« Le grand livre du climat », sous la direction de Greta Thunberg : cent voix pour dire l’urgence

Dernière modification le 23-10-2026 à 10:33:03

Quatre ans après sa première grève scolaire devant le Parlement suédois, Greta Thunberg change de registre. Plutôt que de parler en son nom, elle a réuni une centaine de scientifiques, d’économistes, d’écrivain·es et de militant·es dans un gros volume illustré, paru le même jour dans plusieurs pays. Le résultat tient à la fois de l’encyclopédie et du manifeste, avec une ligne claire : la crise climatique est une crise de justice.

Couverture du livre « Le grand livre du climat » de Greta Thunberg (dir.) (Kero)

Le grand livre du climat
Greta Thunberg (dir.)
Kero, 27 octobre 2022
464 pages, 32 €
ISBN 978-2-7021-6852-3
Couverture : © Éditions Kero

Une encyclopédie chorale de la crise

L’ouvrage est construit en cinq parties et rassemble de courts textes signés par plus d’une centaine de contributeurs et contributrices. On y croise le climatologue Johan Rockström, l’historienne des sciences Naomi Oreskes, la climatologue Katharine Hayhoe, le physicien Stefan Rahmstorf, l’économiste Thomas Piketty, le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus ou encore les écrivaines Margaret Atwood et Naomi Klein. Selon L’Éclaireur de la Fnac, les autrices et auteurs viennent aussi bien de la géophysique, de l’océanographie et de la météorologie que de l’économie, de l’histoire, de la philosophie ou des peuples autochtones.

Les thèmes vont de la fonte des glaces à la déforestation, de l’effondrement de la biodiversité aux pénuries d’eau, en passant par l’alimentation, la mode jetable et l’écoblanchiment. Chaque partie est ponctuée de graphiques et de photographies, et l’ensemble se termine par des pistes d’action, individuelles et collectives. Comme l’annonçait Livres Hebdo dès mars 2022, il s’agit de dresser un état des lieux complet des crises climatiques, accessible au plus grand nombre.

La voix de Greta Thunberg en fil rouge

Entre les contributions, la militante suédoise prend la plume pour relier les chapitres. Son ton est direct, souvent cinglant envers les gouvernements et les entreprises. Présentant le livre à Londres, elle expliquait à l’AFP l’avoir conçu pendant la pandémie pour « éduquer les gens », en relevant elle-même l’ironie pour quelqu’un connu pour ses grèves scolaires. Elle y défend l’idée que la crise est provoquée d’abord par les plus riches, alors que les plus pauvres en subissent le plus durement les effets, et appelle chacun·e à devenir militant·e, de la manière qui lui convient.

Le contexte donne du poids au propos. Au moment de la parution, selon la même dépêche, les engagements des États mettaient la planète sur une trajectoire d’environ 2,6 °C de réchauffement, et la production d’électricité à partir du charbon avait atteint un record l’année précédente. La militante jugeait que les COP étaient devenues des machines à écoblanchiment. Tous les droits d’auteur sont reversés à sa fondation, qui les redistribue à des organisations environnementales.

Ce que le livre ne dit pas

L’accueil critique dans le monde anglophone a été partagé. Dans The Guardian, la journaliste scientifique Gaia Vince a trouvé la franchise de Thunberg à la fois rafraîchissante et lassante, et regretté un manque de pragmatisme sur l’adaptation aux changements désormais inévitables. Dans The Daily Telegraph, Steven Poole saluait la beauté de l’objet, tout en reprochant au livre une pensée jugée anticapitaliste et méfiante envers la technologie.

Notre avis : ce dernier reproche relève d’un désaccord de fond plus que d’un défaut du livre. Le choix de ne pas faire du nucléaire ou de la géo-ingénierie des solutions miracles est cohérent avec ce que disent beaucoup de contributeurs. La vraie limite est ailleurs : la forme chorale produit un ensemble inégal, où l’on passe d’une page à l’autre sans toujours voir comment les analyses s’articulent. C’est un ouvrage à picorer plus qu’à lire d’une traite.

Éclairage suisse

Pour mesurer ce que décrit le livre, il suffit de regarder nos montagnes. Selon l’Académie suisse des sciences naturelles, qui publiait les mesures du réseau GLAMOS le 28 septembre 2022, les glaciers suisses ont perdu cette année-là environ 3 kilomètres cubes de glace, soit plus de 6 % de leur volume restant. Jusqu’ici, une perte de 2 % était considérée comme extrême. En cause : un hiver pauvre en neige, des poussières sahariennes qui ont assombri le manteau neigeux au printemps, puis une chaleur persistante de mai à début septembre.

Ces chiffres illustrent concrètement le message central de l’ouvrage : les seuils redoutés par les scientifiques ne sont plus des projections, ils se franchissent sous nos yeux. Pour comprendre ce que la Suisse fait, ou ne fait pas, face à cette accélération, voir notre page La science et notre analyse du Plan climat suisse.

Pourquoi le lire

Parce qu’il réunit en un seul volume les meilleurs spécialistes du climat et de ses conséquences, dans une langue accessible et avec de nombreux graphiques. C’est un ouvrage de référence à garder sous la main, à offrir à qui veut comprendre l’ampleur de la crise, ou à utiliser en classe. Et parce qu’il rappelle que la science du climat est aussi une affaire de justice et de rapports de force.

Sources et revue de presse