Dernière modification le 6-11-2026 à 17:11:54
Pénurie d’électricité, engrais importés, fleuves trop bas, cyberattaques : la Confédération connaît les risques et les a écrits noir sur blanc. Ce qu’elle demande à la population tient pourtant en une ligne : neuf litres d’eau et une semaine de provisions à la cave. État d’urgence publie aujourd’hui une page de fond qui propose autre chose : construire, dès maintenant et ensemble, un réseau de fermes, d’ateliers, de savoir-faire et de revenus partagés. Une société dans la société.
Pourquoi maintenant ?
- La pénurie d’électricité et la pandémie sont les deux plus grands risques pour la Suisse, selon l’analyse nationale des risques 2025 de l’Office fédéral de la protection de la population. Une panne générale en hiver pourrait durer 5 à 7 jours, puis 3 à 4 semaines de rétablissement progressif.
- En 2024, seuls 42 % de la nourriture consommée en Suisse y ont été produits, fourrages importés déduits. La totalité des engrais minéraux est importée.
- En octobre 2026, pour la première fois, la Confédération a dû libérer une partie de ses réserves obligatoires de protéagineux destinés au bétail : le Rhin et le Danube étaient trop bas pour les bateaux.
- L’Office fédéral de la cybersécurité a reçu 64’733 annonces d’incidents en 2025, une toutes les 8,4 minutes.
Ni bunker, ni utopie
Ce que nous proposons n’est pas du survivalisme. Le survivaliste se prépare seul, contre les autres. Nous proposons de se préparer ensemble, avec les autres, et de construire en chemin une organisation plus juste et plus solide. Ce n’est pas non plus un rêve : en Suisse, des coopératives agricoles, des monnaies complémentaires, des Repair Cafés et des fermes de campus existent déjà. Il manque le réseau qui les relie, et un État qui les prenne au sérieux.
Ce que propose la page
- Des micro-fermes coopératives où des centaines de membres financent la production et partagent le travail, comme à ortoloco (ZH), aux Paniers de la Mule à Prilly ou à la ferme de Bassenges, que l’EPFL devrait intégrer à son campus au lieu de la remplacer.
- Transformer ensemble, sur le modèle de la fromagerie de village : fournils, conserveries et chambres froides partagés plutôt qu’un four et un congélateur par ménage.
- Relancer les métiers qui font tenir (forge, bois, couture, réparation, semences, conserverie) et garder vivants à l’université les savoirs d’une société low-tech, avec les connaissances et les outils d’aujourd’hui : pas un retour en arrière. Partager le travail agricole entre beaucoup de mains, avec des postes à temps partiel payés en salaire d’appoint, avec contrat et assurances sociales, éventuellement complétés par des paniers, pour en finir avec les semaines de 50 heures et plus, presque sans vacances.
- S’inspirer de L’Atelier Paysan, la coopérative française qui publie en libre les plans de ses machines agricoles et forme les paysan·ne·s à les fabriquer et à les réparer.
- Valoriser la laine qu’on brûle aujourd’hui et relancer le chanvre pour les fibres et l’isolation.
- Des petits véhicules électriques légers, réparables et partagés, plutôt que des voitures bourrées d’électronique impossible à réparer si les frontières se ferment.
- Court-circuiter le supermarché : local, de saison, réparable. Et, oui, cela crée plus d’emplois que cela n’en supprime.
- Moins, mais mieux : moins de viande mais de la bonne, les produits tropicaux en achats occasionnels, le goût retrouvé des saisons. Et des liens plutôt que des biens : colocation, covoiturage, outils partagés, entraide.
- Faire circuler l’argent autrement : contrats à l’année entre ménages et fermes, crédit mutuel entre membres comme la monnaie WIR, monnaies locales, parts sociales et heures de travail.
- Rendre le local accessible à toutes et tous : moins de gaspillage, une transformation mise en commun dans des coopératives, des emballages simples et des bocaux consignés.
- Redonner vie aux villages et aux gares : une fromagerie, un fournil, un café, et dans les gares un petit café tenu par une ou deux familles plutôt que des distributeurs.
- Décider ensemble, en assemblées.
Premiers pas : ce que les autorités pourraient soutenir
Plusieurs de ces pistes existent déjà, portées par des communes, des coopératives ou des associations. Il s’agit surtout de leur donner les moyens de se diffuser : des financements, des locaux, des terrains et un soutien qui tienne dans le temps.
- Un vrai plan de résilience civile, élaboré avec la population, et pas seulement par l’administration et des expert·e·s qui décident à sa place.
- Des formations gratuites aux métiers de base, dans la protection civile, le service civil et les écoles professionnelles.
- La protection des terres agricoles périurbaines et un accès facilité pour les micro-fermes coopératives, à commencer par la ferme de Bassenges.
- Des ateliers de transformation coopératifs, et les locaux vides des gares et des villages mis à disposition à loyer modéré.
- Des reconversions financées vers l’agriculture de proximité, la réparation et l’artisanat.
- Une politique climatique à la hauteur, pour réduire le risque à la source.
Transmettre aux autorités
La page sera transmise au Conseil fédéral, à l’Assemblée fédérale, au Conseil d’État vaudois et au Grand Conseil vaudois.
Nous attendons de nos autorités qu’elles reconnaissent ouvertement la nécessité d’un plan B, qu’elles en informent clairement la population et qu’elles s’engagent à le préparer avec elle, avec des moyens réels.
Une assemblée citoyenne tirée au sort et une task force scientifique permettraient d’affiner, de corriger et de compléter ces pistes avant toute mise en œuvre.
Un chemin parallèle
Si l’État ne prend pas les devants, la population peut le faire. Non pas contre lui, mais à ses côtés, idéalement avec son soutien, et sans lui s’il le faut : des îlots solidaires, ouverts à celles et ceux qui s’engagent, reliés les uns aux autres région par région. Pas à pas, avec constance, nous pouvons construire un mouvement robuste dans une société fragilisée, et démontrer par l’exemple que c’est faisable.
Et nous, par quoi commencer ?
Il y a urgence, et les petits gestes ne suffiront pas s’ils restent des petits gestes. Si les magasins fermaient une semaine, sur qui pourrais-je compter ? Et qui pourrait compter sur moi ? La page complète, avec ses scénarios, ses listes de métiers, ses chiffres et ses 139 sources en notes de bas de page, est faite pour être lue, discutée et contredite. C’est une page vivante : vos remarques sont les bienvenues, écrivez-nous via notre page de contact.
→ Lire la page complète : Une société dans la société, une solution ?





