« Antidote au culte de la performance », d’Olivier Hamant : apprendre de la robustesse des plantes

Dernière modification le 23-10-2026 à 10:33:08

Biologiste à l’Inrae, Olivier Hamant étudie depuis des années la manière dont les plantes résistent aux aléas. Dans ce court texte de la collection Tracts, il en tire une leçon pour nos sociétés : à force de tout optimiser, nous nous sommes rendus fragiles. Face à un monde de plus en plus instable, il propose de remplacer la course à la performance par la recherche de la robustesse.

Couverture du livre « Antidote au culte de la performance » de Olivier Hamant (Gallimard)

Antidote au culte de la performance. La robustesse du vivant
Olivier Hamant
Gallimard, collection « Tracts (n° 50) », 31 août 2023
64 pages, 3,90 €
ISBN 978-2-07-304734-2
Couverture : © Éditions Gallimard

Performance contre robustesse

Tout part d’une distinction. La performance, explique l’auteur dans un entretien accordé à GoodPlanet Mag, combine l’efficacité, atteindre un objectif, et l’efficience, l’atteindre avec le moins de moyens possible. Elle fonctionne dans un monde stable et riche en ressources. La robustesse désigne au contraire la capacité d’un système à rester stable malgré les fluctuations et les pénuries. Selon la présentation de l’ENS de Lyon, elle repose sur l’hétérogénéité, la redondance, les aléas, les détours et la lenteur : tout ce que l’optimisation cherche à éliminer.

Or le vivant, observe le biologiste, n’est pas performant. Une cellule végétale gaspille, tâtonne, multiplie les voies parallèles. C’est précisément ce qui lui permet de traverser les chocs. Nos sociétés ont fait le choix inverse et sont devenues, selon la formule qu’il emploie, une « civilisation de l’optimisation généralisée », rapportée par Blick. Le constat de départ tient en une phrase reprise dans la présentation de l’éditeur : « La nature menacée devient menaçante. »

Les fausses solutions de l’efficacité

Le tract s’en prend d’abord au développement durable tel qu’il est pratiqué. Géo-ingénierie, électrification généralisée mal pensée : ces réponses, selon l’auteur, prolongent la logique qui a créé le problème et fabriquent des futurs déjà obsolètes. Dans l’entretien à GoodPlanet Mag, il cite l’effet rebond, qui fait que les gains d’efficacité énergétique se traduisent souvent par une hausse de la consommation, avec l’exemple du SUV électrique. Il évoque aussi les éoliennes géantes, performantes à court terme mais difficiles à réparer ou à recycler, et dépendantes de matériaux importés.

Plus surprenant, Hamant interroge aussi la décroissance et la sobriété. Il se demande si la frugalité peut réellement mobiliser, ou si elle ne risque pas de devenir une nouvelle forme d’optimisation, un régime de plus. Sa réponse est de déplacer la question : le défi n’est plus de trouver des solutions, mais de choisir celles qui tiennent face aux chocs. Il propose pour cela des « tests de robustesse » : que devient tel projet en cas de sécheresse, de flambée des prix de l’énergie, de grève ou de crise ? L’agroécologie, avec sa diversité de variétés et sa coopération entre paysan·nes et sols vivants, est son exemple type d’organisation robuste.

Un texte stimulant, parfois à grands traits

Le format impose ses limites. En une soixantaine de pages, l’auteur brasse la biologie, l’économie, le travail et la technique. Dans sa recension, Blick juge le texte rafraîchissant mais parfois brossé à grands traits. On peut aussi regretter que la question du pouvoir reste en arrière-plan : qui décide de ce qui doit être robuste, et au profit de qui ?

Notre avis : ce n’est pas une faiblesse rédhibitoire. Le tract est une porte d’entrée vers une pensée développée plus longuement dans La troisième voie du vivant (Odile Jacob, 2022). Sa force est de proposer un critère simple et puissant pour trier les promesses de transition, sans céder au catastrophisme ni à la foi technologique.

Éclairage suisse

La Suisse a eu un avant-goût des fluctuations dont parle Olivier Hamant. Selon l’Académie suisse des sciences naturelles, l’année 2022 a coûté aux glaciers suisses environ 3 kilomètres cubes de glace, soit plus de 6 % de leur volume restant, alors qu’une perte de 2 % était jusque-là jugée extrême. Un hiver pauvre en neige, des poussières sahariennes et une chaleur continue de mai à septembre se sont additionnés : au Jungfraujoch, la température est restée au-dessus de zéro durant 41 % des jours d’été, contre 25 % en moyenne.

Or une partie de notre approvisionnement en eau et en électricité repose sur ces réserves. Appliquer le « test de robustesse » proposé par l’auteur à la politique énergétique et agricole suisse reviendrait à se demander ce que deviennent nos choix en cas de sécheresses répétées. Le tract a d’ailleurs trouvé un écho en Suisse romande : Blick l’a retenu parmi les cinq livres à avoir lus en 2023. Voir aussi nos pages Le progrès et Technologies.

Pourquoi le lire

Parce qu’en une heure de lecture, ce tract offre une grille d’analyse que l’on peut appliquer partout : à son travail, à sa commune, aux projets de transition. Il aide à comprendre pourquoi des solutions présentées comme vertes peuvent nous rendre plus fragiles, et pourquoi la lenteur, la diversité et la coopération sont des atouts. Une lecture idéale pour ouvrir un débat.

Sources et revue de presse