Patrimoine bâti suisse : un projet inédit évalue les risques du changement climatique

Dernière modification le 20-10-2026 à 14:44:30

Un projet de recherche inédit en Suisse, mené par la Haute école des arts de Berne (HKB, Haute école spécialisée bernoise) avec la Haute École Arc (HE-Arc), la SUPSI et l’Office fédéral de la culture (OFC), évalue pour la première fois la résistance du patrimoine bâti historique suisse face au changement climatique. Ses premiers résultats ont été présentés le 10 octobre 2026.

Faits établis

  • Le projet, intitulé officiellement « Neue Erhaltungsstrategien für klimaresiliente Baudenkmäler » (nouvelles stratégies de conservation pour des monuments résilients au climat), est financé par la Confédération et prévu de décembre 2024 à novembre 2028. Présenté comme une première en Suisse, il porte sur une cinquantaine d’objets patrimoniaux, dont douze ont fait l’objet d’études approfondies.
  • Il cartographie les dégradations actuelles et leur progression, identifie les phénomènes météorologiques destructeurs (ou au contraire favorables) et propose des solutions de protection et de stabilisation.
  • Plusieurs risques climatiques sont documentés : les tempêtes (la tempête de l’été 2023, avec des rafales d’environ 217 km/h, a abattu le clocher du temple des Éplatures à La Chaux-de-Fonds, depuis restauré) ; la hausse des températures, qui fragilise certains matériaux de construction jusqu’à les fissurer ; l’humidité accrue et la modification du régime des précipitations, qui accélèrent la corrosion de structures métalliques comme au séchoir à absinthe de Boveresse (1893) ; et la progression des insectes xylophages favorisée par le réchauffement, avec le risque de voir apparaître de nouvelles espèces comme les termites, déjà en progression vers le nord en France.
  • Selon Edith Joseph, professeure en conservation-restauration à la HE-Arc, la Suisse se réchauffe environ deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Les données fédérales le confirment : en 2024, la Suisse se situait à +2,9 °C par rapport à l’ère préindustrielle, contre +1,3 °C pour la moyenne mondiale.
  • Le projet associe des climatologues afin de produire des prévisions à 30 ans permettant d’adapter les plans de gestion des risques du patrimoine, en croisant projections climatiques, évaluations de vulnérabilité locale et plans de sauvegarde.

Estimations et incertitudes

Le montant du financement n’est pas publié et la liste détaillée des objets patrimoniaux étudiés n’est pas rendue publique ; le chiffre d’une cinquantaine d’objets, dont douze étudiés en détail, provient du reportage de la RTS. Les résultats définitifs sont attendus à la fin du projet, en 2028.

Réactions

Benoît Dubosson, responsable d’une unité d’expertise en patrimoine à l’Office fédéral de la culture, et Edith Joseph, professeure à la HE-Arc, soulignent la nécessité d’anticiper les risques plutôt que de réagir après coup, en s’appuyant sur une collaboration suivie avec des climatologues.

Pourquoi c’est important

Le patrimoine bâti est rarement associé aux impacts du changement climatique, souvent présentés à travers la fonte des glaciers, les vagues de chaleur ou la sécheresse. Ce projet documente un autre front, moins visible mais concret, où la hausse des températures, l’évolution du régime des précipitations et des tempêtes plus intenses fragilisent des constructions parfois centenaires. Il illustre aussi une démarche d’adaptation proactive, construite sur une collaboration entre conservateurs-restaurateurs et climatologues plutôt que sur des rénovations d’urgence après sinistre.

Sources