Dernière modification le 20-10-2026 à 15:55:39
Et si la menace militaire devenait le meilleur levier de la transition ? Depuis l’invasion de l’Ukraine, l’idée fait son chemin : sortir des énergies fossiles russes serait à la fois un impératif de sécurité et une chance pour le climat. Le militant écologiste Vincent Rissier prend le contre-pied de cette « écologie de guerre ». Dans un essai bref et dense, préfacé par le philosophe Paul Guillibert, il appelle les écologistes à renouer avec leurs traditions anti-impérialistes.

Contre l'écologie de guerre
Vincent Rissier (préface de Paul Guillibert)
La Dispute, 20 février 2026
168 pages, 14 €
ISBN 978-2-84303-355-1
Couverture : © La Dispute
Une réponse à Pierre Charbonnier
L’expression « écologie de guerre » a été forgée en 2022 par le philosophe Pierre Charbonnier, qui l’a développée dans un livre paru en 2024. L’idée, rappelle En attendant Nadeau, est que la transition écologique peut être poursuivie au nom de la sécurité des États, à la manière des sanctions imposées à la Russie après l’invasion de l’Ukraine. Politis a d’ailleurs présenté l’essai de Rissier comme une réponse militante à cette thèse.
Pour Vincent Rissier, il ne s’agit pas d’un tournant écologique, mais d’une nouvelle phase du capitalisme qui laisse intacts les modes de production. Pire : la transition pourrait devenir un motif de guerre. La recension d’En attendant Nadeau juge cette projection « vertigineuse, voire cynique ».
Qui profite de la guerre ?
L’auteur montre d’abord que les sanctions contre la Russie ont surtout enrichi les majors pétrolières, citant ExxonMobil, Chevron, Shell, BP et TotalEnergies. Il rappelle ensuite, d’après la recension, que 2024 a été l’année la plus chaude jamais mesurée et que 2025 a vu à la fois un record d’énergies renouvelables et un record de consommation de charbon : les nouvelles énergies s’additionnent aux anciennes plus qu’elles ne les remplacent.
Il s’appuie aussi sur les travaux de la journaliste Célia Izoard pour montrer que les renouvelables alimentent l’extraction minière, des « minerais de sang » du Congo au lithium argentin. Selon les chiffres qu’il reprend, atteindre les objectifs de l’Accord de Paris sans changer de mode de production exigerait de multiplier par cinq à dix l’extraction de métaux d’ici 2050, alors que le secteur minier pèse déjà 8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
La préface de Paul Guillibert relie les gouvernements d’extrême droite climatosceptiques à un « fascisme fossile » et met en garde contre un possible « apartheid climatique ».
Un pacifisme écologiste à reconstruire
En face, Rissier propose de construire un mouvement antiguerre en France, adossé aux luttes sociales. Il cite l’exemple des dockers de Gênes, qui ont menacé en septembre 2025 de bloquer le port si la flottille en route vers Gaza était interceptée. Il esquisse aussi une stratégie qu’il nomme « léninisme écologique ».
Notre avis : la critique de l’écologie de guerre est solide et documentée, et rappelle utilement que la course aux armements consomme des ressources et des budgets qui manquent au climat. Mais la stratégie proposée reste peu détaillée, et la recension d’En attendant Nadeau ne la discute pas. Certaines formules de la préface, très polémiques, appelleront des débats.
Éclairage suisse
La Suisse n’échappe pas à l’arbitrage entre armée et coopération. Le 19 décembre 2024, le Parlement a adopté un budget 2025 qui augmente les dépenses d’armement de 530 millions de francs par rapport à la version du Conseil fédéral, pour les porter à 2,7 milliards. Dans le même temps, la coopération internationale a été réduite de 110 millions de francs. Les dépenses militaires doivent atteindre 1 % du PIB d’ici 2032, selon le communiqué des Services du Parlement.
Or c’est notamment par la coopération internationale que la Suisse soutient les pays les plus exposés au dérèglement climatique. Ce choix budgétaire illustre la crainte de Vincent Rissier : au nom de la sécurité, les moyens consacrés à la solidarité climatique reculent. Voir notre page Plan climat Suisse.
Pourquoi le lire
Parce que le réarmement s’installe partout en Europe, souvent drapé d’arguments écologiques, et que ce petit livre fournit des outils pour le questionner. Une lecture courte et engagée, utile pour relier climat, paix et justice internationale.
Sources et revue de presse
- La Dispute, « Contre l’écologie de guerre », fiche de l’ouvrage, 20 février 2026
- Politis, François Rulier, « Écologie politique : le choix des armes », 5 mars 2026
- En attendant Nadeau, Ingrid Merckx, « Géopolitique de l’impasse ? », 24 mars 2026
- Services du Parlement, « Le Parlement approuve le budget 2025 », 19 décembre 2024



