« Comment les riches ravagent la planète », d’Hervé Kempf et Juan Mendez : l’oligarchie climatique en bande dessinée

Dernière modification le 23-10-2026 à 10:33:09

En 2007, le journaliste Hervé Kempf publiait « Comment les riches détruisent la planète », un essai devenu une référence de l’écologie sociale. Dix-sept ans plus tard, avec le dessinateur Juan Mendez, le fondateur de Reporterre en tire une bande dessinée mise à jour. Le constat n’a pas vieilli : il s’est aggravé.

Couverture du livre « Comment les riches ravagent la planète » de Hervé Kempf (scénario) et Juan Mendez (dessin et couleurs) (Seuil)

Comment les riches ravagent la planète. Et comment les en empêcher
Hervé Kempf (scénario) et Juan Mendez (dessin et couleurs)
Seuil, 27 septembre 2024
128 pages, 20 €
ISBN 978-2-02-155250-8
Couverture : © Éditions du Seuil / Juan Mendez

Du yacht à la douche de champagne

La BD s’ouvre sur des scènes d’opulence qui pourraient passer pour de la caricature : un milliardaire dans un immeuble privé de 27 étages, une douche de champagne installée sur le yacht d’un oligarque. Comme le relève la recension de Socialter, ces images servent de point d’entrée vers une démonstration plus large : les plus riches continuent de polluer sans retenue, et leur mode de vie sert de modèle à toute la société.

Kempf et Mendez se mettent eux-mêmes en scène, discutant de leur projet au fil des pages. Le récit remonte aux origines du capitalisme industriel, de la colonisation et de l’esclavage, et convoque des auteurs comme Thorstein Veblen, Thomas Piketty ou Immanuel Wallerstein, selon la présentation qu’en fait le blog de Carbo. Graphiques et données sont intégrés au dessin, ce qui rend accessible une matière souvent aride.

Une oligarchie qui bloque la bifurcation

La thèse est celle de l’essai de 2007, actualisée : la montée des inégalités alimente à la fois la crise écologique et la crise sociale, et l’on ne pourra éviter le pire qu’en mettant un frein aux ultra-riches. Le livre passe en revue les fausses bonnes idées promues par le capitalisme vert, qui supposent d’extraire toujours plus de matières, comme la voiture à hydrogène ou l’avion aux agrocarburants, d’après Socialter. Il rappelle aussi qu’un patron comme Patrick Pouyanné, à la tête de TotalEnergies, s’accommode d’un réchauffement de 3,5 °C.

La solution proposée tient en deux mots : moins et mieux partager. Moins consommer, en particulier au sommet de la pyramide, et redistribuer les richesses pour rendre la sobriété acceptable par tous.

Les limites d’une charge

Les recensions parues jusqu’ici sont largement favorables et saluent un ouvrage documenté, drôle et implacable. Notre avis : la force pédagogique du format a son revers. En personnalisant la critique autour de quelques figures de milliardaires, la BD risque de faire oublier que les mécanismes décrits (accumulation, publicité, rente) traversent l’ensemble de l’économie, y compris les classes moyennes des pays riches. Kempf le sait et insiste sur le système plus que sur les individus, mais la mise en images pousse parfois vers la galerie de portraits. Ce choix reste toutefois assumé et efficace pour toucher un public qui ne lirait pas d’essai.

Éclairage suisse

La Suisse n’est pas épargnée. Parmi les grandes fortunes passées en revue figure, selon le blog de Carbo, Thomas Schmidheiny, associé à l’histoire du cimentier Holcim. Or le ciment est au cœur d’une procédure inédite : le 1er février 2023, swissinfo.ch rapportait que quatre habitant·es de l’île indonésienne de Pari avaient déposé plainte à Zoug contre Holcim. Soutenus par l’EPER, l’ECCHR et l’ONG indonésienne Walhi, ils demandent une indemnisation, une contribution à des mesures de protection contre les inondations et une baisse des émissions absolues de CO2 du groupe de 43 % d’ici 2030 et de 69 % d’ici 2040 par rapport à 2019. Holcim rejette ces accusations.

En Suisse romande, Holcim est aussi au centre du conflit autour de la colline du Mormont. Voir notre article Sauvons le Mormont et notre page Croissance et décroissance.

Pourquoi le lire

Parce que c’est sans doute la porte d’entrée la plus accessible vers l’écologie sociale : en 128 pages dessinées, la BD montre que la crise climatique est aussi une affaire de classe. À offrir à celles et ceux qui pensent encore que l’écologie est une question de petits gestes, et à lire en écho au débat sur la taxation des grandes fortunes.

Sources et revue de presse