Dernière modification le 21-10-2026 à 12:35:11
Faits établis
Le 21 octobre 2026, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) a publié l’édition 2026 de son rapport annuel sur l’écart entre les engagements climatiques et les réductions d’émissions nécessaires, intitulée The Point of Return. Le document est rendu public trois semaines avant l’ouverture de la COP31, à Antalya (Turquie), du 9 au 20 novembre 2026.
Selon le PNUE, si les politiques climatiques actuelles se poursuivent sans renforcement, le réchauffement moyen pourrait atteindre 2,8 °C d’ici la fin du siècle. La pleine application des contributions déterminées au niveau national (CDN) inconditionnelles limiterait la hausse à 2,7 °C ; en intégrant aussi les CDN conditionnées à un soutien financier, l’estimation descend à 2,6 °C. Le scénario le plus favorable, qui suppose en plus la réalisation de tous les engagements de neutralité carbone (« net zéro »), ramène la projection à 2,1 °C.
Le PNUE affirme que la possibilité de contenir le réchauffement sous 1,5 °C sans dépassement, ou avec un dépassement limité, est désormais écartée. Même dans son scénario le plus optimiste, le réchauffement culminerait entre 1,7 et 1,8 °C vers le milieu du siècle avant de redescendre, pour revenir sous 1,5 °C d’ici 2100 — mais seulement avec une probabilité d’environ 50 %.
Pour atteindre ce retour, le rapport calcule qu’il faudrait réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre de 18 % d’ici 2030, 45 % d’ici 2035 et 69 % d’ici 2040, par rapport aux niveaux de 2025 — soit une baisse moyenne d’environ 5,7 % par an sur la décennie. Les engagements climatiques nationaux actuels ne permettent, eux, qu’une réduction de 5 à 8 % d’ici 2030 et de 11 à 15 % d’ici 2035.
Les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont atteint 58,4 (± 5,5) gigatonnes équivalent CO2 en 2025, en très léger recul (-0,1 Gt) par rapport à 2024. Le PNUE précise que cette quasi-stagnation s’explique surtout par une baisse des émissions liées à l’utilisation des terres — notamment moins d’incendies qu’en 2024 — et non par un recul des émissions fossiles, qui continuent d’augmenter. Les pays du G20 (hors Union africaine), qui représentent 76 % des émissions mondiales, ont vu leurs émissions croître de 0,7 % en 2025. Sur la dernière décennie, 124 pays ont augmenté leurs émissions, contre 63 qui les ont réduites.
Le scénario de retour sous 1,5 °C suppose aussi le retrait et le stockage durable d’environ 320 gigatonnes de CO2 au cours du siècle. Le PNUE souligne que chaque tranche de cinq ans de retard dans la réduction des émissions, au rythme actuel, ajoute environ 0,1 °C au pic de réchauffement attendu.
En Suisse, le Conseil fédéral a adopté le 19 août 2026 le mandat de négociation de la délégation suisse pour la COP31, dirigée par Felix Wertli (Office fédéral de l’environnement) ; Albert Rösti représentera la Suisse lors du segment ministériel. La Suisse entend y promouvoir le triplement des énergies renouvelables et le doublement de l’efficacité énergétique d’ici 2030, ainsi que la sortie des énergies fossiles d’ici 2050. En août 2026 déjà, Albert Rösti avait reconnu que l’objectif climatique suisse pour 2030 serait probablement manqué.
Estimations et incertitudes
La probabilité de retour sous 1,5 °C dans le scénario le plus optimiste n’est que d’environ 50 %, et elle repose sur l’hypothèse que les technologies de captage et de stockage du CO2 pourront être déployées à l’échelle d’environ 320 gigatonnes sur le siècle — une capacité technique et économique qui reste à démontrer.
Les chiffres d’émissions mondiales pour 2025 comportent une marge d’incertitude significative (58,4 ± 5,5 Gt équivalent CO2). Au moment de la rédaction, le texte intégral du rapport et ses annexes détaillées n’étaient pas encore pleinement disponibles sur le site du PNUE ; les données citées ici reposent sur le communiqué de presse officiel du PNUE et des reprises journalistiques indépendantes convergentes.
Réactions
Le PNUE présente ce constat comme un appel à limiter l’ampleur et la durée du dépassement du seuil de 1,5 °C, plutôt qu’à renoncer à cet objectif. Le centre de recherche Climate Analytics, cité par la presse spécialisée, relève que le scénario le plus ambitieux — un pic vers 1,7 °C au milieu du siècle suivi d’un retour net sous 1,5 °C — reste atteignable si l’ambition climatique mondiale augmente fortement d’ici la fin de la décennie.
Pourquoi c’est important
Publié chaque année avant la conférence climatique de l’ONU, l’Emissions Gap Report sert de référence pour mesurer l’écart entre les engagements politiques et ce que la science climatique exige. L’édition 2026 acte, plus explicitement que les précédentes, que l’objectif de 1,5 °C sans dépassement est hors de portée — un constat qui déplace le débat vers la gestion de la durée et de l’ampleur du dépassement, et vers des technologies de capture du carbone dont la faisabilité à grande échelle reste incertaine. Il paraît trois semaines avant la COP31, où la Suisse portera un mandat de négociation axé sur les renouvelables et l’efficacité énergétique, alors même que Berne a déjà reconnu que son propre objectif 2030 ne sera probablement pas atteint.
Sources
- PNUE, communiqué de presse officiel, 21 octobre 2026 : New UNEP report lays out emission cuts needed for return to 1.5°C
- PNUE, Emissions Gap Report 2026: The Point of Return (page du rapport) : unep.org/en/publications/report/emissions-gap-report-2026
- Down To Earth, 21 octobre 2026 : Emissions Gap Report 2026: Point of no return for the 1.5°C warming threshold
- Trending Topics, 21 octobre 2026 : UN Emissions Gap Report 2026: World Will Overshoot 1.5 Degrees
- Conseil fédéral, communiqué, 19 août 2026 : COP31 sur le climat : le Conseil fédéral octroie un mandat de négociation à la délégation suisse
- swissinfo.ch, 6 août 2026 : Réductions de CO2 : objectif 2030 probablement pas atteint, dit Rösti



