller à la note de bas de page 63
- Commune de Clisson, présentation des clubs Cigales, 2025. Lien Aller à la note de bas de page 64
- L’Info Durable, « Grands Prix de la Finance Solidaire : les porteurs de projets engagés récompensés », novembre 2019. Lien Aller à la note de bas de page 65
- Reporterre, « Des paysans inventent leurs outils pour se libérer de l’industrie ». Lien Aller à la note de bas de page 66
- Reporterre, « L’agriculture malade de la technologie », compte rendu de Reprendre la terre aux machines, 2021. Lien Aller à la note de bas de page 67
- Association suisse des microfermes (ASM), présentation de l’association, fondée le 21 août 2023 à Lausanne. Lien Aller à la note de bas de page 68
- Uniterre, présentation de l’organisation ; Dictionnaire historique de la Suisse, article « Uniterre » (fondation en 1951 sous le nom d’Union des producteurs suisses). Lien Aller à la note de bas de page 69
- Swissvotes, votation n° 622 du 23 septembre 2018, initiative populaire « Pour la souveraineté alimentaire » : 68,4 % de non. Lien Aller à la note de bas de page 70
- Groupe Adecco Suisse et Moniteur du marché de l’emploi de l’Université de Zurich, Indice de la pénurie de main-d’œuvre 2025, Suisse du Sud-Ouest, 27.11.2025. Lien Aller à la note de bas de page 71
- L’Atelier Paysan, Programme de formation aux technologies paysannes 2025-2026 ; Reprendre la terre aux machines, Seuil, 2021. Lien Aller à la note de bas de page 72
- CFF, annonce de la fermeture de 13 centres voyageurs dès 2027, reprise par La Télé (Keystone-ATS), 2026. Lien Aller à la note de bas de page 73
- Le Temps, « La Poste ferme ses bureaux, et c’est une certaine image de la Suisse qui disparaît », revue de presse, 2024. Lien Aller à la note de bas de page 74
- Arduino, documentation officielle de la carte Arduino Uno Rev3 (plans et schémas publiés, matériel libre). Lien Aller à la note de bas de page 75
- Microchip, fiche technique ATmega48A/PA/88A/PA/168A/PA/328/P : conservation des données de 20 ans à 85 °C et de 100 ans à 25 °C. Lien Aller à la note de bas de page 76
- Raspberry Pi, fiche produit du Raspberry Pi Pico (microcontrôleur RP2040, faible consommation), lancé au prix de 4 dollars. Lien Aller à la note de bas de page 77
- AGRIDEA, Points de collecte de la laine de mouton en Suisse, fiche 10.25.1-4, 2025 (d’après Pro Wolle Schweiz, 2024). Lien Aller à la note de bas de page 78
- SRF, « Kein Platz mehr: Schweizer Schafwolle muss tonnenweise entsorgt werden ». Lien Aller à la note de bas de page 79
- Canton de Vaud, interpellation et réponse du Conseil d’État sur la valorisation de la laine vaudoise (23_INT_41). Lien Aller à la note de bas de page 80
- FiBL, Chanvre biologique : une culture polyvalente, fiche technique n° 1267, édition Suisse, 2024. Lien Aller à la note de bas de page 81
- Haute école spécialisée bernoise (BFH), projet « Anbau von Winterhanf in der Schweiz zur weiteren Nutzung für Textilien ». Lien Aller à la note de bas de page 82
- Union suisse des paysans, prise de position sur le chanvre, 2019. Lien Aller à la note de bas de page 83
- SRF, « Hanf erlebt eine kleine Renaissance in der Landwirtschaft », 2021. Lien Aller à la note de bas de page 84
- Union suisse des paysans, Statistiques et évaluations 2018, chapitre Production végétale (terres ouvertes : 275’439 ha). Lien Aller à la note de bas de page 85
- BFH, « Transformer un déchet en matériau de construction durable », 22.12.2023. Lien Aller à la note de bas de page 86
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- OFEVOffice fédéral de l’environnement : Administration fédérale suisse responsable des politiques environnementales. Publie les statistiques officielles sur les émissions de CO₂, ACV, qualité de l’air, etc. En savoir plus, « Pertes alimentaires ». Lien Aller à la note de bas de page 95
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- QUATRE PATTES, Meat Exhaustion Day 2024, fiche Suisse (référence : régime de santé planétaire EAT-Lancet, 301 g de viande par semaine). Lien Aller à la note de bas de page 98
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- OSAV, Fiche thématique « Apport énergétique », menuCH, 2017 (2’232 kcal par personne et par jour, 18-75 ans). Lien Aller à la note de bas de page 100
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- APRÈS-VD, chambre de l’économie sociale et solidaire du canton de Vaud, présentation (plus de 115 organisations membres). Lien Aller à la note de bas de page 130
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- GIEC, Rapport spécial sur un réchauffement planétaire de 1,5 °C, communiqué du 8.10.2018 (« rapid, far-reaching and unprecedented changes in all aspects of society »). Lien Aller à la note de bas de page 133
- Conseil communal de Lausanne, postulat « Pour une alimentation locale, écologique, sociale et accessible » (mention de la subvention de Prilly). Lien Aller à la note de bas de page 134
- Union suisse des paysans, Préservation des terres agricoles, rapport stratégique, 25.9.2024 (d’après OFS, statistique de la superficie). Lien Aller à la note de bas de page 135
- Loi fédérale sur le droit foncier rural (LDFR), art. 9 et 63 ; Canton de Genève, Informations sur le droit foncier rural. Lien Aller à la note de bas de page 136
- Conseil de l’Europe, « Ireland : public debate concerning abortion and the repeal of the eighth amendment to the constitution » (assemblée citoyenne 2016-2018, référendum du 25 mai 2018). Lien Aller à la note de bas de page 137
- Université de Fribourg, Alma & Georges, « La démocratie passe par l’assiette », 2023, sur l’Assemblée citoyenne pour une politique alimentaire (projet Avenir Alimentaire Suisse). Lien Aller à la note de bas de page 138
- Contrôle parlementaire de l’administration, « Utilisation des connaissances scientifiques pendant la crise du coronavirus », résumé du rapport, 2022. Lien Aller à la note de bas de page 139








