Dernière modification le 23-10-2026 à 10:33:06
Le climat occupe le devant de la scène, mais l’effondrement du vivant avance en silence. Dans un petit livre de la collection Le savoir suisse, le physicien fribourgeois Marc Vonlanthen dresse un état des lieux de la biodiversité, dans le monde et en Suisse, et plaide pour une autre manière d’habiter la Terre. Un ouvrage court, accessible, qui ne laisse guère de place à l’autosatisfaction helvétique.

La biodiversité. L'autre crise écologique
Marc Vonlanthen
Éditions Savoir suisse (Presses polytechniques et universitaires romandes, EPFL Press), collection « Le savoir suisse », 11 mai 2023
192 pages, 17,50 CHF
ISBN 978-2-88915-516-3
Couverture : © Éditions Savoir suisse / PPUR
Un diagnostic sans détour
Marc Vonlanthen enseigne la physique et l’éthique de la nature à la Haute école d’ingénierie et d’architecture de Fribourg. Il préside aussi la section fribourgeoise de Pro Natura, comme le rappellent La Liberté et Heidi.news. Son livre part d’un constat : la perte de biodiversité est la seconde grande crise écologique de notre temps, aux côtés du dérèglement climatique, et nombre de scientifiques parlent d’une sixième extinction de masse, la première provoquée par une espèce, la nôtre.
L’ouvrage s’organise en sept chapitres, de l’importance de la biodiversité à la situation mondiale puis suisse, en passant par les services écosystémiques et l’évolution de la protection de la nature. Il rappelle que la biodiversité ne se limite pas au nombre d’espèces : elle comprend aussi la diversité des milieux et la diversité génétique au sein de chaque espèce, comme le résume l’auteur dans son entretien à La Liberté. Dans ce même entretien, il évoque une estimation tirée du livre selon laquelle l’inaction aurait coûté à la Suisse environ 7 % de son PIB en 2019.
Climat et biodiversité, mêmes causes
La thèse centrale est que climat et biodiversité ne sont pas deux dossiers séparés : ils partagent les mêmes causes, à commencer par nos modes de production et de consommation. L’auteur refuse donc de renvoyer la responsabilité aux seuls choix individuels. Selon La Liberté, il propose trois grandes pistes : placer davantage de surfaces sous protection, intégrer la biodiversité dans toutes les activités humaines, et transformer collectivement la manière dont nous produisons et consommons.
Le dernier chapitre, « La nature et l’humain : un avenir commun », assume une dimension éthique. Selon la présentation de l’éditeur, l’auteur défend une approche intégrée où l’humain partage le destin des écosystèmes qu’il transforme, en mêlant observations factuelles et réflexion morale.
Les limites d’un format court
Notre avis : le format de poche est à la fois une force et une limite. Le livre se lit vite et donne des repères solides, mais il ne peut pas approfondir chaque question, notamment les conflits d’usage concrets (agriculture, énergie, tourisme) qui bloquent l’action en Suisse. Nous n’avons pas trouvé de recension critique publiée à ce jour. Le double engagement de l’auteur, associatif et politique, est clairement affiché dans la presse : il donne au livre sa cohérence, sans en faire un pamphlet.
Éclairage suisse
C’est sur la Suisse que le livre frappe le plus fort. Dans l’entretien accordé à Heidi.news, Marc Vonlanthen relève que seules 6,2 % des surfaces du pays sont protégées, et cite une étude de 2020 qui a recensé 162 subventions publiques dommageables à la biodiversité, pour environ 40 milliards de francs par an, contre quelque 500 millions consacrés à sa protection. D’où le titre de l’article : la Suisse subventionne environ 80 fois plus ce qui détruit la biodiversité que ce qui la protège.
Le pays a pourtant été pionnier en créant son Parc national dès 1914, rappelle le même entretien, avant que le projet de Parc Adula ne soit rejeté en 2016. Alors que le Parlement débat de l’initiative biodiversité et d’un éventuel contre-projet, ce livre offre une base factuelle bienvenue. Voir aussi notre page La science.
Pourquoi le lire
Parce qu’il offre en moins de 200 pages une synthèse claire, écrite depuis la Suisse romande, sur une crise encore trop peu présente dans le débat public. Pour les enseignant·es, les élu·es locaux et toutes celles et ceux qui veulent comprendre pourquoi la protection du vivant ne peut se limiter à quelques réserves naturelles.
Sources et revue de presse
- Éditions Savoir suisse, « La biodiversité. L’autre crise écologique », page de l’ouvrage
- La Liberté, Claire Pasquier, « Ce Fribourgeois publie un état des lieux de la biodiversité », 22 mai 2023
- Heidi.news, Fabrice Delaye, « La Suisse subventionne 80 fois plus les activités dommageables à la biodiversité que sa protection », 25 mai 2023 (reproduction PDF sur le site de la HEIA-FR)



