« La révolution agroécologique », d’Alain Olivier : nourrir le monde sans épuiser la terre

Dernière modification le 20-10-2026 à 15:55:31

Professeur au Département de phytologie de l’Université Laval, à Québec, et directeur d’un groupe de recherche en agroforesterie, Alain Olivier signe une synthèse claire sur l’agroécologie. Son point de départ : le modèle agricole hérité de la révolution verte a atteint ses limites. Sa proposition : repenser l’ensemble du système alimentaire, du sol jusqu’à l’assiette, en s’appuyant sur le fonctionnement des écosystèmes et sur celles et ceux qui cultivent la terre.

Couverture du livre « La révolution agroécologique » de Alain Olivier (Écosociété)

La révolution agroécologique. Nourrir tous les humains sans détruire la planète
Alain Olivier
Écosociété, 8 avril 2021
294 pages, 20 €
ISBN 978-2-89719-660-8
Couverture : © Écosociété

Le bilan d’un modèle à bout de souffle

Engrais chimiques, pesticides et machinerie lourde : la recette de la révolution verte des années 1960 a augmenté les rendements, mais à un prix que l’auteur détaille longuement. Selon la présentation qu’en fait le service d’information de l’Université Laval, le livre dresse la liste des dégâts : sols épuisés, nappes phréatiques polluées, biodiversité en recul, risques sanitaires liés aux pesticides, carences alimentaires, campagnes en difficulté et paysans endettés.

Pour Alain Olivier, ces maux ne sont pas des accidents de parcours mais les symptômes d’un système alimentaire mondial dysfonctionnel. Il pointe l’uniformisation des pratiques : dans un entretien relayé par Radio-Canada, il relève que l’on trouve des champs de soya presque identiques au Paraguay, en France, au Québec ou en Indonésie, alors que les sols, les climats et les cultures alimentaires de ces régions n’ont rien de commun.

Une science, des pratiques et un mouvement social

Le livre s’organise en trois temps : les fondements de l’agroécologie, ses principes écologiques, puis ses dimensions socioéconomiques. L’agroécologie y est présentée comme la rencontre de l’agronomie, de l’écologie et de la sociologie, appliquée à toute la chaîne alimentaire, de la production à la consommation.

Côté pratiques, l’auteur défend la restauration de la biodiversité dans les parcelles, la gestion durable des sols, le recyclage de la biomasse, les rotations et associations de cultures, l’agroforesterie et un élevage respectueux des animaux. Le principe est simple : plus un champ est diversifié, plus insectes, bactéries et champignons trouvent un équilibre entre eux, explique-t-il à Radio-Canada. D’où une agriculture qui s’adapte à chaque lieu plutôt qu’une recette unique exportée partout.

Le volet politique est central. L’auteur distingue nettement l’agroécologie de l’agriculture biologique : si le bio s’inscrit largement dans la démarche, il ne règle pas, selon lui, les questions d’accès à la terre ou d’aménagement du territoire. L’agroécologie réclame aussi un accès équitable à l’eau et aux semences, la reconnaissance des savoirs paysans et du rôle des femmes.

Les angles morts

Notre avis : le livre est d’abord une introduction pédagogique, très ancrée dans l’expérience québécoise et dans les terrains du Sud que l’auteur connaît. Le lecteur suisse devra faire lui-même la transposition. Et si le diagnostic sur la puissance de l’agro-industrie est posé, les stratégies concrètes pour faire basculer les politiques agricoles face à ces intérêts restent moins développées que l’exposé des pratiques. Nous n’avons pas trouvé de recension critique publiée qui formule des objections de fond.

Éclairage suisse

La question posée par Alain Olivier a été tranchée récemment dans les urnes en Suisse, et pas dans son sens. Le 13 juin 2021, l’initiative « Pour une eau potable propre et une alimentation saine » et l’initiative « Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse » ont été rejetées respectivement par 60,7 % et 60,6 % des votant·es, selon les résultats publiés par la SRF. Le premier sondage de la SSR leur accordait pourtant une courte majorité début mai.

Le terrain n’est pas vierge pour autant. Selon l’Office fédéral de la statistique, 15 % des 49 363 exploitations agricoles du pays étaient bio en 2020, alors que le nombre total de fermes reculait encore de 1,3 % en un an. Une part qui progresse, mais qui illustre aussi la distinction faite par l’auteur : convertir des exploitations ne suffit pas si la disparition des fermes et la question foncière ne sont pas traitées. Pour prolonger, voir notre page Ressources.

Pourquoi le lire

Parce qu’il offre une porte d’entrée solide et accessible à un mot souvent galvaudé. Alain Olivier montre que l’agroécologie n’est ni un label ni une mode, mais une manière de reconstruire le système alimentaire autour du vivant et des paysan·nes. Un bon point de départ pour comprendre pourquoi la question agricole est indissociable de la crise écologique.

Lire aussi la chronique de Raphaël Goblet : La révolution agroécologique.

Sources et revue de presse