Amazonie : la forêt brésilienne rejette plus de carbone qu’elle n’en absorbe, surtout à cause des feux

Dernière modification le 27-10-2026 à 18:16:17

Une étude publiée le 21 octobre 2026 dans la revue Nature par une équipe de l’Institut national de recherches spatiales du Brésil (INPE) conclut que l’Amazonie brésilienne a rejeté en moyenne davantage de carbone qu’elle n’en a absorbé entre 2010 et 2024. Selon les autrices et auteurs, les activités humaines, en premier lieu la déforestation et les feux, expliquent l’essentiel de ce bilan, aggravé par les sécheresses.

Faits établis

  • Méthode : quinze ans (2010-2024) de mesures de CO2 et de monoxyde de carbone (CO) réalisées par petits avions au-dessus de quatre localités de l’Amazonie brésilienne, par le Laboratoire des gaz à effet de serre de l’INPE. Le CO, produit par la combustion, permet d’isoler la part des feux.
  • Bilan moyen : 0,32 pétagramme de carbone (PgC) par an, soit environ 1,17 milliard de tonnes de CO2 rejetées chaque année en plus de ce que la forêt absorbe.
  • Feux : ils constituent la principale source, avec 0,40 PgC par an, soit environ 1,47 milliard de tonnes de CO2. Selon l’étude, environ 98 % des feux sont associés à l’action humaine.
  • Années plus humides (2011 à 2014, 2017, 2018) : bilan de 0,11 PgC par an, avec une déforestation moyenne de 6’389 km² et 55’115 km² brûlés.
  • 2019-2022 : malgré un faible stress climatique, la déforestation a presque doublé (12’580 km², +97 %) et la surface brûlée a augmenté de 25 % (68’747 km²). Le bilan atteint 0,43 PgC par an, soit environ 1,58 milliard de tonnes de CO2.
  • Années sèches et chaudes (2010, 2015, 2016, 2023, 2024) : surface brûlée en hausse de 92 % (105’819 km²) et déforestation en hausse de 22 % (7’812 km²). Le bilan est le plus élevé, à 0,49 PgC par an, soit environ 1,80 milliard de tonnes de CO2.
  • Climat régional sur 46 ans : les précipitations annuelles ont baissé de 8 %, et de 20 % au pic de la saison sèche (août à octobre). La température moyenne annuelle a augmenté de 1,13 °C, et de 1,81 °C au pic de la saison sèche.

Estimations et incertitudes

  • Le bilan varie fortement d’une année à l’autre, de -0,12 PgC (la forêt joue alors le rôle d’un léger puits de carbone) à 0,75 PgC par an.
  • Les mesures proviennent de quatre sites jugés représentatifs. Les valeurs pour l’ensemble de la région étudiée reposent sur une analyse statistique et ne concernent que l’Amazonie brésilienne.
  • Les équivalences en tonnes de CO2 sont celles indiquées par l’INPE (1 PgC correspond à environ 3,67 milliards de tonnes de CO2).

Réactions et opinions

  • Pour l’équipe de l’INPE, « les activités humaines, en particulier la déforestation et les brûlis, dominent les émissions de carbone » de la région. Pour la période 2019-2022, elle estime que « les actions humaines ont dominé le bilan carbone » (traductions du communiqué de l’INPE).
  • Aucune réaction officielle des autorités brésiliennes ou suisses n’a été relevée à ce stade.

Pourquoi c’est important

Les forêts tropicales retirent normalement du CO2 de l’atmosphère. Une Amazonie qui en rejette plus qu’elle n’en absorbe affaiblit l’un des grands puits naturels de carbone de la planète et contribue au réchauffement, lequel favorise à son tour sécheresses et feux : c’est une boucle de rétroaction.

Pour donner un ordre de grandeur, 1,17 milliard de tonnes de CO2 par an représente environ 29 fois les émissions de gaz à effet de serre de la Suisse inscrites dans l’inventaire national 2024 (40,1 millions de tonnes d’équivalent CO2 selon l’OFEV).

Comme l’essentiel du bilan est attribué à des activités humaines, son évolution dépend en grande partie de décisions sur l’usage des terres, et pas seulement du climat. Le sujet sera présent en toile de fond de la COP31, du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya (Turquie), où la délégation suisse défend une mise en œuvre effective des objectifs de l’Accord de Paris.

Sources