« Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité », d’Aurélien Barrau : l’écologie comme priorité absolue

Dernière modification le 30-10-2026 à 19:35:58

Astrophysicien au CNRS et docteur en philosophie, Aurélien Barrau s’est fait connaître du grand public en 2018 en lançant avec l’actrice Juliette Binoche un appel de 200 personnalités pour faire de l’écologie une priorité politique, publié dans Le Monde. Ce court livre prolonge cet appel : un texte bref, accessible et volontairement radical, qui veut faire comprendre que la crise écologique n’est pas un sujet parmi d’autres, mais la condition de tous les autres.

Couverture du livre « Le plus grand défi de l'histoire de l'humanité » de Aurélien Barrau (Michel Lafon)

Le plus grand défi de l'histoire de l'humanité. Face à la catastrophe écologique et sociale
Aurélien Barrau
Michel Lafon, 2 mai 2019
143 pages, 8 €
ISBN 978-2-7499-4058-8
Couverture : © Éditions Michel Lafon

Un constat sans détour

L’auteur part d’un bilan plutôt que d’une prophétie : effondrement des populations animales sauvages, pollutions, pesticides, dérèglement climatique, déplacements de populations. Dans un entretien accordé à ID, l’Info Durable, il rappelle que les populations de vertébrés sauvages ont reculé d’environ 60 % en quarante ans, un chiffre issu de l’Indice Planète Vivante du WWF, et parle d’une sixième extinction de masse qui sera la trace durable de notre époque.

Barrau se distingue toutefois de la collapsologie : il ne croit pas à un effondrement brutal et daté, mais à une dégradation continue dont nous sommes déjà les témoins. Pour lui, la question n’est plus de savoir si la catastrophe aura lieu, mais quelle part nous saurons en éviter.

Changer de cap, pas seulement de technique

La thèse centrale est politique : un modèle fondé sur la croissance de la consommation matérielle est incompatible avec la préservation du vivant. L’auteur juge illusoire d’attendre un miracle technologique et défend une décroissance entendue comme un enrichissement humain, culturel et relationnel plutôt que comme une régression. Il insiste sur la dimension sociale : selon la formule reprise par la revue romande REISO, « lorsque l’écologie s’oppose au social, elle se suicide ».

Les pistes proposées sont concrètes : énergies renouvelables, réduction du transport aérien et de la consommation de viande, isolation des bâtiments, place de l’écologie dans l’enseignement, et, si nécessaire, des lois contraignantes. Il appelle aussi les citoyennes et citoyens à ne plus élire de responsables qui refusent d’agir, et à multiplier ce qu’il nomme un « activisme fractal », fait de résistances à toutes les échelles.

Forces et limites

La force du livre tient à sa clarté et à son ton : en moins de 150 pages, il donne des arguments simples à qui veut convaincre son entourage. Sa limite est la contrepartie de ce format : peu de données détaillées, peu de discussion des contraintes économiques et institutionnelles, et un registre parfois plus moral que démonstratif. Notre avis : c’est une porte d’entrée efficace, à compléter par des ouvrages plus techniques sur le climat et la biodiversité.

Éclairage suisse

La parution intervient pendant une année de mobilisation sans précédent en Suisse, portée par la Grève du climat. Quelques jours avant cette fiche, le 28 août 2019, le Conseil fédéral a annoncé viser la neutralité climatique de la Suisse d’ici 2050, pour contribuer à limiter le réchauffement à 1,5 °C, en s’appuyant sur les derniers travaux du GIEC. Un objectif que le livre invite à juger à l’aune des mesures concrètes, et non des annonces.

En Suisse romande, l’ouvrage a été recensé dès juin 2019 par REISO, la revue d’information sociale publiée à Lausanne, qui en retient surtout le lien entre urgence écologique et justice sociale. Pour suivre la politique climatique fédérale depuis, voir notre page Plan climat Suisse.

Pourquoi le lire

Pour disposer, en une soirée de lecture, d’un plaidoyer clair qui relie la crise du vivant, le climat et la justice sociale, et pour comprendre pourquoi une partie du monde scientifique a choisi de sortir de sa réserve.

Sources et revue de presse