« Vers une école éco-logique », de Daniel Curnier : changer l’école pour changer de monde ?

Dernière modification le 23-10-2026 à 10:33:02

Enseignant et docteur en sciences de l’environnement de l’Université de Lausanne, Daniel Curnier a consacré sa thèse au rôle de l’école dans la transition écologique. Il en tire un essai engagé : l’école telle que nous la connaissons est fille de la Modernité industrielle, et elle ne pourra préparer les jeunes au XXIe siècle qu’à condition de changer en profondeur. Une lecture qui tombe à point, au moment où le canton de Vaud lance son « école durable ».

Couverture du livre « Vers une école éco-logique » de Daniel Curnier (Le Bord de l'eau)

Vers une école éco-logique
Daniel Curnier
Le Bord de l'eau, collection « Critiques éducatives », 2021
184 pages, 18 €
ISBN 978-2-35687-754-3
Couverture : © Éditions Le Bord de l'eau

Une école née du monde qui pose problème

Le diagnostic est radical au sens propre. Selon la présentation de l’ouvrage, l’entrée dans l’Anthropocène impose de sortir du paradigme de la Modernité. Or l’école moderne, dont les fondements remontent au XIXe siècle, reproduit un rapport au monde fait de séparation, de maîtrise et d’exploitation, dont elle est elle-même le produit.

Dans un portrait publié par Le Temps en 2019, au moment des grandes grèves du climat, le chercheur résumait déjà ce constat : les priorités éducatives actuelles ne permettent pas aux élèves de s’emparer de ces enjeux en tant que citoyen·nes. On forme des personnes à s’adapter à une économie qui produit les problèmes, plutôt qu’à chercher des solutions.

Un curriculum de la durabilité forte

Face à ce constat, Daniel Curnier propose un curriculum alternatif, qui engage l’école dans une transition fondée sur la durabilité forte, c’est-à-dire sur l’idée que le capital naturel ne peut pas être remplacé par du capital économique. L’objectif est de donner aux élèves les savoirs, les compétences et les attitudes nécessaires pour affronter les défis du siècle, et non de simplement ajouter un chapitre « environnement » aux programmes existants.

Le livre pose enfin une question de fond, qui en fait la valeur : faut-il changer l’école pour changer la société, ou l’inverse ? Pour l’auteur, un tel projet éducatif ne peut aboutir que si le modèle social évolue en parallèle. Interrogé par la RTS en juin 2021 à la sortie du livre, il jugeait la prise en compte de ces enjeux par l’école encore largement insuffisante.

Ce qui reste à construire

Nous n’avons pas trouvé de recension critique de l’ouvrage. Notre avis : sa force est de refuser l’éducation à l’environnement de façade, réduite au tri des déchets et aux gestes individuels. Sa difficulté tient à la boucle qu’il met lui-même en évidence. Si l’école ne peut se transformer sans que la société change, et si la société ne change pas sans une autre école, par où commencer ? Les enseignant·es qui chercheront un mode d’emploi immédiat devront le construire eux-mêmes à partir de ses principes.

Le format court de la collection « Critiques éducatives » privilégie la réflexion de fond à la boîte à outils. C’est un choix assumé, qui fait de ce livre un texte de débat plutôt qu’un guide pédagogique.

Éclairage suisse

Le livre paraît alors que l’école romande bouge. Le 14 avril 2021, le Conseil d’État vaudois a annoncé vouloir faire de Vaud « un canton exemplaire en matière d’école durable ». Une enquête menée auprès des directions d’établissement montrait que 90 % d’entre elles souhaitaient renforcer la place de la durabilité, mais que seuls 15 % des établissements disposaient d’une personne-ressource. Le canton a lancé un appel à projets pilotes auprès de ses 117 établissements, prévu un ou une référent·e durabilité dans chacun et demandé au Grand Conseil un crédit de 7 millions de francs issu du Plan climat cantonal.

La démarche va dans le sens des recommandations de Daniel Curnier, mais sa grille de lecture invite à la vigilance : des potagers et des voyages d’études sans avion ne suffiront pas si les finalités de l’école restent inchangées. Pour le contexte politique, voir notre page Plan climat suisse : objectifs, lois et réalité.

Pourquoi le lire

Parce qu’il est écrit par un chercheur romand qui connaît l’école de l’intérieur, et qu’il pose la question que les plans climat évitent souvent : à quoi former les jeunes dans un monde aux limites dépassées ? Indispensable pour les enseignant·es, les directions, les parents et les militant·es qui veulent que l’éducation au climat dépasse le symbole.

Sources et revue de presse